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XXIVème Dimanche du temps ordinaire (A)

Trop de confusions !



La parabole du serviteur impitoyable

Claude Vignon (Tours, 1593 - Paris, 1670)

Huile sur toile, 108 x 150 cm, 1629

Musée des Beaux-Arts, Tours (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 18, 21-35

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »


Le peintre

Peintre et graveur français, né à Tours et actif principalement à Paris. Son style richement éclectique a été formé principalement en Italie, où il a travaillé de 1616 à 1622, et son ouverture à des influences très diverses a été plus tard alimentée par ses activités en tant que marchand de tableaux. Paradoxalement, en raison de ses sources d’inspiration variées, son style est le plus distinctif de tous les peintres français de sa génération - très coloré et souvent étrangement expressif. Les caravagesques de son époque l’ont clairement influencé sur sa manipulation de la lumière, quant à son riche travail des tissus, il a des affinités frappantes avec Rembrandt, dont il est connu pour avoir vendu les oeuvres. Vignon aurait eu plus de vingt enfants de ses deux femmes, et ses fils Claude le Jeune (1633-1703) et Philippe, ainsi que sa fille Charlotte, seront également peintres.


Le tableau

Extrait du site du Musée

Des artistes français de la première moitié du XVIIe s., Vignon est l'un de ceux dont le style est le plus aisé à reconnaître et qui a le plus produit. Mais il est aussi l'un de ceux qui se sont montrés les plus ouverts aux influences les plus variées, des maniérisants parisiens et des caravagesques comme des maîtres de Rembrandt, des Fetti, Guerchin, Simon Vouet... D'après son biographe, Vignon serait allé à Rome vers 1610, mais on ne l'y trouve de façon certaine qu'en 1617, après sa réception l'année précédente dans la guilde des peintres de Paris ; il y reste jusqu'en 1622, puis se fixe en 1623 à Paris où il connaîtra un grand succès sous la protection de Louis XIII et Richelieu.


Identifié dès le début du siècle comme Crésus réclamant le tribut à un paysan de Lydie, cet épisode ne se réfère pourtant à aucun évènement précis de la vie du monarque d'Orient et n'est nullement mentionné par Hérodote. Une hypothèse publiée dans les colonnes du Burlington Magazine (Août 1993), suggère que ce tableau puisse plutôt représenter la Parabole du créancier impitoyable (Matthieu, XVIII, 23-35).


La composition frappe par la vérité des expressions et la grande présence physique des personnages, vus à mi-corps selon une mise en page caravagesque. Le contraste entre la dureté du roi et la détresse du vieillard créé une intensité dramatique fortement théâtrale, soulignée par les accessoires jonchant la table et par le rideau qui clôt la scène à l'arrière plan.


La variété et l'éclat de la palette, les empâtements somptueux, caractéristiques de la manière de Vignon, le soin apporté à l'exécution de l'oeuvre, en particulier dans la magnifique nature morte de livres du premier plan, sont autant d'éléments qui démontrent que le "Crésus" est une des oeuvres les mieux venues de l'artiste, typique des années 1627-1630, au début de sa période parisienne, alors qu'il est au sommet de son art.


Ce que je vois

Ce qui frappe en premier lieu est cet éclatement de couleurs : le rouge et le bleu du vêtement royal, le jaune et le vert des autres protagonistes, l’or de la couronne et des pièces... Mais regardons d’abord cette pièce réduite à sa plus simple expression : un rideau moiré et retenu par un cordon à glands dorés, une table couvert d’une nappe bleue sur laquelle reposent livres de comptes, pièces de monnaie, calame et lettres.

Et ce coussin rouge sur lequel s’appuie nonchalamment le roi. Tel un roi de France, il est vêtu d’un long manteau bleu-roi, doublé de vert, au col d’hermine sur une tunique à dentelle blanche, avec une chemise jaune. Sa barbe est fournie, à l’image de celle de Charlemagne. Sur sa tête une couronne d’or et de pierreries. Il pose sa tête sur sa main gauche tandis qu’il désigne d’un doigt comparable au doigt de Dieu de Michel-Ange à la Sixtine, le débiteur. À son index, une lourde bague.


Devant lui, trois personnages. Au centre, le débiteur que le roi envoie en prison malgré le regard compatissant de l’homme, accentué par sa main gauche posée sur sa poitrine. L’homme est vieux, dégarni et tient de sa main droite décharnée le pan de son manteau grisâtre.


Il est entouré de deux jeunes gardes, qui semblent plus de frêles adolescents graciles que d’hommes de main. Tous les deux, habillés d’une tenue que l’on pourrait croire être celle de serviteurs, sont couverts d’un chapeau. L’un porte même cette plume aux reflets rose qui attire l’œil. Même s’ils paraissent tenir fermement le débiteur, leur regard est empreint de pitié face à cet homme condamné.


De fait, la scène est coupée en deux : à gauche la pitié, à droite la justice implacable. Seule la main « créatrice » et la plume les réunissent. Je ne peux m’empêcher de penser aux scènes de Jugement Dernier où, de la bouche du Christ, sort le glaive de la justice et le lis de la miséricorde. Un combat entre la justice et la miséricorde se déploie sous nos yeux... entre la supplication et le jugement... N’est-ce pas, sous une autre forme, la même exhortation au pardon que l’exemple du fils prodigue. La leçon qui se dégage de cette histoire, transposée dans la parabole du gérant infidèle (Lc 16, 1-13), c’est qu’il est nécessaire de pardonner si l’on veut être soi-même pardonné !



Jugement dernier (détail)

Rogier Van der Weyden (Tournai, 1400 — Bruxelles, 1464)

Peinture à l’huile sur bois, 220 x 548 cm, 1443-1452

Musée de l’hôtel-Dieu (Hospice de Beaune, France)

Pardonner ?

Voilà souvent une question que l’on entend : Jusqu’où faut-il pardonner ? Jésus en donne la réponse (Mt 18, 21-22) :

Alors Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.

Mais d’autres peuvent nous dire que certaines choses ne sont pas pardonnables. Ou alors qu’ils n’arrivent pas à pardonner à certaines personnes. Mais ne faisons-nous pas des confusions.


Première confusion

Ne confondons-nous pas pardonner et excuser ? Ces deux mots n’ont pas le même sens. Qu’en dit le dictionnaire ?


Excuser : Exprimer des paroles ou faire des gestes visant à abolir les effets d'une faute ou d'un manquement vis-à-vis de quelqu'un.
Pardonner : Considérer pour non avenu(e) un manquement, une faute, une offense en n'en tenant pas rigueur à l'auteur et en n'en gardant aucun ressentiment.

Ainsi, je présente mes excuses (et non pas : je m’excuse comme on l’entend si souvent dire. Ce n’est pas à moi de m’excuser moi-même, mais à l’autre d’accepter mes excuses) pour une faute : j’ai cassé un verre (ou un aspirateur) par maladresse. C’est une faute. Et cela concerne souvent des gestes ou des paroles involontaires. Nul calcul, nulle méchanceté, nul plan prémédité. On ne peut tenir rigueur à quelqu’un de ce qu’il a fait ou dit involontairement. Peut-être lui signifier son manque d’attention...


Alors que le pardon concerne une faute faite volontairement. J’ai insulté telle personne, j’ai volé telle chose, j’ai prémédité tel acte. Je suis conscient avant et pendant du mal que je fais, si ce n’est après. Et cela exige que j’en demande pardon, que je fasse à l’autre l’aveu de ma faute et de mes faiblesses, et que je lui demande son pardon, espérant son indulgence.


Il me semble, et c’est dommage, que nous mélangeons trop souvent ces deux notions.


Mais il est une deuxième confusion : nous confondons pardon et absence de justice.


Deuxième confusion

Je prends un exemple. Je suis en voiture, arrêté au feu rouge. Et pour vous amuser, vous me rentrez dedans. La voiture est abimée. Je descends, prêt à vous régler votre compte, en colère. Mais je vois que c’est vous et vous dis : ce n’est pas grave, ce n’est que de la tôle. Vous répondez merci et vous partez tout de go. Oui, je vous ai pardonné, je ne vous en tiens pas rigueur. Mais je risque malgré tout d’en garder un certain ressentiment. En effet, même si je vous pardonne cet accident, il demande réparation. Ou plus exactement, c’est ma voiture qui réclame réparation ! Ce n’est pas parce que je pardonne que vous êtes dispensés de réparer ! Ainsi, le pardon réclame de la part de celui qui a fauté la justice de la réparation. Trop souvent nous oublions cet aspect, trop content d’avoir été pardonné.


N’en est-il pas de même quand nous confessons nos péchés à un prêtre, pour ne pas dire au Christ. L’aveu nous est difficile car il est humiliant, mais ô combien nécessaire. Pas de pardon sans l’humilité de reconnaître nos fautes. Mais une fois l’absolution obtenue, nous partons tout gaiement oubliant qu’il nous faut réparer, que ce soit en allant voir la personne offensée, ou en priant Dieu si c’est lui dont nous nous sommes éloignés. Bref, là encore, nous omettons la réparation. Et c’est bien pourquoi l’Église, indulgente au nom du Christ, nous offre la possibilité de racheter ces dettes non payées. Ça s’appelle « l’indulgence plénière » qui nous demande quelques efforts pour effacer notre ardoise. Sinon, après notre mort, il faudra purger cette dette : ça s’appelle le purgatoire !


Donc, pas de pardon sans réparation... Mais il est une troisième confusion. Qui dit pardonner ne veut pas dire oublier.


Troisième confusion

Là encore, nous faisons souvent l’erreur. Si je suis pardonné, ce n’est pas un effacement de la faute. Un effacement des conséquences, oui, mais pas de la faute. J’ai toujours été surpris dans l’évangile que, à plusieurs reprises, lorsque Jésus guérit un paralytique, il lui demande de prendre son brancard alors qu’il n’en a plus besoin puisqu’il marche maintenant ! Ainsi (Jn 5, 1-14) :

Après cela, il y eut une fête juive, et Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bethzatha. Elle a cinq colonnades, sous lesquelles étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents. [ 3b- 4] Il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne ; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. » Et aussitôt l’homme fut guéri. Il prit son brancard : il marchait ! Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à cet homme que Jésus avait remis sur pieds : « C’est le sabbat ! Il ne t’est pas permis de porter ton brancard. » Il leur répliqua : « Celui qui m’a guéri, c’est lui qui m’a dit : “Prends ton brancard, et marche !” » Ils l’interrogèrent : « Quel est l’homme qui t’a dit : “Prends ton brancard, et marche” ? » Mais celui qui avait été rétabli ne savait pas qui c’était ; en effet, Jésus s’était éloigné, car il y avait foule à cet endroit. Plus tard, Jésus le retrouve dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. »

Pourquoi reprendre son brancard. Peut-être pour ne pas oublier sa situation passée ? Peut-être pour prendre conscience que nous pourrions encore pécher ? Jésus ne le dit-il pas : Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire ? Il ne s’agit donc pas d’oublier, mais de se rappeler pour ne plus faire la même erreur, au risque de tomber encore de plus haut. Bien sûr, le pardon retire la douleur de la faute. Mais c’est le temps qui retire la trace de la cicatrice !


Et c’est peut-être bien ici la clé de l’évangile de ce jour : ne pas oublier.


Ne pas oublier

Car cet homme a été exempté de rembourser une énorme dette. Et voilà qu’il semble l’oublier, lui à qui on a remis les comptes à zéro. À tel point qu’il va harceler un de ses débiteurs qui ne lui doit qu’une somme dérisoire. Ce que lui reproche le roi, c’est d’avoir oublié que l’on fut indulgent à son égard. Et que cette leçon de pardon qu’il a reçu ne l’exempte pas, au contraire, de l’appliquer envers ses frères. Peut-être espérait-il se refaire un capital ? En fait, il a une nouvelle fois perdu la richesse qui lui avait été confiée : celle du pardon.


Jésus ne nous a appris qu’une seule prière, LA prière : le Notre Père. Et qu’y lisons-nous (Mt 6, 9-15) :

Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.

Tout est dit ! Et ici, le « pardonne-nous nos offenses » se transforme en « Remets-nous nos dettes ». Car toute offense est une triple dette que nous avons : envers Dieu, envers le frère offensé, et envers moi-même qui ne suis pas à la hauteur de ma vocation. Et ce, à un tel point que Jésus, à la fin de la prière, ne développe que cet aspect : Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.


Règle d’or et sainteté

Comme une nouvelle règle d’or. La règle d’or de l’Ancien Testament était (Tb 4, 15) :

Ne fais à personne ce que tu détestes, et que cela n’entre dans ton cœur aucun jour de ta vie.

Celle du Nouveau Testament, le contraire (Mt 7, 12) :

« Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.

Et le pyramidion, illustration du texte de ce jour (Mt 5, 48) :

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Qui sera ainsi transformé en Luc (6, 36) :

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.

Car la sainteté n’est autre que la miséricorde. Et la miséricorde n’est pas de pardonner seulement soixante-dix fois sept fois, mais de croire que tout peut-être pardonné comme l’a annoncé le Pape Calliste 1er (155-222). Il fit souffler sur l’Eglise un vent de miséricorde envers les pécheurs. Serait-ce parce qu’il a lui-même été pardonné ?


Calliste accueille toute sorte de pécheurs (lisez ce très beau livre de Gilbert Sinoué, La pourpre et l'olivier, Paris, 1987). Son Église n’est pas la traditionnelle assemblée des saints, souligne Emanuela Prinzivalli, professeur en Histoire du Christianisme et des églises, mais une assemblée de saints et de pécheurs : « Son Église était une maison de miséricorde ouverte aux pécheurs, qui pouvait offrir à tous la possibilité de la réconciliation après le péché », résume l’historienne.


Tertullien (155-220) conclura ainsi dans son Traité de la pudeur :

Dieu aime à pardonner. Il faut donc que les enfants de Dieu soient, eux aussi, pacifiques et miséricordieux , qu'ils se pardonnent réciproquement comme le Christ nous a pardonnés et nous ne jugions pas de peur d'être jugés

Homélie de saint Augustin (+ 430), Sermon 83, 2.4; PL 38, 515-516.

Le Seigneur a raconté pour notre instruction la parabole du débiteur impitoyable, et, comme il ne veut pas que nous périssions, il y a joint cet avertissement: C'est ainsi que votre Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur (Mt 18,35). Vous le voyez, mes frères, la parole est claire, l'avertissement utile; ils réclament notre obéissance, ce moyen de salut très efficace, qui nous rend capables d'observer le commandement.

Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a-t-il quelqu'un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché? Et quel est l'homme qui n'a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n'a offensé? Pourrait-on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère?

Donc, tout homme est débiteur envers quelqu'un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t'a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu'il appliquera lui-même envers le sien. Il existe, en effet, deux oeuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer. Le Seigneur lui-même les a formulées brièvement dans son évangile: Remettez, et il vous sera remis; donnez, et l'on vous donnera (Lc 6,37-38). La première a pour objet le pardon, et la seconde, la charité.

Le Seigneur parle du pardon. Or, tu désires obtenir le pardon de tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner à quelqu'un. Il en va de même pour la charité: un mendiant te demande l'aumône et tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c'est Dieu même. Que te demande le mendiant? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu? Simplement le Christ, qui dit: Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnes? Pardonnez. Remettez, et il vous sera remis. Vous voulez recevoir? Donnez, et l'on vous donnera. <>

Oui, vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises par action, par la vue, par l'ouïe, par la pensée, par tant de mouvements de notre coeur, j'ignore si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu des demandes, chaque jour nos prières vont frapper à ses oreilles, chaque jour nous nou s prosternons en disant: Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient (Mt 6,12).

Quelles dettes veux-tu te faire remettre? Toutes, ou une partie? Tu vas répondre "Toutes." Fais-donc de même pour ton débiteur. C'est la règle que tu formules et la condition que tu poses. Tu les rappelles lorsque tu pries en accord avec ce pacte et cette alliance, et que tu dis: Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.


Prière

Dieu de justice et de tendresse, ne fais pas le compte de notre dette, mais donne-nous la conscience d'être toujours tes débiteurs insolvables. Alors nous pratiquerons, envers ceux qui nous ont fait du tort, la bonté, la patience et le pardon, à l'imitation de ton Fils Jésus Christ, notre Seigneur. Lui qui règne.

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