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XVème Dimanche du temps ordinaire (A)

Ils écoutent sans écouter ni comprendre…


Le semeur au soleil couchant (I)

Vincent VAN GOGH (Groot Zundert, 1853 – Auvers-sur-Oise, 1890)

Huile sur toile, Juin 1888, 64 x 80,5 cm

Museum Kröller-Müller, Otterlo (Pays-Bas)


Le semeur au soleil couchant (II)

Vincent VAN GOGH (Groot Zundert, 1853 – Auvers-sur-Oise, 1890)

Huile sur toile, Novembre 1888, 32 x 40 cm

Rijksmuseum Vincent Van Gogh, Amsterdam (Pays-Bas)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ‘Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.’ Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »


Le peintre

Est-ce utile de présenter Vincent Van Gogh ? Les sites à son sujet sont pléthores et je vous laisse vous y reporter pour les aspects biographiques. Notons simplement quelques caractéristiques picturales de l’année 1888, date de réalisation de ces deux œuvres. On constate que lors de son passage à Paris chez son frère Théo, qui tenait une petite galerie de peintures, la vision des œuvres japonaises, comme Hokusai, influença Vincent qui éclaircit alors les couleurs et améliore sa technique des touches de pinceaux. De plus, le contact avec ses amis peintres français lui font adopter des teintes franches et brillantes. C’est cette même année-là qu’il quitte Paris pour rejoindre le soleil de Provence à Arles. Il y peint des scènes de genre, employant des touches courbes, tourbillonnantes et des couleurs pures : jaune, vert et bleu. Ses œuvres semblent empreintes d’une profonde vigueur physique et spirituelle. C’est aussi à cette époque que Paul Gauguin le rejoint. Les relations se dégradant entre eux, Vincent, dans un geste de folie, se tranche alors l’oreille et entre de son plein gré à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence.


Les deux tableaux

Les deux œuvres sont séparées de quelques mois. Elles ont fait l’objet de plusieurs passages dans les lettres que Vincent adresse à son frère Théo. Ainsi, de la première peinture en juin 1888, il fait un croquis pour son frère qu’il accompagnera d’un commentaire :

Je travaille à un semeur : le grand champ tout violet, le ciel et le soleil très jaunes. C’est un sujet difficile à traiter.

De la deuxième œuvre, il lui écrira :

Voici le croquis de ma dernière toile que suis en train de faire : encore un semeur. Immense disque citron comme soleil. Ciel vert jaune à nuages roses. Le terrain violet. Le semeur et l’arbre bleu. Toile de 30.

Il reviendra dans de nombreuses lettres sur la première toile, mais beaucoup plus concis sur la seconde. Je ne peux que vous inviter à lire ses lettres et carnets illustrés !

Ce n’est pas ici le lieu pour se lancer dans une étude stylistique des deux toiles. Notons simplement quelques éléments qui faciliteront la compréhension des œuvres.

Comment ne pas y voir l’influence, si ce n’est la copie, d’un tableau de Jean-François Millet ? Le personnage du semeur (dont il se plaindra d’avoir raté le visage dans une de ses lettres) est la reproduction fidèle du Semeur (1851, huile sur toile, actuellement au Musée des Beaux-Arts de Boston) dont il avait déjà tenté une copie en 1881. La comparaison est flagrante…

Mais comparaison n’est pas raison, comme copie n’est pas plagiat ! Pourquoi ne pas s’inspirer de ce que nous aimons, de ce que nous savons réussi ? N’est-ce pas une façon de rendre hommage au premier artiste ? Et même si l’attitude, le geste et l’habillement du semeur sont très similaires, ce n’est pas le cas des coloris. C’est ici une explosion de jaune et de violet. Van Gogh est alors empli de joie, dans l’attente de son ami Gauguin à Arles. Cet optimisme éclate dans ces couleurs chaudes et vives et dans ce soleil, disque rayonnant d’allégresse.

Dans cette œuvre, nous sommes comme emportés par un double tourbillon : celui de cet immense soleil, mais aussi, celui plus discret à l’œil et pourtant bien présent, dessinés par les quatre branches arrondis de l’arbre. Emportés par cette force inconnue, nous imaginons bien que toutes les graines du semeur sont disséminées de tout côté, ensemençant le monde de la Parole de Dieu. Mais voilà bien une parabole surprenante qui mérite d’être explicitée…


Une parabole ?

Nous pouvons toujours être un peu surpris des paraboles utilisées par Jésus. Surpris car elles sont parfois difficilement compréhensibles, à un tel point qu’il se sent comme obligé d’en expliquer certaines aux apôtres ; surpris car on ne comprend pas toujours, hors contexte, ce qu’il veut nous signifier ; voire surpris de la méthode pédagogique. Est-ce la bonne façon, par ce langage abscons, par ces histoires cryptées, de faire comprendre aux hommes son message ? Cela en devient même choquant lorsqu’il précise que certains ne comprendront jamais, et que c’est presque voulu… Rappelez-vous :

Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : « Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. »

Bien sûr, cette expression parabolique s’inspire de la maïeutique grecque : une histoire pour faire comprendre, et même plus exactement, pour faire accoucher chez l’interlocuteur la réponse la plus adéquate. Et cela n’est pas faux. Nous le savons bien, toute réponse donnée immédiatement à nos questions, va rapidement être oubliée, car nous ne l’aurons pas véritablement appropriée. C’est en cherchant, en creusant, en essayant de comprendre, de trouver la solution, qu’elle s’inscrit profondément en nous. Jésus est peut-être le premier jésuite : il répond souvent à une question par une autre question ! Non pour éluder le problème, mais pour nous aider à acquérir de nous-mêmes la réponse. En fait, à plusieurs reprises, il conclue ses paraboles par cette petite phrase : « Comprenne qui pourra » ou « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »


Un effort

De fait, Jésus attend de notre part un véritable effort. Effort intellectuel d’abord, puis effort spirituel, et enfin effort dans nos actes. Il est capital que la parole (et la parabole) entendue soit méditée, mâchée, travaillée, pour qu’elle porte du fruit. Sinon, elle rentre par une oreille et sort par l’autre. Souvent nous aimerions qu’on nous donne directement une liste des règles à suivre et à appliquer pour être sûr d’être sauvés. Ce serait tellement pratique ! Si je fais tout ça, c’est bon, c’est gagné, j’aurai le Paradis. Nul besoin de se faire des nœuds au cerveau. J’applique et basta. Mais ce n’est pas comme ça que notre foi fonctionne… Il est une, voire deux dimensions qu’on ne peut escamoter : le libre arbitre et le choix. À un tel point que Victor Hugo déclarait : « L’homme libre c’est celui qui fait des choix ! »


Avec intelligence

Le premier effort que nous demande Jésus, auquel nous invite notre foi, c’est celui d’oser nous poser question, d’avoir le courage de chercher, de comprendre, de creuser. Être chrétien, c’est difficile ! Et ça fait mal : et c’est bien le sens de la « gifle » que donne l’évêque aux confirmands pour leur rappeler que suivre Jésus fait mal ! Sinon, nous tombons sous le coup de la condamnation entendue dans l’Évangile :

Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent…

Refuser l’effort est comme refuser l’obstacle. Tellement plus facile de ne rien vouloir voir, de refuser d’entendre… Et comme ça, on est tranquille. On se donne bonne conscience en se disant qu’on en fait assez, qu’on a participé suffisamment, et que nos actes sont raisonnablement chrétiens. De fait, c’est par le choix tacite et implicite de ne pas se convertir. Oh, je sais, c’est compliqué. On ne peut pas tout faire. On a d’autres obligations : un travail, une famille, des loisirs… Bref, ce n’est déjà pas mal ! Certainement, certainement… Je peux l’entendre. Mais, mon devoir de prêtre n’est-il pas de nous rappeler avec vérité et force le message évangélique, avec tout ce qu’il appelle comme décisions personnelles ? Sinon, ce serait la situation d’un certain nombre d’hommes politiques qui préfèrent dire ce que veut entendre le peuple, plutôt que de proclamer les choses en vérité, afin d’éviter des remous, et qu’on leur déclare qu’on ne les aime plus ! Mais, nous ne sommes pas là pour être aimés… Nous sommes là pour dire la vérité, car « la vérité nous rendra libres » (Jn 8, 32). Alors, à chaque instant de notre vie, et encore plus de notre vie chrétienne, faisons cet effort de la vérité, de la chercher, d’oser creuser et de remettre en cause. C’est une perle, et comme le dit l’Évangile, il va falloir la chercher dans le champ pour la trouver (Mt 13, 44-46) ; elle ne sera pas à l’affleurement de nos vies, mais au tréfonds de nous-même… Effort intellectuel…


Effort spirituel

Mais cette première étape en appellera une autre : la dimension spirituelle. En effet, il ne s’agit pas uniquement de comprendre avec le cerveau. il faut aussi que ça descende au plus profond de notre être, de nos entrailles. Il est impératif que cette parole divine vienne transformer toute notre vie, tout notre être. Sinon, la morale de l’Évangile ne sera que moralisatrice ! la morale, ce sont des règles intellectuelles que l’on vit et applique avec le cœur. C’est là où notre libre-arbitre s’exprime. Parce que nous nous rappelons cet avertissement du Seigneur (Mc 2, 27) :

Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat.

Ce qui veut dire que tout règle doit prendre en compte l’homme. C’est lui qui est au centre. L’homme grandit quand la loi n’est pas un fardeau sur ses épaules mais une béquille, un guide qui l’empêche de chuter sur les pierres qui jonchent le chemin de notre vie. De fait, seule la méditation spirituelle de la loi évangélique, sa « macération » en nos cœurs, nous permettent de faire les bons choix. Alors, avec intelligence, la Loi et la Parole de Dieu, quelque peu obscures, prennent tout leur éclat, tout leur sens, toutes leurs dimensions humaines, « pour la Gloire de Dieu et le salut du monde ». Seul le travail de l’Esprit dans les cœurs le permet… Et cet Esprit divin nous pousse alors vers la troisième étape : l’effort en actes.


Effort physique

Ainsi, armé de ma réflexion intellectuelle et de ma connaissance des Écritures, passées au crible de mon cœur où Dieu a fait sa demeure, je peux concrètement, physiquement mettre en œuvre, en actes ce que Jésus demande dans l’Évangile. Je ne suis plus sous le coup de la condamnation. Car j’ai accepté, dans le souffle de l’Esprit, de regarder en toute vérité avec mes yeux la situation de mes frères, et la mienne ; d’écouter les souffrances des autres et de Dieu ; de laisser mon cœur se changer, se transformer, se convertir. Alors, j’agis ! Je suis devenu une bonne terre où la Parole de Dieu est ensemencée. Une bonne terre qui, par ma réflexion, ma prière et mes actes donnera du fruit à cent pour un.


Maïeutique

Ainsi, si Jésus utilise les paraboles, c’est pour me laisser comprendre, pour me laisser ma part et ma liberté. Il ne s’impose pas… Il attend que j’accueille sa Parole et que je la mette en acte dans ma vie. Bref, que j’accouche de la Vérité qui réside déjà en moi, puisque je suis le Temple de l’Esprit (1 Cor 6, 19). De fait, Jésus sème. Et il sème pour que les hommes s’aiment ! il sème en me laissant jardiner mon cœur et ma vie. Il me fait confiance. C’est cela sa maïeutique ! Peut-être pourrions-nous prendre ce chant comme leitmotiv de la semaine pour réfléchir sur l’évangile, le prier et le mettre en acte…

Ouvre mes yeux, Seigneur…


1 - Ouvre mes yeux, Seigneur,

Aux merveilles de ton amour.

Je suis l'aveugle sur le chemin,

Guéris-moi, je veux te voir (bis).


2 - Ouvre mes mains, Seigneur,

Qui se ferment pour tout garder.

Le pauvre a faim devant ma maison,

Apprends-moi à partager (bis).


3 - Fais que je marche, Seigneur,

Aussi dur que soit le chemin.

Je veux te suivre jusqu'à la croix,

Viens me prendre par la main (bis).


4 - Fais que j'entende, Seigneur,

Tous mes frères qui crient vers moi.

À leur souffrance et à leurs appels,

Que mon cœur ne soit pas sourd (bis).

5 - Garde ma foi, Seigneur,

Tant de voix proclamant ta mort.

Quand vient le soir et le poids du jour,

Ô Seigneur, reste avec moi ! (bis)

Homélie de saint Grégoire le Grand (+ 604), Homélies sur l'Évangile, 1, 15, 1-24, PL 76, 1131-1133

Le texte de saint Grégoire, que l'homéliaire propose comme commentaire de l'évangile de Matthieu, explique en fait la parabole telle qu'elle est rapportée dans l'évangile de Luc (Lc 8,4-15).

L'évangile que vous venez d'entendre n'appelle pas d'explication, mais une recommandation. En effet, la Vérité elle-même en a fourni une explication que la faiblesse humaine ne se hasarde pas à discuter. Cependant, en rapport avec l'explication qu'en donne le Seigneur, vous devez examiner avec attention le point suivant: si je vous avais dit que la semence représente la parole, le champ le monde, les oiseaux les démons, et les épines les richesses, vous auriez peut-être, dans le secret de votre coeur, hésité à me croire. Aussi bien le Seigneur a-t-il daigné expliquer lui-même ce qu'il venait de dire, pour que vous soyez capables de rechercher également la signification des paroles qu'il n'a pas voulu expliquer lui-même. <>

Qui donc m'aurait cru si j'avais avancé que les épines figurent les richesses, d'autant plus que les premières sont acérées et les secondes agréables. Les richesses sont pourtant bien des épines, puisque les soucis qu'elles entraînent avec elles déchirent l'âme de leurs pointes et, après l'avoir poussée au péché, la laissent couverte de sang, comme par une blessure. D'après un autre évangéliste qui rapporte la même parabole, le Seigneur ne les appelle pas richesses mais, avec raison, richesses trompeuses (cf. Mt 13,22). Elles le sont, en effet, puisqu'elles ne peuvent demeurer longtemps en notre possession et qu'elles ne font pas disparaître la pauvreté de notre âme.

Car les seules vraies richesses sont celles qui nous enrichissent de vertus. Aussi, frères bien-aimés, si vous désirez vous enrichir, aimez les vraies richesses. Si vous cherchez à parvenir au sommet de l'honneur véritable, avancez-vous vers le Royaume céleste. Si vous affectionnez la gloire que procure un rang élevé, hâtez-vous de vous enrôler dans la céleste cour des anges.

Après avoir écouté les paroles du Seigneur, retenez-les dans votre âme, car la parole de Dieu est la nourriture de l'âme. La parole que l'on écoute sans la conserver dans les profondeurs de la mémoire, ressemble à une nourriture avalée, puis rejetée par un estomac malade. Aussi bien, celui qui ne garde pas les aliments n'a absolument aucun espoir de vivre. Si donc, après avoir reçu la nourriture de la sainte exhortation, vous ne gardez pas en mémoire les paroles de vie, qui sont les aliments de la justice, craignez le péril de la mort éternelle. <>

Veillez dès lors à ce que la parole que vous avez reçue résonne au fond de votre coeur et y demeure. Prenez garde que la semence ne tombe le long du chemin, de crainte que l'Esprit mauvais ne vienne enlever la parole de votre mémoire. Prenez garde que le sol pierreux ne reçoive la semence et ne produise une bonne action dépourvue des racines de la persévérance. Beaucoup, en effet, se réjouissent en entendant la parole, et se disposent à entreprendre de bonnes oeuvres. Mais à peine les épreuves ont-elles commencé à les assaillir qu'ils renoncent à ce qu'ils avaient entrepris. Ainsi, le sol pierreux a manqué d'eau, si bien que le germe de la graine n'est pas parvenu à donner le fruit de la persévérance.

Mais la bonne terre donne du fruit par la patience: entendons par là que nos bonnes oeuvres ne peuvent avoir aucune valeur si en outre nous ne supportons pas patiemment les désagréments que nous cause notre prochain. D'ailleurs, plus nous avançons vers la perfection, plus nous avons à endurer de souffrances ici-bas. En effet, une fois que notre âme a abandonné l'amour du monde présent, l'hostilité de ce monde grandit. Voilà pourquoi nous en voyons beaucoup peiner sous un lourd fardeau, alors que leurs oeuvres sont bonnes. Ils ont, il est vrai, déjà renoncé aux convoitises terrestres, et pourtant ils sont affligés de très cruelles épreuves. Mais, selon la parole du Seigneur, ils portent du fruit par leur constance (Lc 8,15), en supportant humblement ces épreuves, si bien qu'après avoir souffert, ils seront invités à entrer dans la paix du ciel.


Prière

Seigneur, Dieu de vie, tu as envoyé ton Fils pour semer en nous ta parole. Ôte de notre coeur les pierres qui le rendent stérile, fais de nous une bonne terre, assez profonde pour que croisse le germe que tu as déposé, et qu'il rende cent pour un. Par Jésus Christ.

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