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VIIe dimanche du temps ordinaire (A)

Nous sommes le sanctuaire de Dieu




Le grand Toscano,

Igor Mitoraj (Oederan, 1944 - Paris, 2014),

Bronze, hauteur : 292 cm, 1983,

La Défense, Paris (France)



À coté, la même statue à Milan (Italie)





Porte de la Résurrection,

Igor Mitoraj (Oederan, 1944 - Paris, 2014),

Bronze, chaque porte : 6,5 x 3 mètres, 2006,

Basilique Santa Maria degli Angeli, Rome (Italie)


Lecture du livre des Lévites (Lv 19, 1-2.17-18)

Le Seigneur parla à Moïse et dit : « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. »


Psaume 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13

Bénis le Seigneur, ô mon âme,

bénis son nom très saint, tout mon être !

Bénis le Seigneur, ô mon âme,

n’oublie aucun de ses bienfaits !


Car il pardonne toutes tes offenses

et te guérit de toute maladie ;

il réclame ta vie à la tombe

et te couronne d’amour et de tendresse.


Le Seigneur est tendresse et pitié,

lent à la colère et plein d’amour ;

il n’agit pas envers nous selon nos fautes,

ne nous rend pas selon nos offenses.


Aussi loin qu’est l’orient de l’occident,

il met loin de nous nos péchés ;

comme la tendresse du père pour ses fils,

la tendresse du Seigneur pour qui le craint !


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 3, 16-23)

Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Il est écrit encore : Le Seigneur le sait : les raisonnements des sages n’ont aucune valeur ! Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 38-48

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Œil pour œil, et dent pour dent’. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! » Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’ Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »


L’artiste

Né en 1944 en Allemagne d’une mère polonaise et d’un père Français, Igor Mitoraj est diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie où il a été l’élève de Tadeusz Kantor. Au début des années 70, fasciné par les arts précolombiens, il part au Mexique, où il commence à sculpter. Il rentre en Europe en 1974 et expose à Paris en 1976 à la galerie La Hune. En 1979, il se rend à Carrare en Toscane où il commence à utiliser le marbre comme support principal, tout en continuant à travailler la terre cuite et le bronze. En 1983, il installe son atelier à Pietrasanta. Igor Mitoraj est considéré comme l’un des artistes contemporains polonais les plus éminents. À l’âge de 70 ans, Igor Mitoraj décède d'une leucémie en 2014.


Les deux oeuvres

Le Grand Toscano est sa première œuvre monumentale, réalisée en 1981. Cette dernière d’une hauteur de 292 cm, en bronze, a été éditée à trois exemplaires. L’une se trouve à Paris-la Défense, une autre Piazza del Carmine, à Milan.


Les portes de Santa Maria degli Angeli. Porte de droite : L’Annonciation. Un ange venu d'en haut (porte de gauche) et Marie qui écoute (porte de droite). Un arrière-plan diffus donne un aperçu du monde. Le globe se déploie à travers des fonds glabres et des couches ondulantes destinés à signifier la transformation du temps chronologique en un temps de grâce. Sur la lunette, de manière sobre et dispersée, quelques figures soulignent la présence des Anges : des personnages avec seulement la tête, parfois les yeux bandés, et un corps jeune sans tête. Il est difficile de saisir leur essence étant donné la hauteur à laquelle ils sont placés. Au bas de la porte se trouve l'inscription : Ecce ancilla domini fiat mihi secundum verbum tuum.


Porte de gauche : la Résurrection. Elle symbolise le Christ ressuscité, représenté par un personnage portant une croix gravée sur son corps, signe de fusion naturelle et de partage. La figure du Christ ressuscité ne fait plus qu'un avec la Croix qui pénètre au plus profond de son corps. Résurrection vue comme le triomphe de la Croix sur la Mort et le Mal. Jésus est conçu comme une figure jeune et belle, désormais purifiée par la souffrance. En arrière-plan, on voit une tête bandée et la paume d'une main. Ici aussi, sur la lunette, des figures sobres et éparses sont destinées à représenter les Martyrs. En bas, deux têtes aux yeux bandés et au-dessus d'elles, la signature de l'artiste : Igor Mitoraj, A.D. MMV (en l'an de grâce 2005). Les panneaux sont essentiellement lisses, mais le bronze présente de splendides nuances de patines différentes : une verte, une rouille et une terre cuite. La figuration essentielle du récit lui-même est flanquée de grands espaces vides et de "silences". Les figures des lunettes rappellent ainsi le titre de la basilique : Anges et Martyrs. À l'intérieur des deux portes se trouvent de grandes figures en pied d'"archanges". Dans les portes ouvertes, deux petites têtes aux yeux bandés, rapprochées.


Deux sculptures marquantes

Je ne suis pas un grand amateur de l’art contemporain, mais je dois reconnaître que je suis assez touché et ému par les oeuvres d’Igor Mitoraj. Il réussit cette subtile union entre un style classique, romanisant, et un message actuel. De plus, ses œuvres, comme on le voit sur la photo du Grand Toscano à Milan, s’intègrent particulièrement bien dans un environnement urbain, qu’il soit moderne ou plus ancien.


J’ai choisi ces deux oeuvres, dont l’une est visible à Paris, car, à mes yeux, elles illustrent assez bien les propos de saint Paul : « Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. » Dans la première oeuvre, à l’emplacement du coeur, s’ouvre une fenêtre carrée qui laisse entrevoir un visage de trois-quart : qui est donc ce Dieu qui habite en nos coeurs et a fait de tout notre être sa demeure (« Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ») ? N’est-ce pas son visage, sa sainte Face, qui se dévoile en nos coeurs ? Mais la deuxième sculpture sur les portes de l’antique basilique Sainte-Marie des Anges de Rome, apporte un autre élément de réponse… Rappelons-nous que cette basilique a été édifiée dans ce qui reste des thermes de Dioclétien. L’oncle Wiki et la tante Pédia nous le précisent :

Antonio Del Duca a longtemps encouragé la construction, à la suite d'une vision qu'il eut à l' été 1541 d'une « neige légère plutôt que blanche » qui s'élevait des thermes de Dioclétien avec les sept martyrs au centre (Saturnin de Toulouse, Cyriaque de Rome, Largo, Smaragde de Ravenne, Sisinnio, Trasone et Marcel Ier) ; cela l'aurait convaincu qu'un temple dédié aux sept anges devait être construit ; il marque le nom des sept archanges sur les colonnes à l'intérieur du frigidarium. Il commence à imaginer une éventuelle construction d'une église dédiée aux sept anges et aux sept martyrs.

Ainsi, lorsqu’on regarde sur la porte de gauche l’évocation de la résurrection qu’a voulu réaliser l’artiste, on est étonné de découvrir ce corps d’Apollon transpercé, voire transfiguré, par une croix en creux. Bien sûr, comme l’indique la notice ci-dessus : « La figure du Christ ressuscité ne fait plus qu'un avec la Croix qui pénètre au plus profond de son corps. » La Croix est devenue sa demeure éternelle. Et nous, que Dieu a créé, disant (Gn 1, 26) : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance », nous sommes donc à la ressemblance du Christ ressuscité, nous aussi marqués par la Croix qui devrait être notre vraie demeure, ou du moins, sa porte d’entrée. Si nous sommes le sanctuaire de Dieu, c’est qu’il est venu nous marquer de sa Croix, que l’Esprit a fait sa demeure en nous, et que, comme le dit Paul : le sanctuaire de Dieu, c’est nous !


Le sanctuaire de Dieu

Arrêtons-nous un instant sur cette notion de sanctuaire. Mais notons d’abord qu’avant la nouvelle traduction liturgique, le mot grec « naos » (ναός) été traduit comme « temple ». Le mot sanctuaire a plus de force que le mot temple, car il désigne ce que la Bible appelle le « Saint des Saints » du Temple de Jérusalem, le lieu le plus saint d’un édifice religieux, comme le précise le Dictionnaire de l’Académie française. Ce « Saint des Saints » (קודש הקודשים, ou Débir en hébreu : דביר), ce qadosh (קודש) signifie aussi que le lieu est mis à part, extrait du monde profane (Emprunté au latin profanus, de pro « devant » et fanum « lieu consacré »). C’est dans ce lieu mis à part que le Grand prêtre va placer l’Arche d’Alliance sur laquelle ira reposer la shekhina (שכינה), la présence divine de Dieu.


Alors, si saint Paul parle de chacun d’entre-nous comme étant le sanctuaire de Dieu, le mot a une force inégalée. Nous sommes donc différents du monde profane, non pas extraits mais d’une nature différente (le Concile Vatican II, dira, au sujet du sacerdoce, que ce n’est pas une différence de degré mais de nature). Jésus ne l’avait-il pas dit en priant son Père (Jn 17, 16) : « Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde. » Nous n’appartenons plus au monde, nous n’en sommes plus sa propriété car désormais « vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu », nous sommes devenus par le Christ la propriété de Dieu, nous appartenons à Dieu.


Paul va pousser encore plus loin l’analogie avec le Temple de Jérusalem. Au sein du Temple repose l’Arche d’Alliance ; cette Arche qui contient les Tables de la Loi données par Dieu à Moïse. Au sein de l’homme repose l’Alliance établie par Dieu en Jésus-Christ, une alliance qui se fonde sur une loi accomplie, celle de l’amour. Dieu avait déjà gravé notre nom, de tout temps, sur son coeur (Is 49, 16) : « Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux » ; Paul nous invite aujourd’hui à graver cette nouvelle loi en nos coeurs (2 Co 3, 3) : « De toute évidence, vous êtes cette lettre du Christ, produite par notre ministère, écrite non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non pas, comme la Loi, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. »


Faisons avec saint Paul, un pas de plus. « Au-dessus de l’arche, les kéroubim de gloire couvraient de leur ombre la plaque d’or appelée propitiatoire » (He 9, 5) Cette gloire qui repose sur l’Arche, c’est la présence divine, la Shekhina. Mais dès que l’Arche tombe aux mains des Philistins, Dieu la quitte (1 Sam 4, 22) : « La gloire est bannie d’Israël, parce que l’arche de Dieu avait été prise. » Si nous sommes le sanctuaire, le saint des saints, alors sur nos tables de chair où est écrite la loi d’amour, détenues dans l’Arche d’alliance que Dieu a fait avec nous dès notre baptême, l’Esprit, la Présence divine vient reposer. Nous devenons transfigurés, transformés par l’Esprit divin. Ne nous a-t-on pas dit lors de notre baptême, à l’onction : « Dieu vous marque de l'huile sainte pour que vous demeuriez éternellement les membres de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi. » Et cette onction, n’a-t-elle pas fait de chacun de nous des oints, des Christ — Christ [kʁist] (du grec χριστός / christós) est la traduction du terme hébreu מָשִׁיחַ (mashia'h, dont dérive le nom français « Messie »), signifiant « l’oint du Seigneur Dieu », c’est-à-dire une personne consacrée par l'onction divine. Et à la confirmation : « Sois marqué de l’Esprit Saint, le Don de Dieu. »


Oui, Paul avait raison de nous le rappeler : « Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. (…) Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. »


Prise de conscience

Et c’est de cela qu’il nous faut chaque matin prendre conscience : nous sommes le sanctuaire de Dieu. À tel point qu’en nous se réalise ce que j’appellerai « l’avent intermédiaire ». Il y eut un premier avent dans la chair : la Nativité. Nous sommes dans l’attente d’un avent glorieux, la Parousie (rappelez-vous l’embolisme que vous entendez après le Notre Père : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; soutenus par ta miséricorde, nous serons libérés de tout péché, à l’abri de toute épreuve, nous qui attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur. ») Entre les deux, un autre avènement discret vient s’insérer : l’avènement de Dieu en notre sanctuaire intérieur. Il vient établir sa demeure en nous. Et pour reprendre les mots d’Élisabeth de la Trinité :


Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos ; que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

(…)

Je Vous demande de me revêtir de Vous-même, d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre Âme ; de me submerger, de m’envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie.

(…)

Ô Feu consumant, Esprit d’amour, survenez en moi afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe ; que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle tout son mystère.

(…)

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à Vous comme une proie ; ensevelissez-vous en moi, pour que je m’ensevelisse en Vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.


Saint-Christophe

Vous connaissez tous la légende saint Christophe :

Christophe dérive des mots grecs Khristos (Christ) et phorein (porter), c'est-à-dire celui qui porte le Christ, en allusion à un homme de très grande taille (un « géant ») qui, selon la tradition, aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière. Un jour, longtemps après, il entendit la voix d'un petit Enfant qui lui demandait de lui faire traverser l'eau. Il sortit mais ne vit personne. Rentré chez lui, il entendit une seconde fois l'appel de l’Enfant. Dehors, de nouveau il ne trouva personne. Ce n'est qu'au troisième appel que le géant vit le petit Enfant qui attendait là, sur la berge. Il le prit sur ses épaules et commença la traversée. Mais à mesure qu'ils progressaient, l'Enfant devenait de plus en plus lourd et la rivière de plus en plus menaçante, tant et si bien qu'il eut le plus grand mal à rejoindre la berge opposée. Une fois l'Enfant déposé, il lui dit :

« Enfant, tu m'as exposé à un grand danger, et tu m'as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si il aurait été plus lourd à porter. » L'Enfant lui répondit :

« Ne t'en étonne pas, Christophe (porteur du Christ), tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur tes épaules Celui par qui le monde a été créé : car je suis le Christ ton Roi, à qui tu as en cela rendu service. Et pour que tu saches que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre devant ta cabane, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits. »

L’Enfant disparut à ses yeux. Christophe fit ce que l’Enfant lui avait dit et trouva, le matin, des feuilles et des dattes sur le bâton.

En fait, nous sommes tous des Christophe. Nous ne nous appartenons plus. Nous ne sommes ni adeptes de Paul, ou d’Apollos ou de je ne sais qui. Nous sommes même pas adeptes du Christ, nous sommes adoptés par le Christ. « Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. »


Puisse cette exhortation de Paul nous guider pendant le Carême…


Message du Carême 2023 du pape François


Chers frères et sœurs !


Les Évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc concordent pour raconter l’épisode de la Transfiguration de Jésus. Dans cet événement, nous voyons la réponse du Seigneur à l’incompréhension manifestée par les disciples à son égard. Peu avant, en effet, un accrochage sérieux s’était produit entre le Maître et Simon-Pierre qui, après avoir professé sa foi dans le fait que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, avait repoussé son annonce de la passion et de la croix. Jésus l’avait repris avec force : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16, 23). Et voici que « six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne » (Mt 17, 1).


L’Évangile de la Transfiguration est proclamé chaque année, le deuxième dimanche du Carême. Durant ce temps liturgique, en effet, le Seigneur nous prend avec lui et nous emmène à l’écart. Même si nos activités ordinaires requièrent que nous restions aux lieux habituels, en vivant un quotidien souvent répétitif et parfois ennuyant, pendant le Carême nous sommes invités à monter “sur une haute montagne” avec Jésus, pour vivre avec le Peuple saint de Dieu une expérience d’ascèse particulière.


L’ascèse de Carême est un effort, toujours animé par la Grâce, pour surmonter nos manques de foi et nos résistances à suivre Jésus sur le chemin de la croix. Précisément ce dont avaient besoin Pierre et les autres disciples. Pour approfondir notre connaissance du Maître, pour comprendre et accueillir à fond le mystère du salut divin, réalisé dans le don total de soi par amour, il faut se laisser conduire par lui à l’écart et en hauteur, en se détachant des médiocrités et des vanités. Il faut se mettre en chemin, un chemin qui monte, qui exige effort, sacrifice, concentration, comme une excursion en montagne. Ces conditions sont également importantes pour le chemin synodal dans lequel nous nous sommes engagés, en tant qu’Église. Il nous sera bon de réfléchir sur cette relation qui existe entre l’ascèse de Carême et l’expérience synodale.


Pour cette “retraite” sur le mont Thabor, Jésus emmène avec lui trois disciples, choisis pour être témoins d’un événement unique. Il veut que cette expérience de grâce ne soit pas solitaire, mais partagée, comme l’est, du reste, toute notre vie de foi. Jésus, on doit le suivre ensemble. Et c’est ensemble, comme Église pérégrinant dans le temps, que l’on vit l’année liturgique et, à l’intérieur de celle-ci, le Carême, en marchant avec ceux que le Seigneur a placés à nos côtés comme compagnons de voyage. Par analogie avec la montée de Jésus et des disciples au Thabor, nous pouvons dire que notre chemin de Carême est “synodal”, car nous l’accomplissons ensemble sur le même chemin, disciples de l’unique Maître. Bien plus, nous savons qu’il est lui-même la Voie, et donc, que ce soit dans l’itinéraire liturgique ou dans celui du Synode, l’Église ne fait rien d’autre que d’entrer toujours plus profondément et pleinement dans le mystère du Christ Sauveur.


Et nous arrivons au moment culminant. L’Évangile raconte que Jésus « fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière » (Mt 17, 2). Voilà le “sommet”, le but du chemin. Au terme de la montée, lorsqu’ils sont sur la montagne avec Jésus, la grâce est donnée aux trois disciples de le voir dans sa gloire, resplendissant de lumière surnaturelle, qui ne venait pas du dehors, mais qui irradiait de Lui-même. La divine beauté de cette vision fut incomparablement supérieure à toute la fatigue que les disciples avaient pu accumuler pour monter au Thabor. Comme pour toute excursion exigeante en montagne, il faut en montant tenir le regard bien fixé sur le sentier ; mais le panorama qui se déploie à la fin surprend et récompense par son émerveillement. Le processus synodal apparaît lui aussi souvent ardu et nous pourrions parfois nous décourager. Mais ce qui nous attend à la fin est sans aucun doute quelque chose de merveilleux et de surprenant, qui nous aidera à mieux comprendre la volonté de Dieu et notre mission au service de son Royaume.


L’expérience des disciples sur le Thabor s’enrichit encore quand, lorsqu’à côté de Jésus transfiguré apparaissent Moïse et Élie qui personnifient la Loi et les Prophètes (cf. Mt 17, 3). La nouveauté du Christ est l’accomplissement de l’Ancienne Alliance et des promesses ; elle est inséparable de l’histoire de Dieu avec son peuple et en révèle le sens profond. De même, le parcours synodal est enraciné dans la tradition de l’Église et, en même temps, ouvert à la nouveauté. La tradition est source d’inspiration pour chercher des voies nouvelles, en évitant les tentations opposées de l’immobilisme et de l’expérimentation improvisée.


Le chemin ascétique du Carême, ainsi que le chemin synodal ont tous deux comme objectif une transfiguration, personnelle et ecclésiale. Une transformation qui, dans les deux cas, trouve son modèle dans celle de Jésus et se réalise par la grâce de son mystère pascal. Pour que cette transfiguration puisse s’accomplir en nous cette année, je voudrais proposer deux “sentiers” à suivre pour monter avec Jésus et parvenir avec Lui à destination.


Le premier fait référence à l’impératif que Dieu le Père adresse aux disciples sur le Thabor, alors qu’ils contemplent Jésus transfiguré. La voix venant de la nuée dit : « Écoutez-le » (Mt 17, 5). La première indication est donc très claire : écouter Jésus. Le Carême est un temps de grâce dans la mesure où nous nous mettons à l’écoute de Celui qui parle. Et comment nous parle-t-il ? Avant tout dans la Parole de Dieu que l’Église nous offre dans la Liturgie : ne la laissons pas tomber dans le vide. Si nous ne pouvons pas toujours participer à la messe, lisons les Lectures bibliques jour après jour, y compris avec l’aide d’internet. En plus des Écritures, le Seigneur nous parle à travers les frères, surtout par les visages et par les histoires de ceux qui ont besoin d’aide. Mais je voudrais ajouter aussi un autre aspect, très important dans le processus synodal : l’écoute du Christ passe aussi à travers l’écoute des frères et des sœurs dans l’Église, cette écoute réciproque qui est l’objectif principal durant certaines phases, mais qui, de toute façon, demeure toujours indispensable dans la méthode et dans le style d’une Église synodale.


En entendant la voix du Père, « les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : “Relevez-vous et soyez sans crainte”. Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul » (Mt 17, 6-8). Voilà la seconde indication pour ce Carême : ne pas se réfugier dans une religiosité faite d’événements extraordinaires, d’expériences suggestives, par peur d’affronter la réalité avec ses efforts quotidiens, ses duretés et ses contradictions. La lumière que Jésus montre aux disciples est une anticipation de la gloire pascale, vers laquelle il faut aller, en le suivant “Lui seul”. Le Carême est orienté vers Pâques : la “retraite” n’est pas une fin en soi, mais elle nous prépare à vivre avec foi, espérance et amour, la passion et la croix, pour parvenir à la résurrection. De même, le parcours synodal ne doit pas non plus nous faire croire que nous sommes arrivés quand Dieu nous donne la grâce de certaines expériences fortes de communion. Là encore, le Seigneur nous répète : « Relevez-vous et soyez sans crainte ». Redescendons dans la plaine et que la grâce dont nous saurons fait l’expérience nous soutienne pour être des artisans de synodalité dans la vie ordinaire de nos communautés.


Chers frères et sœurs, Que l’Esprit Saint nous fasse vivre ce Carême dans l’ascèse avec Jésus, pour faire l’expérience de sa splendeur divine et, ainsi fortifiés dans la foi, poursuivre ensemble le chemin avec Lui, gloire de son peuple et lumière des nations.


Rome, Saint-Jean-de-Latran, 25 janvier 2023, fête de la Conversion de Saint Paul.



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