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XIVe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Nul n’est prophète en son pays



Jésus rejeté à la synagogue

James Tissot (Nantes, 1836 - Buillon, 1902).

1886-1894. Papier, crayon et couleur à l’eau, 27.1 x 19.2 cm

Brooklyn Museum, New-York (U.S.A.)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc (Mc 6, 1-6)

En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi. Alors, Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.


L’artiste

James (à l’origine Jacques Joseph) Tissot, peintre, graveur et émailleur français. Il a grandi dans un port, une expérience qui se reflète dans ses tableaux postérieurs illustrant la vie à bord d’un navire. Il s’installe à Paris vers 1856 et devient un élève de Louis Lamothe et Hippolyte Flandrin. Il fait ses débuts lors du Salon de 1859 et a continué à y exposer avec succès jusqu’à ce qu’il se rende à Londres en 1871.


Ses premières peintures illustrent les obsessions romantiques du Moyen Âge, très en vogue à l’époque, tandis que des œuvres telles que la Rencontre de Faust et Marguerite (1861; Paris, Musée d’Orsay) et Marguerite aux Remparts (1861; inédit) montrent l’influence du peintre belge Baron Henri Leys. Au milieu des années 1860, Tissot abandonne ces tendances en faveur de sujets contemporains, parfois avec une intention humoristique, comme dans Deux sœurs (1864; Paris, musée du Louvre) et Battre la retraite dans les jardins des Tuileries (1868; collection privée). Le tableau Young Ladies Looking at Japanese Objects (1869; collection privée) témoigne de son intérêt pour les choses orientales, et Pique-nique (1869; collection privée), mise en scène de la période du Directoire, est peut-être influencé par les frères Goncourt. Tissot recréa l’atmosphère des années 1790 en revêtant ses personnages de costumes historiques.


Après avoir participé à la guerre franco-prussienne, il est resté dix ans à Londres, où il était très apprécié pour ses scènes de genre (par exemple, The Ball on Shipboard). En 1882, il se rend en Palestine. À partir de 1888, il vit une révélation religieuse et se consacre dès lors jusqu'à la fin de sa vie à des sujets bibliques, nourrissant son art d'observations effectuées lors de voyages en Palestine et à Jérusalem : ces œuvres chrétiennes largement éditées en français et en anglais lui assurent alors une grande renommée.


James Tissot finit sa vie dans le château familial de Buillon dans le Doubs : il y meurt le 8 août 1902. Sa notoriété est plus grande en Angleterre ou en Amérique qu'en France et l'on a pu dire qu'il était plus présent dans les histoires du costume que dans les histoires de la peinture, mais on redécouvre en France l'art de la mise en scène qu'il démontre dans ses tableaux et une subjectivité décelable derrière les sujets mondains et les peintures de genre qui retient l'attention.


L’œuvre

En visitant l’église Saint-Sulpice, James Tissot fit une expérience de la foi, après quoi il abandonna ses anciens sujets et se lança dans un projet ambitieux pour illustrer le Nouveau Testament. En préparation de l’œuvre, il fit des expéditions au Moyen-Orient pour s’imprégner du paysage, de l’architecture, des costumes et coutumes de la Terre Sainte et de son peuple, qu’il enregistra dans des photographies, des notes et des croquis. Contrairement aux artistes précédents, qui avaient souvent dépeint des figures bibliques de façon anachronique, Tissot peignit ses nombreuses figures en costumes qu’il croyait historiquement authentiques, réalisant sa série avec une exactitude archéologique considérable.


Présentée pour la première fois à Paris en 1894, l’aquarelle a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme et une exposition très médiatisée s’est ensuite rendue à Londres et aux États-Unis, visitant Manhattan, Brooklyn, Boston, Philadelphie et Chicago. En 1900, à la suggestion de John Singer Sargent, le Musée décide d’acquérir la série ; les fonds d’achat sont recueillis principalement par abonnement public, encouragé, en partie, par des appels dans le journal Brooklyn Daily Eagle exhortant les lecteurs à contribuer à la campagne.


Ce que je vois

L’image est assez chargée ! On y voit l’intérieur d’une synagogue, non comme elle devait être à l’époque de Jésus, mais comme Tissot a dû en voir une en Israël lors de son voyage. On y repère donc les principaux éléments mobiliers tels qu’on peut encore les voir aujourd’hui :

  • Les lampes de dévotion accrochées au plafond,

  • Cette sorte d’autel surélevé d’où l’officiant lit la Torah, appelé la bimah. Elle est située au milieu de la synagogue.

  • Derrière se trouve le Tabernacle (on ne le distingue pas ici), la havourah où l’on range les rouleaux de la Torah.

  • En haut, on distingue les tribunes où se tiennent les femmes lors du culte.

  • Puis une série de bancs qui se regardent, dont un vide, peut-être la place réservée à Élie pour son retour.

  • On ne voit pas non plus la menorah, ce grand candélabre à sept branches.

  • Et enfin la tebah, ou amoud, ce pupitre d’où sont faites les lectures. Devant Jésus faisant la lecture, un grand rouleau est déplié. Il est recouvert d’un tissus rouge brodé de fleurs argentées.

Notons maintenant les divers habits. Chacun, au-dessus de sa tunique, s’est couvert du talit, ce voile en laine dont les quatre coins sont bordés de franges, les tsitsit :

« Tu mettras des franges aux quatre coins du vêtement dont tu te couvriras […] » Deutéronome, 22:12.

On peut d'ailleurs retrouver une allusion à cette prescription (le souvenir des 613 commandements dans la tradition juive) dans les tsitsit : la valeur numérique (Guematria) de tsitsit est de 600 (90 + 10 + 90 + 10 + 400) à laquelle on ajoute les 8 fils et les 5 nœuds composant chaque tsitsit donne un total de 613.


Jésus, faisant la lecture comme le texte évangélique nous le décrit, semble serein. Il est le Logos qui délivre la Parole du Père. Mais ceux qui l’écoutent ne semblent pas du même avis ! On les voit énervés, pour ne pas dire révoltés par les paroles du commentaire du Christ. L’opposition décrite dans l’évangile est ici très nette.


Que commente-t-il ?

Le texte d’évangile de Marc ne nous dit pas quel est le texte que Jésus commente. Cette information n’est pas disponible non plus dans l’évangile parallèle de Matthieu (Mt 13, 54-58). Pourtant, on trouve l’information chez Luc dans un texte quelque peu différent (Lc 4, 16-24) :

Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.

Ainsi, ce serait son commentaire du texte d’Isaïe (Is 61, 1-3a) qui provoquerait de telles réactions. Notons cependant que Jésus l’a tronqué d’un verset, et non des moindres...

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.

« Un jour de vengeance... » Pour un commentaire « étoffé », je vous invite à vous reporter à l’homélie du IIIe dimanche du temps ordinaire de l’année C.


Ce qui provoque la réaction des juifs n’est pas la simple lecture de cette prophétie d’Isaïe, ni même que Jésus ait omis la fin du verset, ce sera surtout son commentaire, pourtant très court : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Comment cet homme pourrait-il se prétendre être le Messie, celui dont parle le texte d’Isaïe, alors qu’ils le connaissent si bien ?!


Le Messie

L’Écriture, à leurs yeux, a été suffisamment claire sur ce que sera ce Messie et ce qu’il fera :

  • « Les juges et les conseillers seront rétablis » (Isaïe 1:26)

  • « Il sera un arbitre entre les nations et le percepteur de peuples nombreux… » (Isaïe 2:4)

  • « … Seul Dieu sera grand en ce jour. » (Isaïe 2:17)

  • « Un rameau sortira de la souche de Jessé (Yishaï). » (Isaïe 11:1)

  • « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu » (Isaïe 11:2)

  • « Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays... du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Isaïe 11:4)

  • « ... Les nations se tourneront vers lui. » (Isaïe 11:10)

  • « Il sera un messager de paix » (Isaïe 52:7)

  • « Car Ma Maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations. » (Isaïe 56:3-7)

  • « En ces jours-là, dix hommes de toute langue, de toute nation, saisiront le pan de l'habit d'un seul individu juif en disant : Nous voulons aller avec vous car nous avons entendu dire que Dieu est avec vous ! » (Zacharie 8:23)

  • « Les cités en ruine d'Israël seront restaurées » (Ezéchiel 16:55)

  • « Les armes de guerre seront détruites » (Ezéchiel 39:9)

  • « Le Temple sera reconstruit. » (Ezéchiel 40)

  • « Je gratifierai les peuples d'un idiome épuré, pour que tous invoquent le nom de l'Éternel et l'adorent d'un cœur unanime. » (Sophonie 3:9)

  • « ... Je ferai pénétrer ma loi en eux (la maison d'Israël), c'est dans leur cœur que Je l'inscrirai... Car, tous ils me connaîtront… » (Jérémie 31:33-34)

  • « Il prendra la terre inculte et la rendra abondante et fertile » (Isaïe 51:3, Amos 9:13-15, Ezéchiel 36:29-30, Isaïe 11:6-9)

L’eschatologie juive ne peut voir en ce Messie qu’un Roi qui viendra du ciel et passera par la Porte Dorée. La porte dorée (שער הרחמים, Sha'ar Harahamim) est la plus ancienne ouverture pratiquée dans les fortifications de la vieille ville de Jérusalem et date probablement du VIe siècle av. J.-C.. Elle aurait été utilisée à des fins rituelles dans les temps bibliques. Selon la tradition juive, c'est par cette porte que le Messie entrera dans Jérusalem.


Alors, comment pourrait-il être le Messie ? Comment cette prophétie d’Isaïe pourrait-elle se réaliser aujourd’hui ? C’est inconcevable !


Description précise ou allégorie ?

En fait, le débat n’est pas clos... Beaucoup de juifs s’opposent sur l’interprétation des textes. Doit-on les prendre à la lettre ou y voir une allégorie. Déjà, Maïmonide (1138-1204), rabbin du XIIe siècle, expliquait :

Les Temps messianiques auront lieu lorsque les Juifs recouvreront leur indépendance et retourneront tous en terre d'Israël. Le Messie sera un très grand roi, il accomplira de grands actes, et sa réputation parmi les nations [non-Juives] sera encore plus grande que celle du Roi Salomon. Sa grande droiture, et les miracles qu'il accomplira, seront cause que tous les peuples feront la paix avec lui [...] Rien ne changera aux Temps messianiques, à ceci près que les Juifs recouvreront leur indépendance. Riches et pauvres, forts et faibles existeront toujours. Cependant, il sera très facile de pourvoir à sa subsistance, et on pourra accomplir beaucoup avec peu d'efforts [...] Ce sera un temps où le nombre d'hommes sages augmentera [...] la guerre n'existera plus, et les nations ne brandiront plus l'épée l'une contre l'autre [...] L'Âge messianique sera éclairé par une communauté de justes, et dominé par la bonté et la sagesse. Il sera dirigé par le Mashia'h, un roi droit et honnête, éminent de sagesse, un roi droit et honnête, proche de Dieu. Ne crois pas que les voies du monde ou les lois de la nature seront changées, ce n'est pas vrai. Le monde continuera tel qu'il est. Le prophète Isaïe a prédit "Le loup vivra avec l'agneau, le lion dormira avec l'enfant." Ceci n'est cependant qu'une allégorie, signifiant que les Juifs vivront en sécurité, même avec les nations anciennement perverses. Toutes les nations retourneront à la vraie religion, et ne voleront ni n'opprimeront plus. (Mishné Torah, Hilkhot Melakhim chap. 12)

Mais tous ceux qui sont dans la synagogue ne peuvent entendre une quelconque allégorie. Le moindre sens poétique ne peut entrer par leurs oreilles... comment l’avait prédit Isaïe (6, 8-10) :

J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! » Il me dit : « Va dire à ce peuple : Écoutez bien, mais sans comprendre ; regardez bien, mais sans reconnaître. Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, aveugle ses yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »

Leur cœur est alourdi, ils sont durs d’oreille, aveugle de leurs yeux. Alors, pas de conversion devant ce que dit Jésus, pas de guérisons. Comme le dit l’évangile, il ne put faire là aucun miracle. En fait, ils auraient dû lire le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry...

On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

Ils ont beau laisser une place à Élie dans leurs synagogues, ils ne le reconnaîtraient pas s’il venait ! Ni Élie, ni Élisée ne trouveraient une véritable place dans leur maison. Alors, avant les miracles de guérisons physiques que Jésus aurait pu accomplir, le miracle de l’ouverture de leur cœur ne peut se produire. Leur cœur est glacé, pris dans une gangue d’orgueil et d’arrogance...


Leur manque de foi

Origène commentera ainsi ce manque de foi (Sur Matthieu X, 19, PG 13, 884) :

« Il ne fit que peu de miracles, à cause de leur manque de foi ». Marc dit même qu'il ‘ne pouvait pas’ faire de miracles. Il ne dit pas « ne voulait pas », mais « ne pouvait pas », comme si le miracle était aidé par la foi de son bénéficiaire, et au contraire empêché par le manque de foi. Notons qu'aux disciples qui l'interrogent disant : «Pourquoi n'avons-nous pas pu chasser les démons ? », le Christ répond: « à cause de votre incrédulité » ; et à Pierre qui enfonçait dans la mer : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Par contre, la femme qui ne demandait même pas à être guérie, mais pensait seulement qu'en touchant la frange du vêtement elle serait sauvée, fut guérie aussitôt ; et le Seigneur lui-même reconnaît la cause de cette guérison : « Qui m'a touché ? dit-il, une puissance est sortie de moi ». De même qu'il existe une sorte d'attraction entre certaines substances matérielles, par exemple entre l'aimant et le fer, il y en a une aussi entre la foi et la puissance divine. C’est pourquoi le Christ dit : « Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : « Change de place », et elle se déplacerait... »... Cependant, la puissance divine garde toujours son efficacité, même quand la foi manque ; et c'est la puissance divine qui fait le miracle, même si la foi est grande.

Alors ?

Alors, ne nous arrêtons pas à ce que nos yeux voient en superficie. Laissons s’ouvrir nos yeux du cœur. Faisons preuve de foi. Dieu est capable de bien plus que nous ne pouvons imaginer. J’aime cette prière du XXVIIe dimanche du temps ordinaire :

Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t’implorent, bien au-delà à de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète et en donnant plus que nous n’osons demander...

Puissent nos cœurs choisir cette attitude plus que celles des juifs de la synagogue !



Sur les frères et la famille de Jésus (extrait de la Bible Chrétienne, éditions Anne Sigier)

Les frères de Jésus, ici nommés Jacques, Joseph, Simon et Jude. Trois types d'interprétation :


- 1) Il s'agit de < frères > au sens strict, nés de Joseph et de Marie (qui ne serait donc pas restée vierge). Seuls à le soutenir dans la Tradition ancienne : Tertullien (d'orthodoxie douteuse) et Helvidius ; repris par la critique du XIX° - - début XX° (Guignebert), suspecte d'incroyance, et à présent révolue (arguments bien résumés et réfutés par H. Gazelles, dans « Catholicisme »).


— 2) demi-frères, nés d'un premier mariage de Joseph: Protévangile de Jacques (apocryphe II° siècle), Clément d'Alexandrie, Origène, Épiphane. Solution qui pourrait avoir valeur de tradition (H. Gazelles, Ibid. col. 1633).


— 3) En milieu sémitique, « frères » est à prendre au sens large de « parenté par le sang»: Lot, neveu d'Abraham (Gn 12,5) est dit son «frère» en Gn 14,14 Gn 14,16; Laban, oncle de Jacob (Gn 28,2) l'appelle son « frère » en Gn 29,15 (cf. encore Lv 10,4 1Ch 23,22). Les Évangiles eux-mêmes précisent que Jacques et José sont fils de « l'autre Marie » (Mt 28,1), « soeur de la Mère (de Jésus) et femme de Clopas » (Jn 19,25). La Sainte Vierge est donc la tante de Jacques et de José, qui sont à coup sûr seulement cousins du Christ. Probablement il en va de même de Jude — qui se dit « frère de Jacques » au début de son Épître — et de Simon, nommés à la suite de Jacques et de José, comme sur la même ligne. La démonstration de saint Jérôme est encore corroborée par l'importance de mieux en mieux reconnue des sources hébraïques des Évangiles (en hébreu, comme il n'y a pas de mot particulier pour les < cousins >, on se sert couramment de celui qui désigne les frères. Encore moins pourrait-on nier la virginité de Marie, affirmée par Matthieu comme par Luc. Outre H. Gazelles, cf. M. Overney, très clair, dans « Nova et Vetera » 1931, p. 392-403 ; ou, plus exhaustif: J. Blinzler : Die Bruder und Schwestern Jésus, Stuttgart 1967. Sur Jacques — dit « le mineur » pour le distinguer de Jacques fils de Zébédée, frère de Jean — Apôtre et 1° évêque de Jérusalem, cf. le tableau de R. Laurentin : Év. de l'Enfance, p. 374.



Catéchèse de Syméon le Nouveau Théologien (+ 1022), Catéchèses, 29, version remaniée de SC 113, 164-169.

Frères et Pères, beaucoup ne cessent de dire - et leurs paroles parviennent à nos oreilles - : "Si nous avions vécu au temps des Apôtres, et si nous avions été jugés dignes de voir le Christ comme eux, nous serions aussi devenus des saints comme eux." Ils ignorent qu'il est le même, lui qui parle, maintenant comme alors, dans tout l'univers. Car s'il n'était pas le même jadis et maintenant, identiquement Dieu à tous égards, par ses opérations et par ses rites, comment le Père se montrerait-il toujours présent dans le Fils, et le Fils dans le Père, par l'Esprit, puisque le Christ dit : Mon Père est à l'oeuvre jusqu'à maintenant, et moi aussi je suis à l'oeuvre (Jn 5,17) ?


Mais quelqu'un dira peut-être : "Ce n'est pas la même chose de l'avoir vu lui-même corporellement, en ce temps-là, ou d'entendre uniquement ses paroles aujourd'hui et recevoir un enseignement sur lui et sur son Royaume." Et je réponds : "La situation actuelle n'est sûrement pas la même que celle d'alors, mais c'est la situation d'aujourd'hui, de maintenant, qui est beaucoup plus heureuse. Elle nous conduit plus facilement à une foi et une conviction plus profondes que le fait de l'avoir vu et entendu alors corporellement. "


Alors, en effet, c'était un homme qui apparaissait aux Juifs sans intelligence, un homme d'humble condition; mais maintenant c'est un Dieu véritable qui nous est prêché. Alors, il fréquentait corporellement les publicains et les pécheurs et mangeait avec eux; mais maintenant il est assis à la droite de Dieu le Père, n'ayant jamais été séparé de lui en aucune manière. Nous croyons qu'il nourrit le monde entier et nous disons, si du moins nous sommes croyants, que sans lui rien ne s'est fait. Alors, même les gens de rien le méprisaient en disant : N'est-il pas le fils de Marie (Mc 13,15) et de Joseph (Lc 4,22), le charpentier (Mt 13,55) ? Mais maintenant les rois et les princes l'adorent comme le Fils du vrai Dieu, et vrai Dieu lui-même, et il a glorifié et glorifie ceux qui l'adorent en esprit et en vérité, même s'il les corrige souvent quand ils pèchent. Eux qui étaient d'argile, il les rend de fer, les plaçant au-dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Alors, il était tenu pour un homme corruptible et mortel parmi tous les autres. Dieu sans forme et invisible, il a reçu, sans subir d'altération ni de changement, une forme dans un corps humain et s'est montré totalement homme, en n'offrant aux regards rien de plus que les autres hommes. Mais il a mangé, bu, dormi, transpiré et s'est fatigué; il a fait tout ce que font les hommes, excepté le péché.

C'était une grande chose de reconnaître et de croire qu'un homme pareil était Dieu, celui qui a fait le ciel même, la terre et tout ce qu'ils contiennent. C'est pourquoi, lorsque Pierre a dit : Tu es le Fils du Dieu vivant, le Maître l'a déclaré bienheureux en ces termes: Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela - c'est-à-dire qui te l'ont fait voir et dire - mais mon Père qui est aux cieux (Mt 16,16-17).


Ainsi, celui qui actuellement écoute chaque jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses commandements, n'aurait pas plus accepté alors de croire en lui, absolument pas, même s'il avait été présent, s'il l'avait vu lui-même et entendu prêcher. Il est même à craindre que, dans sa totale incrédulité, il l'aurait regardé comme un ennemi de Dieu, non comme le vrai Dieu, et l'aurait blasphémé.


Prière

Seigneur notre Dieu, ton Fils ne fut pas reconnu comme prophète par les gens de son pays et il s'étonna de leur manque de foi. Rends-nous attentifs à l'action de Jésus Christ en ceux que nous côtoyons chaque jour, car c'est peut-être par l'un de nos proches qu'il veut aujourd'hui nous parler. Lui qui règne.


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