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Vigile Pascale (C)

Un coeur nouveau -



« dabo vobis cor novum et spiritum novum »,

Anonyme,

Azulejo, XVIe siècle, Panneau complet de 200 x 120 cm,

Église du Monastère Santa Cruz, Coïmbra (Portugal)


Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 36, 16-17a.18-28)

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, lorsque les gens d’Israël habitaient leur pays, ils le rendaient impur par leur conduite et leurs actes. Alors j’ai déversé sur eux ma fureur, à cause du sang qu’ils avaient versé dans le pays, à cause des idoles immondes qui l’avaient rendu impur. Je les ai dispersés parmi les nations, ils ont été disséminés dans les pays étrangers. Selon leur conduite et leurs actes, je les ai jugés. Dans les nations où ils sont allés, ils ont profané mon saint nom, car on disait : “C’est le peuple du Seigneur, et ils sont sortis de son pays !” Mais j’ai voulu épargner mon saint nom, que les gens d’Israël avaient profané dans les nations où ils sont allés. Eh bien ! tu diras à la maison d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ce n’est pas pour vous que je vais agir, maison d’Israël, mais c’est pour mon saint nom que vous avez profané dans les nations où vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »


Tant de lectures !

Il peut paraître surprenant de faire une homélie de la nuit de Pâques sur un texte autre que l’évangile. Mais peut-être ne sommes-nous pas assez attentifs à la préparation scripturaire que la liturgie nous offre. Souvent, nous les écoutons d’une oreille distraite, voire en se demandant si ça va encore être long ! Pourtant, regardez le message que chacune des lectures nous a délivré :

  1. La Genèse : le dernier jour, le septième, n’est pas encore clos et aspire à l’achèvement de la création. N’est-ce pas Jésus qui ressuscitera le huitième jour qui vient parachever la création ?

  2. Encore la Genèse : Abraham est appelé à sacrifier son fils Isaac. N’est-ce pas la préfiguration de Jésus, nouvel Isaac, qui portera lui aussi le bois, qui aura la tête enserrée dans les épines et que l’ange sauvera de la mort définitive ?

  3. L’Exode : Dieu délivre le peuple hébreu de la main des égyptiens en écartant les eaux et en restant les armées de sa nuée lumineuse. Les eaux de la mort à travers lesquelles Jésus passe la nuit de Pâques, la nuée de l’Esprit Saint qui irradie son corps. Et n’oublions que le mot « passage » en hébreu se dit « pessah (פֶּסַח) - Pâque ».

  4. Isaïe : Malgré notre péché, Dieu calme sa colère et nous rappelle. Comme il rappelé Jésus de la mort, comme il nous appelle tous un jour à la résurrection, jour où nous rejoindrons ce palais de pierres précieuses.

  5. Encore Isaïe : Toutes les grâces que distribue Dieu sont gratuites. Comme la résurrection. Elle n’est pas le fruit d’un marchandages, mais un don d’amour de Dieu à tous les hommes, le don de la rédemption. La seule chose demandée est de nous laisser abreuver de sa Parole, son Fils.

  6. Baruc : Si l’homme découvre la demeure de la Sagesse, il ne doit plus craindre Cette sagesse apparue sur terre, ayant vécue au milieu des hommes, qui cela pourrait-il être si ce n’est le Christ ? Si nous observons sa loi d’amour, alors nous marcherons nous aussi à sa lumière.

  7. Ézékiel : la lecture que je vais commenter.

  8. Puis suit la lettre de Saint Paul aux Romains annonçant la résurrection du Christ et notre propre résurrection.

  9. Et enfin l’évangile des femmes au tombeau, premières témoins du ressuscité (même si la résurrection transcende le temps, puisque personne n’en a été témoin visuellement).

Notez enfin que chaque lecture trouve son éclairage dans un psaume correspondant.


La lecture d’Ézékiel

Ainsi, la lecture d’Ézékiel est suivie par le très beau psau me 41 (42) :

Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu.
Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ?
Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête, parmi les cris de joie et les actions de grâce.
Envoie ta lumière et ta vérité : qu’elles guident mes pas et me conduisent à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure.
J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ; je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu !

Ainsi, ce serait mon âme perdue qui cherche la source pour s’abreuver. Car, si nous faisons preuve d’un peu de lucidité et d’honnêteté, notre âme n’est pas toujours bien propre. Souillée de nos idoles (et Dieu sait qu’elles sont nombreuses, surtout en période électorale…), elle a perdu sa pureté originelle. Comment pourrait-il en être autrement pour nous qui ne sommes que de pauvres hommes faibles, velléitaires et inconséquents…


Pourtant, même si Dieu juge notre conduite inacceptable, même s’il peut parfois faire preuve, en reprenant nos mots humains, d’un certain agacement, il ne nous abandonne pas. Il ne le peut car nous sommes ses enfants. Et comme le dit Isaïe (Is 66, 13) :

Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés.

Et aussi (Is 49, 15-16) :

Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux.

Mais si lui ne nous oublie pas, peut-être que nous, nous l’avons oublié… Jusqu’à en oublier son « saint Nom ». Dans les homélies de Carême, je vous ai expliqué l’importance du Nom. Et si Dieu nous a transmis son Nom, s’il nous permet de l’appeler « Abba », « Père », à la suite de la prière donnée par son Fils, alors, comment avons-nous pu l’oublier ? Un Dieu qui s’appelle « Père », un Fils qui s’appelle « Dieu sauve », un Esprit qui s’appelle « Paraclet - avocat ». Comment avons-nous pu oublier tout cela ?


Ézékiel entendit même les premiers mots de la prière apprise par le Sauveur : le Notre Père. Ne lit-on pas : « Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. » Oui, que votre Nom soit sanctifié, que votre Règne vienne… Et Dieu n’aspire pas à autre chose en cette nuit.


En fait, la nuit de Pâques n’est pas que la célébration de la résurrection du Christ, c’est aussi la nôtre, en prémices, en image. Dieu, au futur, nous annonce la promesse prononcée pour chacun d’entre nous :

« Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »

Cette nuit, la sainteté est manifestée à nos yeux. Cette nuit, il vient nous prendre par la main, comme il sortit Adam et Ève des ténèbres du royaume de la mort, pour nous conduire vers un pays de joie. N’est-ce pas aussi ce que nous dit le psaume responsorial ?

Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête, parmi les cris de joie et les actions de grâce.
Envoie ta lumière et ta vérité : qu’elles guident mes pas et me conduisent à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure.
J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ; je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu !

Cette nuit, une part de la soif qui nous brûle l’âme va être apaisée. Comme l’avait déjà pressenti Guy de Larigaudie dans sa dernière lettre :

« Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à maman pour la consoler. Vous lui direz qu’il ne faut pas qu’elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu’elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je possèderai toute la lumière, toute la beauté, tout l’amour dont j’avais tellement, tellement soif. Il n’est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure. »

Cette nuit, nous courons cette belle aventure : nous sommes plongés avec le Christ dans les eaux de la vie, nous sommes purifiés de nos souillures, nous retrouvons une âme immaculée. Et si nous désirons, il vient même échanger notre coeur de pierre, notre manque de charité et d’amour, nos duretés, notre arrogance et surtout notre orgueil. Il vient échanger ce coeur de pierre contre un coeur tout neuf, tout rose, tout beau, tout ruisselant d’amour. Une véritable transplantation cardiaque, sans aucun risque de rejet si nous le laissons opérer lui-même.


Cette nuit, la résurrection est toute proche pour chacun d’entre nous. Et même si ce n’est pas encore la résurrection finale, même si le Royaume de Dieu n’est pas encore arrivé, il est en fait déjà là, il nous l’a promis. Si notre corps n’est pas encore ressuscité, si notre esprit est encore lourd à comprendre, comme celui des disciples d’Emmaüs, notre âme, elle vient de retrouver la vie. Notre âme est déjà ressuscitée ! Il sera notre Dieu, il est notre Dieu, et nous sommes devenus, cette nuit, son peuple ! Alléluia !!! Comme le disait Bernadette de Lourdes… IL SUFFIT D’Y CROIRE !

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