XIIIe Dimanche du Temps Ordinaire (C)

En route ! -



La leçon de labourage,

François-André VINCENT (Paris, 1746 - Paris, 1816),

Huile sur toile - Dimensions : 213 cm sur 313 cm, 1798,

Musée des Beaux-Arts, Bordeaux (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (Lc 9, 51-62)

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village. En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »


La peinture

François-André Vincent est un peintre français, membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, puis professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris, où il succède en 1792 à Anne-Louis Girodet. Il était considéré comme le concurrent de Jacques-Louis David, mais les convictions royalistes de Vincent l’ont écarté du succès après la Révolution Française. Notons simplement qu’il eut comme élève le célèbre Horace Vernet.


Réalisée après la Révolution, cette toile reprend un thème apprécié depuis le milieu du Siècle des Lumières, à savoir la leçon d’agriculture, ici déclinée dans l’art du labourage, l’éducation par le travail des champs étant déjà chère à Jean-Jacques Rousseau qui, dans le deuxième livre de l’Émile ou de l’Éducation (1762), en fait « le premier métier de l’homme ». Dans le livret du Salon de 1798, on décrit ainsi le tableau : « Pénétré de cette vérité que l’Agriculture est la base de la prospérité des États, le peintre a représenté un père de famille [riche marchand bordelais, Bernard-Boyer Fonfrède] qui, accompagné de sa femme et de sa jeune fille, vient visiter un laboureur au milieu de ses travaux. Il lui rend hommage en assistant à la leçon qu’il l’a prié de donner à son fils [Jean-Bernard], dont il regarde l’éducation comme imparfaite sans cette connaissance ». 


Pieds nus, dirigeant l’enfant débarrassé des vêtements superflus, le laboureur œuvre avec des bœufs très soignés par Vincent (1746-1816), sur un arrière-plan de paysage pyrénéen, dans la région de Toulouse. Ces bœufs peuvent être d’une souche du Massif Central, peut-être des Salers.


Ce que je vois

Évidemment, cette peinture n’illustre pas directement l’Évangile de ce jour, ni même la première lecture évoquant l’appel d’Élisée. Pourtant, elle n’en est pas si éloignée. Tout est question de charrue, de bœufs, et surtout d’accepter de se mettre à leur suite. Un champ, deux bœufs sous le joug, une charrue, un élève, un maître laboureur, et une petite famille bien propre…


Les bœufs ont commencé à avancer, un peu mollement, sans grande conviction. Sont-ils impressionnés par la présence de cette famille bourgeoise ? Ont-ils peur de les éclabousser de boue ? Non, ils ne font qu’obéir tranquillement aux ordres. Et là, les ordres sont un peu confus… Il faut dire qu’ils ne reconnaissent pas la main du maître. Ce garçon qui a saisi la charrue et s’empare du bâton ne sait pas bien ce qu’il fait, ni ce qu’il veut. À un tel point que le maître est contraint de l’obliger à regarder devant. Cet adolescent rêve de conduire son attelage comme une Ferrari. Avec fougue, il s’est débarrassé de ses vêtements encombrants, jetés au sol à droite, et s’est jeté sur le soc de la charrue. On pourrait presque l’entendre dire : « Mais, laissez-moi faire ! » Il s’empare du bâton, le maître le retient. Cet enfant veut être libre. Les muscles de ses fines jambes et de son fessier sont tendus, montrant un corps prêt à jaillir, à bondir. Mais sa jeunesse lui masque les obligations de sa charge… D’abord, guider son attelage, en être le maître, le conducteur. Puis regarder devant, savoir où l’on va. Être prêt aussi à ne pas aller aussi vite que l’on croirait, histoire de bien faire les choses plutôt que de les bâcler… Il n’a pas encore compris que labourer, creuser son sillon dans la vie est une affaire d’équipage… Lui, les bœufs, le maître. On n’avance pas seul !


L’équipage


Le bœuf

  • Le bœuf et le taureau (hébr. par, schor - grec, bous) sont souvent le symbole de la patience dans le service et de la fidélité dans le travail. En Deutéronome 25, 4, il est dit : « Tu n’emmuselleras pas le bœuf, pendant qu’il foule le grain ». 1 Corinthiens 9, 9 et 1 Timothée 5, 18, appliquent ce verset au serviteur du Seigneur, qui peut aussi s’attendre à une récompense matérielle pour son travail (cf. Gal. 6, 6). Il est vrai que bien des fois, Paul n’a pas usé de ce droit afin de n’être à charge à personne, de ne pas scandaliser et de réaliser le principe que l’Évangile doit être gratuit (Actes 20, 33-35; 1 Cor. 9, 12, 19; 2 Thess. 3, 8).

  • Le taureau et le bœuf sont aussi l’image de la force (Gen. 49, 6; Prov. 14, 4). Les animaux, semblables à un bœuf ou à un veau, qui se tenaient à l’entour du trône de Dieu (Ézéch. 1, 10; Apoc. 4, 7) parlent de force dans les voies et dans les actions de Dieu envers les hommes.

  • Dans l’Ancien Testament, le taureau, en tant qu’animal pur (cf. Lév. 11, 3), représentait un sacrifice d’une valeur particulièrement élevée (Lév. 1, 3 ; 4, 3, 14).

Au risque de choquer, cet équipage de force, ces deux bœufs, ne sont-ils pas l’Église qui tranquillement avance, suit son chemin vers la montagne où Dieu l’attend ? Une Église qui s’est mis sous le joug du Seigneur. Une Église, comme un couple, progressant en sainteté sous le lien conjugal (sous le même joug…). Une Église qui creuse son sillon au milieu des hommes, de l’humanité, dans l’humus, la terre. Une Église qui foule notre grain pour en extraire la farine de la charité, notre substantifique moelle…


Un maître

Un maître qui guide. Qui peut-il être d’autre que l’Esprit-Saint ? Même le vent souffle dans son vêtement. Il a relevé les manches, il est pieds nus, bref… en pleine action ! Il nous montre le chemin. Il nous invite à regarder droit devant nous, pour suivre l’Église. Il évite même que nous saisissions le bâton de la menace. Nous n’avançons pas vraiment quand c’est à coup de trique !


Un enfant

Ne sommes-nous pas des enfants dans la foi ? Ne sommes-nous pas invités à mettre la main à la charrue et à ne pas regarder derrière mais à avancer droit devant ? Ne devons-nous pas nous dépouiller de nous-même pour suivre le chemin ? Ne faut-il pas laisser sur le bord du chemin le vieil homme qui nous encombre ? N’avons-nous pas revêtu la tenue blanche et pure du baptême ? Le chrétien se doit de travailler aux œuvres de Dieu, à la mission de l’Église, inviter à creuser son sillon au milieu des hommes et du monde. Comme le disait Ignace de Loyola : « Nous devons avoir de la sympathie pour ce monde », c’est-à-dire « souffrir pour ce monde ». Le chrétien n’est peut-être pas du monde, mais il n’en reste pas moins qu’il est en ce monde… Relisons le chapitre 17 de l’Évangile de saint Jean :

Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Et Jésus ?

Nous a-t-il abandonné ? Nous laisse-t-il seul dans cette Église ? Non… Ne le voyez-vous pas ? Discret, mais efficace ! Il vient creuser dans nos vies. Il vient labourer notre humus… Il est le roc, le fer cloué sur le bois… Il est la charrue, tiré par l’Église, guidé par l’Esprit, plongé en terre et labourant notre humanité, soutenu par la main du jeune chrétien dans sa pureté baptismale. Et sur ce bois de la Croix, on y distingue encore les instruments de la passion, comme les clous et le marteau qui l’a crucifié… Car mettre la main à la charrue exige des sacrifices…


Les autres…

Ils sont là, sur le côté, évitant de se salir. Oh, la petite fille aimerait bien rejoindre son frère à la moisson ecclésiale. Elle implore sa mère qui ne semble pas beaucoup s’en émouvoir. Elle ne tient pas à se salir, son mari non plus. Ils restent sur le côté, regardant, écoutant, mais sans s’investir dans ce qui se joue sous leurs yeux. Pourtant, ils ont encore leur tenue baptismale… mais rien n’y fait. Ils préfèrent ne pas se mouiller, rester à côté et bénéficier du travail des autres sans se salir les mains… Ne sommes-nous pas parfois comme eux ? Consommateurs sans être acteurs ? Regardant le train passer sans y monter ?


Terrain labouré, terrain à labourer…

Nous avons déjà labouré une belle parcelle de notre vie. Il suffit de regarder le champ dans le fond du tableau. La liste de ce que nous avons vécu risquerait d’être aussi longue qu’ennuyeuse. Mais ce n’est pas fini. Il nous reste une belle parcelle à labourer. Celle que l’on ne voit pas sur cette toile ! Celle que regarde l’Église par l’œil du bœuf (ou l’œil-de-bœuf !), celle vers laquelle ces animaux veulent nous emmener. L’Esprit nous montre la direction et retient le bras du pasteur ! Un pasteur encore enfant (moins fin que celui du tableau… en tous les sens du terme !), mais qui veut avec vous mettre la main à la charrue, ne pas regarder derrière et aller de l’avant. Un pasteur qui vous invite, si vous étiez sur le bord du chemin, à mettre la main à la charrue. Si vous êtes déjà dans l’attelage, à continuer d’appuyer sur le soc, de vous appuyer sur Jésus pour aller au plus profond de notre humanité. N’ayez pas peur ! Laissez la queue des vaches chasser les mouches qui nous gênent ! Venez ! Suivons-les ! Allons de l’avant, comme l’Esprit nous l’indique de son doigt créateur. Car il veut créer, recréer, enfanter notre église familiale. Il y a encore bien de l’espace à labourer ensemble, entraînés par l’Église, creusés par le Christ, guidés par l’Esprit, conduits par nous tous !


Vers quoi ? Vers où ?

Tout simplement, vers le Père qui nous attend sur la montagne. Un Père qui ne veut que notre bonheur. Un bonheur que nous trouverons et vivrons en communauté ecclésiale. Comment ? En suivant notre sillon… Et vous le savez bien, on ne court pas tous les lièvres à la fois ! « Qui trop embrasse point n’étreint » dit la sagesse populaire. Ne suivons pour l’année à venir qu’un seul sillon, un seul objectif : prière et liturgie.


Prière et liturgie

J’aimerais que nous fassions de l’année à venir une année de prière, de lecture de la Bible. Une année pour vivre avec ferveur et sens du sacré nos liturgies, une année pour faire de notre famille un peuple saint et priant, un peuple empli de la Parole de Dieu, un peuple accueillant à tous, un peuple guidé par l’Esprit, un peuple où chacun met la main à la charrue, à sa mesure et en fonction de ses charismes et capacités, un peuple où personne ne reste sur le bord du chemin…



La Prière du Laboureur. Louis MERCIER (1870-1951).

Pour que la table soit toujours joyeuse, afin

Que ceux de la maison y mangent à leur faim,

Donnez-nous notre pain de chaque jour, ô Père,

Gardez nos bras vaillants et nos sillons prospères.

Bénissez la charrue, et le soc et les bœufs,

Et ceux qui vont jetant la semence autour d’eux.

L’hiver venu, Seigneur, pour qu’elle les protège,

Sur les blés nés à peine, étalez votre neige.

Plus tard, accordez-leur tout le soleil qu’il faut,

Et s’ils ont soif, ouvrez vos fontaines là-haut.

Donnez-nous des moissons abondantes et belles,

Et bénissez les moissonneurs et les javelles .

Bénissez ceux qui font les meules, bénissez

Ceux par qui les grands chars de gerbes sont dressés.

Bénissez les fléaux dans les aires sonores,

Bénissez les batteurs levés avant l’aurore.

Bénissez les boisseaux et bénissez le van

Qui garde le bon grain et rend l’ivraie au vent.

Bénissez le moulin, la meule et la trémie,

Et bénissez la huche où la pâte est pétrie.

Et bénissez le four, où, dans le feu vermeil,

Le pain mûrit ainsi que les blés au soleil.

Dieu très-bon, bénissez la table des ancêtres,

Et donnez-nous le pain de chaque jour, ô Maître !


Commentaire de saint Hilaire (+ 367) sur le psaume 139, Commentaire sur les psaumes, ps 139, 12; CSEL 22, 784-785.

Sûr d'être protégé au jour du combat, le Christ fait aussi cette prière : Seigneur, n'accorde rien au pécheur à l'encontre de mon désir (cf. Ps 139,9). Lui qui a dit : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (Jn 6,38), est également pressé de réaliser la tâche entreprise par obéissance, non sans toutefois nous rappeler qu'il peut exercer librement sa volonté.


Il veut, en vérité, ce qu'a voulu le Père. Par ces paroles : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé, Jésus montre, en effet, qui est celui qui l'a envoyé et à qui il obéit, sans pourtant supprimer son vouloir propre. Il aspire donc à accomplir toutes les volontés de son Père. Il s'empresse aussi de réaliser tout ce que lui-même désire voir accompli dans sa passion, de peur qu'un pécheur ne prenne les devants pour le déjouer.


Il a ardemment désiré (Lc 22,15) manger la Pâque avec ses disciples. Il a célébré à la hâte le repas de la Pâque. Désirant boire le calice de sa passion, il a dit : Est-ce que je vais refuser la coupe que mon Père m'a donné à boire (Jn 10,11) ? Quand les hommes qui le cherchaient se présentèrent pour se saisir de lui et demandèrent qui était Jésus, il s'avança de lui-même. Sachant qu'il devait boire la coupe de vinaigre, il demanda à la boire et, aussitôt après y avoir bu et après avoir ainsi mené à bonne fin son grand dessein, il dit : Tout est accompli (Jn 19,30), mettant dans ces mots toute sa joie de voir réalisé ce qu'il désirait tellement.


Dans les psaumes, le Christ avait souvent prié pour que sa vie soit préservée du glaive. Il avait annoncé qu'aucun de ses os ne serait brisé. Il avait prédit que sa tunique serait tirée au sort (Ps 21).


Il prie pour que tout cela se réalise selon son désir, afin que l'on croie en l'accomplissement des prophéties. Il ne veut pas que les pécheurs aient la possibilité d'agir sur un de ces événements, ni d'empêcher la célébration de la Pâque si ardemment désirée, ou qu'ils n'osent pas lui présenter la coupe de sa passion. Car la première réponse que le Sauveur avait adressée aux pécheurs venus l'arrêter, les avait tous terrassés.


Il ne faut pas que manque le vinaigre qui doit lui être offert, que le soldat lui perce le côté avant qu'il ne rende l'esprit, ni qu'il trouve dans la lenteur de sa mort un motif pour lui briser les os.


Il veut qu'aucune prophétie ne soit retranchée, et que rien de ce qu'il attend ne soit laissé au bon plaisir du pécheur. Il veut que s'accomplissent en lui tous les événements annoncés dans les prophéties et que lui-même désire. Et il prie pour leur réalisation, non qu'ils puissent ne pas s'accomplir, mais afin que les hommes comprennent que ces prophéties le concernaient.


Prière

Dieu d'amour et de feu, tu fais miséricorde à ceux qui te repoussent, mais tu exiges de tes disciples un attachement sans partage. Prends-nous à ton service pour l'annonce du Royaume et accorde-nous de suivre, sans regard en arrière, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.