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XXIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

La chair n’est capable de rien



Vocation et profession de foi de Pierre : "SEIGNEUR A QUI IRIONS NOUS , VOUS AVEZ LES PAROLES DE LA VIE ETERNELLE " (Jean 6, 68-69)

Signature d'Henry Bouchard (Dijon, 1875 - Paris, 1960) aux pieds de Jésus.

Pierre de Saint-Maximin, 1935

Église Saint-Pierre de Chaillot, Paris (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean 6, 60-69

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm.Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !... C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »


L’auteur

1875-1960, Premier Grand Prix de Rome en 1901, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts en 1929, on trouve les œuvres d’Henry Bouchard dans différents musées (dont Paris, Métropolitan à New York). Il a aussi réalisé le maître-autel de l’abbatiale du Mont-Saint-Michel, le groupe d’Apollon sur la terrasse du palais de Chaillot, et la statue de Vauban près des Invalides. A Chaillot, on note son esprit médiéval dans l’influence de Conques. Son parti pris d’austérité est très net dans sa sculpture, hormis pour les visages et les mains qui seuls s’animent. Le traitement familier des scènes le place dans la veine narrative et naïve des créateurs des cathédrales.


Les décorations extérieures

Le décor comporte une importante partie sculptée, les vitraux et les vastes fresques qui revêtent les parois de la croisée du transept comprises entre les grandes arcades et le sommet triangulaire que dessinent les pans de la coupole.


Une autre partie très remarquable de cette décoration était constituée par le Maître-Autel, les ambons et la chaire que, malheureusement, les dispositions de la nouvelle liturgie ont conduit à supprimer. Certains fragments ont été replacés dans l’église basse, mais ils ont perdu leur caractère originel.


Le tympan

Grand triangle de 226,20 m2, il se développe sur 28,5 m de long et 15 m de hauteur. Le sculpteur Henry Bouchard évoque la vie de Saint Pierre en une vingtaine de bas-reliefs en pierre de Saint-Maximin, d’échelles différentes, répartis sur huit registres de chaque côté du tympan. Des textes en français avec leurs références bibliques sont incorporés, dont le rôle est autant explicatif que décoratif. Les reliefs sont construits en forte saillie par rapport au fond auquel ils restent totalement attachés. A la base, les douze apôtres entourent le porche, à la fois hiératiques et très vivants par l’expression du visage et des mains.



Ce que je vois

À gauche, Jésus revêtu d’une longue tunique, hiératique regarde Pierre qui, se mettant à genoux, implore le Christ, les mains jointes. Derrière les autres apôtres, comme s’ils avaient envoyé Pierre les représenter, attendent stoïquement...


On peut aimer ou non ce style « art Déco », mais il faut bien reconnaître qu’il a une certaine vigueur et qu’en quelques simples sculptures, il exprime toute la force du verset évangélique.


Conclusion du discours

Chacun va être placé devant une alternative décisive : ou je refuse de croire (versets 60 à 66) ou je crois Versets 68 à 69). Et l’on peut dire que ce choix imposé par le discours de Jésus va faire des dégâts. Même ceux qui le suivaient depuis un moment, vont l’abandonner. Comme le dit le texte, beaucoup de disciples « revinrent en arrière ». Ils font demi-jour. Pas seulement physiquement, mais intellectuellement. Et sans s’en rendre compte, il font demi-jour spirituellement. Corps, esprit et âme : tout est engagé dans le choix à faire. Ils ne le suivent plus, précisera l’évangile. Le mot disciple est révélateur. Il est emprunté au latin discipulus qui qualifie l’élève par rapport au maître. Le disciple est celui qui est enseigné. Ils refusent donc l’enseignement du Maître, ils ne suivent plus ses recommandations et ses « cours ». Ils tournent le dos à sa doctrine.


Schisme

Tout doucement, et pourtant nous ne sommes qu’au début du ministère de Jésus, la séparation s’installe. Elle deviendra même schismatique. Le dictionnaire explique le sens de ce mot, schisme :

Acte par lequel un groupe de personnes appartenant à une confession religieuse se sépare de celle-ci et reconnaît une autorité spirituelle différente.

Ils ne reconnaissent plus l’autorité du Christ. Et l’autorité veut dire « être écouté ». A autorité celui qui est écouté. Ils ne l’écoutent plus, il n’a plus d’autorité sur eux. Et eux se séparent. Jésus le savait. Ce curieux verset nous livre sa « pensée » : « Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. » Jésus savait que parmi ceux qui l’accompagnaient, certains n’avaient pas la foi. Pourquoi ne s’en est-il pas séparé ? Certainement parce que le Christ croit toujours en notre conversion. Il ne désespère pas de nous ! Mais, en même temps, il ne va pas changer sa parole, amoindrir sa doctrine, mettre de l’eau dans son vin, pour éviter les défections, ne pas choquer. Pas de foi au rabais !


Certainement espère-t-il aussi la conversion de Juda, sa métanoïa (tradition en grec du mot conversion). La conversion, c’est faire demi-tour. Ils vont tous se convertir, mais pour prendre le mauvais chemin. Comme Judas. Jésus espère, envers et contre tout.


Conversion

Et puis, il y a ceux qui vont aussi quitter ce statut de disciples, non pour faire demi-jour, mais au contraire pour suivre Jésus. C’est leur cœur qui change. De disciples, ils vont devenir apôtres, envoyés. Et Pierre va être à leur tête, juste derrière Jésus. C’est lui qui va exprimer la foi de tout le groupe. « Tu as les paroles de la vie éternelle ». Nous ne choisissons pas un autre maître pour nous enseigner, c’est toi qui nous as choisis, c’est toi que nous choisissons. Et ce Maître, nous le choisissons parce que nous avons foi qu’il est le Saint de Dieu, le Fils de Dieu.


Que retenir ?

Que retenir de ce long discours du Pain de Vie qui nous a occupé quatre dimanches d’affilée ?


Reprenons-les, dimanche après dimanche.


Premier dimanche : Jésus est notre nourriture, notre pain vivant. Et ce pain descendu du ciel, cette nouvelle manne, c’est moi (Ἐγώ εἰμι - Je le suis). Cette eau qui jaillit du rocher, c’est moi ! Jésus est le nouveau Moïse qui réalise l’œuvre du Père.


Deuxième dimanche : Jésus est notre enseignant, notre onction divine. C’est cela qu’ont refusé les Juifs : être enseignés par le Christ en recevant son onction. C’est peut-être cela que nous faisons nous-mêmes lorsque nous refusons de recevoir son Esprit, son onction, pour ne laisser parler que notre esprit, souvent du mauvais esprit ! Cette onction n’est autre que de contempler sa Gloire, et la contempler face à face. Moïse n’a vu Dieu que de derrière (Ex 33, 20-23). Alors que nous, nous pouvons voir Dieu face-à-face. Car en regardant le Christ, en le contemplant, en l’adorant dans son eucharistie, c’est le Père que je vois. « Qui me voit, voit le Père » (Jn 14, 9) !


Troisième dimanche : Sa chair et son sang sont Esprit et Vie. Seul l’Esprit compte. C’est l’Esprit qui fait vivre. Et ces paroles sont Esprit et Vie. Nous devons donc dévorer cette parole. Manger le livre, c’est assimiler la pensée de Dieu. Manger le Corps du Christ, c’est assimiler sa parole, sa vie, son esprit, pour devenir comme lui. Ce que saint Augustin a si bien exprimé (Sermon 272, Aux nouveaux baptisés, sur le sacrement) : Soyez donc ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes.


Quatrième dimanche : Retenons ces mots de Pierre. « Tu as les paroles de la vie éternelle ». Nous ne choisissons pas un autre maître pour nous enseigner, c’est Jésus qui nous as choisis, c’est Jésus que nous choisissons. Et ce Maître, nous le choisissons parce que nous avons foi qu’il est le Saint de Dieu, le Fils de Dieu.



Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Commentaire sur l'évangile de Jean, 4, 4, PG 73, 613 617

A qui donc irions-nous ? demande Pierre. Il veut dire : "Qui nous instruira comme toi des divins mystères ?" ou encore : "Auprès de qui trouverions-nous quelque chose de meilleur ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jn 6,68). Elles ne sont pas dures, comme le disent ces autres disciples. Au contraire, elles conduisent à la réalité la plus extraordinaire de toutes, la vie éternelle qui est sans fin, vie exempte de toute corruption.


Ces paroles nous montrent bien que nous devons nous asseoir aux pieds du Christ, le prenant pour notre seul et unique maître, et nous tenir constamment près de lui sans nous laisser distraire. Il doit devenir pour nous le guide parfaitement capable de nous conduire à la vie qui n'aura pas de fin. De cette manière, en effet, nous monterons jusqu'à la divine demeure du ciel et nous entrerons dans l'Église des premiers-nés, pour faire nos délices des biens que l'esprit humain ne peut comprendre.


De soi, il est évident que la volonté de suivre le Christ seul et de lui être toujours uni, est chose bonne et salutaire. Néanmoins, l'Ancien Testament va aussi nous l'apprendre. De fait, au temps où les Israélites, affranchis de l'oppression égyptienne, se hâtaient vers la terre promise, Dieu ne les laissait pas faire route en désordre, et le législateur ne leur permettait pas d'aller n'importe où, à leur gré; sans guide, en effet, ils se seraient à coup sûr complètement égarés. <>


Remarque comment ils reçoivent l'ordre de suivre, de se mettre en marche au moment où la nuée prend son départ, de faire encore halte avec elle, puis de prendre du repos avec elle. Vraiment, en ce temps-là, les Israélites trouvaient leur salut en restant avec leur guide. Aujourd'hui, nous faisons également le nôtre en refusant de nous séparer du Christ. Car c'est lui qui s'est manifesté aux anciens sous les apparences de la tente, de la nuée et du feu. <>


Les Israélites devaient exécuter les ordres : il leur était défendu de se mettre en route de leur propre initiative. Ils devaient s'arrêter avec la nuée, par égard pour elle. Cela devait encore servir d'exemple, afin que vous compreniez cette parole du Christ : Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). C'est en marchant toujours avec lui que le disciple donne la preuve qu'il est fidèle à le suivre et assidu à se tenir près de lui.


Or, la marche en compagnie et à la suite du Christ Sauveur ne s'entend nullement dans un sens matériel, mais s'effectue plutôt par le moyen des oeuvres qu'engendre la vertu. Les disciples les plus sages s'y sont fermement engagés de tout leur coeur. Ils ont refusé de se retirer avec ceux qui manquaient de foi et couraient à leur perte.


Ils s'écrient à bon droit : Où irions-nous ? En d'autres termes : "Nous serons toujours avec toi, nous nous attacherons à tes commandements, nous accueillerons tes paroles, sans jamais récriminer. Nous ne croirons pas, avec les ignorants, que ton enseignement est dur à entendre. Nous ferons plutôt nôtre cette pensée : Qu'elle est douce à mon palais, ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche !" (Ps 118,103).


Prière

Père de Jésus Christ, donne-nous d'aller vers lui, même quand ce qu'il dit nous paraît trop lourd à porter. Il a les paroles de la vie éternelle, et son amour est plus précieux que tout amour. Lui qui règne.

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