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XIIe Dimanche du Temps Ordinaire (C)

Le Christ, le Messie de Dieu...



« Docete, Omnes, Gentes »

Anonyme

Vitraux de la cathédrale de l’Assomption de la Sainte Vierge

Fin XIXe siècle

Cathédrale métropolitaine, Santiago (Chili)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (Lc 9, 18-24)

En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean le Baptiste ; mais pour d’autres, Élie ; et pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : « Le Christ, le Messie de Dieu. » Mais Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne, et déclara : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera.


Le vitrail

Je n’ai malheureusement trouvé aucun renseignement sur son auteur, ni même le contexte de sa réalisation !


Ce que je vois

« Docete omnes Gentes » qui veut dire « Enseignez toutes les nations » (Mt 28, 19) Un paysage de montagnes entourant un lac, ce qui est assez représentatif du Chili ! Un sol caillouteux mais où réussissent à pousser fleurs et plantes. Douze apôtres couverts de tenues de diverses couleurs. On peut au moins repérer Pierre à gauche, clés en mains. De l’autre côté, certainement Paul, Juda étant mort et n’ayant pas été remplacé. Jean, imberbe, à côté de Pierre. Et au centre Jésus qui tient La Croix de bois de la main gauche, et appelle les disciples à partir évangéliser.


Image que l’on qualifie souvent de sulpicienne, mais qui a l’avantage d’être facilement lisible, lumineuse, et qui nous montre l’essentiel : on ne peut séparer Jésus de la Croix !


Dans les synoptiques

J’ai déjà commenté à plusieurs reprises ce texte, que ce soit dans l’évangile de Matthieu ou de Marc (Ascension, année B - XXIe dimanche du temps ordinaire, année A - Solennité de saints Pierre et Paul - XXIVe dimanche du temps ordinaire, année B), vous avez le choix pour les relire ! Alors, aujourd’hui, plutôt que de nous arrêter sur la réponse que nous pourrions donner, penchons-nous sur la réponse de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie de Dieu » (verset 20). En fait, la réponse exacte de Pierre est « Le Messie de Dieu », traduction du grec : Τὸν χριστὸν τοῦ θεοῦ. De fait, le mot Christ en grec se traduit Messie, qui vient de l’hébreu משיח.


Sagacité et bêtise

La réponse de Pierre semble immédiate, il ne semble pas y avoir vraiment réfléchie. Elle vient certainement plus du coeur que de l’intelligence. Il est vrai qu’à chaque fois qu’il a voulu faire preuve d’intelligence ou de sagacité, il s’est trompé, et s’est même parfois fait vertement tancer par Jésus (Mt 16, 22-23) :

Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Mais Jésus sait aussi reconnaître, quelques minutes auparavant, quand Pierre parle avec le coeur, pour ne pas dire qu’il laisse parler son âme (Mt 16, 17-19) :

Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Le Père parle aussi par la bouche de Pierre. Ce jour-là, et plus tard, quand il deviendra le premier des Apôtres. Il est rare que le Père parle autrement que par la bouche de Jésus.


Les Paroles du Père

En fait, elles sont au nombre de trois :

  1. Au baptême de Jésus (Mt 3, 16-17 / Mc 1, 9-11 / Lc 3, 21-22) :

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » (Lc 3, 21-22)

2. À la Transfiguration (Mt 17, 1-8 / Mc 9, 2-8 / Lc 9, 28-36) :

Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9, 7)

3. À Gethsémani (Jn 12, 27-30) :

Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.

C’est d’autant plus surprenant que dans l’évangile de Jean, Jésus déclare (Jn 5, 36-38) :

Mais j’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir ; les œuvres mêmes que je fais témoignent que le Père m’a envoyé. Et le Père qui m’a envoyé, lui, m’a rendu témoignage. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face, et vous ne laissez pas sa parole demeurer en vous, puisque vous ne croyez pas en celui que le Père a envoyé.

Peut-être avons-nous entendu sa Voix, mais n’avons-nous pas su l’écouter... Mais Pierre semble avoir entendu et écouté cette voix qui résonne en lui, cette voix qui lui fit dire de façon innée que Jésus était le Christ, le Messie de Dieu. car, même si nous cherchons notre propre réponse à cette question, Dieu nous a donné quelques éléments sur qui est Jésus :

  • Il est le Fils bien-aimé du Père.

  • En Jésus se trouve la joie du Père, son bon plaisir.

  • Il nous faut écouter Jésus.

  • En Jésus, le Nom du Père est glorifié.

Et Pierre :

  • Jésus est le Christ, le Messie de Dieu.

Et Jésus ?


Et lui, Jésus, que dit-il de lui ? Nous pourrions simplement reprendre la réponse qu’il parsème dans l’évangile de Jean, les nombreux « Je suis »...
  • Il est le Pain de Vie (Jn 6, 35) :

Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif.
  • Il est le Messie (Jn 4, 25-25) confirme-t-il à la Samaritaine :

La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
  • Il est la Lumière du monde (Jn 8, 12) :

De nouveau, Jésus leur parla : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »
  • Il est la Porte (Jn 10, 07) :

C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis.
  • Il est le bon Pasteur (Jn 10, 11) :

Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.
  • Il est la Résurrection et la Vie (Jn 11, 25) :

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.
  • Il est le Maître et Seigneur (Jn 13, 13) :

Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
  • Il est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14, 06) :

Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.
  • Il est la Vigne (Jn 15, 01 et 15, 05) :

Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. (...) Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments.
  • Il est le Nazaréen (Jn 18, 05) :

Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux.
  • Par excellence, il est, l’être dans toute sa plénitude (Jn 8, 28 // 8, 24, 8,58) :

Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné.

Tout n’est-il pas dit ? Ne pourrions-nous, en plus de notre réponse de coeur, nous laisser enseigner par la propre définition que Jésus donne de lui-même ?


Il est, je suis

  • S’il est le Pain de Vie, je suis celui qu’il vient nourrir à chaque eucharistie. Mais ai-je suffisamment faim de lui ?

  • S’il est le Messie, le Christ, l’Oint du Seigneur, ne suis-je pas devenu à son image en étant moi-même oint du Saint-Chrême à mon baptême et ma confirmation (et l’ordination pour les clercs) ? Suis-je suffisamment conscient de cette grâce qui m’est faite : je suis l’égal du Christ !

  • S’il est la Lumière du monde, ne suis-je pas son porte-flambeau ? Mais est-ce que je transmets suffisamment cette lumière divine à mes frères ? Ne suis-je pas sous le boisseau, dans ma timidité ?

  • S’il est la Porte, ne suis-je pas la brebis qu’il appelle à entrer dans la bergerie ? Mais, ne suis-je pas parfois comme le Fils ainé qui refuse d’entendre l’appel du Père qui lui appelle à partager sa joie ?

  • S’il est le bon Pasteur, il me guide par sa voix et connais mon nom. Mais suis-je suffisamment à l’écoute de la Parole de Dieu ? Suis-je convaincu qu’il connaît mon nom et que j’ai du prix à ses yeux ?

  • S’il est la Résurrection et la Vie, je suis celui qui est appelé à ressusciter, à me lever, à vivre de sa vie. Mais suis-je suffisamment sûr de cela ? Ai-je toujours le courage de me lever ? Ai-je conscience du prix de cette vie divine qu’il fait couler en mes veines ?

  • S’il est le Maître et le Seigneur, ne suis-je pas son serviteur ? Mais donnè-je suffisamment de temps à mon Maître dans la prière ? Suis-je à son service, comme le Scout qui prie en disant : Apprenez-moi à vous servir comme vous le méritez... ?

  • S’il est le Chemin, la Vérité et la Vie, ne suis-je pas celui qui parcourt, qui se laisse éclairer par l’Esprit de Vérité, qui a soif de la Vie du Père ? Mais je m’écarte souvent du chemin, j’oublie d’appeler l’Esprit et je me rassasie des fausses vies du monde...

  • S’il est la Vigne, je suis le sarment. Mais ce sarment reste suffisamment « branché » sur le pied de vigne ? Ne cherche-t-il pas à se planter de lui-même, cherchant une autre sève, assoiffé d’autonomie ?

Inutile de poursuivre cette liste... Elle n’est là que pour nous rappeler que nous ne pourrons trouver le véritable suc de notre vie qu’en Jésus qui, par l’Esprit, nous mène au Père, soutenus par la prière de Marie et des saints.



Prière du « Je Suis »

Notre Père qui est aux cieux

Que ton nom Je Suis soit sanctifié

Je suis ton règne arrivé

Je suis ta volonté accomplie

Je suis sur la terre comme je suis au ciel

Je suis celui qui donne en ce jour leur pain quotidien à tous

Je suis celui qui pardonne toutes vies en ce jour comme

Je suis aussi toutes vies qui me pardonnent

Je suis celui qui éloigne tout homme de la tentation

Je suis celui qui délivre tout homme de toutes conditions néfastes

Je suis le royaume

Je suis le pouvoir

Je suis la gloire de Dieu en sa manifestation éternelle et immortelle

Je suis tout cela

Je suis

(Moi qui suis sanctifié, Je suis c’est moi)



Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Commentaire de l'évangile de Luc, 9, 5, 18.21; PG 72, 645-652. Ou: 49, éd. R. M. tonneau; CSCO Syr 70, 110-115.

Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : Pour la foule, qui suis-je (Lc 9,18) ? Ainsi, en priant à l'écart, en compagnie des seuls disciples, le Sauveur et Seigneur du monde leur donnait l'exemple d'une vie sainte. Ce qu'il faisait là risquait pourtant de jeter le trouble dans l'esprit des disciples. En effet, ils le voyaient prier à la manière des hommes, alors que la veille il avait accompli sous leurs yeux des prodiges dignes d'un Dieu. Ils pouvaient donc se demander, avec de bonnes raisons : "Que devons-nous croire à son sujet? Est-il Dieu, ou bien homme ?" <>


Jésus leur a donc posé cette question pour leur éviter d'être troublés par de semblables pensées. Comme il n'ignorait rien de ce qu'on répétait à son sujet en dehors de leur groupe, il voulait d'autant plus les détourner de l'opinion de la foule et faire naître en eux la foi droite. Il leur dit : Eh bien, pour la foule, qui suis-je ? <>


Et Pierre encore s'élance le premier. Il se fait l'interprète de tout le groupe et prononce des paroles inspirées par l'amour de Dieu. Il proclame une juste confession de foi en Jésus, en le nommant le Christ de Dieu. Le disciple parle avec circonspection. À la vérité, il ne l'appelle pas seulement Christ, mais bien le Christ de Dieu.


De fait, un très grand nombre d'hommes ont été oints par Dieu, et, pour cette raison même, ont été appelés christs, en des sens différents. Certains, en effet, avaient reçu l'onction des rois, d'autres, l'onction des prophètes, et il en existe encore d'autres : nous-mêmes, qui avons obtenu notre délivrance par le Christ lui-même, notre Sauveur à tous, nous avons aussi reçu l'onction de l'Esprit Saint et nous portons le nom de Christ. Il y a donc de très nombreux christs, appelés de ce nom par suite de l'onction, mais il n'y a qu'un seul et unique Christ de Dieu le Père. <>


Dès que le disciple eut fait cette profession de foi, le Seigneur leur défendit vivement de révéler à personne (qu'il était le Christ). Mais quoi ? Les disciples n'auraient-ils pas dû plutôt aller l'annoncer de tous côtés ? Telle était, en effet, la tâche de ceux qu'il avait désignés pour la mission. Mais, comme le dit la sainte Écriture, il y a un temps pour chaque chose (Qo 3,1). Avant de pouvoir annoncer le Christ, il fallait que surviennent d'autres événements prédits mais pas encore accomplis : c'était la croix, la passion, la mort corporelle, la résurrection d'entre les morts, ce grand miracle, vraiment inouï, attestant que l'Emmanuel est Dieu véritable et Fils de Dieu le Père par nature. <>


Il leur enjoignit donc d'entourer de silence le mystère, pour un temps, en attendant que tout le plan divin parvienne à son propre achèvement. Car, dès qu'il fut ressuscité d'entre les morts, il ordonna de révéler le mystère aux habitants de la terre entière, en offrant à tous la justification par la foi et la purification par le saint baptême. Il déclare en effet : Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit: et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde (Mt 28,18-20).


Prière

Seigneur notre Dieu, toi dont le Fils a choisi d'être un Messie partageant nos souffrances et notre mort pour manifester ton amour sans mesure, fais-nous la grâce de découvrir qui est en vérité le Fils de l'homme et de porter avec lui notre croix sur le chemin qui mène à la vie éternelle. Par Jésus Christ.

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