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XXIVe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Vade retro, Satanas !



Vade Retro Satanas

Illia Repine (Tchouhouïv, 1844 - Kuokkala, 1930)

Huile sur toile, 46 x 32 cm, 1903

Regional Art Museum, Rostov-on-Don, Rostov Oblast (Russie)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc (Mc 8, 27-35)

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »


L’auteur

Peintre et dessinateur russe de naissance ukrainienne, il est particulièrement célèbre pour son traitement des thèmes historiques et des questions socio-politiques contemporaines, et pour ses nombreux portraits, et est connu comme le principal représentant du style réaliste russe qui s’est développé à la fin du XIXe siècle.


Après une formation avec un peintre provincial d’icônes et à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, il a visité la France et l’Italie grâce à une bourse d’études. À son retour, il a commencé à peindre des sujets de l’histoire russe. Il a acquis une renommée internationale avec Volga Bargemen, une image sinistre et puissante qui est devenue le modèle du réalisme socialiste soviétique. Il a exposé cette peinture à l’Exposition universelle de Vienne en 1873.



Entre 1873 et 1876, il est allé en Italie et en France. En 1877-82, il était à Moscou, puis il a déménagé à Saint-Pétersbourg où il a rencontré Tolstoï. En 1883, il a voyagé en Europe de l’Ouest et les influences impressionnistes sont devenues de plus en plus évidentes dans son travail.


Parmi ses œuvres les plus connues, Ivan le Terrible et son fils Ivan (1895), représentant le meurtre de son fils par Ivan. Il a également peint des portraits vigoureux (y compris Leo Tolstoy et Modeste Moussorgsky). En 1894, il est devenu professeur de peinture historique à la St. Petersburg Academy. En 1900, il a été membre du jury de l’Exposition universelle de Paris, il a reçu la Légion d’honneur.


Ce que je vois

Bien sûr, ce tableau ne correspond pas exactement à notre texte. Le peintre représente ici la scène des tentations de Jésus au désert. Jésus est face au Diable. Mais, dans notre évangile, Jésus ne qualifiera-t-il pas Pierre de Satan ?! Comme s’il y avait une transfiguration de Pierre, non pas en être rayonnant de Gloire comme Jésus au mont Thabor, mais en être de ténèbres parce que l’apôtre n’accepte pas le message du Christ.


Dans un fond bleu profond, donnant corps à ces ténèbres, Jésus apparaît lumineux. Plus qu’enveloppé de lumière, il est la lumière, elle rayonne de lui. On le voit à peine reposer sur le sol : son corps semble se dissoudre dans cette lumière. Alors qu’en face de lui, le diable, aux ailes de chauve-souris, se fond dans les ténèbres. Il est noirceur. Seule une couleur se détache : le rouge sang. Non pas de la sang du martyr, non pas le rouge de l’Esprit, non pas la lumière de l’amour, mais celle du sang qu’il veut verser, du sang meurtrier. Et le bas de son corps se dissout dans ce sang versé. Confrontation... confrontation entre l’amour lumineux, le don de soi, et la prise de l’âme des autres, les ténèbres de la domination et de l’abattement... L’un se dévoile, s’offre, l’autre veut prendre...


Jésus se dévoile

Car Jésus se dévoile, il se révèle, il lève un voile sur ce qui va advenir. Et ce n’est certainement pas ce qu’imaginait les apôtres. Même après sa mort, ils en resteront à leur idée. Rappelez-vous ce que disaient les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 19-21) :

Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.

Ce qu’ils attendent ? Un libérateur. Quelqu’un qui boutera hors du pays l’envahisseur romain. Un homme qui allait rétablir l’état premier, mais non un nouvel âge. Ce n’est pas le Messie qu’ils attendent, mais une nouveauté qui ne bouleversera pas trop les choses établies. Comment ne pas se rappeler le discours du Grand Inquisiteur nonagénaire de Séville (Les frères Karamazov, Dostoïevki) ? :

Il a tout vu, il a vu qu’on déposait le cercueil aux pieds de l’Étranger, il a vu la résurrection de la jeune fille, et son visage s’est assombri. Il fronce ses épais sourcils blancs et son regard brille d’un éclat sinistre. Il tend le doigt et ordonne aux estafiers de Le saisir. Sa puissance est telle, il a si bien habitué le peuple à lui obéir en tremblant, qu’aussitôt la foule s’écarte devant les sbires ; au milieu d’un silence de mort, ceux-ci mettent la main sur Lui et L’emmènent. La multitude, comme un seul homme, se courbe jusqu’à terre devant le vieil inquisiteur qui la bénit, silencieusement et continue son chemin. Les estafiers conduisent le Captif à la prison de la Sainte-Inquisition où ils L’enferment dans une étroite et obscure cellule. La journée se passe ; arrive la nuit, une nuit de Séville, sombre, chaude, étouffante. L’odeur des lauriers et des citronniers remplit l’atmosphère. Au milieu des ténèbres, la porte de fer du cachot s’ouvre tout à coup, livrant passage au grand inquisiteur lui-même. Une lampe à la main, le vieillard s’avance lentement. Il est seul, la porte se referme aussitôt sur lui. Il s’arrête à l’entrée et longtemps, pendant une ou deux minutes, il contemple le visage du Prisonnier. À la fin il s’approche doucement, pose la lampe sur la table et Lui parle :
— C’est Toi ? Toi ?
Mais, sans attendre la réponse, il se hâte de poursuivre :
— Ne réponds pas, tais-Toi. D’ailleurs, que pourrais-Tu dire ? Je sais trop bien ce que Tu dirais. Mais Tu n’as pas le droit d’ajouter quoi que ce soit à ce qui a été dit déjà par Toi auparavant. Pourquoi donc es-Tu venu nous déranger ? Car Tu es venu nous déranger, et Tu ne l’ignores pas. Mais sais-Tu ce qui arrivera demain ? Je ne sais qui Tu es et ne veux pas savoir si Tu es Lui ou seulement son image, mais, quoi qu’il en soit, demain je Te condamnerai et Te ferai périr dans les flammes, comme le plus pervers des hérétiques ; et ce même peuple qui aujourd’hui a baisé Tes pieds, demain, sur un signe de moi, s’empressera d’apporter des fagots à Ton bûcher, — sais-Tu cela ? Oui, Tu le sais peut-être, ajoute-t-il d’un air pensif, en tenant toujours ses yeux attachés sur le visage de son prisonnier.

Tu es venu nous déranger... Pierre a accepté d’être dérangé. Dès le début, il a suivi Jésus, sans discuter. Mais, il y a des limites à tout !


Nos limites

Ce sont aussi nos propres limites... N’aurions-nous pas peur que notre foi ne nous dérange de trop ? Oui pour certaines règles morales. Oui pour une pratique sacramentelle, sans trop en abuser... Oui, à la limite, pour le sacrement de Réconciliation, mais pas trop. Mais, moins d’accord pour tout abandonner et suivre Jésus. Moins d’accord pour accepter les souffrances comme l’a fait Job (Jn 1, 21) :

« Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni ! »

Oui pour prendre ma croix, mais pas trop lourde, ni trop encombrante... Oui pour la justice, mais pas d’accord pour donner un denier à l’ouvrier de la onzième heure. Oui mais non. C’est souvent notre attitude spirituelle. Être bougé, d’accord ; être bousculé, à la limite ; mais être dérangé, non !


Déranger ?

Le dictionnaire nous donne cette définition :

Troubler le bon fonctionnement, l'état ou le déroulement normal...

Donc, nous aurions imaginé un déroulement normal de la vie chrétienne. Ce qui souvent se résume en cette sentence : « c’est un bon chrétien »... Mais est-ce un chrétien bon ? « C’est un saint prêtre ! », mais est-ce un prêtre saint ? Ce que Jésus vient déranger, c’est simplement remettre les choses à leur place, rendre aux choses et aux hommes leur hiérarchie sacrée...


Hiérarchie

En fait, tout semble être une question d’adjectif épithète ! Je le place avant ou après le sujet ? En bon français, il peut prendre les deux places. Mais son sens change. Une ancienne boulangerie est une boulangerie qui a existé et qui n’est plus. Alors que la boulangerie ancienne existe toujours, hormis qu’elle date ! Ainsi, un bon chrétien serait un chrétien qui semble suivre les règles édictées par l’Église. Un chrétien bon est celui qui a mis la charité au centre de sa vie ! L’un n’exclut pas l’autre, mais il ne l’inclut pas automatiquement...


Pourquoi expliquer cette petite règle grammaticale ? Parce que Jésus ne vient pas déranger. Au contraire, il vient ranger. Il vient remettre l’adjectif à la bonne place. Il vient rendre aux choses leur hiérarchie (c’est-à-dire leur ordre sacré, c’est le sens étymologique du mot).


Le cas de Pierre

Jésus leur a demandé qui il était aux yeux des hommes, puis à leurs yeux d’apôtres. À la question, Pierre a répondu, sous la motion de l’Esprit : « Tu es le Christ, le Messie ». C’est bien l’Esprit qui lui inspiré cette réponse venant du Père, comme le dira l’évangile parallèle de Matthieu (Mt 16, 17) :

Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

Mais sa pauvre foi d’homme est encore faible. Il ne voit pas ce qu’entraîne sa réponse. Dire de Jésus qu’il est le Messie c’est savoir qu’il va devoir livrer son corps aux hommes pour nous racheter du péché originel. Et cela, Pierre ne le conçoit pas, ne peut pas l’imaginer, et encore moins l’accepter. Alors, revêtu quelques instants auparavant par la grâce de Dieu, il s’en défait d’un geste, refusant au Christ sa mission. Origène écrira à ce sujet (PG 13,1032) :

Pierre estime que la Passion est indigne du Christ, « le Fils du Dieu Vivant », et que cela va même contre la dignité du Père. Car la gloire du Christ venait de lui être révélée, mais sa Passion ne lui avait pas été manifestée divinement. C'est pourquoi, oubliant pour ainsi dire la majesté du Christ, oubliant aussi que le Fils du Dieu Vivant ne peut rien dire ni faire de répréhensible, il se met à le gourmander, et lui dit, comme si notre Seigneur avait besoin de propitiation : « Propitiation pour toi, Seigneur! » En effet, il ne savait pas encore que « Dieu l'a fait propitiation par la foi en son sang » (Rm 3,25). Jésus va répondre à la fois à son bon mouvement et à son erreur. Il lui dit donc : « Passe derrière moi », ce qui veut dire « Suis-moi » ; mais il ajoute : « Satan », ce qui veut dire « adversaire »... . Comparons cette réponse : « Va, suis-moi, Satan » à celle que le Seigneur fit au diable en Mt 4,9-10 : « Va, Satan » — mais non pas : Suis-moi. Il est clair que suivre le Christ est un bien ; et lui-même a dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes ». On demande pourquoi le Christ dit à Pierre : « Tu m'es un scandale », car le scandale ne peut atteindre le Sauveur, ni même un homme qui aurait atteint la charité parfaite. Mais Jésus pense à ceux de ses disciples qui seraient peu avancés dans les choses de Dieu, et il fait sien leur scandale, à la manière dont Paul a dit : « Qui est scandalisé sans que je brûle ? » Le Christ a plus de titres encore à dire : « Qui est scandalisé sans que je le sois ? », de même qu'il a dit: « J'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ».

NB : Propitiation - Action de (se) rendre une divinité propice ; acte sacrificiel offert à un dieu pour le rendre favorable, en vue d'obtenir l'expiation, le pardon des péchés.


Le bon ordre...

Alors, Jésus va remettre les choses dans le bon ordre : passe derrière moi... Rappelez-vous la place de l’épithète. Si tu ne veux pas être avec moi, ou même à côté de moi, alors, passe derrière moi. Moi, Jésus, je suis à la première place. Je te demandais de venir à mes côtés, tu as refusé. Tu ne veux qu’avec les yeux des hommes, pas avec ceux de Dieu.


Tu étais revêtu d’un habit de lumière, la grâce, et tu viens de le jeter et revêtir l’habit des ténèbres, celui de Satan. Qui est Satan ? Satan (en hébreu : שָׂטָן śāṭān) se traduit par « ennemi ». Tu rejoins l’ennemi, Pierre !


À ma suite

Le célèbre « Vade retro » en latin (en grec : Ὕπαγε ὀπίσω μου, Σατανᾶ) devrait se traduite « passe à ma suite » plutôt que « passe derrière moi ». Et cela me semble encourageant... Nous revêtons tous Satan à un moment ou à un autre. Tous, dans notre vie spirituelle refusant certains « décisions » de Dieu, parce que souvent nous ne les comprenons pas, nous ne voyons pas leurs portées. Alors, comment les accepter quand, pauvres humains que nous sommes, nous ne voyons pas le chemin et sommes noyés dans un brouillard opaque. Comment ne pas avoir peur quand ce brouillard indécis, insaisissable, nous envahit — ce qui va leur arriver le chapitre suivant (Mc 9, 6-8) :

De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Comment ne pas être désarçonné quand Pierre entendra Jésus lui dire après la Résurrection (Jn 21, 18) :

Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller.

Mais le Christ connaît notre faiblesse. Il sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme (Jn 2, 25) :

Jésus n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Et il connaissait, en bon rabbin, le livre des Proverbes (Pr 19, 21) :

Il y a bien des projets dans le cœur d’un homme ; le dessein du Seigneur, lui, se réalisera.

Sequela Christi

Alors, Jésus reprend les choses en mains. Ne sois pas ennemi de mes projets, ou plutôt des projets de mon Père. Reprends ta juste place : derrière moi. Mais pas pour y rester. Mais pour me suivre. Tu es perdu, tu as peur, tu n’y vois rien. Alors suis-moi !


Alors, nous aussi, prenons la bonne place, la meilleure place comme il le dira à Marie (Lc 10, 41-42) :

Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Prenons cette place, aux pieds et à la suite de Jésus !



Homélie de saint Césaire d'Arles (+ 543), Sermon 159, 1 4-6; CCL 104, 650.652-654.

Quand le Seigneur nous dit dans l'évangile : Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même (Mc 8,34), nous trouvons qu'il nous commande une chose difficile et nous considérons qu'il nous impose un lourd fardeau. Mais si celui qui commande nous aide à accomplir ce qu'il commande, cela n'est pas difficile. <>


Où devons-nous suivre le Christ, sinon là où il est allé ? Or, nous savons qu'il est ressuscité et monté aux cieux : c'est là que nous avons à le suivre. Il ne faut certainement pas nous laisser envahir par le désespoir, car, si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous avons la promesse du Christ. Le ciel était loin de nous avant que notre Tête y soit montée. Désormais, si nous sommes les membres de cette Tête, pourquoi désespérer de parvenir au ciel ? Pour quel motif ? S'il est vrai que sur cette terre tant d'inquiétudes et de souffrances nous accablent, suivons le Christ en qui se trouvent le bonheur parfait, la paix suprême et l'éternelle tranquillité.


Mais l'homme désireux de suivre le Christ écoutera cette parole de l'Apôtre : Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1Jn 2,6). Tu veux suivre le Christ ? Sois humble, comme il l'a été. Tu veux le rejoindre dans les hauteurs ? Ne méprise pas son abaissement.


En péchant, l'homme avait couvert sa route d'obstacles, mais celle-ci fut aplanie lorsque le Christ l'eut foulée à sa résurrection et qu'il eut fait d'un étroit sentier, une avenue digne d'un roi. L'humilité et la charité sont les deux pieds qui permettent de la parcourir rapidement. Tous sont attirés par les hauteurs de la charité, mais l'humilité est le premier degré qu'il faut monter. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber et non monter? Commence par la première marche, c'est-à-dire l'humilité, et déjà elle te fait monter.


Voilà pourquoi notre Seigneur et Sauveur ne s'est pas borné à dire : Qu'il renonce à lui-même, mais il a ajouté : Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive (Mc 8,34). Que signifie : Qu'il prenne sa croix ? Qu'il supporte tout ce qui lui est pénible, c'est ainsi qu'il marchera à ma suite. Dès qu'il aura commencé à me suivre, en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner, qui non seulement se moqueront de lui, mais le persécuteront. Ces gens-là ne se trouvent pas uniquement parmi les païens qui sont hors de l'Église; il s'en trouve même parmi ceux qui semblent être dans l'Église, si on les juge de l'extérieur. Mais ils lui sont bel et bien étrangers, en raison de leurs actions mauvaises.


Tout en se glorifiant du seul nom de chrétien, ils persécutent sans cesse les bons chrétiens. <> Dès lors, si tu désires suivre le Christ, porte sa croix sans plus attendre et supporte les méchants sans te laisser abattre. <>


Le Seigneur a dit : Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Si donc nous voulons mettre ceci en pratique, efforçons-nous, avec l'aide de Dieu, de faire nôtre cette parole de l'Apôtre : Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. Il est à craindre que si nous recherchons plus de biens terrestres qu'il ne nous en faut, dans l'intention de nous enrichir, nous ne tombions dans la tentation, dans le piège du démon, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent l'homme dans la ruine et la perdition (1Tm 6,8-9).


Daigne le Seigneur nous prendre sous sa protection et nous délivrer de cette tentation, lui qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint dans tous les siècles des siècles. Amen.


Prière

Seigneur notre Dieu, quand la souffrance nous trouble et que le mal nous scandalise, rappelle-nous l'exemple de ton Fils : Messie attendu par les siens, il fut pourtant rejeté par les notables de son peuple et mis à mort sur une croix. Fais-nous la grâce de le suivre jusqu'au Calvaire pour participer à la lumière de sa résurrection. Lui qui règne.

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