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VIe dimanche du temps ordinaire (B)

Heureux l'homme dont la faute est enlevée, et le péché remis !



Psaume 31 (32),

Anonyme,

Psautier d’Utrecht, MS Bibl. Rhenotraiectinae I Nr 32., IXe siècle,

folio 18 recto, 33 x 25 cm, 108 feuilles en vélin,

Bibliothèque de l’université, Utrecht (Pays-Bas)


Lecture du livre des Lévites (Lv 13, 1-2.45-46)

Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !” Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »


Psaume 31

Heureux l’homme dont la faute est enlevée,

et le péché remis !

Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,

dont l’esprit est sans fraude !


Je t’ai fait connaître ma faute,

je n’ai pas caché mes torts.

J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur

en confessant mes péchés. »


Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.

Que le Seigneur soit votre joie !

Exultez, hommes justes !

Hommes droits, chantez votre allégresse !


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (I Co 10, 31 à 11, 1)

Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 40-45)

En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.


Le psaume 31 complet

01 Heureux l'homme dont la faute est enlevée, et le péché remis !

02 Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense, dont l'esprit est sans fraude !

03 Je me taisais et mes forces s'épuisaient à gémir tout le jour :

04 ta main, le jour et la nuit, pesait sur moi ; ma vigueur se desséchait comme l'herbe en été.

05 Je t'ai fait connaître ma faute, je n'ai pas caché mes torts. J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute.

06 Ainsi chacun des tiens te priera aux heures décisives ; même les eaux qui débordent ne peuvent l'atteindre.

07 Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m'as entouré.

08 « Je vais t'instruire, te montrer la route à suivre, te conseiller, veiller sur toi.

09 N'imite pas les mules et les chevaux qui ne comprennent pas, qu'il faut mater par la bride et le mors, et rien ne t'arrivera. »

10 Pour le méchant, douleurs sans nombre ; mais l'amour du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui.

11 Que le Seigneur soit votre joie ! Exultez, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse !


Ce que je vois

La composition de cette illustration est extrêmement symétrique. Le Christ-Logos imberbe et nimbé, dans une demi-mandorle flanquée de six anges et du soleil (personnifié), de la lune et des étoiles, suggérés par le « jour et la nuit » du verset 4, occupe le centre des cieux. Trois autres anges, dans le registre immédiatement inférieur, soutiennent deux grands rideaux qui couvrent deux groupes de « bienheureux dont le péché est couvert » (verset 1). Sur le registre suivant, deux bandes de soldats représentent le « trouble » qui entoure le psalmiste, lequel est (verset 7) accroupi parmi les buissons d'épines sur une colline entre les soldats (verset 4, « spina »). Au-dessous de lui, trois hommes tentent de maîtriser le « cheval » et le « mulet » avec le mors, la bride (verset 9) et le fouet (verset 10). Les « flots de grandes eaux » (vers 6) dans lesquels nagent des poissons s'étendent sur tout le premier plan.


Contexte du psaume

La plupart des commentateurs pensent que ce psaume se rapporte comme le psaume 50 à l’adultère de David avec Bethsabée et au meurtre d’Urie (II Sam 12), mais qu’il fut composé un peu plus tard que ce dernier, à une époque où le psalmiste avait déjà commencé à jouir par la foi du pardon qu’il avait imploré si ardemment. Dans notre psaume, David fait un retour sur le passé et décrit d’une manière saisissante le triste état dans lequel il s’était trouvé dans le temps où sa conscience commençait à se réveiller, mais où il n’en était venu ni à reconnaître franchement son péché devant Dieu, ni à accepter simplement le pardon et le salut comme une grâce. Aussi est-ce avec raison que saint Paul cite les premiers versets de ce psaume comme l’un des passages de l’Écriture qui établissent le plus nettement la doctrine de la justification par la foi et de la parfaite gratuité du salut (Rm 4, 6-8) : « C’est ainsi que le psaume de David proclame heureux l’homme à qui Dieu accorde d’être juste, indépendamment de la pratique des œuvres : Heureux ceux dont les offenses ont été remises, et les péchés, effacés. Heureux l’homme dont le péché n’est pas compté par le Seigneur. » Saint Augustin qui avait affiché ce psaume dans sa chambre écrira : « Ce psaume traite de la grâce de Dieu et t’enseigne que notre justification a lieu non point pour des œuvres que nous aurions faites auparavant, mais uniquement par la miséricorde du Seigneur notre Dieu qui nous prévient. Il t’enseigne que tu es un pécheur et que lors même que par la foi tu as commencé à faire le bien, tu ne dois t’attribuer aucun mérite ». Aucun psaume n’exprime mieux les sentiments du pécheur qui a reçu par la foi les assurances de son pardon, et ceux qui seront dans le cœur du peuple d’Israël quand il aura été reçu en grâce après sa dispersion actuelle.


La première strophe décrit le bonheur que donne le sentiment du pardon (1-2) ; la seconde nous enseigne que l’on n’y parvient que par une sincère et sérieuse repentance (3-5) ; dans la troisième, le psalmiste invite tous les hommes à rechercher cette même bénédiction (6-11).


L’histoire de David et Bethsabée

Je pense que nous connaissons tous cette histoire du Second Livre de Samuel. En pleine guerre contre les Ammonites, le roi David s’éprend de Bethsabée alors que sa femme Mikal est frappée de stérilité ; de cette relation adultère s'annonce une descendance. David envoie alors Urie, l'époux de Bethsabée, en première ligne du front, où il trouve la mort. La colère divine s'abat sur le couple et l'enfant décède. Après une période de repentance, le souverain pardonné remporte la victoire et épouse Bethsabée. De son union avec Bethsabée légitimée par Dieu naîtra Salomon, grand roi d’Israël.


Ici, donc, le psaume illustre non pas la repentance du roi après la condamnation de Dieu transmise par le prophète Nathan, mais plutôt une prise de conscience plus tardive. C’est d’autant plus intéressant que nous en faisons tous l’expérience. Souvent, après avoir péché, nous sentons le besoin immédiat d’être pardonné. Mais ce pardon prend plus le sens d’un oubli, d’une volonté de revenir en arrière qu’une véritable prise de conscience du mal que nous avons fait, et de ses conséquences. Un peu comme si nous voulions magiquement que Dieu, ou un autre, efface notre erreur et nous remette dans un état antérieur. Ce que nous traduisons par cette injonction, tant pour les autres que pour nous-mêmes : « Allez ! On oublie tout. » D’autant plus que nous regrettons souvent les conséquences de notre péché, mais rarement le plaisir que nous avons eu à le commettre ! L’idéal serait d’exprimer notre contrition, c’est-à-dire le regret d'avoir péché, fondé sur la douleur d'avoir offensé Dieu ; mais en fait nous faisons plutôt preuve d’attrition, c’est-à-dire regretter d'avoir péché, par crainte des peines de l’enfer, et non par regret de l’offense faite à Dieu.


Mais on n’oublie pas. Et ce serait l’erreur la plus grave que nous pourrions faire. Et ce pour deux raisons. D’abord parce que pardonner ne veut pas dire oublier, mais guérir et cicatriser (une cicatrice nous rappelle le péché, sans pour autant être encore douloureuse, comme le paralytique de l’évangile part, guéri, avec son grabat). Mais surtout parce que le pardon n’exclue pas de prendre du recul. C’est ce qui arrive à David. Après quelques années, quand la douleur de la faute s’est estompée, il prend conscience de ses actes. En fait, il passe de l’attrition à la contrition. Il regrettait son erreur, avoir fait tué Urie, les conséquences, la mort de l’enfant, mais nullement le péché en lui-même puisqu’il épousera Bethsabée et en aura un fils, Salomon. Et voilà que quelques années plus tard, il prend véritablement conscience d’avoir offensé le Seigneur. C’est bien le sens du psaume d’aujourd’hui.


Du plaisir à la béatitude

On repère dans ce psaume le glissement qui s’opère en son coeur. Il passe du plaisir du péché, voire du pardon ponctuel, à la joie de se savoir pardonné, rétabli dans sa dignité. Il sait que Dieu ne retient pas son offense, même si son coeur peut éventuellement lui dire l’inverse. N’est-ce pas ce qu’annonce aussi saint Jean (I Jn 3, 19-20) : « Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. » Dieu est plus grand que notre coeur, car Dieu est la miséricorde par excellence. Isaïe le confirme (Is 49, 15) : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » Dieu est un Père pour nous ; mais il est aussi une Mère, une figure maternelle qui ne nous oublie et nous pardonne parce qu’il nous aime avec ses entrailles (et je rappelle une énième fois que c’est le sens du mot miséricorde en hébreu, rahamim - רחמים - ou en grec splanchnon - σπλάγχνον -, qui exprime le sein maternel, la matrice, le cœur, les entrailles).


Tout ce qu’il nous demande, c’est de nous réfugier en son coeur pour nous consoler (Is 66, 13) : « Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. » Consoler, c’est étymologiquement, être avec celui qui se sent seul. Dieu est à nos côtés, à nos côtés pour nous relever, nous ressusciter. Et ce, uniquement par amour de l’homme, comme il le confiera en juin 1675 à sainte Marguerite-Marie Alacoque : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes ». David le traduit en cette double béatitude : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! » Heureux sommes-nous, pas simplement parce que nous sommes pardonnés, mais surtout parce que Dieu ne retient pas l’offense. En termes simples, nous dirions qu’il ne nous en tient pas rancune et même qu’il ne change nullement son regard sur nous. Mais en fait, n’avons-nous pas ce germe en nous ?


Je repense à cette page de l’évangile (Mt 7, 7-11) :

07 « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.
08 En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.
09 Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ?
10 ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ?
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !

Le chemin du pardon et du salut

Peut-être est-ce la véritable démarche du pardon le plus complet ? En commençant par demander ce pardon à Dieu. Puis à chercher ce qui a déclenché notre péché. À nous frapper l’âme pour notre manque de persévérance et de force. Alors, la porte s’ouvrira, celle du pardon total. Car si nous inversons le sens des deux versets : « Lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ? », en disant « Lequel d’entre vous donnera un pain à son fils quand il lui demande une pierre ? ou bien lui donnera un poisson, quand il lui demande un serpent ? », nous pourrions répondre : « Chacun d’entre-nous ! ». Oui, nous ne sommes pas si mauvais que ça ! Ce qui est mauvais en nous, en fait, c’est notre orgueil, notre incapacité à reconnaître notre péché. Et comment ne pas constater que notre société occidentale devient de plus en plus la société de l’orgueil : plus personne ne veut reconnaître ses erreurs, s’auto-justifiant, et déclarant avec emphase que chacun a sa vérité ! Là encore, le psaume nous éclaire : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. »


Combattre l’orgueil

Je l’ai déjà écrit, l’orgueil est à mon avis le pire de tous les péchés. Car il en est la racine, le maillon fondamental auquel s’adjoignent tous les autres maillons du péché, une concaténation. L’orgueilleux, refusant de confesser sa faute, s’enferme dans un monde de mensonge. Et le drame est que cet univers mensonger devient peu à peu sa vérité. J’entendais dernièrement dans un film cette fille droguée qui confessait à son père que la pire des addictions, celle qui lui donnait le plus plaisir et dont elle n’avait pas vraiment envie de se débarrasser, était le mensonge ! Au point qu’elle ne savait plus quand elle mentait et quand elle disait la vérité. L’orgueilleux devient diabolique, comme le prédit le Christ (Jn 8, 44) : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge. »


La première marche de l’orgueil est de se mentir à soi-même, de se faire sa propre vérité… Et tout ça par peur. Peur d’être jugé, peur de perdre l’estime des autres, peur que soit révélée sa nature profonde, peur du (le mot est à la mode) déclassement. Et même peur de se regarder dans la glace… de se regarder honnêtement. On préfère coller une photo dessus, pour ne pas dire un photo-montage de ce que l’on rêverait d’être et auquel on veut croire. L’orgueil nous tue à petit feu, élimine tout vérité de notre vie…


Mais David vient nous indiquer la porte de sortie de cet univers infernal, de cette spirale de mort, cet entonnoir morbide telle que le décrit Dante dans la Divine comédie, et l’illustre Sandro Botticelli :



La carte de l’enfer

Sandro Botticelli (Florence, 1445 - Florence, 1510)

Pointe d'argent et encre, coloré à la détrempe sur parchemin, 32,5 × 47 cm, vers 1485

Bibliothèque apostolique, Vatican (Italie)


La porte de sortie

Elle est simple : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Il ose se reconnaître pécheur. Il ne cache pas ses torts, car il sait que tout homme en a, c’est bien pour ça que nous sommes des hommes ! Rappelez-vous ce que disait saint François de Sales : « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ! » Mais il ne s’enferme pas dans son désespoir de ne pas être à la hauteur de sa vocation, à l’image de Dieu. D’abord, il le sait, comme il le confessera dans un autre psaume (Ps 138, 14) : « Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. » Et ce qui est étonnant, c’est ce qui crée des coups de tonnerre. Et c’est rarement sans conséquence… Mais surtout, David ne veut pas en rester là, ni sombrer dans une sorte de désespérance, ou d’acédie (ce « Bof, à quoi ça sert »). Non, il comprend que c’est en confessant son péché, sa faiblesse que Dieu lui donnera la force : (II Co 12, 10) : « Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » C’est en reconnaissant ses torts qu’il rend grâce à Dieu ; non pour ses torts, mais pour et par l’assurance qu’il a en Dieu de sa miséricorde. Confesser ses péchés, c’est se reconnaître fils de ce Père de miséricorde et c’est lui rendre grâce pour son pardon, car pardonner (du latin perdonare) signifie « donner complètement », « faire grâce ». Et de là, naît sa joie…


Joie !

« Que le Seigneur soit votre joie ! Exultez, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse ! » Recevoir le pardon de Dieu, c’est rendre grâce de la grâce qui nous a été faite, c’est partager sa joie. Ce mot « joie » apparaît huit fois dans l’évangile de Jean. J’en retiens deux (Jn 16, 22) : « Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » Rencontrer le pardon de Dieu dans le regard du Christ (les orthodoxes se confessent toujours devant une icône du Christ et c’est à Lui qu’il parle ; le prêtre n’est que la voix, le message du Sauveur) est une vraie joie que personne ne pourra égaler sur terre. Et deux versets plus loin (Jn 16, 24) : « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. » Comme le dit David, si nous demandons à Dieu son pardon, notre joie sera parfaite, nous pourrons exulter (le mot veut dire « bondir de joie »), au point d’en exalter (exaltare « exhausser, élever, honorer »). Oui, le pardon est le chemin du salut…


Pour conclure

Mais je ne peux terminer sans deux recommandations — que je me fais aussi à moi-même, rassurez-vous. D’abord, osons aller demander le pardon du Seigneur. Peut-être pourriez-vous aller relire cette homélie pour vous y préparer ?


Mais surtout, jetons un regard de miséricorde sur notre vie. Oui, nous sommes pécheurs. Mais nous sommes des pécheurs aimés de Dieu, et pardonnés. Sortons de notre marasme qui veut continuellement condamner (il suffit de regarder les informations à la télévision) et s’enfermer dans une fausse repentance d’où ne naît aucune rédemption. Nous valons plus que ce que le monde nous dit. Nous valons plus parce que nous avons du prix aux yeux de Dieu (is 43, 4 : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime »), et surtout parce que Dieu ne jette pas ce regard sur nous (I Jn 3, 20) : « Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. » Il sait que nous sommes de la graine de sainteté !!! Ne nous dit-il pas au verset 8 : « Je vais t'instruire, te montrer la route à suivre, te conseiller, veiller sur toi » ? En route vers le Carême, ce mercredi, soyons décidés pour le vivre intensément en nous rappelant le verset : « N'imite pas les mules et les chevaux qui ne comprennent pas, qu'il faut mater par la bride et le mors, et rien ne t'arrivera. » Mais aussi ce que dit saint Pierre (II P 1, 10) : « C’est pourquoi, frères, redoublez d’efforts pour confirmer l’appel et le choix dont vous avez bénéficié ; en agissant de la sorte, vous ne risquez pas de tomber. »




« Tu as enlevé l’offense » Méditation de Soeur Véronique Marron

Jean-Baptiste, prophète, aura cette parole prémonitoire : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29).


Une promesse est là. Par-dessous toute faute, toute errance, tout égarement, notre Dieu se tient présent. Mieux, il prend tout avec lui. Alors que ses forces s’épuisaient en ce dernier combat contre les puissants qui décidèrent de le mettre à mort, Jésus, librement, remet sa vie en faveur de la nôtre. Le stratagème des Juifs est alors de le faire exécuter par le bras armé romain. Ainsi va-t-il mourir crucifié : comme un bandit ou un esclave. Un quasi-sacrifice humain, supplice honni de tous – Juifs, Romains, Grecs. Pourtant Jésus y consent. Le « fils bien aimé » du Père meurt sur le bois maudit de la croix (Dt 21, 23). Ultime retournement de l’histoire, prémices improbables et pourtant tangibles de la résurrection.


Le poteau de la honte devient, par Jésus, signe d’un don « par-dessus le marché », d’une victoire inespérée.


Lui qui a aimé jusque-là, sans mesure, prend ainsi avec lui tout ce qui nous écarte de lui, tout ce qui nous éloigne du Père. Comme ce qui abîme notre lien aux autres, à chacun. Sur la croix, chaque « billet de dette » est enlevé (Col 2, 14). Oui, le péché est remis et la faute extirpée.


Tout est achevé par Jésus. Plus personne n’est loin de Lui ni oublié du Père. Tout, en nous, est sauvé, retourné vers la vie. Rien n’est laissé de côté. Pas même nos fautes : là où nous n’avons pas aimé, espéré. Là où le courage nous a manqué. Nous sommes consolés, jusque de nous-mêmes.



Jean-Paul II. Mercredi 19 mai 2004

1. « Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute ! ». Cette béatitude, qui ouvre le Psaume 31 qui vient d'être proclamé, nous fait immédiatement comprendre pourquoi il a été accueilli par la tradition chrétienne dans la série des sept Psaumes de pénitence. Après la double béatitude initiale (cf. vv. 1-2), nous ne trouvons pas une réflexion générique sur le péché et le pardon, mais le témoignage personnel d'un converti.


La composition du Psaume est assez complexe : le témoignage personnel (cf. vv. 3-5) est suivi de deux versets qui parlent de danger, de prière et de salut (cf. vv. 6-7), puis d'une promesse divine de conseil (cf. v. 8) et d'un avertissement (cf. v. 9) et enfin, d'un dicton sapientiel antithétique (cf. v. 10) et d'une invitation à se réjouir dans le Seigneur (cf. v. 11).


Reprenons à présent quelques éléments de cette composition. L'orant décrit tout d'abord sa situation de conscience très délicate lorsqu'« il se taisait » (cf. v. 3) : ayant commis des fautes graves, il n'avait pas le courage de confesser à Dieu ses péchés. Il s'agissait d'un tourment intérieur terrible, décrit par des images impressionnantes. Ses os brûlaient comme sous l'effet d'une fièvre desséchante, la chaleur dévorante étouffait sa vigueur en la consumant, son gémissement était ininterrompu. Le pécheur sentait peser sur lui la main de Dieu, conscient que Dieu n'est pas indifférent au mal perpétré par sa créature, car Il est le gardien de la justice et de la vérité.


Ne pouvant plus résister, le pécheur a décidé de confesser sa faute en effectuant une déclaration courageuse, qui semble anticiper celle du fils prodigue de la parabole de Jésus (cf. Lc 15, 18). Il a dit, en effet, d'un cœur sincère : « J'irai à Yahvé confesser mon péché ». Ce ne sont que quelques mots, mais qui naissent de la conscience ; Dieu y répond immédiatement par un pardon généreux (cf. Ps 31, 5).


Le prophète Jérémie rapportait cet appel de Dieu : « Reviens, rebelle Israël, oracle de Yahvé. Je n'aurai plus pour vous un visage sévère, car je suis miséricordieux - oracle de Yahvé - je ne garde pas toujours ma rancune. Reconnais seulement ta faute : tu t'es révoltée contre Yahvé ton Dieu » (3, 12-13).


C'est ainsi que s'ouvre à « chaque fidèle » repenti et pardonné un horizon de sécurité, de confiance, de paix, malgré les épreuves de la vie (cf. Ps 31, 6-7). Le temps de l'angoisse peut encore venir, mais la marée montante de la peur ne l'emportera pas, car le Seigneur conduira son fidèle dans un lieu sûr : « Tu es pour moi un refuge, de l'angoisse tu me gardes, de chants de délivrance tu m'entoures » (v. 7).


4. À ce point, le Seigneur prend la parole pour promettre de guider désormais le pécheur converti. Il ne suffit pas, en effet, d'avoir été purifiés ; il faut ensuite marcher sur la voie juste. C'est pourquoi, comme dans le Livre d'Isaïe (cf. Is 30, 21), le Seigneur promet : « Telle est la voie, suivez-la » (Ps 31, 8) et il invite à la docilité. L'appel se fait attentif, teinté d'une touche d'ironie dans la comparaison pleine de vivacité de la mule et du cheval, symboles d'obstination (cf. v. 9). En effet, la véritable sagesse pousse à la conversion, et à laisser derrière soi le vice et son obscur pouvoir d'attraction. Mais elle conduit surtout à la jouissance de cette paix qui naît du fait d'avoir été libérés et pardonnés.


Saint Paul, dans la Lettre aux Romains, se réfère de façon explicite au début de notre Psaume pour célébrer la grâce libératrice du Christ (cf. Rm 4, 6-8). Nous pourrions l'appliquer au sacrement de la Réconciliation. Dans celui-ci, à la lumière du Psaume, on fait l'expérience de la conscience du péché, qui est souvent obscurcie de nos jours, et en même temps de la joie du pardon. On remplace le binôme « délit-châtiment » par le binôme « délit-pardon », car le Seigneur est un Dieu « qui pardonne faute, transgression et péché » (cf. Ex 34, 7).


5. Saint Cyrille de Jérusalem (IVe siècle) utilisera le Psaume 31 pour enseigner aux catéchumènes le profond renouvellement du Baptême, purification radicale de tout péché. 31 Il exaltera lui aussi, à travers les paroles du Psalmiste, la miséricorde divine. Nous concluons notre catéchèse en reprenant ses paroles : « Dieu est miséricordieux et n'épargne pas son pardon... L'accumulation de tes péchés ne dépassera pas la grandeur de la miséricorde de Dieu : la gravité de tes blessures ne dépassera pas l'habileté du Médecin suprême, du moment que tu t'abandonnes à lui avec confiance. Manifeste ton mal au Médecin, et parle-lui en reprenant les mots que David prononça : « Voilà, je confesserai au Seigneur l'iniquité qui se trouve toujours devant moi ». Ainsi, tu obtiendras que les autres paroles se réalisent : « Tu as racheté les actes d'impiété de mon cœur ».

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