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XXIIIe dimanche du temps ordinaire (A)

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien…




Grand guetteur,

Nicolas Lavarenne (né à Chamelières en 1953),

Bronze, hauteur : 6,30 mètres,

Arboretum du château, Roure (France)


Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 33, 7-9)

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »


Psaume 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 13, 8-10)

Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 18, 15-20

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »


Présentation de la ville de Nice

Sur les vestiges de la tour de guet de l'ancien château du Seigneur de Roure, Bertrand de Caïs, jadis place forte du Comté de Nice, veille désormais, le « Grand Guetteur » de Nicolas Lavarenne. Inauguré le dimanche 7 octobre 2007 par Christian Estrosi, secrétaire d’État chargé de l’Outre-Mer, président du Conseil général des Alpes-Maritimes, en présence de Fernand Blanchi, conseiller général, maire de Valdeblore, Michèle Ramin, présidente de l’Arboretum Marcel Kroenlein, Jean-Paul Blanc, maire de Roure, et le Conseil municipal de Roure, cette sculpture de bronze perchée sur trois lances d'acier de plus de 6 mètres de haut est visible de tous les villages alentours.


D’un équilibre parfait, les sculptures de Nicolas Lavarenne, Niçois un temps assistant d’Arman, traduisent les attitudes réalistes du corps humain. Les musculatures, indispensables à la puissance ou la grâce des corps, se précisent dans leurs grandes lignes et s’affinent dans leur action. D’où la fantastique chevauchée de ses guetteurs, jockeys, passeurs et autres héros juchés sur des perches ou des tiges qui donnent, de près ou de loin, une vision aérienne.C’est Michèle Ramin, Présidente et cofondatrice de l'Arboretum Marcel Kroënlein qui a été le catalyseur de cette aventure artistique.


Séduite, il y a quelques années, par un petit bronze à la cire perdue de Lavarenne, elle imagina le guetteur à taille humaine, au plus haut du promontoire rocheux qui domine le confluent de la Tinée et de la Vionée. Le Conseil général a participé à l’acquisition de cette sculpture de Nicolas Lavarenne, d'un coût de 87 000 €, en allouant une subvention de 45 000 € à l’association « Arboretum Marcel Kroenlein », et deux mécènes, Madame Seiller et Nicolas Lavarenne, ont finalisé l’opération en offrant 20 000 et 22 000 euros. Des travaux de réhabilitation et de mise en sécurité de l’esplanade du château ont été réalisés afin de permettre aux futurs visiteurs d’apprécier l’œuvre exposée : les marches agencées en escalier ou en « pas de mule » ont été construites en pierre massive et les murets ont été maçonnés à l’ancienne.


L’artiste

Présentation de Jacqueline QUEHEN


De cet artiste autodidacte, on a beaucoup dit, commenté, glosé, et de sa démarche d’arracher la sculpture à la pesanteur en la détachant du socle. Dans cette volonté de se rapprocher du divin, de transmuer la matière, d’animer le bronze, on peut voir simplement une incarnation de la vocation de l’Artiste, démiurge. Ces corps tendus expriment-ils l’effort, la souffrance, l’énergie ? Tout à la fois, sans doute, car c’est la vie même que recèlent ces sculptures, une complexité où excelle le talent de Nicolas Lavarenne. « L’art réconcilie avec la vie » proclame-t-il. En y mettant de l’ordre, probablement, en rétablissant les justes proportions, en y introduisant la perfection. Chez Nicolas Lavarenne, la sculpture est une écriture, chaque muscle une lettre. Son art est celui de la tension, au sens physique, réalisant cet équilibre de forces, entre plaisir et douleur, sagesse et inquiétude. Ses dernières œuvres marquent du reste une évolution vers plus de fluidité, avec des postures moins acrobatiques. Et une réintroduction du féminin, de formes douces, absentes auparavant, car c’est la tonicité des corps architecturés plus que la séduction qui intéresse cet artiste. Au sommet de son art, Nicolas Lavarenne séduit, touche, émeut, fascine même, insufflant à ses bronzes une indéniable dimension poétique.


Distinctions :

  • 1998 - Prix du public, Antibes ;

  • 1993 - Premier prix de sculpture, Tende ;

  • 1993 - Premier prix de sculpture, Beaulieu-sur-Mer ;

  • 1990 - Prix du public, Nice ;

  • 1987 - Premier prix de sculpture, Brignoles ;

  • 1984 - Prix du public, Nice


Ce que je vois

Au beau milieu de la nature, sur une tour arasée du château, se dressent trois grandes barres métalliques, à l’image de la structure d’un tipi sioux ! En haut, à la croisée des barres et se tenant à la plus longue, un homme guette. La position doit être bien inconfortable ! Cet homme dans la force de l’âge est nu. Ses deux jambes pendent dans le vide, alors que les muscles tendus pour garder l’équilibre, il guette vers la gauche, la main en visière au-dessus des yeux. N’est-il pas une image évidente du guetteur dont nous a parlé le prophète Ézékiel : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part » ?


Être un guetteur

S’il est bien une demande qui traverse toute la Bible, c’est bien celle de guetter. Elle peut se cacher derrière d’autres termes : « Soyez attentifs. Soyez vigilants. Restez éveillés. Veillez et priez. Scrutez les Écritures… », mais c’est toujours la même notion, celle de l’attention vigilante. Scruter pour découvrir et comprendre. Mais sommes-nous encore vigilants ?


Je ne parle pas de la vigilance au volant (bien que…), ni celle dans notre travail, mais plutôt de cette attitude fondamentale qui nous permet de ne pas rater l’essentiel. Vous pourriez me rétorquer que si une chose est essentielle, on la voit immédiatement. Je n’en suis pas sûr, et je me rappelle cette page d’Arsène Lupin qui explique à son valet que pour cacher l’énorme diamant qu’il venait de dérober, il ne fallait pas le cacher dans un lieu improbable, mais le déposer, à la vue de tous, sur l’étagère. Là, personne ne le remarquerait !


Regardez notre société. On y scrute la petite bête, le moindre détail pour en tirer des généralités et des conclusions souvent hâtives et fausses, ou du moins faussées. Un seul exemple polémique : on se plait de l’immigration et du « grand remplacement ». Certes. Mais a-t-on jeté un regard sur la natalité française ? Si les français ne font plus d’enfants (et ne sont pas soutenus par la moindre politique familiale), comment s’étonner que des étrangers viennent nous remplacer ? La question politique n’est pas celle de l’immigration, mais d’abord celle de la natalité. Tout le monde semble avoir peur de l’islam. Dont acte. Mais qui est encore chrétien dans notre société ?


Pour toutes ces questions, tel notre guetteur, il faut prendre de la hauteur, ou du recul (bien que je le déconseille à notre guetteur sur ces trois piquets !). Une petite histoire pour me faire mieux comprendre. Je suivais un cours sur les Nymphéas de Claude Monet au musée de l’Orangerie de Paris. Le premier intervenant, spécialiste du peintre, nous invita à nous coller le nez au tableau, avec une loupe, pour y repérer les coups de pinceau, l’assemblage des couleurs, ou l’épaisseur de la matière. Passionnant, et au terme de son intervention, nous avions quelques clefs pour repérer le vrai Monet d’une copie ! Une semaine après, un autre enseignant nous invite de nouveau à l’Orangerie. Il nous place à un endroit de la salle elliptique, meilleur angle de vue d’après lui, et après nous avoir dit : « Claude Monet, les Nymphéas, 1914-1926, 219 sur 602 cm », il se tait. Nous avions commencé à noter et restions dans l’attente de la suite. Mais rien, pas un mot ! Et ce silence dura plus de quinze minutes. Après les quelques regards amusés et interrogatifs échangés entre étudiants, le silence intérieur se fit. Puis, sans nous en rendre compte, nous étions au bord de l’eau. J’entendais le clapotis, le bruissement des plantes, le chant des oiseaux, et commençais à ressentir la brise légère et les parfums des fleurs… Ce silence nous avait emmené dans la toile ! Nous avions pris physiquement du recul au début du cours. Maintenant, nous avions pris de la hauteur. Plus question de scruter le détail, mais plutôt de guetter l’œuvre dans son ensemble. La rivière était là sous nos yeux, et nous ne l’avions pas vu…


Un autre exemple bien simple : le livre de l’Apocalypse. Les millénaristes chercheront la moindre correspondance entre les signes décrits dans le texte et les événements de notre monde, quitte à tordre un peu la réalité. Ils ont oublié deux choses. D’abord la sagesse chinoise qui invite à regarder la lune et non le doigt. Et surtout que ce dernier livre biblique n’est pas la description de la fin des temps, heure par heure, mais la révélation du salut offert à ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et attendent la venue du Sauveur (Ap 22, 16-20) :

Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et moi, devant tout homme qui écoute les paroles de ce livre de prophétie, je l’atteste : si quelqu’un y fait des surcharges, Dieu le chargera des fléaux qui sont décrits dans ce livre ; et si quelqu’un enlève des paroles à ce livre de prophétie, Dieu lui enlèvera sa part : il n’aura plus accès à l’arbre de la vie ni à la Ville sainte, qui sont décrits dans ce livre. Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Ainsi, quand le prophète, et toute la Bible, nous invite à guetter, à être vigilant, c’est essentiellement un appel à prendre de la hauteur pour voir le dessin — et surtout le dessein — dans son ensemble. Jésus ne dit pas autre chose dans l’évangile (Mt 16, 1-4) :

Les pharisiens et les sadducéens s’approchèrent pour mettre Jésus à l’épreuve ; ils lui demandèrent de leur montrer un signe venant du ciel. Il leur répondit : « Quand vient le soir, vous dites : “Voici le beau temps, car le ciel est rouge.” Et le matin, vous dites : “Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.” Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. » Alors il les abandonna et partit.

Reste une question : vers où tourner notre regard ?


Un regard orienté

Les lectures nous l’indiquent. Dans la première lecture d’Ézékiel : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »


Dans le psaume : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »


Dans la lettre aux Romains : « Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. (…) L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. »


Et dans l’Évangile : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église… »


Un fait, notre regard vigilant doit être orienté, et ce, dans les deux sens du terme. Orienté, tourné vers l’Orient, vers le soleil levant. Et qui d’autre que le Christ pourrait être ce soleil levant que nous appelons de nos vœux pour le voir se lever dans nos vies, comme le prédit Zacharie à la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1, 78-79) : « … grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix » ?


Celui que nous devons guetter dans nos vies, c’est lui, le Christ. Toute notre vie devrait être à la recherche de sa sainte Face, d’autant plus que lui nous cherche de tout temps… Il est notre Orient ! Et si je peux me permettre une analogie, il est notre perle, celle que l’on cherche (Mt 13, 45-46 : « Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle »). Et toute perle a un orient : « une perle peut également posséder un bel effet optique appelé l'orient. L'orient est représenté par une jolie teinte arc en ciel luisant sur la surface de la perle. Cette teinte, souvent insaisissable, semble bouger lorsqu'on tourne la perle. Plus précisément, l'orient est semblable aux teintes arcs en ciel visibles sur les bulles de savon » précise le dictionnaire


Mais un regard orienté aussi vers nos frères et sœurs. Pourquoi, me dire-vous ? Tout simplement parce que, comme moi, ils sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 5, 1) : « Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu. » Derrière leur visage, beau ou laid, se cache le visage de Dieu. Comment pourrais-je laisser le visage de Dieu s’abîmer ? Si je ne leur annonce pas le salut, si je n’ai pas le courage de les guider vers la Gloire de Dieu, alors, je serai coupable.


Le courage d’annoncer plutôt que de dénoncer

L’Église a toujours dit qu’il fallait condamner le péché et aimer le pécheur (le dire n’est pas automatiquement le faire…) Mais ce qui est à retenir est que nous devons pointer du doigt le péché, ne pas nous compromettre avec l’erreur. Non pour condamner celui qui a pris le mauvais chemin, non pour l’exclure et le vouer aux gémonies, mais pour l’aider, le relever, lui montrer la voie du salut. Le prophète ne dit rien d’autre. Je repense aussi à la phrase d’Edmond Burke (1729-1797) : « Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien. » Il ne dit rien d’autre qu’Ézékiel !


Si les chrétiens ont peur d’annoncer la loi de vie, la loi de mort finira par triompher. Oui, cela demande du courage, et ce n’est pas la vertu la plus en vogue aujourd’hui. Encore plus quand ce courage est au profit des autres, et source de maux pour moi ! Si l’Église n’a plus ce courage, qu’en sera-t-il de l’évangile ? Luc 14, 34 : « C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel lui-même se dénature, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? »


L’exhortation à Timothée

Je conclue avec les mots de saint Paul dans ce passage de la deuxième lettre à Timothée (2 Tim 4, 1-6) : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère. »



La « Prière du Veilleur » de Jean-Pierre Calloc'h

« Les ténèbres pesantes s'épaissirent autour de moi ; Sur l'étendue de la plaine la couleur de la nuit s'épandait, Et j'entendis une voix qui priait sur la tranchée : Ô la prière du soldat quand tombe la lumière du jour ! Le soleil malade des cieux d'hiver, voici qu'il s'est couché ; Les cloches de l'Angélus ont sonné dans la Bretagne, Les foyers sont éteints et les étoiles luisent : Mettez un cœur fort, ô mon Dieu, dans ma poitrine. Je me recommande à Vous et à votre Mère Marie ; Préservez-moi, mon Dieu, des épouvantes de la nuit aveugle, Car mon travail est grand et lourde ma chaîne : Mon tour est venu de veiller au front de la France, Oui, la chaîne est lourde. Derrière moi demeure L'armée. Elle dort. Je suis l'œil de l'armée. C'est une charge rude, Vous le savez. Eh bien, Soyez avec moi, mon souci sera léger comme la plume. Je suis le matelot au bossoir, le guetteur Qui va, qui vient, qui voit tout, qui entend tout. La France M'a appelé ce soir pour garder son honneur, Elle m'a ordonné de continuer sa vengeance. Je suis le grand Veilleur debout sur la tranchée. Je sais ce que je suis et je sais ce que je fais : L'âme de l'Occident, sa terre, ses filles et ses fleurs, C'est toute la beauté du Monde que je garde cette nuit. J'en paierai cher la gloire, peut-être ? Et qu'importe ! Les noms des tombés, la terre d'Armor les gardera : Je suis une étoile claire qui brille au front de la France, Je suis le grand guetteur debout pour son pays. Dors, ô patrie, dors en paix. Je veillerai pour toi, Et si vient à s'enfler, ce soir, la mer germaine, Nous sommes frères des rochers qui défendent le rivage de la Bretagne douce. Dors, ô France ! Tu ne seras pas submergée encore cette fois-ci. Pour être ici, j'ai abandonné ma maison, mes parents; Plus haut est le devoir auquel je me suis attaché : Ni fils, ni frère! Je suis le guetteur sombre et muet, Aux frontières de l'est, je suis le rocher breton. Cependant, plus d'une fois il m'advient de soupirer. « Comment sont-ils ? Hélas, ils sont pauvres, malades peut-être… ». Mon Dieu, ayez pitié de la maison qui est la mienne Parce que je n'ai rien au monde que ceux qui pleurent là... Maintenant dors, ô mon pays ! Ma main est sur mon glaive ; Je sais le métier ; je suis homme, je suis fort : Le morceau de France sous ma garde, jamais ils ne l'auront... - Que suis-je devant Vous, ô mon Dieu, sinon un ver ? Quand je saute le parapet, une hache à la main, Mes gars disent peut-être : « En avant ! Celui-là est un homme ! » Et ils viennent avec moi dans la boue, dans le feu, dans la fournaise... Mais Vous, Vous savez bien que je ne suis qu'un pécheur. Vous, Vous savez assez combien mon âme est faible, Combien aride mon cœur et misérables mes désirs ; Trop souvent Vous me voyez, ô Père qui êtes aux Cieux, Suivre des chemins qui ne sont point Vos chemins. C'est pourquoi, quand la nuit répand ses terreurs par le monde, Dans les cavernes des tranchées, lorsque dorment mes frères Ayez pitié de moi, écoutez ma demande, Venez, et la nuit pour moi sera pleine de clarté. De mes péchés anciens, Mon Dieu, délivrez-moi, Brûlez-moi, consumez-moi dans le feu de Votre amour, Et mon âme resplendira dans la nuit comme un cierge, Et je serai pareil aux archanges de Votre armée. Mon Dieu, mon Dieu ! Je suis le veilleur tout seul, Ma patrie compte sur moi et je ne suis qu'argile : Accordez-moi ce soir la force que je demande, Je me recommande à Vous et à Votre Mère Marie ». Ainsi soit-il.


HOMELIE DE S. GREGOIRE SUR EZEKIEL

Fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël. II faut noter que le Seigneur désigne comme un « guetteur » celui qu'il envoie prêcher. Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance.


Combien il m'est cruel de dire ces paroles ! Car en parlant, je me frappe moi-même : je ne pratique pas la prédication comme je le devrais ; et lorsque cette prédication est suffisante, ma vie ne concorde pas avec ma parole.


Je ne nie pas ma culpabilité, je vois ma torpeur et ma négligence. Peut-être que de reconnaître ma faute m'obtiendra le pardon auprès du juge miséricordieux ? Sans doute, quand j'étais au monastère, j'étais capable de retenir ma langue des paroles inutiles et de garder presque continuellement mon esprit attentif à la prière. Mais, après avoir endossé le fardeau de la charge pastorale, mon esprit ne peut plus se recueillir assidûment, parce qu'il est divisé par quantité de soucis.


En effet, je suis obligé d'examiner les affaires tantôt des Églises, tantôt des monastères, et souvent de juger la vie et les actes des personnes privées ; tantôt de m'occuper longuement de certains problèmes civiques, tantôt de gémir devant l'assaut meurtrier des barbares et de redouter les loups qui menacent le troupeau que Dieu m'a confié. Tantôt je suis contraint de prendre des mesures pour que les secours ne manquent pas à ceux-là mêmes qui sont tenus par la règle monastique ; tantôt je dois supporter avec patience certains pillards, et tantôt m'opposer à eux pour sauvegarder la charité.


Lorsque l'esprit est amené à se disperser et à se déchirer par le souci d'affaires si nombreuses et si importantes, comment peut-il rentrer en lui-même afin de se recueillir entièrement pour la prédication, et ne pas renoncer au ministère de la parole ? Mais, parce que les obligations de ma charge m'obligent souvent à rencontrer des hommes du monde, il m'arrive de relâcher la discipline de ma langue. Car, si je maintiens constamment une sévérité rigoureuse, je sais que je mets en fuite les plus faibles, et je ne les attirerai jamais comme je le voudrais. C'est pourquoi il m'arrive souvent d'écouter leurs paroles inutiles.


Mais parce que je suis faible, moi aussi, je me laisse quelque peu entraîner aux discours inutiles, et je me mets à parler volontiers sur des sujets que j'avais d'abord écoutés de mauvais gré : et là où cela m'ennuyait de manquer au silence, je trouve plaisir à m'étendre.


Quel « guetteur » suis-je donc, qui ne me tiens pas posté sur la montagne de l'efficacité, mais plutôt gisant dans la vallée de la faiblesse ? Mais le créateur et rédempteur du genre humain est assez puissant pour me donner, malgré mon indignité, et la noblesse de la vie et l'efficacité de la prédication, car c'est pour son amour que je me consacre totalement à sa parole.

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