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XIIème Dimanche du temps ordinaire (A)

Transparence ? Ou délation ?



Lesbia et son moineau

John William Godward (Battersea, 1861 - Londres, 1922)

Huile sur toile, 99 x 49, 5 cm, 1916

Collection privée


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,26-33

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »


L’artiste et son œuvre

Extrait de Wikipedia

John William Godward naît en 1861 à Battersea, un quartier de Londres, dans une famille bourgeoise au train de vie confortable qui voit d'un mauvais œil son projet de se diriger vers une carrière artistique.

A Yellow Turban est sa première toile exposée publiquement à l'occasion de l'exposition d'été de la Royal Academy en 1887 ; il continue à y exposer jusqu'en 1905, date après laquelle il vend ses œuvres via des intermédiaires privés1.

Un premier voyage en Italie en 1904-1905, sans doute dans la région de Naples, lui laisse une très forte impression : il est notamment très marqué par sa visite de Rome et des ruines de Pompéi. Il retourne s'installer en Italie quelques années plus tard, en 1911, alors qu'il atteint le sommet de sa carrière. Beaucoup de ses tableaux sont peints depuis le jardin de la villa Guarienti-Brenzone à San Vigilio, dans la province de Vérone. On peut citer The Quiet Pet, The Signal, Idleness, Youth and Time ou In the Days of Sappho où l'on reconnaît parfaitement l'un des bustes du belvédère aux douze Césars. Il y reste dix années puis, se sentant trop isolé, revient en Angleterre en 1921. Il y peindra encore cinq toiles avant de se donner la mort ; son ultime tableau, qui est aussi l'un des tout derniers du mouvement néo-classique britannique, reçoit le titre de Contemplation.

À la suite de son suicide en 1922, la famille de John William Godward brûle tous ses papiers et documents, ce qui laisse peu d'éléments pour reconstituer sa biographie.

Godward est l'un des ultimes représentants de l'école néo-classique, dans la lignée de Lawrence Alma-Tadema en particulier. Sa carrière eut beaucoup à souffrir du désintérêt croissant du public du début du XXème siècle pour la peinture de genre gréco-romaine.

Il fait preuve de beaucoup d'habileté dans le rendu des textures (notamment du marbre) et des étoffes, ainsi que dans les dispositions de formes pour parvenir à un ensemble esthétique. Ses tableaux sont consacrés avant tout à exalter la beauté féminine, sans charge narrative ni émotive.


Qui est Lesbia ?

Extrait de Wikipedia

Lesbia (ou Lesbie en français) est la maîtresse à laquelle le poète romain Catulle (87-54 av. J.-C.) dédie de nombreux poèmes. Son identification avec une personne réelle et la portée de cette identification sont discutées. Le personnage de Lesbia a inspiré plusieurs artistes après l'Antiquité.

On ne la connaît que par les poèmes de Catulle. Elle serait en fait, Claudia, épouse du consul Quintus Metellus Celer aux mœurs assez libres. Selon Apulée, un auteur d’Afrique qui a vécu bien plus tard (v. 125-v. 170), « Lesbia » était en réalité un nom de plume inventé par Catulle. Elle est le sujet d’environ la moitié des 118 poèmes qui nous sont parvenus. Catulle aurait donné le nom de Lesbie à sa belle en l'honneur de la poétesse grecque Sappho. Cette dernière vivait sur l'île de Lesbos et tenait une école pour femmes, où elles apprenaient l'érotisme et la poésie.

Lesbia est traditionnellement identifiée à Clodia, répudiée par Lucullus pour inconduite et remariée à Quintus Caecilius Metellus Celer et sœur du démagogue Clodius Pulcher, poursuivie par Cicéron dans Pro Caelio, bien que cette conclusion manque de preuves évidentes, et soit contestée par une minorité de spécialistes.


Le poème III de Catulle

Lugete, o Veneres Cupidinesque,

et quantum est hominum venustiorum !

Passer mortuus est meae puellae,

passer, deliciae meae puellae,

quem plus illa oculis suis amabat.

Nam mellitus erat, suamque norat

ipsam tam bene quam puella matrem,

nec sese a gremio illius movebat,

sed circumsiliens modo huc modo illuc

ad solam dominam usque pipiabat.

qui nunc it per iter tenebricosum

illud, unde negant redire quemquam.

At vobis male sit, malae tenebrae

Orci, quae omnia bella devoratis !

Nam bellum mihi passerem abstulistis.

O factum male, o miselle passer !

tua nunc opera meae puellae

flendo turgiduli rubent ocelli !

Pleurez, Vénus, Amours, et vous tous,

tant que vous êtes, hommes qui aimez Vénus!

Le moineau de mon amante est mort,

le moineau, délices de mon amante,

lui qu’elle aimait plus que ses propres yeux!

Il était aussi doux que le miel,

il connaissait sa maîtresse

comme une petite fille connaît sa mère;

il ne quittait jamais son giron,

mais sautillant tantôt par-ci, tantôt par-là,

pour elle seule il pépiait sans cesse!

Et maintenant, il va par la route ténébreuse

au pays d’où l’on dit que ne revient personne.

Ah! maudites soyez-vous, males ténèbres d’Orcus,

qui dévorez tout ce qui est joli;

il était si joli le moineau que vous m’avez enlevé!

O malheur! pauvre petit moineau!

c’est pour toi que maintenant les beaux yeux de mon amie

sont gonflés et tout rouges de larmes !


Ce que je vois

L’époque est au retour à l’antiquité ! Nous sommes ici devant un bel exemple de l’école née-classique dont un des plus fameux représentants était Lawrence Alma-Tadema. En effet, les premières années du XXème siècle ont vu s’intensifier les fouilles faites à Pompei et la mise en valeur des intérieurs des maisons. Beaucoup de fresques durent restaurées et l’on découvrit les couleurs fraîches et vigoureuses de l’antiquité romaine. De plus, de nouvelles recherches s’orientent sur le style de vie des romains, sur leur mobilier et leur habillement. L’école néo-classique en fera ses choux-gras !

Ainsi, nous retrouvons ici les teintes pourpres découvertes à Pompei, entre autre dans la maison des Vettii. Une grande pièce, dont les murs sont peints à fresque avec quelques génies et des guirlandes florales. Au sol, un pavement de marbre blanc, s’arrête pour découvrir un début de mosaïques. Une table de marbre gris pommelé, supportée par des sphinx blancs, accueille des coupes d’argent et un grand vase appelé rinceau dont la panse est décorée de scènes domestiques.

Sur le klismos (chaise pourvue d’un dossier cintré et de pieds incurvés et effilés) on aperçoit la cage ouvert de l’oiseau, réalisée en bois léger. Derrière la chaise, une peau de lion réchauffe le sol froid.

La jeune femme porte une robe longue, orangée, serrée à la poitrine par un réseau de ruban rouges. Sur les hanches, elle a revêtu un perizonium beige noué derrière. Ses cheveux tirés sont coiffés en chignon et tenus par un double diadème simple en or. Notons qu’à l’époque de la République, lorsqu’une jeune fille n’était pas encore mariée, elle portait le chignon sur la nuque, puis une fois mariée, sur le haut de la tête. Ici, ce serait donc une célibataire.

Elle est encore jeune, ses formes en témoignent ! La main gauche sur la hanche, elle tend le bras droit qui porte un petit moineau (bien que les couleurs feraient plus penser à une mésange). Enfin, il est important de comprendre que ce moineau n’était pas un oiseau... mais une jeune esclave dont était tombée amoureuse Lesbia. Cette enfant est au cœur d’une intrigue avec Xanthias qui poussa Lesbia à la libérer pour que lui puisse profiter de son amour. Vous pouvez lire Lesbia, une nouvelle de Catulle Mendès de 1886 !


Caché ?

Tout doit être révélé ? Rien ne restera caché ? Qu’est-ce que veut dire Jésus ? Plus d’intimité, aucun droit à la vie privée ? Il me semble qu’il faut remettre les choses dans leur contexte ! Et d’abord, en reprenant l’ensemble du verset. La structure stylistique peut révéler un autre sens... (verset 26 et 27) :

Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.

En fait, nous sommes face à quatre antithèses :

  • voilé / dévoilé

  • caché / connu

  • ténèbres / lumière

  • à l’oreille / sur les toits

Mais elles ont sens d’abord dans le contexte évangélique.


Voilé / dévoilé

Qu’est-ce qui est encore voilé et qui sera dévoilé, si ce n’est le Royaume de Dieu ? N’est-ce pas le sens du mot « Apocalypse » qui ne se traduit pas par « catastrophe » mais par « révélation, dévoilement » (Ap 1, 1) :

REVELATION DE JESUS CHRIST, que Dieu lui a confiée pour montrer à ses serviteurs ce qui doit bientôt advenir ; cette révélation, il l’a fait connaître à son serviteur Jean par l’envoi de son ange.

Car un jour, le voile se déchirera pour que le Royaume sera visible. Une première « fissure » eut lieu à la mort de Jésus. Le nouveau Temple s’est déchiré pour l’accueillir (Mt 27, 51) :

Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.

Mais sommes-nous prêts à ôter le voile, à découvrir cette vérité qui peut-être aveuglante, comme Moïse et ses comparses en firent l’expérience (Ex 34, 28-33) ? :

Moïse demeura sur le Sinaï avec le Seigneur quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Sur les tables de pierre, il écrivit les paroles de l’Alliance, les Dix Paroles. Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en mains les deux tables du Témoignage, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur. Aaron et tous les fils d’Israël virent arriver Moïse : son visage rayonnait. Comme ils n’osaient pas s’approcher, Moïse les appela. Aaron et tous les chefs de la communauté vinrent alors vers lui, et il leur adressa la parole. Ensuite, tous les fils d’Israël s’approchèrent, et il leur transmit tous les ordres que le Seigneur lui avait donnés sur la montagne du Sinaï. Quand il eut fini de leur parler, il mit un voile sur son visage.

Pour cela, il faut se préparer, comme le recommande le livre des Proverbes (Pr 3, 4-6) :

Tu trouveras grâce et seras rayonnant aux yeux de Dieu et des hommes. De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur, ne t’appuie pas sur ton intelligence. Reconnais-le, où que tu ailles, c’est lui qui aplanit ta route.

Mais il y’a un temps pour chaque chose... Tout dévoilé aujourd’hui serait aveugler en pure perte... (Qo 3, 6-7) :

Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter. Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.

Caché / connu

Bien des choses sont encore cachées. Et particulièrement les paroles des Jésus. Ne serait-ce que leur sens, compréhensible seulement par les enfants (Mt 11, 25) :

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.

Pour les autres, c’est plus compliqué... (Lc 18, 34) :

Eux ne comprirent rien à cela : c’était une parole dont le sens leur était caché, et ils ne saisissaient pas de quoi Jésus parlait.

Déjà, Dieu l’avait dit à Isaïe (Is 6, 9-10) :

Il me dit : « Va dire à ce peuple : Écoutez bien, mais sans comprendre ; regardez bien, mais sans reconnaître. Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, aveugle ses yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »

En fait, le Christ est lui-même ce mystère caché aux yeux des hommes. Mystère qui sera connu, révélé quand l’Esprit nous sera donné. Mystère de notre salut : entrer dans la Gloire de Dieu (Col 1, 25-27) :

De cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m’a confiée, c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole, le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés. Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire !

Ténèbres / lumière

Tant de choses se déroulent encore dans les ténèbres. C’est le royaume du Malin. Dès le début, Dieu a voulu séparer les ténèbres de la lumière (Gn 1, 4). Car on se perd dans les ténèbres (Ex 10, 21) :

Le Seigneur dit à Moïse : « Étends la main vers le ciel. Qu’il y ait des ténèbres sur le pays d’Égypte, des ténèbres où l’on tâtonne. »

Drame des ténèbres (Est 1 G) :

Jour de ténèbres et d’obscurité ! Souffrance, détresse, angoisse, grand bouleversement sur la terre !

Alors que Zacharie promettait par la venue de son fils Jean (Lc 1, 76-79) :

Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

Oui, un jour, jour de transfiguration, jour où la nuée de ténèbres se transformera en nuée de lumière, un jour la lumière brillera sur tous les hommes. Ce jour viendra, mais il faut être patient... (Qo 2, 13) :

Voici donc ce que j’ai constaté : autant la lumière l’emporte sur les ténèbres, autant la sagesse l’emporte sur la folie.

Alors, veillons dans l’attente de la lumière (Mc 13, 35-37) :

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

À l’oreille / sur les toits

Tout ce que nous apprenons dans l’intimité avec le Christ, tout ce qu’il a susurré à nos oreilles dans la prières, il nous faudra un jour le crier sur les toits. Il nous parle à l’oreille (Mt 6, 6) :

Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Il nous explique, si nous sommes de ses disciples (Mt 13, 9-17) :

Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Et un jour, tout ce que nous aurons entendu du Fils de Dieu, tout ce que nous aurons compris du Verbe Incarné, un jour il nous faudra le crier sur les toits. C’est le sens du mot « kérygme » :

du grec : κήρυγμα, proclamation, message

Ce terme a été utilisé pour désigner le contenu essentiel de la foi en Jésus-Christ annoncée et transmise aux non croyants par les premiers chrétiens. Ce mot continue à être employé aujourd’hui pour évoquer la proclamation missionnaire de l’essentiel de la foi chrétienne.

Ce « noyau dur » de notre foi, saint Paul nous le donne (1 Co 1-13) :

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité.

Ne nous trompons pas !

Ce n’est pas ici un appel à la transparence ! Encore moins à la délation. Ni même, ce qui est à la mode en ces temps, à jeter la lumière sur une série de scandales. Ça, c’est la déviation de notre société qui veut que tout se voit chez les autres, mais surtout pas chez moi ! Un système qui exige que les autres à vouent tout, mais que je puisse garder mes secrets. Une « démocratie » qui met en doute chaque parole, mais intime que l’on croit en ma parole. Je ne peux que vous invitez à lire le livre de Byung-Chul Han, La société de transparence, (PUF, 2017) dont vous trouverez un résumé en annexe.

Ce que Jésus nous demande, c’est d’être patient, de veiller jusqu’au jour où la vérité de l’évangile sera dévoilé, ou le sens de ses Paroles sera connu, où la lumière chassera les ténèbres de nos cœurs pour que nous puissions proclamer haut et fort que nous sommes sauvés. D’ici là, « Veillez et priez ! » (Mc 14, 38).

Saint Augustin (mort en 430). Homélies sur les psaumes, ps 69, 1; CCL 39, 930-931.

Grâces soient rendues au grain de froment, car il a consenti à mourir pour se multiplier. Grâces soient rendues au Fils unique de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui n'a pas jugé indigne de subir notre mort, pour nous rendre dignes de partager sa vie. Voyez comme il était seul avant de faire ce passage! Aussi avait-il dit dans le psaume: Seul, moi, je passerai (Ps 140,10). Il y avait néanmoins une si grande fécondité dans ce grain solitaire qu'il a pu en produire une multitude d'autres. Quand nous célébrons l'anniversaire des martyrs, nous exultons à la pensée que tant de grains ont imité sa passion!

Vous le savez, et nous vous l'avons répété bien des fois, ses membres si nombreux sont unis sous une seule tête, notre Sauveur même, par le lien de l'amour et de la paix. Ils ne forment qu'un seul homme et leur voix se fait entendre souvent dans les psaumes comme la voix d'un seul. Et la voix de cet homme crie vers Dieu comme si c'était leurs voix à tous, car tous ne font qu'un en lui.

Écoutons donc cette voix nous dire les souffrances des martyrs et les furieuses tempêtes de haine qui se sont abattues sur eux en ce monde. Ils pouvaient craindre non pas tant d'y laisser la vie du corps qu'ils auraient à abandonner un jour, mais surtout d'y perdre la foi. N'allaient-ils pas, s'ils cédaient aux atroces souffrances infligées par leurs persécuteurs ou aux attraits de la vie d'ici-bas, laisser s'échapper le fruit des promesses divines ?

Dieu les a libérés de toute peur par sa parole et aussi par son exemple. Par sa parole, en leur disant: Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme (Mt 10,28). Par son exemple, en pratiquant ce que ses discours enseignaient. Ainsi, il n'a pas voulu se soustraire aux mains qui l'ont flagellé, ni échapper à ceux qui l'ont souffleté, couvert de crachats, couronné d'épines et fait mourir sur la croix. Alors qu'il n'était nullement obligé de les endurer, il n'a voulu se dérober à aucun de ces supplices, à cause de ceux à qui ces souffrances étaient nécessaires. Il a fait de sa personne un remède pour les malades.

Les martyrs ont donc souffert, mais ils auraient sans doute renoncé s'ils n'avaient pas eu toujours auprès d'eux celui qui a dit: Et moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde (Mt 28,20).


Prière

Dieu notre force, libère-nous de la crainte qui nous empêche de proclamer sur les toits ce que tu nous dis au creux de l'oreille. Puisque nous avons plus de prix à tes yeux que tous les moineaux du monde, protège-nous et affermis notre foi. Alors nous pourrons, avec courage, nous prononcer pour toi devant les hommes afin que se prononce en notre faveur Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.


Présentation du livre de Byung-Chul Han, La société de transparence - Extrait du site Terre de compassion

Après son essai sur la société de la fatigue, c'est sur la question de la transparence que Byung-Chul Han s'est interrogé. Aujourd’hui, publier ses « confessions » est en effet à la mode. Politiciens, mathématiciens, gens d’Eglise, inconnus, peu importe l'auteur, il faut que la vie de tout un chacun soit « mise en lumière ». Il nous faut tout dire en public, y compris – et surtout – ce qui ne regarde personne. La transparence, nous dit-on, est la base de la confiance. Byung-Chul Han s’élève avec clarté et véhémence contre cet état de fait de notre société qu’il n’hésite pas à qualifier de « pornographique », dans son ouvrage La société de la transparence, paru en 2012.

Il s'interroge d'abord sur les raisons de cette attitude. Pourquoi notre société a-t-elle besoin de la transparence ? Parce que notre société est devenue une société du rendement. Or pour obtenir une valeur sur le marché, une chose doit être exposée aux yeux de tous. « Les choses doivent être exposées afin d’avoir une valeur commerciale. » C’est pourquoi « dans une société de l’exposition chaque sujet devient son propre ‘objet-à-vendre’. »

Il faut que les transactions avancent rapidement, la communication doit être efficace, ce qui nous conduit à toujours être dans le « action-réaction ». Il faut que notre jugement ne prenne pas plus de temps qu’il n'est nécessaire pour cliquer sur le like ou dislike. Le temps pour la réflexion, pour l’intériorité n’a pas sa place dans cette démarche.

Et surtout, notre société a peur de l’altérité, de ce qui ne peut pas être contrôlé, de cet espace de liberté qui peut faire sortir une personne du système dans lequel elle tient son rôle. Alors il faut mettre en place un contrôle qui n’est pas celui d’un pouvoir transcendant qui délimiterait les règles, mais un contrôle immanent dans lequel tout le monde peut contrôler tout le monde : le chef politique, ses citoyens, et l’employé dernier arrivé, son patron.

Pour cela il faut mettre toute action, toute personne dans une lumière qui uniformise tout. Vouloir rendre les choses, les images, les actions ou les personnes transparentes, nous dit Han, c’est vouloir leur enlever cette part qui nous échappe et qui les rend uniques. C’est vouloir rendre toute chose identique. Nous avons l'idée d'une justice où chaque chose reçoit exactement la même part que toutes les autres, où il n'y a pas de préférence, où tout est uniformisé. La transparence permet cette uniformisation. « La société de la transparence est un enfer de l’identique ».

« La transparence est devenue une obligation systématique qui atteint tous les niveaux de la société et qui provient d’un changement de fond » dans notre société. Elle supprime la différence et empêche la spontanéité, la capacité de créer de nouveaux événements, la liberté. Les capacités propres à l’homme ont en effet besoin d’un espace secret pour pouvoir advenir. « Un nouveau mot pour ‘mise-au-pas’ : transparence ».

Cet étalage public conduit à une accumulation de l’information. Mais transparence et vérité ne sont pas identiques. Une accumulation d’informations en soi n’apporte aucune vérité parce qu’il lui manque une direction, un sens. L’accumulation d’informations révèle justement un manque de vérité, parce qu’elle vient remplacer le sens que nous n’avons plus le temps de chercher. Toutes ces informations ne font pas disparaître le fait que l’ensemble est flou. Au contraire, elles l’accentuent et empêchent le jugement. « Devant la masse d’informations croissante, notre faculté de jugement dépérit. » Au lieu d’être le siège du jugement, notre mémoire et donc notre raison « se transforment aujourd’hui en un tas de poubelles et de données, en un bric-à-brac ou ‘en entrepôt bourré d’une masse considérable d’images désordonnées et mal comprises et de symboles usés.’ »

Cette multiplication de la masse d’information a si bien pris le pas sur notre capacité de juger que si nous arrêtions aujourd’hui ce déferlement, nous nous retrouverions en face du vide et de l’incapacité de trouver le sens. Et pour combler ce vide, on a besoin d’une masse toujours plus importante d’informations et d’images. « Mais le trop plein de communication et d’information n’apporte pas la lumière dans les ténèbres.»

La transparence semble être le moyen pour rejoindre l’autre, le moyen de permettre la communion. Han définit la transparence comme « une promiscuité totale du regard avec ce qu’il voit ». Or l’absence de distance n’est pas la proximité, encore moins la communion. La proximité implique un espace dans lequel l’autre peut toujours me surprendre.

L’âge de facebook et de photoshop a fait du visage humain, une face qui ne se réalise que dans ce qu’elle peut exposer. L’obligation à la transparence conduit à une obligation de devenir une image. Ce qui entraîne un soin toujours plus grand de l’apparence (et le succès des clubs de fitness !). Mais la face n’est pas le visage, dont Emmanuel Levinas dit qu’il est le lieu où « l’altérité transcende ». Bien au contraire, « la transparence est l’opposé de la transcendance », nous dit le philosophe coréen.

La transparence empêche toute relation vraie parce que la profondeur d’une relation ne peut être que le fruit d’une délicatesse et d’une maîtrise de soi qui laissent la place à l’altérité et à quelque chose que je ne peux pas connaître, qui reste le secret de l’autre, pour sa liberté. Ce respect pour la part qui m’échappe toujours chez l’autre est ce qui permet la liberté dans la relation et l’attraction pour l’autre qui a toujours la possibilité de me surprendre.

Dans cet état de fait, un des grands slogans actuels est qu’il nous faut être « authentiques », c’est-à-dire qu'il faut « suivre son cœur », le plus souvent au su et au vu de tous.

Byung-Chul Han soulève cet autre aspect de la tyrannie de la transparence : la tyrannie de l’intimité. « L’intimé est la forme psychologique de la transparence. On croit atteindre la transparence de l’âme en exposant ses sentiments et ses émotions, en dénudant l’âme. » Mais le monde aujourd’hui est un marché sur lequel l’intimité va être exposée, vendue, consommée. L’intimité détruit les espaces d’expression objectifs pour leur préférer les mouvements subjectifs affectifs. C’est pour cela que les cérémonies rituelles, entre autres, vont être dénigrées : il y a des signes objectifs qui permettent à ceux qui y participent d’être expressifs sans se donner en spectacle, sans aucune forme de narcissisme. Le narcissisme est une des maladies les plus graves causées par la société de la transparence : à force de se mettre en avant même dans son intimité, on finit pas se chercher et se retrouver soi-même dans toutes les relations que nous avons, dans tout ce que nous faisons. Il n'y a plus de distance par rapport à soi-même.

Même la politique est touchée par cette tyrannie de la transparence. Les politiciens ne vont pas être jugés sur leurs actions, mais l’intérêt général se concentre bien plus sur la personne, ce qui les oblige à se mettre en scène. Pourtant la politique est en soi une action stratégique, et, en tant que telle, « elle a besoin d’une sphère de secret (…) et la fin du secret serait la fin de la politique. ». Pour pouvoir agir, le politicien a besoin de la confiance de ceux qu’il dirige, c’est-à-dire d’un espace qui lui est donné et qui n’est pas transparent. Mais la société de la transparence ne permet pas la confiance. Aussi, au lieu du slogan « la transparence permet la confiance », il faudrait dire « la transparence détruit la confiance ».

« La société de la transparence ne permet pas une communauté, sinon plutôt des amoncellements d’individus isolés, des Egos qui suivent un intérêt commun ou qui se groupent autour d’un marché. Ils se différencient de rassemblements qui ont une activité commune, une activité politique, qui sont capables de dire nous. Il leur manque l’esprit. »

Comme à la fin de son essai sur La société de la fatigue, Han nous invite à retrouver le silence et la contemplation pour permettre une communication qui laisse à chacun la sphère de secret qui lui permette de donner à notre société ce que lui seul peut apporter et qui peut toujours surprendre.

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