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VIIe dimanche de Pâques (A)

Habiter la Maison du Seigneur -





Ermitage Saint-Antoine de Galamus,

Saint-Paul de Fenouillet, Pyrénées orientales (France)


Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 12-14)


Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.


Psaume 26 (27), 1, 4, 7-8)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?

J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple.

Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. »


Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1 P 4, 13-16)

Bien-aimés, dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que personne d’entre vous, en effet, n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17, 1b-11a)

En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »


Ermitage Saint Antoine de Galamus à Saint Paul de Fenouillet

L'ermitage de Saint-Antoine de Galamus est situé au nord-ouest de Saint-Paul-de-Fenouillet au sein des gorges de Galamus (Aude). L'ermitage est à une altitude de 376 mètres. Les gorges de Galamus, au fond desquelles serpente l'Agly, sont un site naturel classé depuis 1927.


Bien que sans doute fréquenté depuis longtemps, le lieu est mentionné pour la première fois au xve siècle, alors que des moines Franciscains aménagent la grotte en chapelle et construisent un ermitage à proximité. Ils placèrent le site sous la protection de Saint Antoine. L’ermitage, construit dans une cavité naturelle de la falaise surplombe le canyon des Gorges et offre un spectacle à « couper le souffle ». Les bâtiments semblent être présents dès 1395.


En 1782 la fin de l'épidémie de suette qui touchait les habitants de Saint-Paul-de-Fenouillet est attribuée à la protection de saint Antoine.


Déserté après la Révolution, l'ermitage est réhabilité à partir de 1843 par le prêtre et moine franciscain Marie-Joseph Chiron (1797-1852), surnommé le Père Marie, qui y vécut quelques années.


Plusieurs ermites s’y succédèrent entretenant le lieu, construisant des bâtiments, instituant la cloche aux vœux, recevant les processions de Pâques et de la Pentecôte. Les ermites se seraient succédés à Galamus jusque vers 1930, donnant une dimension spirituelle au site.


Habiter la Maison du Seigneur

Le jour de mon ordination, j’avais choisi comme psaume celui que nous avons entendu, avec le refrain « J’ai choisi d’habiter la maison de Dieu, j’ai choisi le bonheur et la vie ». Car, il y a-t-il une chose plus essentielle dans notre vie de chrétien de vouloir vivre auprès de Dieu, dans sa demeure ? Dans ce monde bousculé, désordonné, et souvent même effrayant, ne cherchons-nous pas un lieu apaisant, protecteur ? « Le Seigneur est le rempart de ma vie » dit le psaume. Et il est vrai que comme nous l’avait promis Jésus, nous sommes encore au milieu du monde. Et je dois bien avouer que ce monde actuel, du moins le monde européen, et encore plus la société française, commence véritablement à me perturber. Je suis passé par diverses phases au cours de ces années : d’abord intrigué, puis à l’incompréhension de mes contemporains, ensuite à la consternation, et aujourd’hui à un certain écœurement (dans le sens étymologique du terme : qui me retourne le cœur). Il ne s’agit pas pour autant de chercher à s’exclure de ce monde, même si Jésus a refusé de prier pour lui (« ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés »), mais plutôt de trouver sa place et sa mission. Une mission pour laquelle nous sommes envoyés, tant laïcs que clercs, une mission apostolique (c’est le sens du mot apôtre : envoyé).


L’arbre terrestre

Mais l’apostolat ne consiste pas simplement en la catéchèse, ou en une mission d’évangélisation des rues, même si cela est important. Elle doit d’abord trouver ses racines. Reprenons le sens de ce mot. La racine de l’arbre plonge en terre pour y trouver tous les nutriments qui faciliteront sa croissance. Mais il se dresse aussi vers le ciel pour capter la lumière solaire qui lui donnera l’énergie nécessaire à sa vie. L’homme, comme la Croix du Christ prend le même chemin : il est planté en terre, sa condition terrestre, humaine, dans son humus, d’où il tire sa subsistance. Et il tend ses branches vers le ciel afin d’en recevoir la lumière divine. Et comme pour la Croix, sa ramure embrasse le monde.


L’arbre céleste


Pourtant, j’ai trouvé cette curieuse enluminure arabe qui nous montre un arbre qui plonge ses racines dans le ciel (Manuscrit turc T 463, folio 98, 1798, conservé Chester Beatty Library.) On trouve aussi ce genre de représentation dans quelques manuscrits occidentaux. Les racines de cet arbre plongent dans la parole divine (ici le Coran) pour s’en nourrir et étendre ses branches fleuries jusqu’à la terre, vers le monde des hommes.


Deux arbres, deux missions

Les deux images ne s’opposent pas, mais se complètent spirituellement. L’apostolat peut être de rester enraciné sur cette terre pour aider nos frères à trouver tous les nutriments essentiels à leur vie, et espérer les voir tendre leurs branches spirituelles vers le ciel. C’est certainement la mission de tout clerc séculier. Peut-être sera-t-il même obligé d’aider les fidèles à trouver la bonne terre, celle où le grain pourra pousser sans être grillé, ou piétiné. Aider aussi parfois à émonder quelques branches qui ne donneront pas de fruits, voire à bêcher le sol pour l’aérer. Il suffit de relire l’évangile pour retrouver toutes ces images arboricoles.


Cependant, il faut bien le reconnaître, la mission devient de plus en plus ardue… Les arbrisseaux ont envie de se déraciner pour courir le monde, les branches ont le désir de pousser comme elles le veulent, de nouveaux faux soleils sont apparus, les sols s’appauvrissent, et pas question au nom des libertés individuelles de couper quelques branches ni de bêcher la terre. La forêt humaine se transforme en bush australien de bois et broussailles, et le pauvre clerc a bien du mal à cultiver son jardin… Il repense alors à Voltaire : « Il faut cultiver notre jardin », dit Candide à Pangloss à la fin du célèbre conte philosophique Candide ou l'Optimiste. Et le désir lui prend de s’occuper de SON jardin, et de laisser quelque temps en friche l’énorme champ (qui s’agrandit d’année en année) qu’on lui a confié. Difficile mission que celle de ce séculier, encore plus s’il lui semble manquer des conseils et soutien de son jardinier en chef.


L’espérance, à défaut d’espoir, se trouve peut-être dans cet arbre inversé. Il plonge donc ses racines dans la parole de Dieu, dont il se nourrit ; et il étend ses branches vers la terre pour y donner son fruit. Mais, n’est-ce pas là la mission des religieux, de l’Église régulière ? Moines et moniales se nourrissent en premier lieu de Dieu dans la prière, la méditation, la liturgie et le silence. Et ils laissent l’Esprit de Dieu faire son œuvre. Doucement, patiemment, les branches croissent et portent du fruit vers le monde. Peut-être même qu’aux jours derniers les deux arbres : celui de la terre et celui du ciel, se réuniront pour devenir l’échelle qui rejoindra Dieu ? À ce titre, je travaille actuellement sur la notion d’échelle sainte en art, cette échelle spirituelle qui représente la nécessaire quête du ciel. Peut-être la même quête que chantait Jacques Brel, cette inaccessible étoile. Une quête qui n’est pas réservée aux moines, ni même aux prêtres, mais à tout chrétien.


Port d’attache

Permettez-moi une autre image : celle du bateau. La loi maritime oblige tout vaisseau à avoir un port d’attache, un lieu où il est enregistré dont il portera le nom à la poupe et le pavillon national. Mais quel est notre port d’attache ? Nous qui sommes invités à naviguer au milieu des eaux troubles de ce monde, avons besoin de ce port, de ce refuge, de ce rempart, pour reprendre les mots du psaume. Nous avons besoin de cette Maison où nous pourrons nous poser, nous « pauser » et nous reposer. C’est peut-être la grande force des religieux : ils ont cette maison, leur monastère ou leur prieuré, là où ils ont leur attache, là où ils établissent par un vœu leur stabilité. Car l’homme, et encore plus l’homme de foi, a besoin de stabilité (ce que remet en cause les continuelles affectations des curés de paroisse). Un lieu stable où il apprend à connaître ceux qui l’entourent, et à se connaître lui-même. Un lieu où il peut « chercher la Face du Seigneur » et « admirer le Seigneur dans sa beauté, s’attacher à son Temple ». Un lieu stable qui étouffe la clameur du monde pour entendre le Seigneur. Rappelez-vous l’expérience d’Élie dans la montagne (1 Rois 19, 8-13) :

08 Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.
09 Là, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Et voici que la parole du Seigneur lui fut adressée. Il lui dit : « Que fais-tu là, Élie ? »
10 Il répondit : « J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie. »
11 Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ;
12 et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère.
13 Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Alors il entendit une voix qui disait : « Que fais-tu là, Élie ? »

« Le murmure d’une brise légère »

N’est-ce pas de cette brise dont nous avons besoin ? N’est-ce pas à l’écart, dans la montagne, voire dans notre caverne que nous pourrons l’entendre et reconnaître le Seigneur ? Vous comprenez un peu mieux pourquoi j’ai choisi l’image de cet ermitage et de sa chapelle dans la grotte : le lieu de calme, de silence, où l’on peut chercher la face du Seigneur.


Souvent, pour justifier notre boulimie ou notre gourmandise, nous mettons en exergue les nombreux passages de repas dans l’évangile ! Mais pourquoi ne pas mettre aussi en avant tous ceux où Jésus se retire seul, « à l’écart » :


En saint Matthieu :


14.13 Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.

14.23 Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.

17.01 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.

24.03 Puis, comme il s’était assis au mont des Oliviers, les disciples s’approchèrent de lui à l’écart pour lui demander : « Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. »


En saint Marc :


1.45 Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

6.31 Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger.

6.32 Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.

7.33 Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.


En saint Luc :


9.10 Quand les Apôtres revinrent, ils racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Alors Jésus, les prenant avec lui, partit à l’écart, vers une ville appelée Bethsaïde.

9.18 En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? »


Et si nous cherchions le mot « seul », ce serait encore plus notable. Car c’est seul, à l’écart, que nous pouvons ressentir cette brise légère. C’est seul et à l’écart que nous pouvons plonger nos racines en Dieu. Mais ne nous y trompons pas, c’est à la fois dur, long et même douloureux. Il faut du temps, à l’écart, pour que le visage de l’Ami se révèle. Il faut longtemps chercher pour que ce visage se dévoile. Il suffit de relire le Cantique des Cantiques. Et cette solitude sera, au début, pénible, comme une morsure. Jusqu’à ce que la douleur s’estompe et que le doux murmure d’une voix divine se fasse entendre.


À l’écart

Plus le temps passe, plus je me sens attiré par cette vie retirée, à l’écart. Dans une grotte, sur une île ou dans une petite chapelle au bord de la mer. Si Dieu le veut…


Mais cet appel ne me concerne pas moi seul. Non, il s’adresse à tous les prêtres : ils ont besoin de se retirer à l’écart, dans une maison stable, pour se reposer et entendre la voix de Dieu dans le silence (que pouvez-vous leur offrir pour cela ?). Je crois même que c’est une urgence avant tout programme pastoral. À quoi sert de se lancer dans d’innombrables activités, si intelligentes soient-elles, si elles n’ont pas été préparées dans la prière, si elles n’ont pas eu « l’aval » divin dans la méditation ? À quoi bon partir combattre si l’on n’a pas compris que nous ne sommes que des instruments (2 Chroniques 20, 15 : « Ce combat n’est pas le tien mais le mien… ») ?


Cet appel ne s’adresse pas non plus uniquement aux clercs, mais aussi à tout chrétien. À quoi servirait de se dire chrétien si nous ne prenons jamais le temps de lire la Parole de Dieu, d’écouter le Seigneur dans la prière, de prendre le temps du silence ? Pour sortir du bush australien, chacun a sa mission, chacun a sa place, que nous soyons arbre majestueux, broussailles ou simples brins d’herbe. Si nous attendons que ce soient les grands arbres qui commencent, alors l’herbe ne croîtra jamais. Peuple de Dieu, va à l’écart pour chercher la Face du Seigneur, pour l’admirer dans sa beauté et t’attacher à son Temple ! Et s’il est un petit livre que je vous invite à lire (ou à relire) chaque jour, c’est cet ouvrage que Thérèse de Lisieux tenait dans la manche de son scapulaire : L’imitation de Jésus-Christ. Une page par jour, ça ne peut faire que du bien !


Je ne sais si je serai un jour ermite, mais ce que je sais c’est que j’ai soif de voir Dieu, comme le dit le psaume 41 :


02 Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu.

03 Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître face à Dieu ?
04 Je n'ai d'autre pain que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »
05 Je me souviens, et mon âme déborde : en ce temps-là, je franchissais les portails ! Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête, parmi les cris de joie et les actions de grâce.
06 Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu !
07 Si mon âme se désole, je me souviens de toi, depuis les terres du Jourdain et de l'Hermon, depuis mon humble montagne.
08 L'abîme appelant l'abîme à la voix de tes cataractes, la masse de tes flots et de tes vagues a passé sur moi.
09 Au long du jour, le Seigneur m'envoie son amour ; et la nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie.
10 Je dirai à Dieu, mon rocher : « Pourquoi m'oublies-tu ? Pourquoi vais-je assombri, pressé par l'ennemi ? »
11 Outragé par mes adversaires, je suis meurtri jusqu'aux os, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »
12 Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu !


Homélie du Père Marie-Joseph le Guillou

« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ». Le Christ demande à ses apôtres de s’écarter de cette foule immense qui les enveloppe pour être à l’écart et se reposer un peu. C’est ce que lui-même fait souvent : il part dans la montagne à l’écart pour prier son Père. Le Christ veut ainsi montrer à ses apôtres que leur premier devoir est de se mettre à l’écart avec lui et de se reposer en lui. Il choisissait ses apôtres d’abord pour être avec lui, ensuite pour prêcher.


Etre avec lui signifie découvrir le mystère de Dieu de l’intérieur et être capables d’en parler. « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu ». C’est le la part du Seigneur une invitation solennelle pour aller au cœur de la vie du Christ. Le cœur de la vie du Christ est de parler avec son Père.


Etre à l’écart avec le Christ, c’est être auprès de son Père, c’est vivre dans le secret de son Père. Cela doit être le sens de notre vie quotidienne. Nous devons, nous aussi, prendre des temps, à l’écart, pour se reposer en Dieu.


C’est une des données fondamentales de toute l’histoire d’Israël. La grande réalité de la vie est le repos donné dans le Seigneur, le repos qui nous donne de demeurer près de lui et d’expérimenter sa présence. Il s’agit de découvrir au plus profond de nous-mêmes sa présence et d’aller évangéliser ceux qui n’ont pas entendu cet appel.


Remarquons que la foule déjoue cet appel d’aller dans un endroit désert. « À pied, de toutes les villes, ils courent là-bas et arrivent avant eux ». Le Christ est pris de pitié devant cette grande foule. Il se trouve devant des brebis sans berger, devant des hommes accablés, des hommes qui portent le poids de toute une vie de souffrances et il veut les réconforter. « Il est saisi de pitié envers eux, parce qu’ils sont comme des brebis sans berger, alors, il se met à les instruire longuement ». Le Christ se donne tout entier et se livre à eux parce que sa pitié est celle de son Père pour les hommes sans pasteur.


Jérémie parle des misérables bergers : « À cause de vous, mes brebis se sont égarées et dispersées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles ». C’est Dieu lui-même qui va rassembler ces brebis et les ramener dans leurs pâturages pour qu’elles soient fécondes et se multiplient. Le Christ est pris d’une immense pitié pour la foule qu’il a devant les yeux et sa vie n’est qu’une déclaration d’amour pour les brebis sans berger.

Dans le cœur du Christ, il y a une compassion étonnante, reflet de celle même de Dieu, compassion devant la souffrance des hommes, devant le manque d’enseignement des hommes, devant le manque de communion entre les hommes. La vie du Christ n’a qu’un but, celui de rassembler dans l’amour tous les hommes, les amener à l’écart et les faire se reposer en Dieu. J’insiste bien : se reposer dans le Christ, comme il le fait lui-même dans le Père pour être disponibles à l’égard de tous les hommes et livrés pour eux.


Le fait pour le Christ d’être saisi de pitié pour les hommes, d’en avoir compassion et de les instruire lui permet de rétablir la communion entre tous les hommes. Il est mort pour que les enfants de Dieu dispersés dans le monde soient réunis en lui. Il donne sa vie pour ses brebis et c’est ainsi qu’il « créé en lui un seul Homme nouveau ».


L’épître aux Éphésiens nous dit que « le Christ est notre paix car des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ». Le Christ a fait tomber le mur de la haine qui sépare. Il est venu réconcilier tous les hommes dans sa croix et c’est ainsi qu’il tue la cause de la haine. Le Christ est la paix, le Christ est la joie, le Christ est la lumière. Il n’est que lumière et paix et c’est lui qui nous donne d’avoir accès auprès du Père dans un seul Esprit.


Etre « un » est le désir du Seigneur, un dans sa charité, un dans la charité du Père, un dans le don de l’Esprit. Dieu fait un homme absolument nouveau qui laisse de côté tout le ressentiment qu’il y avait entre juifs et païens et les réunit en un seul corps. Nous sommes ici devant le choix du Seigneur qui a voulu nous sauver par sa mort et par ce don total au Père.


« La paix pour ceux qui étaient loin, la paix pour ceux qui étaient proches ». Le Seigneur ne veut qu’une chose : nous annoncer la paix de Dieu qui nous donne accès auprès du Père dans un seul Esprit. Nous sommes vraiment des êtres pris par le Seigneur, mis à l’écart pour nous reposer en lui, et pour annoncer au monde le salut. Si le Christ se repose la nuit, s’il passe des nuits à prier son Père, c’est pour annoncer l’Evangile du plus profond de son cœur, dans une activité souveraine : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19).


Il n’y a pas d’opposition entre repos et travail. C’est le travail qui mène vers le repos, le travail est exigé de la même manière que le repos. Le Seigneur demande de nous un don total qui nous livre à l’amour du Père et qui fasse de nous des êtres qui découvrent le Père. Les apôtres ont fait l’expérience de ce repos à l’écart et c’est pourquoi ils ont pu parler du Seigneur Cela ne sera donné, bien sûr, en plénitude qu’à la mort et à la résurrection mais déjà nous devons nous reposer dans celui qui nous aime et il n’y a pas de chose plus merveilleuse que de demeurer auprès du Père.


« Venez à l’écart dans un endroit désert ». Ce n’est pas une ironie de la part du Seigneur mais bien une volonté de mettre ses disciples dans la vérité. Il les met à l’écart pour qu’il l’écoutent pleinement, pour qu’ils soient totalement avec lui et ce que nous avons à faire c’est de découvrir dans l’écoute de la Parole de Dieu ce mystère de Dieu qui est le Vivant qui nous transforme et nous entraÎne en nous annonçant la paix.


Nous devons vivre dans notre vie chrétienne de l’expérience même du Seigneur c’est-à-dire de la circulation d’amour qu’il y a entre le Père et le Fils. La puissance de l’action de Dieu doit se manifester dans l’union entre les chrétiens. La paix de Dieu est la création d’un monde nouveau, d’un monde libre, d’un monde qui se donne à Dieu, qui n’est qu’ouverture à Dieu.


Demandons au Seigneur d’entrer dans cette compassion infinie du Christ qui se penche avec condescendance mais qui est l’amour infini qui élève, qui met l’homme à un autre niveau jusqu’à la hauteur du mystère de Dieu. C’est une pitié transformante, une pitié pleine de joie et de paix, ce n’est pas une pitié au sens habituel du mot mais c’est une transformation dans le mystère de Dieu. Nous sommes mis au même niveau que le Christ, avec lui, en lui, nous vivons de sa paix et de sa joie, nous sommes des êtres nouveaux. Nous le devons à l’enseignement du Christ qui nous est donné dans l’Evangile.


Le Christ pleure sur ses brebis sans berger. Demandons au Père d’envoyer des pasteurs pour qu’ils se mettent au service du troupeau. Cela se réalisera dans la mesure où nous le prierons.


Demandons au Seigneur qu’il fasse de nous des êtres transformés par l’amour du Père, par l’amour du Fils dans le Saint-Esprit. Nous pouvons rencontrer le Père puisque le Christ nous a donné accès auprès de lui. Le Père nous aime. Laissons-nous faire par lui et le Seigneur fera le reste. Il triomphe en nous puisqu’il est notre amour, notre vérité, notre justification, notre force. Qu’Il nous donne tous ses dons alors nous serons vraiment en Lui. Amen !



L’imitation de Jésus-Christ, traduction de Lammenais


20. De l’amour de la solitude et du silence

Cherchez un temps propre à vous occuper de vous-même et pensez souvent aux bienfaits de Dieu. Laissez là ce qui ne sert qu’à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui touche le coeur que ce qui amuse l’esprit. Retranchez les discours superflus, les courses inutiles; fermez l’oreille aux vains bruits du monde, et vous trouverez assez de loisir pour les saintes méditations. Les plus grands saints évitaient autant qu’il leur était possible le commerce des hommes et préféraient vivre en secret avec Dieu. Un ancien a dit: Toutes les fois que j’ai été dans la compagnie des hommes, j’en suis revenu moins homme que je n’étais. C’est ce que nous éprouvons souvent lorsque nous nous livrons à de longs entretiens. Il est plus aisé de se taire que de ne point excéder dans ses paroles. Il est plus aisé de se tenir chez soi que de se garder de soi- même suffisamment au-dehors. Celui donc qui aspire à la vie intérieure et spirituelle doit de retirer de la foule avec Jésus. Nul ne se montre sans péril s’il n’aime à demeurer caché. Nul ne parle avec mesure s’il ne se tait volontiers. Nul n’est en sûreté dans les premières places s’il n’aime les dernières. Nul ne commande sans danger s’il n’a pas appris à bien obéir. Nul ne se réjouit avec sécurité s’il ne possède en lui-même le témoignage d’une bonne conscience. Cependant la confiance des saints a toujours été pleine de la crainte de Dieu: quel que fût l’éclat de leurs vertus, quelque abondantes que fussent leurs grâces, ils n’en étaient ni moins humbles ni moins vigilants. L’assurance des méchants naît, au contraire, de l’orgueil et de la présomption, et finit par l’aveuglement. Ne vous promettez point de sûreté en cette vie, quoique vous paraissiez être un saint religieux ou un pieux solitaire. Souvent les meilleurs dans l’estime des hommes ont couru les plus grands dangers à cause de leur trop de confiance. Il est donc utile à plusieurs de n’être pas entièrement délivré des tentations et de souffrir des attaques fréquentes, de peur que, tranquilles sur eux-mêmes, ils ne s’élèvent avec orgueil ou qu’ils ne se livrent trop aux consolations du dehors. Oh! si l’on ne recherchait jamais les joies qui passent, si jamais l’on ne s’occupait du monde, qu’on posséderait une conscience pure! Oh! qui retrancherait toute sollicitude vaine, ne pensant qu’au salut et à Dieu, et plaçant en lui toute son espérance, de quelle paix et de quel repos il jouirait! Nul n’est digne des consolations célestes s’il ne s’est exercé longtemps dans la sainte componction. Si vous désirez la vraie componction du coeur, entrez dans votre cellule et bannissez-en le bruit du monde; selon qu’il est écrit: Même sur votre couche, que votre coeur soit plein de componction. Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous perdrez au-dehors. La cellule qu’on quitte peu devient douce; fréquemment délaissée, elle engendre l’ennui. Si dès le premier moment où vous sortez du siècle, vous êtes fidèle à la garder, elle vous deviendra comme une amie chère et sera votre consolation la plus douce. Dans le silence et le repos, l’âme pieuse fait de grands progrès et pénètre ce qu’il y a de caché dans l’Ecriture. Là elle trouve la source des larmes dont elle se lave et se purifie toutes les nuits, et elle s’unit d’autant plus familièrement à son Créateur qu’elle vit plus éloignée du tumulte du monde. Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis, Dieu s’approchera de lui avec les saints anges. Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme, que de faire des miracles et de s’oublier soi-même Il est louable dans un religieux de sortir rarement et de n’aimer ni à voir les hommes ni à être vu d’eux. Pourquoi voulez-vous voir ce qui ne vous est point permis d’avoir? Le monde passe, et sa concupiscence. Les désirs des sens entraînent çà et là; mais l’heure passée, que rapportez-vous, qu’une conscience pesante et un coeur dissipé? Parce qu’on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la tristesse; et la veille joyeuse du soir attriste le matin. Ainsi toute joie des sens s’insinue avec douceur; mais à la fin elle blesse et tue. Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes? Voilà le ciel, la terre, les éléments; or c’est d’eux que tout est fait. Où que vous alliez, que verrez-vous qui soit stable sous le soleil? Vous croyez peut- être vous rassasier; mais vous n’y parviendrez jamais. Quand vous verriez toutes les choses à la fois, que serait-ce qu’une vision vaine? Levez les yeux en haut vers Dieu et priez pour vos péchés et vos négligences. Laissez aux hommes vains les choses vaines; pour vous, ne vous occupez que de ce que Dieu vous commande. Fermez sur vous votre porte et appelez à vous Jésus, votre bien-aimé. Demeurez avec lui dans votre cellule: car vous ne trouverez nulle part autant de paix. Si vous n’étiez pas sorti et que vous n’eussiez pas entendu quelque bruit du monde, vous seriez demeuré dans cette douce paix: mais parce que vous aimez à entendre des choses nouvelles, il vous faut supporter ensuite le trouble du coeur.


Réflexion de Lamennais - Livre 1, chapitre 20

Que cherchez-vous dans le monde? le bonheur? Il n’y est pas. Ecoutez ce cri de détresse, cette plainte lamentable qui s’élève de tous les points de la terre, et se prolonge de siècle en siècle. C’est la voix du monde. Qu’y cherchez-vous encore? des lumières, des consolations, pour accomplir en paix votre pèlerinage? Le monde est livré à l’esprit de ténèbres, à toutes les convoitises qu’il inspire, à tous les crimes et à tous les maux dont il est le principe, et c’est pourquoi le prophète s’écriait: Je me suis éloigné, j’ai fui, et j’ai demeuré dans la solitude. Là, dans le silence des créatures, Dieu parle au coeur, et sa parole est si merveilleuse, si douce et si ravissante, que l’âme ne veut plus entendre que lui, jusqu’au jour où, tous les voiles étant déchirés, elle le contemplera face à face. Le christianisme a peuplé le désert de ces âmes choisies qui, se dérobant au monde, et foulant aux pieds ses plaisirs, ses honneurs, ses trésors, et la chair, et le sang, nous offrent dans la pureté de leur vie une image de la vie des Anges. Cependant, les Chrétiens ne sont pas tous appelés à ce sublime état de perfection. Mais au milieu du bruit et du tumulte de la société, tous doivent se créer au fond de leur coeur une solitude où ils puissent se retirer pour converser avec Jésus-Christ et se recueillir en sa présence. C’est ainsi que, ramenés des pensées du temps à la pensée des choses éternelles, ils auront à dégoût celles qui passent, et seront dans le monde comme n’en étant pas: heureux état ou s’accomplit pour le fidèle ce que dit l’Apôtre: Notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu.


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