XXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire (C)

Chacun sa croix... -




Cité du souvenir,

Maitre-autel signé Richard Desvallières (Paris, 1893 - Paris, 1962),

Vitraux exécutés par Marguerite Huré (Paris, 1895 - Paris, 1967),

sur les cartons de George Desvallières (Paris, 1861 - Paris, 1950), 1931,

Chapelle Saint-Yves, Paris (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 14, 25-33)

En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’ Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »


La Chapelle (Site de la Chapelle)

La chapelle Saint-Yves est une chapelle catholique érigée au centre de la Cité du Souvenir, dans le XIVe arrondissement de Paris. Elle fut construite en 1925, à l'initiative de l'abbé Alfred Keller, afin de rendre hommage aux victimes de la Première Guerre mondiale. Principalement connue pour ses fresques peintes par George Desvallières, elle est classée « monument historique » depuis 1996.


Conçue par les architectes F. Besnard et D. Boulenger, la chapelle est située dans la cour intérieure de la cité du souvenir, 11 rue Saint-Yves, sous un corps de bâtiment. Petit édifice en briques et en béton, elle présente une façade-pignon centrale encadrée de deux porches d'entrée latéraux. Le pignon en façade est ajouré de trois baies simples et d'un oculus. Cinq petites cloches sont accrochées au mur de l'immeuble, au-dessus de la chapelle. Elle possède également un chœur entièrement décoré par George Desvallières entre 1931 et 1932. Le thème principal est la montée au ciel du poilu, encadré par les saints. Le fils du peintre, mort au front à l'âge de 17 ans, y est notamment représenté, enveloppé dans le drapeau français.


Georges Desvallières

George Desvallières est un artiste français trop peu connu. Sa petite fille, Catherine Ambroselli de Bayser, en est la spécialiste incontestée. Je ne peux que vous inviter à vous reporter au site consacré au peintre : (http://www.georgedesvallieres.com)


Il eut une vie longue, 90 ans, qui traversa trois guerres (1870, 1914, 1940), marquée par des événements cruciaux pour ce peintre, que ce soit sa conversion au catholicisme en 1905, la Grande Guerre où il servit comme chef de bataillon, la mort de son fils Daniel, âgé de dix-sept ans en 1915, ou des rencontres exceptionnelles comme celle de Jules-Élie Delaunay, Gustave Moreau, Georges Rouault, Henri Matisse ou Jacques Rouché. Avec Maurice Denis, il créera en 1912 les fameux Ateliers d’Art Sacré.


Ce que je vois

Un autel de marbre blanc, surmonté d’une prédelle intégrant le tabernacle. Derrière l’autel, on remarque d’abord deux dates peintes sur le mur : 1915-1917. Se réfèrent-elles au thème du vitrail ? Au-dessus, trois vitraux se découpent sur une fresque de Georges Desvallières.


Desvallières, qui a été engagé dans la guerre comme commandant d'un bataillon de chasseurs dans les Vosges, est sollicité par l'abbé Keller. Il met dans cette réalisation toute l'expérience qu'il a vécue pendant ces années terribles. Le motif principal est la montée au ciel du poilu encadré par les saints. C'est son fils Daniel, mort au front à l'âge de 17 ans, que le peintre a représenté, enveloppé dans le drapeau français, un léger sourire sur les lèvres. Le portrait est saisissant, et l'ensemble, impressionnant.


Concentrons-nous sur les vitraux. Ils viennent, en trois baies, s’inscrire dans la fresque, comme s’ils en étaient la prolongation de lumière. En effet, on distingue sur les côtés des vitraux latéraux cet amoncellement de croix funéraires qui se prolonge dans le vitrail lui-même. Ces croix se révèlent alors à la lumière. Toutes sont marquées en leur centre de la cocarde tricolore que l’on disposait sur les tombes des soldats tombés au front.


Ces croix sont comme une porte. Une porte de lumière. C’est le Christ, soleil de nos vies, qui vient les révéler, qui, malgré la peine, leur donne une couleur vivante que l’on ne distinguait pas encore sur la fresque. Et elles sont comme une montagne qui grimpe de l’autel vers l’œil-de-bœuf qui domine la scène : le Sacré-Coeur de Jésus. Ce Cœur qui a tant aimé les hommes et celui qui va accueillir les soldats tombés au Champ d’Honneur. De fait, c’est une progression spirituelle que nous dépeint ici l’artiste : une échelle des cieux, comme la décrit saint Jean Climaque. Du sacrifice du Christ sur l’autel, jusqu’au sacrifice des soldats, dont la tombe reçoit la lumière divine, qui leur permet de monter jusqu’au Cœur de Jésus. La Croix n’est plus ici instrument de torture, elle est plus qu’une simple béquille, elle devient l’échelle qui nous permet de rejoindre les Cieux.


Ne rien préférer d’autre que la Croix

Elles peuvent paraître dures ces paroles qui inaugurent l’évangile de ce jour : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. » Devrions-nous renoncer à tout amour pour nos parents, nos enfants, notre famille ? Ce n’est pas ce que Jésus dit ! Il parle simplement de priorité, de hiérarchie (c’est-à-dire d’ordre sacré). Et cet ordre est de mettre Dieu tout en haut de la pyramide, non pas de supprimer les échelons précédents. Car, comment pourrait tenir le pyramidion s’il n’a dessous de lui les divers étages. Ainsi, l’amour de notre famille et de ses membres fait partie des étages de cette pyramide, voire de cette fusée divine.


Remettre de l’ordre

Car, autant le pyramidion, le sommet, a besoin de sa base, autant une base qui n’aurait pas de sommet est sans intérêt. Préférer le Christ ne veut pas dire exclure notre famille. Mais préférer notre famille ou nos amis, c’est reléguer Dieu à un niveau inférieur, ou même égal. Et ce n’est pas sa place. Car alors, comment ne pourrions pas nous prendre nous-mêmes, étant sur le même plan, pour des dieux. Rappelez-vous ce qui disait Nietzsche :

S’il y a un Dieu, comment supporter de ne pas l’être ?

Jésus vient remettre de l’ordre, remettre choses et personnes à leur place. Non pas dans un sens dominateur, d’une Dieu vengeur, mais dans le sens des valeurs. Pour répondre à Nietzsche : si tu n’es pas Dieu, c’est que tu n’es pas capable d’amour comme Lui ! Si tu le laissais te transformer, si tu le laissais incarner l’Amour en toi, si, comme le disait Élisabeth de la Trinité, « tu devenais une humanité de surcroît » pour Lui, alors, tu serais l’Amour, alors tu te fonderais en Dieu. Comment pourrions-nous préférer qui que ce soit à cela, l’Amour ?!


Comment préférer le Christ à tout et à tous ?

C’est peut-être la vraie question de ce jour... Mais Jésus nous donne immédiatement la réponse : en prenant sa Croix. Oh, bien sûr, pour certains cette croix est évidente, nul besoin de la chercher : la maladie, la souffrance, l’isolement, la persécution et je ne sais quoi encore. Elles sont évidentes aux yeux de leurs propriétaires. Mais, rassurons-nous, saint Paul vient nous en donner le sens (Rm 8, 33-39) :

Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Rien ne pourra nous séparer de l’Amour car c’est en elles — détresse, angoisse, persécution, etc. — que se cache l’Amour. C’est en elles que se révèlent la Croix. Tout cela peut ne plus être un poids, une souffrance, une fois que nous la prenons à bras-le-corps. Le danger serait de garder une distance. Je reprends ce que je viens de lire dans l’essai d’un ami très cher (Olivier RATTEZ, Petites leçons de management reçues des gens simples) racontant comment le bûcheron qui coupe son arbre ne s’en éloigne pas au moment de la chute. Au contraire, il l’embrasse !

- Moi ? Mais je ne m’éloigne pas. Jamais. Au contraire, je colle au tronc. D’abord parce, comme ça, je sens l’arbre, je comprends ses intentions, je m’adapte à lui. Mais aussi, tu vois, parce que si le tronc revient et que je suis collé à lui, je vais suivre le mouvement. Tandis que si je me recule de quelques mètres et que le tronc revient, alors là, je le prendrai en pleine figure… mais avec cinq mètres d’élan ! C’est la mort assurée. »

Il en est de même pour la Croix. Si tu y colles, tu la sens, tu comprends ses intentions, tu t’adaptes à elle. Bref, elle fait corps avec toi. De poids, elle devient béquille, elle se transforme en échelle vers les Cieux, elle en est même la porte... Il suffit alors de suivre le mouvement !


Chacun sa croix

Un petit aparté sur nos croix personnelles. Comme je le disais, certaines sont évidentes à nos yeux. D’autres plus discrètes. Elles demandent parfois du temps pour être découvertes. Ou alors ce sont des événements imprévus qui nous les révèlent. Mais il me semble important de se rappeler quelques points fondamentaux :

  • Nul n’est exempt de croix...

  • Dieu nous fait la grâce de nous laisser une croix à notre mesure, même si nous avons l’impression que nous ne pourrons jamais la porter...

  • De même, il ne nous surcharge pas de croix. Une seule ! Oh, bien sûr, elle peut avoir des ramifications, des branches diverses. Mais en fait, ce n’est que le reflet de la même croix...

  • Ma croix n’est pas interchangeable ! Même si un marché aux croix personnelles était proposé dans le village, chacun repartirait avec la sienne. Comme dans la chanson de Serge Reggiani, « Je voudrais être ce monsieur qui passe » (le texte est en annexe)...

Mon joug est léger

Car Jésus connaît nos peurs. Mais il veut aussi nous rassurer, lever nos doutes, nous donner courage. Ne l’a-t-il pas déclaré (Mt 11, 25-30) :

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Remplacez « joug » par « croix » et vous aurez compris. Mais faites bien attention au préambule. Pour vraiment le comprendre, il faut un cœur, une âme de tout-petit ! Pas une prétention de sage, encore moi les connaissances d’un savant, simplement une âme d’enfant. Comme celle de Thérèse de Lisieux... :

« Je me réjouis d'être petite puisque les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste. »
« Ce qui plait au bon Dieu dans ma petite âme, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde. »

Le renoncement

Et pour obtenir cette âme d’enfant qui nous permet d’embrasser la Croix, il faut accepter de passer par l’étape du renoncement. N’est-ce pas tout l’enjeu dont parle Jésus dans les versets suivants ? Nous pourrions les résumer ainsi :

  • Celui qui veut bâtir sa tour... « Qui trop embrasse point n’étreint » ! Bref, prends la Croix qui t’est donnée, pas une autre. Et ne cherche pas des croix que tu n’as pas... Souffrir n’a jamais été rédempteur. Comme le martyre. Seule l’acceptation de ce qui nous tombe dessus est rédempteur.

  • Le roi qui veut partir en guerre... Jésus donne lui-même la clé : renonce à tout ce qui t’appartient. Mets-toi à nu pour que je puisse te revêtir de sainteté. Et n’oublions jamais que sur la Croix, Jésus était nu...

Sine qua non

En fait, s’il l’on y regarde bien, pour suivre Jésus, pour épouser sa Croix, il y a trois conditions inévitables :

  1. Réfléchis sur les moyens à mettre en œuvre. Regarde ou cherche la Croix que Dieu t’a donné.

  2. Alors, lance-toi ! Tu peux et tu dois compter avant tout sur Dieu.

  3. Et sois prêt, comme un bon scout. Sois même prêt à donner ta vie ! « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Et encore plus pour Celui qu’on aime et qui nous aime encore plus !

Et, si nous sommes attentifs au texte, nous verrons que Jésus ne s’adresse pas ici uniquement à ses apôtres. Ce message est pour chacun d’entre-nous : il parle aux foules ! Tous nous sommes appelés à être disciples du Christ. Tous, nous sommes appelés à embrasser la Croix pour nous laisser embraser par elle !



Aimer, c’est tout donner (Thérèse de Lisieux)


R. Aimer, c’est tout donner

Aimer, c’est tout donner

Aimer, c’est tout donner

Et se donner soi-même.

1. Quand je parlerais les langues des hommes et des anges,

Si je n’ai pas l’Amour, je suis comme l’airain qui sonne

Ou la cymbale qui retentit

2. Si je prophétisais et connaissais tous les mystères,

Si j’avais la Foi à transporter des montagnes,

Sans l’Amour, je ne suis rien !

3. Quand je distribuerais ce que je possède en aumônes,

Et si je livrais mon corps à brûler dans les flammes,

Cela ne me sert à rien !



Ce monsieur qui passe (Serge REGGIANI)

Je voudrais être ce monsieur qui passe

Ce monsieur qui passe sans se presser

Il a le charme des princes de race

Qu'on a mis au monde tout habillés

Costume en lin, chemise en soie

Cravate à pois, chaussures en daim

Ce monsieur-là connaît bien son solfège

Il joue comme un Chopin des Nocturnes en arpège

Coupe au rasoir, ongles soignés

Montre en sautoir, parfum discret

Ce monsieur-là a la taille rêvée

Pour marcher dans la foule sans lever le nez

Et je voudrais être ce monsieur qui passe

Ce monsieur qui passe et ne me voit pas

Avoir ce regard où je ne vois trace

Du regret de qui, de l'ennui de quoi

Qu'il me fait envie, que je voudrais être

Ce monsieur qui passe et qui n'est pas moi

Moi dont je suis las, dans qui je m'empêtre

Que je n'aime pas

Je voudrais être ce monsieur qui passe

Il a le sourire des gens satisfaits

Et dans sa tête d'où rien ne dépasse

Tout est à sa place, tout est rangé

Voiture de sport, ski à Morzine

Yacht aux Açores, le grand standing

Je quitte tout, je veux vivre sa vie

Et puis j'offre la mienne à n'importe quel prix

Museau fripé, nez en avant

Sourcils fâchés, les yeux tombants

Mes folies douces et mes peines de cœur

Allez, je brade tout, le pire et le meilleur

Que je voudrais être ce monsieur qui passe

Ce monsieur qui passe et qui ne sait rien

Rien de mes espoirs, rien de mes angoisses

Rien de mes révoltes serrées dans mes poings

Je veux une vie où tout soit limpide

Où ne traînent pas tant des chiens perdus

Tant d'étés fanés, tant de chambres vides

Tant d'amours déçues

Ça y est! c'est moi lui, je passe à sa place

Ma peau se défroisse, je deviens charmant

Qu'est-ce que c'est vaste, enfin j'ai de l'espace

Sa tête, ô miracle, me va comme un gant

J'garde ma Jaguar, j'mange chez Régine

J'commande à boire, je me sens "in"

J'ai plus d'idées, enfin je suis tranquille

Les idées, cher Edgar, c'est pour les imbéciles

Je rentre chez moi, enfin, chez lui

J'entends une voix: "Bonsoir chéri!"

Non, pas sa femme! Non, pas sa femme à lui!

Non, pas sa femme, pas sa femme à lui!

Je ne veux plus être ce monsieur qui passe

Et grand bien lui fasse d'être aussi beau

Je lui rends sa femme, ses tableaux de chasse

Je reprends mes billes, rendez-moi ma peau

Monsieur qui passez au regard tranquille

Comme je vous plains de n'être pas moi

Gardez votre cœur plein d'automobiles

Je garde le mien, je rentre chez moi

Ô Croix dressée sur le monde

1. O Croix dressée sur le monde (bis)

O Croix de Jésus Christ ! (bis)

Fleuve dont l’eau féconde

Du cœur ouvert a jailli.

Par toi la vie surabonde,

O Croix de Jésus Christ !

2. O Croix sublime folie, (bis)

O Croix de Jésus Christ ! (bis)

Dieu rend par toi la vie

Et nous rachète à grand prix :

L’amour de Dieu est folie,

O Croix de Jésus Christ !

3. O Croix sagesse suprême, (bis)

O Croix de Jésus Christ ! (bis)

Le Fils de Dieu lui-même

Jusqu’à sa mort obéit ;

Ton dénuement est extrême,

O Croix de Jésus Christ !

4. O Croix victoire éclatante, (bis)

O Croix de Jésus Christ ! (bis)

Tu jugeras le monde,

Au jour que Dieu s’est choisi,

Croix à jamais triomphante

O Croix de Jésus Christ !

Conférence de saint Jean Cassien (+ 435), Conférences 3, 6-7, CSEL 13/2, 73-75.

Selon la tradition des Pères et l'autorité des saintes Écritures, les renoncements sont au nombre de trois, et chacun de nous doit mettre tout son zèle à les pratiquer. Le premier concerne ce qui est matériel : il nous fait mépriser toutes les richesses et les biens du monde. Par le deuxième, nous répudions notre ancienne manière de vivre, avec les vices et les passions de l'âme et de la chair. Par le troisième, nous détachons notre esprit de toutes les réalités présentes et visibles pour ne contempler que les réalités futures et ne désirer que les invisibles. Ces renoncements doivent être observés tous les trois, comme le Seigneur l'a ordonné à Abraham, lorsqu'il lui a dit : Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père (Gn 12, 1).


Il a dit en premier lieu : Quitte ton pays, c'est-à-dire les biens de ce monde et les richesses de la terre. En second lieu : Quitte ta famille, c'est-à-dire la façon de vivre, les habitudes et les vices passés qui, en s'attachant à nous depuis notre naissance, nous sont étroitement unis par une sorte d'affinité et de parenté. En troisième lieu : Quitte la maison de ton père, c'est-à-dire tout souvenir du monde actuel qui se présente à nos yeux. <>


Ce détachement devient réalité lorsque, morts avec le Christ aux éléments de ce monde, nous contemplons, comme le dit l'Apôtre, non pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel (2 Co 4, 18). Il en va de même lorsque, abandonnant de coeur cette demeure temporelle et visible, nous tournons les yeux de notre âme vers celle que nous habiterons éternellement. Et nous y parviendrons, dès que, vivant dans la chair, mais non selon la chair, nous engagerons le combat (2 Co 10, 3) pour le Seigneur, et que nous proclamerons par nos actions vertueuses ces paroles de l'Apôtre : Nous, nous sommes citoyens des cieux (Ph 3, 20). <>


Cela étant, il ne nous servirait pas à grand-chose d'exercer, fût-ce avec la foi la plus ardente, le premier renoncement, si nous n'accomplissions pas le deuxième avec le même zèle et la même ardeur. De même, après avoir pratiqué celui-ci, nous serons en mesure de passer également au troisième. Nous sortirons ainsi de la maison de notre ancien père, celui qui était, nous le savons, notre père selon le vieil homme, dès notre naissance, quand nous étions par nature voués à la colère comme tous les autres (Ep 2, 3), et nous porterons toute l'attention de notre esprit aux choses célestes <>.


Nous mériterons dès lors d'atteindre à la vraie perfection de ce troisième renoncement lorsque notre âme aura été débarrassée, en effet, de toute la pesanteur de la chair qui l'engourdissait, et purifiée de toute attache et disposition terrestre, grâce à un polissage très soigneux. Notre âme s'élèvera alors jusqu'au monde invisible par la méditation constante des choses de Dieu et la contemplation spirituelle, si bien qu'elle n'aura plus conscience d'être enfermée dans un corps fragile et un lieu particulier, tant elle sera attentive aux réalités célestes et incorporelles.


Prière

Pour que nous soyons disciples de ton Fils, tu exiges de nous, Seigneur, un amour sans partage et un renoncement total. Ce que nous sommes incapables de faire par nous-mêmes, que ta grâce nous en donne la force : alors nous pourrons porter notre croix et marcher à la suite du Christ. Lui qui règne.