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XVe dimanche du temps ordinaire (A)

Lisez la Bible !



Première pluie (La prima pioggia),

Luigi NONO (Fusina, 1850 - Venise, 1918),

Huile sur toile, 137 x 202 cm, 1909,

Musée d’Orsay, Paris (France)

Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 55, 10-11)

Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »


Psaume 64 (65), 10abcd, 10e-11, 12-13, 14)

Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau, tu prépares les moissons.

Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons ; tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits, sur ton passage, ruisselle l’abondance. Au désert, les pâturages ruissellent, les collines débordent d’allégresse.


Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante !


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 18-23)

Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ‘Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.’ Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »


Le peintre

Luigi Nono est né à Fusina, (aujourd’hui une banlieue de Venise), dans la lagune à l’embouchure du canal de la Brenta.


L’année suivante, sa famille déménage à Sacile, où Louis a passé son enfance et sa jeunesse, montrant une aptitude précoce pour le dessin. Ce talent décide son père à le faire rentrer, à l’âge de quinze ans, à l’Accademia di Belle Arti de Venise. Il y deviendra par la suite enseignant en peinture. Une forte amitié le lie aussi bien à Giacomo Favretto qu’à Guglielmo Ciardi avec qui il travaille.


Il ne se limite pas d’être actif à Venise seulement. En 1875, il peint « La Fanfara dei Granatier » dans les plaines de Sacile, à Camo. Il organise ses expositions personnelles en 1873 à Brera, près de Milan, en 1876 à Florence, en 1877 à Naples, en 1879 à Turin. En 1881, il expose « La morte del pulcino » à Milan. Après le premier de ces voyages, il peint « Primi passi » « Bambino malato » et « Sepoltura di un bambino » Il a participé à la Biennale de Venise, où en 1901 a également présenté une grande exposition. Il expose également dans diverses et importantes villes européennes. En 1882, il réalise le tableau « Refugium peccatorum » œuvre réputée et aujourd’hui conservée à la Galleria Nazionale d’Arte Moderna à Rome. Il a également enseigné la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne.


Après la mort de son père il est venu vivre à Venise, où il a également trouvé la mort à la fin de la Première Guerre mondiale. Il est le grand-père du compositeur Luigi Nono.


Ce que je vois

Nous sommes dans les montagnes, sûrement la chaîne alpine italienne. Le ciel est couvert de nuages bas et sombres : la pluie d’orage approche. La petit presbytère accolé à l’église est encore dans l’ombre. Au pied de l’édifice se déploie une grande pâture peu à peu transformée en cimetière. Chacun, au milieu des herbes folles et des fleurs sauvages, vient inhumer son défunt, ajoutant sur la tombe une petite croix de bois où est accrochée un tissu sur lequel doit être écrit le nom du défunt. Une pauvre femme vêtue de son tablier bleu, parapluie en main, s’agenouille devant la tombe encore fraîche de sa terre remuée, versant ses larmes de mère sur la dépouille de son enfant : la surface de la terre remuée est petite et l’on peut lire le mot « ange » en italien sur la banderole. Mais la puis continue de tomber, comme une Parole de Dieu réconfortante pour la mère, et nourricière pour l’enfant. Comme le rappelle Dieu par la bouche d’isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer. » Cette pluie va fécondée cette tombe, la faire germer jusqu’à la résurrection. Cet enfant, grain de blé tombé en terre, va porter du fruit au ciel et sur terre, dans le cœur de sa famille.


Analogies

Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

Il est toujours surprenant de voir que la Bible utilise des analogies simples pour que les hommes comprennent. Pas question d’arcanes, de paroles mystérieuses que seuls les initiés pourraient décrypter, ni de message obscurs et abscons. Une simple petite histoire, une parabole, une analogie naturelle suffisent à faire comprendre aux hommes ce que Dieu veut leur dire. Jésus utilisera le même procédé. Rappelez-vous ces quelques exemples :

Mt 16, 2-3 : « Quand vient le soir, vous dites : “Voici le beau temps, car le ciel est rouge.” Et le matin, vous dites : “Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.” Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. »
Le 13, 6-9 : « Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?” Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.” »

Ou la parabole du grain semé que nous avons entendu aujourd’hui. Il semble que Jésus veuille nous dire : ouvrez vos quinquets ! Regardez la création : elle vous enseigne bien des choses d’elle-même.


Et par le texte d’Isaïe, la leçon agricole continue. Les plantes ont besoin d’eau, que ce soit sous forme de neige ou de pluie, pour croître. L’eau ruisselle, nourrit les sols, aide à la germination de la graine, cette graine qui donnera l’épi de blé, et enfin le pain que nous mangeons. Au passage, je ne suis pas sûr que tous les enfants sachent que le pain est fait à partir du blé ! Comme beaucoup pensent que le lait vient simplement de boîtes en carton, sans faire aucun rapport avec la vache. Il faut dire que nos bobos écolos préfèrent le vin « bio » qui sent l’âne, le smoothie d’orties ou le lait d’amandes. Sans parler de la viande végane et du foie gras végétal ! Notre société devient folle… Surtout dans le pays de la gastronomie. Passons…


Donc, pas de germination sans eau, ni soleil pourrait-on ajouter (mais il y est fait référence dès le quatrième jour de la création. Ce qui rassure, c’est que la Bible ne fasse jamais appel aux pesticides !


Trêve de plaisanterie. Isaïe utilise cette analogie de l’eau qui tombe du ciel, ruisselle, nourrit et fait germer pour nous rappeler que la Parole de Dieu a le même effet sur nos cœurs.


Parole de Dieu

Que veut-il dire par ces mots : « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » ? Nous pourrions le traduire en une exhortation assez simple : si tu lis la Bible quotidiennement, même si tu ne comprends pas tous, même si tu ne retiens que peu de choses, ne t’inquiète pas : elle travaille en toi, elle germe en ton âme, elle portera du fruit un jour sans que tu ne t’y attends !


Si je lis sa Parole, si je l’écoute, alors, elle ne reviendra pas sans résultat. Un résultat bien simple, mais non mesurable : elle va transformer mon âme, elle va subrepticement m’aider à choisir le bien plutôt que le mal, la vie plutôt que la mort. Elle deviendra, sans que je n’en aie conscience, une sorte de mantra qui saura se rappeler à moi au moment nécessaire. Jésus ne l’a-t-il pas promis dans l’évangile que nous avons entendu vendredi (Mt 10, 19-20) : « ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. »


Si je lis sa Parole, si je l’écoute, alors, elle ne reviendra pas sans avoir fait ce qui plaît à Dieu. Quoi donc ? Tout bêtement me mener à la sainteté. Quel autre but Dieu pourrait-il avoir pour chacun d’entre-nous ? Faire de nous des êtres de sainteté et de miséricorde, des hommes et des femmes emplis de foi, d’espérance et de charité. Mais ces vertus ne se trouvent pas dans des efforts que l’on réaliserait à la force du poignet. Non, ils descendent en nous par la grâce divine de sa Parole, en notre terre. Mais c’est à nous de faire germer et d’entretenir. Dieu attend notre collaboration, non notre quiétisme. Ni quiétisme (doctrine invitant à une grande passivité spirituelle vis-à-vis de Dieu. Je ne bouge pas, je ne fais rien et Dieu agira…), ni pélagianisme (doctrine qui soutenait que l'homme pouvait assurer son salut par ses seuls mérites).


Si je lis sa Parole, si je l’écoute, alors, elle ne reviendra pas sans avoir accompli sa mission. Cette mission nous est donnée dans les deux versets qui suivent (que malheureusement la liturgie a tronqué) : « 12 Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines, à votre passage, éclateront en cris de joie, et tous les arbres de la campagne applaudiront. 13 Au lieu de broussailles poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. Le nom du Seigneur en sera grandi : ce signe éternel sera impérissable. » Sa mission — et non, notre mission — est de nous conduire dans la paix et la joie. Encore plus, de nous emmener vers un pays qui ressemble curieusement au Paradis des origines.


Une nouvelle fois

Une nouvelle fois : lisons la Bible. Ai-je besoin de rappeler que c’est LE livre (le mot « bible » vient du grec ancien biblos ou biblion correspondant à l'hébreu sépher — « livre » — qui a donné τὰ βιϐλία (ta biblia), un substantif au pluriel qui signifie « les livres », soulignant son caractère multiple) le plus vendu et le plus traduit au monde, et comme ajoutait un Juif, le plus mal lu ?!


Je ne comprends pas que les catholiques ne s’imposent pas de lire une page de la Bible quotidiennement. Si vous lisez cinq chapitres par jour, en un an vous avez tout lu.


Certains le diront que c’est trop dur à lire, trop compliqué. Peut-être, mais des guides existent. Je ne peux que vous conseillez vivement de vous procurer cette Bible (traduction liturgique) avec des notes explicatives rédigées par un moine de l’abbaye de Clervaux (Luxembourg). Vous verrez que ça deviendra bien plus facile.


Je ne serai pas plus long aujourd’hui (pour une fois !). Mais comment pouvons-nous espérer que la grâce de Dieu fasse des miracles dans nos vies si nous ne l’écoutons pas, si nous ne lisons pas la Bible ?



Prière de saint Jean Chrysostome avant de lire la Bible

Ô Seigneur Jésus-Christ, ouvre les yeux de mon cœur, afin que je puisse entendre Ta parole et comprendre et faire Ta volonté, car je suis un étranger sur la terre. Ne me cache pas Tes commandements, mais ouvre mes yeux, pour que je puisse percevoir les merveilles de Ta loi. Dis-moi les choses cachées et secrètes de Ta sagesse.


En Toi je mets mon espoir, ô mon Dieu, pour que Tu éclaires mon esprit et ma compréhension avec la lumière de Ta connaissance, non seulement pour chérir ces choses qui sont écrites, mais pour les accomplir ; que par la lecture de la vie et des paroles des saints, je puisse ne pas pécher, mais que cela serve pour ma restauration, mon illumination et ma sanctification, pour le salut de mon âme, et l’héritage de la vie éternelle. Car Tu es l’illumination de ceux qui se trouvent dans les ténèbres, et de Toi viennent toute bonne action et tout don.



Présentation de l’Exhortation apostolique « Verbum Domini » par Mgr Giraud, lors de l’Assemblée diocésaine de Soissons le 28 novembre 2010.

Introduction

Benoît XVI a signé, le 30 septembre 2010, mémoire de saint Jérôme, l’Exhortation Verbum Domini, sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Selon l’expression du pape, ce thème est « en un certain sens, le cœur même de la vie chrétienne, en continuité avec (…) l’Eucharistie » (VD3). Il l’a choisi « pour une redécouverte, dans la vie de l’Église, de la Parole divine (…) qu’elle devienne toujours plus le cœur de toute activité ecclésiale » (VD1). « Il n’existe pas de priorité plus grande que celle-ci : ouvrir à nouveau à l’homme d’aujourd’hui l’accès à Dieu, au Dieu qui parle et qui nous communique son amour pour que nous ayons la vie en abondance. » (VD2).


Alors, comme il s’agit d’une exhortation, le Saint-Père… exhorte : « J’exhorte les Pasteurs de l’Église et les assistants pastoraux à faire en sorte que tous les fidèles soient éduqués à goûter le sens profond de la Parole de Dieu » (VD52). Cette Exhortation est comme le fruit de « la grande impulsion que la Constitution dogmatique Dei Verbum a donnée à la redécouverte de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église » (VD3). Le pape veut donc « renouveler la foi de l’Église dans la Parole de Dieu » (VD27). Pour lui, il s’agit d’« intensifier « la pastorale biblique » » non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale » (VD73). Le but n’est donc pas « d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole. » Voilà de quoi nous stimuler et nous redonner vie ! Et pour grossir le trait, dans son dernier livre entretien paru cette semaine, Benoît XVI ajoute qu’« il s’agit à présent de maintenir en vie la parole de Dieu comme parole décisive ».


Notons que le titre donné à l’exhortation est aussi l’acclamation liturgique après une première ou seconde lecture : « Parole du Seigneur (Verbum Domini) ».


Le pape a construit son exhortation en trois chapitres : la Parole de Dieu, c’est-à-dire le Christ lui-même ; la Parole en Église ; la Parole pour le monde. Le plan est donc limpide. La Parole, c’est quelqu’un, le Christ ; elle nous devient familière en Église ; elle nous rend missionnaire d’elle-même, dans le monde.


1er chapitre : « Verbum Dei » / La parole de Dieu

Puisque l’Exhortation porte sur la Parole de Dieu, il n’est pas surprenant qu’au début de son exhortation le pape en dise toute l’importance, sous toutes ses formes, dans notre vie, dans la vie de l’Église et pour la vie du monde.


Il commence par dire l’originalité des Saintes Écritures chez les chrétiens : Dieu parle. Cela peut paraître banal, mais précisément le pape craint que l’on « considère comme allant de soi, le fait que Dieu nous parle et répond à nos demandes » (VD4). Oui, Dieu parle. Il a parlé dès le début par la création, il a parlé dans une histoire, il a parlé par les prophètes, il a parlé ultimement et définitivement par Jésus. « Dieu a prononcé sa Parole éternelle de façon humaine ». Nous devons encore nous en étonner !


Pour nous, « la nouveauté de la Révélation biblique vient du fait que Dieu se fait connaître dans le dialogue qu’il désire instaurer avec nous. » (VD6). Le pape insiste pour dire que « la foi chrétienne (n’est) pas une ‘religion du Livre’: le Christianisme est la ‘religion de la Parole de Dieu’, non d’une parole écrite et muette, mais du Verbe incarné et vivant » (VD7), même si, bien sûr, la Parole de Dieu « c’est l’Écriture Sainte, l’Ancien et le Nouveau Testament » (VD7).


Ainsi, la Parole de Dieu est d’abord quelqu’un : « la Parole n’est pas seulement audible, elle ne possède pas seulement une voix, maintenant la Parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth » (VD12). « L’expression ‘Parole de Dieu’ indique la Personne de Jésus-Christ, le Fils éternel du Père, fait homme » (VD7). « Jésus est la Sagesse de Dieu incarnée, il est sa Parole éternelle qui s’est faite homme sujet à la mort » (VD5). « La personne du Christ donne son unité aux ‘Écritures’ » (VD39).


L’histoire unique et singulière de Jésus est « la Parole définitive que Dieu dit à l’humanité » (VD11). Le pape répètera plusieurs fois cet aspect de « parole définitive » en relativisant les révélations privées (Cf. VD14).

Si le Christ est la Parole de Dieu, il est clairement affirmé que « c’est (l’) Esprit qui inspire les auteurs des Saintes Écritures » (VD15). L’Esprit « a lui-même créé les paroles des Saints Testaments, c’est lui-même qui les ouvre » (VD16). Ainsi « la Sainte Écriture doit aussi être lue et interprétée à la lumière du même Esprit que celui qui la fit rédiger » (VD29). L’Esprit est donc à la fois la source et l’assistant pour comprendre les Écritures. « Lorsque s’affaiblit en nous la conscience de son inspiration, on risque de lire l’Écriture comme un objet de curiosité historique et non plus comme l’œuvre de l’Esprit Saint » (VD19). Ceci étant bien compris, le pape ne peut qu’inviter à nous laisser « guider par l’Esprit Saint afin de pouvoir aimer toujours plus la Parole de Dieu » (VD5).


Pour autant, la Parole de Dieu ne nous est pas seulement destinée. Nous en sommes à la fois des destinataires et des partenaires : « Dieu fait vraiment de nous ses ‘partenaires’ » (VD22) ; « chaque homme apparaît comme destinataire de la Parole (…). Chacun de nous est ainsi rendu par Dieu capable d’écouter et de répondre à la Parole divine » (VD22). Au cœur de notre conception de la foi et de notre conception de l’homme, il y a cette foi en Dieu qui nous parle et nous écoute. L’exhortation cite alors saint Augustin : « Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c’est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c’est toi qui parles avec Dieu » (cité en VD86).

Par conséquent, dit Benoît XVI, le vrai péché c’est la non-écoute de la Parole (VD26). Le pape nous invite ainsi à « la familiarité avec la Parole de Dieu » comme Marie (Cf. VD28). Par dix fois, il va demander à tous les fidèles une « familiarité toujours plus grande avec la Parole de Dieu » (VD64). Il invite ces fidèles à « s’engager pour devenir toujours plus familiers des Écritures Saintes » (VD121). Il exprime « le vif désir que fleurisse une nouvelle saison de plus grand amour pour la Sainte Écriture, de la part de tous les membres du Peuple de Dieu » (VD72). Il souhaite que nous étudiions chaque jour un passage de l’Écriture et que nous lisions fréquemment les divines Écritures… vaste et beau programme !


Cela commence par la lettre des Écritures. Il nous faut lire ce qui est écrit et non partir d’abord de nos idées. Saint Jérôme, cité par le dernier concile, souligne que « l’ignorance des Écritures est l’ignorance du Christ » (cité par VD30). Saint Grégoire le Grand affirme que « Les paroles divines grandissent avec celui qui les lit » (VD30) ! Le pape invite plus précisément à « un amour pour l’étude de ‘la lettre’ » (VD32). D’où l’importance d’un « contact assidu avec les textes eux-mêmes » (VD74) et de viser une « mémorisation intelligente de certains passages bibliques » (VD74). Cependant, le pape nous met en garde contre le fondamentalisme qui « tend à traiter le texte biblique comme s’il avait été dicté mot à mot par l’Esprit » (VD44). Il faut percevoir la Parole dans les paroles et pour cela il nous faut lire les Écritures en Église : « Nous ne pouvons jamais lire seuls l’Écriture » (VD30).

Le pape rappelle ensuite qu’il existe des relations entre l’Ancien et le Nouveau Testament : « Le Nouveau Testament lui-même reconnaît l’Ancien Testament comme Parole de Dieu » (VD40). Quand nous lisons les Écritures, nous affirmons une continuité avec l’Ancien Testament, mais aussi une rupture, un dépassement, un accomplissement. « Les Chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. » (VD41) et « le Nouveau Testament demande aussi d’être lu à la lumière de l’Ancien. » (VD41). Le pape indique aussi que « la compréhension juive de la Bible peut aider les chrétiens dans l’intelligence et l’étude des Écritures » (VD43). Et il ajoute : « L’amour pour le Peuple juif est la seule attitude véritablement chrétienne ».


Le pape invite à une lecture œcuménique : « écouter et méditer ensemble les Écritures nous fait vivre une communion réelle même si elle n’est pas encore pleine » (VD46).


2eme chapitre : « Verbum in ecclesia » / La parole en Eglise

Dans un second chapitre, Benoît XVI insiste pour dire que l’Église est une réalité déterminée par l’accueil du Verbe de Dieu. Dans notre monde, où l’on fait beaucoup référence à « ce que dit le pape ou tel évêque », nous devons surtout montrer que « l’Église ne vit pas d’elle-même mais de l’Évangile » (VD51), qu’elle ne part pas d’elle-même mais de l’écoute de la Parole, qu’elle ne parle pas d’elle-même mais de son Seigneur.


Et c’est pourquoi la liturgie est si importante : la célébration eucharistique montre que nous recevons la parole de Dieu, que la liturgie est « le lieu privilégié où Dieu nous parle » (VD52). C’est le Christ lui-même qui « est là présent dans sa Parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les Saintes Écritures » (VD52).


Le pape rappelle sans surprise que la Parole de Dieu conduit à l’Eucharistie : « la Parole de Dieu et le Mystère eucharistique ont toujours et partout reçu de l’Église non pas le même culte mais la même vénération » (VD55). D’une manière suggestive, Benoît XVI met en parallèle l’attitude à avoir aussi bien envers l’Eucharistie qu’envers la Parole de Dieu, en reprenant une très belle réflexion de saint Jérôme : « Je pense que l’Évangile est le Corps du Christ ; (…) quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles » (VD56).


C’est aussi l’occasion pour le pape de revenir sur les lecteurs dans nos célébrations liturgiques : « Tandis que l’Évangile est proclamé par le prêtre ou le diacre, la première et la seconde lectures, dans la Tradition latine, sont proclamées par le lecteur choisi, homme ou femme » (VD58). Il demande d’avoir des gens compétents dans l’art de lire devant le peuple. Il demande aussi de soigner « le ministère du lectorat qui, comme tel dans le rite latin, est un ministère laïc » (VD58). Remarquons que le pape ne tranche pas (encore) cette question du lectorat pour les femmes. Mais il relance le débat sur ce ministère du lectorat.

Au milieu de ces considérations, le pape fait quelques recommandations sur les homélies : « On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique » (VD59). Il demande même un directoire sur ce point (VD60). Benoît XVI demande de montrer le Christ et de prêcher avec conviction et passion.


Benoît XVI rappelle, à mon sens opportunément, qu’il ne faut pas négliger la Sainte Écriture dans la célébration des Sacrements autres que l’Eucharistie, notamment le Sacrement de la Réconciliation et le Sacrement de l’Onction des malades (VD61). Le pape note que nous sommes encore loin de nous préparer « à la confession en méditant un passage adapté de la Sainte Écriture et de commencer (notre) confession par la lecture ou l’écoute d’une exhortation biblique » (VD61). Le pape demande aussi « qu’à certains moments de l’année (…) la confession individuelle des pénitents se fasse dans le cadre de célébrations pénitentielles (…) pour pouvoir donner toute sa place à la célébration de la Parole » (VD61).


Au numéro 64, Benoît XVI développe l’idée des ADAP et des Célébrations de la Parole de Dieu : « La célébration de la Parole de Dieu est fortement recommandée dans les communautés qui, par manque de prêtres, ne peuvent célébrer le sacrifice eucharistique » et à propos des « assemblées dominicales en l’absence de prêtre », il « recommande que les autorités compétentes élaborent des rituels » (VD65) (tout) « en évitant néanmoins de les confondre avec les célébrations eucharistiques ». Pour le pape ces ADAP « devraient plutôt être des occasions privilégiées de prière adressée à Dieu pour qu’il envoie de saints prêtres selon son cœur » (VD65).


Il ne nous surprendra pas que Benoît XVI souligne l’importance du silence : « Dieu parle aussi à travers son silence » (VD20). En théologien précis, il indique même que « le silence apparaît comme une expression importante de la Parole de Dieu » (VD20). Il faut donc éduquer le Peuple de Dieu à la valeur du silence pour « redécouvrir le sens du recueillement et de la paix intérieure » (VD66).


Outre sa demande « que chaque foyer ait sa Bible » (VD85), Benoît XVI fait quelques recommandations pratiques sur la procession de l’évangéliaire, sur l’acoustique, sur l’ambon à placer en un endroit bien visible, sur la Sainte Écriture qui doit avoir un lieu privilégié même en-dehors de la célébration, sur les lectures tirées de la Sainte Écriture qui ne doivent jamais être remplacées par d’autres textes. Il souhaite aussi que le chant soit « clairement inspiré par la Bible » (VD70). Il souligne au passage l’importance du chant grégorien et demande enfin d’avoir une attention particulière aux aveugles et aux sourds.


Dans cette exhortation, une place spéciale est donnée à ce qu’on appelle la Lectio divina. Il nous faudrait un long moment pour en parler car elle devient une lecture priante, aimée par beaucoup de chrétiens. Notons au moins les quatre étapes : la lecture (lectio : que dit en soi le texte biblique ?), la méditation (meditatio : que nous dit le texte biblique ?), la prière (oratio : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? »), la contemplation (contemplatio qui conduit à nous demander : à quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous appelle ?) (Cf. VD87). Et le pape de rappeler que « la Lectio divina ne s’achève pas dans sa dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action » (VD87).


Il faudrait aussi noter que le pape invite à ajouter, dans la récitation du Rosaire, de brefs passages de la Bible (VD88). Il exprime sa profonde proximité à tous les chrétiens qui vivent sur la Terre de Jésus, la Terre-Sainte, but de pèlerinage et « cinquième Évangile » (VD89).


3eme chapitre : « Verbum mundo » / La parole dans le monde

Dans une dernière partie, le pape nous invite à être les messagers de la parole dans le monde (VD91) : « Nous ne pouvons pas garder pour nous-mêmes les paroles de la vie éternelle » (VD90). Ces paroles d’espérance sont destinées à tous. Notre responsabilité est de transmettre à notre tour ce que nous avons reçu. C’est l’aspect missionnaire de l’Exhortation. « Puisque tout le Peuple de Dieu est un peuple «envoyé», (…) ‘la mission d’annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur Baptême’ » VD94.


Si nous devons « communiquer la Parole par toute notre vie » (VD93), le pape souhaite que nous annoncions « une parole de rupture qui invite à la conversion » (VD93). Il ne s’agit d’ailleurs pas d’aller très loin : « tant de Chrétiens ont besoin que leur soit ré-annoncée de façon persuasive la Parole de Dieu » (VD96). Et il ajoute : « Beaucoup de frères sont ‘baptisés mais pas suffisamment évangélisés’ » (VD96). D’où l’exigence d’une Nouvelle Évangélisation. Il demande aussi que les nouvelles générations soient initiées à la Parole de Dieu : il faut « aider les jeunes à acquérir une intimité et une familiarité avec la Sainte Écriture, pour qu’elle soit comme une boussole » (VD104).


Le pape associe alors foi et mœurs : il faut annoncer le cœur de la foi, le kérygme, qui dépasse les simples valeurs morales, et il faut aussi vivre des valeurs qui sont en cohérence avec le kérygme : « Notre responsabilité ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes ; il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu » (VD98). « C’est la Parole de Dieu elle-même qui dénonce sans ambiguïté les injustices et qui promeut la solidarité et l’égalité » (VD100). Ainsi, « s’engager pour la justice et la transformation du monde est une exigence constitutive de l’Évangélisation » (VD100).


À ce propos, le pape rappelle que « l’Église n’a pas directement pour mission de créer une société plus juste, même s’il lui revient le droit et le devoir d’intervenir sur les questions éthiques et morales qui concernent le bien des personnes et des peuples. » Il redit ici le rôle premier des fidèles laïcs « qui ont la tâche d’intervenir directement dans l’action sociale et politique » (VD100).


Notons une phrase qu’aurait aimé entendre le père Joseph Wresinski (à moins qu’il ne l’ait inspirée !) : « les pauvres eux-mêmes sont aussi des agents d’Évangélisation » (VD107). « L’Église ne peut décevoir les pauvres : ‘Les Pasteurs sont appelés à les écouter, à apprendre d’eux, à les guider dans leur foi et à les motiver pour qu’ils soient des artisans de leur propre histoire’ » (VD107).


Enfin, le pape reconnaît le rôle croissant d’internet « qui constitue un nouveau forum sur lequel il faut faire résonner l’Évangile, avec la conscience, toutefois, que le monde virtuel ne pourra jamais remplacer le monde réel » (VD113).


Conclusion

En conclusion, Benoît XVI ré-exhorte tous ceux qui forment le Peuple de Dieu « à s’engager pour devenir toujours plus familiers des Écritures Saintes » (VD121) et à redécouvrir « le caractère central de la Parole divine » (VD122). Pour lui, l’annonce de la Parole apporte la joie (Cf. VD123).


Il termine ce long traité par des réflexions sur la Vierge Marie et cite les deux paroles de l’évangile selon saint Luc qui la concernent : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la Parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (Lc 8,21). « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Lc 11,28). « S’il n’y a qu’une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous » (VD28) avait déjà noté plus haut Benoît XVI. Puissions-nous dire chaque jour et pas seulement dans nos célébrations : « Parole du Seigneur … nous rendons grâce à Dieu ».


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