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XXVe dimanche du temps ordinaire (A)

Pour moi, vivre c’est le Christ !



La conversion de Saint Paul,

Michelangelo Merisi da Caravaggio,

dit Le Caravage (Caravaggio, 1571 - Port’Ercole, 1610),

Huile sur toile, 230 x 175 cm, entre 1600 et 1604, Chapelle Cerasi, paroi latérale droite,

Église Santa Maria del Popolo, Rome (Italie)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 55, 6-9)

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.


Psaume 144

Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. Il est grand, le Seigneur, hautement loué ; à sa grandeur, il n’est pas de limite.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (Ph 1, 20c-24.27a)

Frères, soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Quant à vous, ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 1-16)

En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.” « Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !” Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” « C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »


Le peintre

Né en 1571 à Caravaggio, Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », vient à Rome vers l'âge de 15 ans, luttant contre la misère et une santé précaire. Installé chez le Cardinal del Monte en 1593, il ne peindra plus que des sujets religieux à partir de 1597.


Mais sa nature violente l’entraîne dans de mauvaises histoires :

  • 19 novembre 1600 : plainte pour coups et blessures sur le peintre G. Spampa da Montepulciano.

  • 7 février 1600 : plainte pour coups et blessures de Flavio Canonico, sergent du Château Saint-Ange.

  • 12 octobre 1604 : dénoncé pour avoir jeté des pierres à la garde de nuit, via del Babuino.

  • 12 mai 1605 : il est arrêté pour port d'armes abusif.

  • 10 juillet 1605 : il est incarcéré à Tor di Nonna pour une obscure histoire de femmes.

  • 1605 : au cours d'une rixe « à quatre contre quatre », il tue Ranuccio Tommasoni da Terni. Il doit fuir vers Naples, Malte, la Sicile.

  • Juillet 1610 : apprenant que sa grâce est proche, il s'embarque et arrive à Porto Ercole, passe la frontière des États Pontificaux, il y est arrêté puis relâché. Selon le témoignage de Baglione, chroniqueur de l'époque, relâché, il ne retrouve plus sa felouque. Furieux et désespéré, il parcourt la plage sous la morsure du soleil, tentant de retrouver sur la mer le bateau qui emporte ses maigres affaires. Arrivé à midi, il est pris d'un accès de fièvre et se couche. C’est la malaria. Sans aucune aide humaine, en près de trois jours, il meurt misérablement comme il a vécu, le 18 juillet. À Rome, la veille, sa grâce était accordée !

La commande

Le 24 septembre 1600, d'après le contrat publié par Mahon (1951), le cardinal Tiberio Cerasi, trésorier du pape Clément VIII et grand ami de Frédéric Borromée, commanda à Caravage deux panneaux représentant « le mystère de la conversion de saint Paul » et « le martyre de saint Pierre », pour décorer les murs latéraux de la chapelle qu'il avait Santa Maria del Popolo. Pour chacun des panneaux, Caravage exécuta deux versions.


Baglione (1642) en témoigne : « Il avait d'abord fait ces tableaux d'une autre façon, mais ces premières versions n'ayant pas plu au client, elles furent prises par le cardinal Sannesio. » L'existence des deux premiers tableaux (seule La Conversion de saint Paul [collection Odescalchi, Rome] nous est parvenue) est confirmée par l'inventaire Sannesio de 1644 découvert par Spezzaferro (1982), mais on ne connaît toujours pas la date à laquelle Caravage en fit la livraison. Il est possible qu'à la mort du cardinal Cerasi, le 3 mai 1601, aucun des panneaux n'ait été achevé, car un avis envoyé au duc d'Urbin deux jours plus tard (E. Rossi, 1935) précise qu'à ce moment-là le travail était toujours en cours. Quoi qu'il en soit, le solde pour les versions définitives fut versé à Caravage le 10 novembre 1601 par les frères de l'hôpital de la Consolation, devenus légataires universels du cardinal Cerasi et chargés de terminer la décoration de la chapelle. Le peintre reçut cependant cent écus de moins que la rémunération qui avait été fixée à l'origine.


Les raisons pour lesquelles Caravage exécuta ces deux versions restent sujettes à controverse. Certains critiques - Friedlaender (1945), Longhi (1952), Pepper (1971) et Spezzaferro (1982) - ont mis en doute le témoignage de Baglione sur le refus des tableaux et soutiennent que Caravage aurait plutôt obtenu de les refaire à son gré, après la mort du prélat. Les études de Mia Cinotti (1983), reprises par G. Papi (Caravaggio, Come nascono i Capolavori, 1992), tendent au contraire à accréditer le récit du biographe.


La première version



La Conversion de saint Paul « Balbi »

Michelangelo Merisi da Caravaggio,

dit Le Caravage (Caravaggio, 1571 - Port’Ercole, 1610)

Huile sur toile, 237 x 189 cm, entre 1600 et 1604

Collection Balbi-Odescalchi, Rome (Italie)


Présentation par le Collège des Bernardins


La conversion de saint Paul, une chute de cheval ?

Ce tableau fut surnommé à l'époque « La conversion du cheval », par dérision. Et pour cause : la place occupée par l'animal dans la composition générale du tableau a de quoi étonner ! D’ailleurs, d’où vient ce cheval ? Réponse : de la tradition, mais sûrement pas des textes bibliques !


Absent des trois récits de conversion (Ac 9,1-19 ; Ac 22,3-21 ; Ac 26,9-19), jamais mentionné et pourtant très fréquent dans toute l’iconographie, le cheval a en effet une portée symbolique. Tout comme l'épée de Paul, qui symbolise souvent la Parole « tranchante comme un glaive ». Le cheval et l'épée indiquent le statut social de Paul, citoyen romain.


Ce choix de représenter la conversion de saint Paul par une chute de cheval peut également être interprété comme une façon de montrer l’abaissement et la violente descente de son piédestal : en tombant de son cheval, Paul tombe de haut.


Les corps tendus vers l’invisible, Paul frappé par la grâce

L’articulation et la gestuelle de saint Paul ainsi représentées esquissent l’événement, mais selon la vision de l’instant juste après : Le Caravage choisit de peindre Paul déjà à terre.

  • Ses bras sont tendus en l'air. Cette image laisse à penser l’abandon de Paul qui embrasse le Christ.

  • Paul a les bras en croix, comme « le Nazoréen » dont il a la révélation. Cette position rappelle le cœur de la foi chrétienne : la mort et la résurrection du Christ.

  • Sa main semble ne rien pouvoir saisir, elle est tendue dans le vide, comme si elle ne savait pas sur quel élément concret s’appuyer. Paul est condamné à lâcher prise.

  • Il est aveuglé, les yeux fermés, éblouis. Ces traits représentent l’exaltation du dénuement : Paul n’est plus maître de ce qui lui arrive.

Le tableau représente ainsi une scène où le mouvement est pris sur le vif, comme un renversement qui survient de façon fulgurante.


Comparaison des choix artistiques du Caravage entre la première et le deuxième version

Le parti-pris du Caravage consiste à esquisser la puissance de la grâce à partir de ses effets, et selon un prisme très personnel :

  • Le premier tableau représente l’action sur le vif, Paul se tenant les yeux ;

  • Le second tableau choisit une focalisation décalée, insistant sur l’abandon : Paul est déjà à terre.

De même :

  • Le premier tableau représente Paul accompagné de ceux qui faisaient le chemin avec lui, et présentant le Christ en personne avec un visage persécuté ; accompagné d'un ange.

  • Le second tableau choisit de concentrer l’attention sur Paul, en écartant les personnages tierces et en supprimant les signes manifestes de la conversion. En effet, seuls le valet à droite et l’énorme cheval prennent place dans le tableau. Et encore, l’un comme l’autre sont autant de détails ne servant en réalité qu’à insister sur l’élément central : la réaction de l’homme à terre.

Le Caravage réussit ainsi le prodige d’esquisser une représentation de l’indicible, en insistant sur la dimension personnelle : c’est en voyant Paul ainsi terrassé et abandonné que l’on est conduit à voir la lumière de sa conversion.


Ainsi, Dieu est nulle part dans ce tableau, et pourtant il est partout question de son action, visible à ses effets.


Ce que je vois

Composition surprenante du tableau : cette superbe coupe chevaline qui domine l’ensemble et cet homme terrassé dans un splendide fracas de rouge, de vert et d’or. Mais c’est d’abord ce cheval qui attire notre œil. Une bête puissante. Ses pattes de bête de labour ont été promues au rang de destrier. Il est vrai qu’il a la cuisse massive, avec sa longue queue qui descend jusqu’au sol. Et ce ventre énorme qui vient comme établir un pont au-dessus de l’homme atterré. Et enfin cette coulée blanche qui descend de l’échine jusqu’au sabot levé, comme pour éviter de piétiner le cavalier. La lumière qui vient le frapper semble se refléter sur cette blancheur du poil, alors que sa tête reste dans l’ombre, seulement marquée par un œil interrogateur. Sa tête penchée s’équilibre avec la tête du serviteur qui tient le mors. Tous les deux tentent de rétablir la stabilité d’une scène où tout semble s’écouler, vaciller ; à tel point que la jambe nue de l’homme semble prendre la place de celle du cheval. Sa position en fait une bête à quatre pattes avant, toutes gonflées de sang comme le montre la veine sur le mollet de l’homme. Rétablir un équilibre, une stabilité : voilà leur mission à tous deux. Ils s’accordent l’un l’autre pour retrouver la paix, la sérénité, par un jeu de pattes, mais aussi avec ces mains de l’homme qui paraissent caresser le museau de l’animal, le calmer pour éviter tout nouveau danger. La grâce est déstabilisante et l’homme cherche l’équilibre. Pourtant, ni l’homme, ni la bête ne semblent déconcertés : leur œil est calme, presqu’indifférent à la scène. Un regard d’homme, un regard de bête, mais tous les deux paisibles, placides, unis dans l’incompréhension, sans inimitié ni inquiétude. Ils sont un monde, le monde, qui regarde la conversion, l’effet de la grâce, sans pour autant la comprendre. Comment la grâce divine pourrait-elle être à terre, terrassée ? L’en-bas et l’en-haut sont bousculés, inversés. C’est le propre de la conversion, un retournement complet.


Et en bas, celui qui est touché par l’en-haut : saint Paul, qui n’est encore que Saul. Le peintre l’a habillé d’une tenue militaire, assez proche de celle qu’on voit sur les soldats romains : épée (et non glaive), bandes protectrices en cuir, caligae aux pieds (les sandales romaines), casque à plumet, chemise blanche aux manches relevées et grand manteau rouge, la chlamyde, la même dont le Christ fut revêtue devant Pilate. Il est terrassé, au sol, les jambes nues, les yeux couverts d’une carapace. Les bras étendus, à l’instar d’un orant, il semble embrasser le monde, lui qui est embrasé par la grâce. Il est jeune, dans la force de l’âge, la cuisse musclée comme celle du cheval, le cheveu frisé, le visage élégant — et même beau —, couvert d’une barbe naissante. Sa bouche paraît entrouverte : veut-il dire quelque chose ? Répond-il à l’appel du Sauveur ? Ou gémit-il de ce bouleversement inattendu ? En fait, il s’ouvre à cette lumière incréée qui vient de fondre sur lui. Lumière dont il est difficile de discerner la source : les jeux de lumières et d’ombres sont bien contradictoires. Ce qui semble l’illuminer vient de cette encolure équine, de cette bande blanche, de cette brisure sur la robe du cheval. Est-ce elle qu’il reçoit à bras ouverts ? Ses yeux de chair sont clos pour un temps, aveuglés par la lumière de la chair de l’animal. Lui, l’homme attaché à la chair, vient d’être mis à bas de la chair triomphante de sa monture, mis à bas de sa puissance. Il vit une métamorphose : sa chair d’homme le quitte, prête à être broyée par la patte levée de l’animal, pour laisser place à l’homme nouveau, l’homme qui vit pour et en Christ. C’est cette lumière incréée qui resplendit sur son visage, le transfigure, le convertit au point que ses lèvres paraissent murmurer : « Soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. Pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. » L’homme ancien, Saul, va agoniser durant ses trois jours d’aveuglement, avant que le Christ ne le ressuscite en Paul, l’apôtre qui vivra et mourra pour son Seigneur.


Vivre, c’est le Christ

C’est véritablement une conversion, une métanoïa qu’a vécue cet homme. Se convertir ce n’est pas simplement changer de chemin, modifier son regard, adapter sa vie. Non, c’est vivre un bouleversement complet, radical, c’est-à-dire jusqu’à la racine. Voilà un homme qui poursuivait cette nouvelle secte, appelée La Voie, qui se revendiquait d’un usurpateur appelé Jésus le Christ. Lettres de mission en main, il part, au nom du Sanhédrin, pour éradiquer ces malfaisants. Il est prêt à tout, il l’a montré lors du meurtre d’Étienne, le proto-martyr (Ac 7, 57-60) :

Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Son attitude donnera sûrement des idées aux inquisiteurs : condamner mais ne pas se salir les mains, laisser cela au bras séculier. Aucun regret pour le moment, aucun scrupule. N’avait-il pas déjà des œillères ? Seule la Loi lui importait. Nulle question d’humanité ni de compréhension mais une simple application stricte des règles. Même après sa conversion, il en restera quelque chose, n’hésitant pas à établir des listes de péchés, et ne nommant jamais la maternité miséricordieuse de la Vierge Marie, grande absente de ses lettres…


Voilà le bonhomme. Je l’imagine hargneux, déterminé, inaltérable, le visage marmoréen, ne se laissant toucher par rien. Avait-il du cœur, hormis pour la Loi (« Un autre que mon père l’éprouverait sur l’heure » !) ? Là encore, il en restera quelque chose après sa conversion : ses nombreuses colères et dissensions avec ses coreligionnaires sont racontées à de multiples reprises dans les Actes des Apôtres. Quel mauvais caractère, aucune souplesse ! Même après sa rencontre avec le Christ… car Dieu assouplit notre nature mais ne la détruit pas. Rappelez-vous la Pentecôte (Ac 2, 3) : « Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. » Des langues de feu qui descendent sur leur tête, les brûlent de l’intérieur d’un amour indéfectible pour Dieu sans pour autant consumer leur nature humaine. Ils deviennent de nouveaux buissons ardents (Ex 3, 2-3) : « L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? »


Paul vivra cette même brûlure : le feu divin vient consumer son péché sans pour autant éteindre sa nature quelque peu colérique et directive. Mais il en aura conscience, comme il le confessera dans les Actes des Apôtres (Ac 22), au point de se présenter comme l’avorton (1 Co 15, 8-10) :

Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.

Le mot « avorton » (ἐκτρώματι) dans le texte grec est encore plus fort : enfant posthume, rebut, raclure, ordure ! Il sait d’où il vient, et sait aussi ce qui en restera… Le voici pris entre le marteau et l’enclume, entre l’en-bas et l’en-haut, prêt à être écrasé par le cheval, prêt à accueillir la mort, mais aussi appelé à se relever, à ressusciter et à revêtir l’homme nouveau (Ep 4, 24) : « Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. »


Je me sens pris entre les deux

Voilà le dilemme : vivre ou mourir ? Est-ce si incompréhensible que ça, pour ne pas dire stupide ? Saint-Augustin se trouvera confronté à la même incertitude après sa conversion (Saint-Augustin, Confessions, X, 43, 69-70) :

« Terrifié par mes péchés et par le poids massif de ma misère, j'avais songé à fuir dans la solitude, j'en avais formé le projet. Mais tu me l'as interdit en me rassurant par ces paroles : Le Christ est mort pour tous afin que les vivants n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux (2 Co 5, 15; Rm 6, 11 et 14, 7). »

Il était humainement aveugle sur ses péchés, Dieu lui a ouvert les yeux, et cette lumière céleste l’a aveuglé :

« Le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous, il est devenu pour nous le remède, afin que nous soyons guéris par la terre, puisque nous avions été aveuglés par la terre [ibid. 3, 6]. »
« Le Verbe s'est fait homme à l'intention des yeux du corps, afin que, croyant en celui qui a pu être vu corporellement, tu sois guéri pour voir celui-là même que tu n'étais pas capable de voir par le regard de l'esprit [ibid. 14, 12]. »

Quand nos yeux s’ouvrent sur notre péché, la honte peut être telle que nous refusions de continuer de vivre, effrayés de ce nous avons fait. Mais ce que nous avons fait ne définit pas ce que nous sommes. Là va se situer le combat : accepter que notre faiblesse humaine cohabite en nous avec la grâce divine. Jusqu’au jour où, comme saint Paul, nous découvrirons que c’est PAR notre faiblesse humaine que Dieu fait poindre sa grâce (2 Co 12, 7-10) :

« Et ces révélations dont il s’agit sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. »

Le passage est un peu long, mais il est la clef de la conversion : comprendre que lorsque je prends conscience de ma faiblesse, je prends conscience aussi que c’est par elle que Dieu me rendra fort. Quand nous avons compris cela, nous prenons conscience que Dieu s’introduit en nous par nos « brisures », nos fêlures. Et plus que de s’y introduire, il en fait notre arme pour sa gloire. Regardez notre tableau du Caravage.


Je fus toujours surpris que ce peintre introduisait des « brisures » dans ses œuvres, que ce soit une épée, un rai de lumière, ou, comme ici une tache blanche sur l’encolure du cheval. Ces brisures sont la porte d’entrée de l’œuvre. J’ai ressenti cette même idée devant les tableaux de Lucio Fontana (1899-1968) :


Io (non) sono un santo

1958, musée CODA


Comme si l’on pouvait entrer dans la toile, passer derrière le voile purement terrestre, en traversant l’œuvre par les coups de cutter. La tache blanche du cheval, cette brisure, est à la fois le symbole d’une humanité lourde, massive, pécheresse, mais aussi celle qui renvoie la lumière divine… C’est la « porte d’entrée »…


Le véritable combat

Voilà donc le véritable combat auquel nous sommes confrontés, la vraie démarche de la conversion : accepter notre faiblesse avec humilité (jusqu’à terre — humus) et vivre avec sans nous condamner, pour nous relever et ouvrir les yeux sur la grâce divine qui en sourd. « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » a dit Jésus à Paul.


Alors, embrasé par le Christ qui viendra consumer notre péché, sans pour autant briser notre nature, nous devrons faire, avec Lui, le choix pour habiter le temps restant de notre vie, qu’il nous offre. Car, que « nous vivions ou que nous mourrions », le « Christ veut être glorifié dans notre corps ». Et en ce monde, il nous appelle à « faire un travail utile en ce monde », à notre mesure, avec notre nature. Certains désireront « partir pour être avec le Christ », que ce soit comme prêtre, moine, ermite ou « fol en Christ », « car c’est bien préférable » ; d’autres « demeurer en ce monde », car c’ « est encore plus nécessaire ». Mais quel que soit le chemin de votre conversion, n’oubliez jamais cette règle : « ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ. » comme le demande le saint orthodoxe Gabriel de Géorgie (1925-1995) :


Les mers tarissent, les montagnes s’effondrent, mais la gloire du Christ demeure à jamais.
La mort est transfiguration. N'ayez pas peur de la mort, mais ayez plutôt peur du Jour du Jugement. Quand vous allez passer des examens devant votre professeur, votre cœur commence à palpiter, imaginez comment vous vous sentirez devant le Créateur. La grandeur de Dieu est incomparable.
Votre âme appartient à Celui Qui vous l'a donnée.
Essayez de lutter constamment pour Dieu. Après avoir vu votre aspiration, le Seigneur vous accordera tout ce qui est nécessaire.
Ce n'est pas Dieu qui abandonne l’homme, mais l’homme qui abandonne Dieu. L'enfer est un éloignement de Dieu.
Dieu est un Amour, Bonté et Justice infinis. Qui aime la bonté et la justice, aime Dieu et il est aimé par Dieu comme son propre enfant. (…)
Nous devons nous repentir dans nos cœurs plutôt que de verser des larmes. (…)
Ne jamais perdez espoir en la Providence de Dieu. (…)
L'égoïsme s'oppose à l'amour. L’égoïste ne donne jamais quoi que ce soit, mais veut tout pour lui-même. Toutes les richesses du monde ne pourraient jamais être suffisantes pour un égoïste. Si vous avez tout le reste, mais pas l'amour, vous n'avez rien. (…)
Dans les jours derniers, l’homme sera sauvé par l'amour, l'humilité et la bonté. La bonté ouvrira les portes du Ciel; l'humilité conduira dans le Ciel, un homme, dont le cœur est rempli d'amour, verra Dieu.


Riche face-à-face pour le Caravage (article du journal Le Monde)

Les Romains et les touristes n'ont que deux semaines pour profiter d'un événement unique : la présentation des deux versions de La Conversion de saint Paul réalisées par le Caravage (1571-1610). Jusqu'au 25 novembre, les deux tableaux sont visibles pour la première fois ensemble dans l'église Sainte-Marie-du-Peuple, sur la place du même nom, à Rome.


C'est là qu'est exposée, depuis 1605, la Conversion la plus connue, oeuvre sur toile qui remplaça mystérieusement la Conversion initiale, réalisée sur bois. Cette première version, peu connue car passant entre les mains de collectionneurs privés depuis des siècles, en Espagne et en Italie, vient d'être restaurée par son propriétaire actuel, la famille romaine Odescalchi, qui l'a prêtée pour la durée de l'exposition.


Réalisées à trois ou quatre ans d'écart, les deux versions montrent un tournant dans l'oeuvre du Caravage. Les couleurs éclatantes de la première Conversion dénotent une influence maniériste, alors que la seconde est caractéristique de la lumière et de la vision de la réalité des dernières années du peintre.


Comme une photo au grand angle

La confrontation des oeuvres ouvre une question : pourquoi le Caravage a-t-il peint deux fois le sujet pour le même commanditaire ? La Conversion de saint Paul lui avait été commandée "sur bois de cyprès" par Tiberio Cerasi, le ministre du Trésor du pape Clément VIII, qui venait d'acquérir la chapelle. Ce même Cerasi avait aussi commandé au Caravage une Crucifixion de saint Pierre. Or ces deux tableaux sur bois ont été remplacés par leur version sur toile fin 1605.


Parce qu'ils ont été "refusés par le patron", comme l'a prétendu l'historien Giovanni Baglione, ennemi du Caravage ? Mais quel patron ? Tiberio Cerasi, mort en mai 1601, ou son exécuteur testamentaire, l'hôpital de la Consolation, qui paya les deux tableaux à l'artiste en novembre de la même année ? À cette époque, les travaux de l'architecte Carlo Maderno avaient à peine débuté dans la chapelle. "Au fur et à mesure de l'avancement, le Caravage a dû se rendre compte que les peintures ne seraient pas adaptées à l'espace pensé par Maderno", explique Rossella Vodret, surintendante du patrimoine historique et artistique du Latium et commissaire de l'exposition. En effet, le lieu étroit n'autorise aucun recul. Mme Vodret y voit la raison pour laquelle le Caravage a repris ses pinceaux : "L'effet obtenu par la seconde version correspond à une photo prise au grand angle à 1,5 mètre de distance", note-t-elle. La seconde version est plus facilement lisible que la première, surtout sans recul. Pour La Crucifixion de saint Pierre, sur le mur opposé, la confrontation avec la version sur bois est impossible : on en a perdu la trace.

Jean-Jacques Bozonnet article paru dans l'édition du Monde du 14.11.06



Victor Hugo, William Shakespeare (1864), éd. Dominique Peyrache-Leborgne,GF Littérature, Paris : Flammarion, 2014

« Paul représente ce prodige à la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l’avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n’est superbe comme cette face à jamais étonnée du vaincu de la lumière. Paul, né pharisien, avait été tisseur de poil de chameau pour les tentes et domestique d’un des juges de Jésus-Christ, Gamaliel ; puis les scribes l’avaient élevé, le trouvant féroce. Il était l’homme du passé, il avait gardé les manteaux des jeteurs de pierres, il aspirait à devenir bourreau ; il était en route pour cela ; tout à coup un flot d’aurore sort de l’ombre et le jette à bas de son cheval, et désormais il y aura dans l’histoire du genre humain cette chose admirable, le chemin de Damas. Le chemin de Damas est nécessaire à la marche du progrès. Tomber dans la vérité et se relever homme juste, une chute transfiguration, cela est sublime. C’est l’histoire de saint Paul. À partir de saint Paul, ce sera l’histoire de l’humanité. Le coup de lumière est plus que le coup de foudre. Le progrès se fera par une série d’éblouissements. »



Homélie de Maurice Zundel à Lausanne en 1955. Édité dans « Ton visage ma lumière »

« Le moi, le moi est haïssable », dit Pascal, tandis que il nous fait, avec un humour caustique, le portrait de notre stupide vanité. J’avoue que j’éprouve un certain malaise devant ces analyses de Pascal sur la stupidité de notre moi parce qu’enfin, si l’homme est seul, si nous sommes seuls, seuls avec nous-mêmes, seuls en nous-mêmes, comment nous tenir debout dans l’existence si nous ne croyons pas à la valeur de notre vie ? On ne peut pas vivre sans croire à la valeur de ce que l’on fait et de ce que l’on est.


Devant toutes les difficultés de la vie, devant toutes les souffrances, devant toutes les catastrophes, devant toutes les menaces, devant la mort, comment persévérer dans l’existence sans attacher une certaine valeur à son être propre ? Beaucoup qu’on accuse de vanité et d’orgueil sont simplement des hommes qui essayent de se tenir debout alors qu’ils voudraient tellement donner leur démission de la vie et renoncer à des responsabilités qui les écrasent.


Vous avez revêtu le Christ : vous n’êtes plus seuls, votre vie est un dialogue. Au plus intime de vous-mêmes, vous êtes deux, le Christ est au centre de votre intimité, ce qui fait de vous une valeur, une présence et une liberté.


L’homme ne peut échapper à l’amour de lui-même, à l’adoration de lui-même que s’il rencontre, au-dedans de lui-même une Présence qui le délivre de lui-même et justement Saint Paul (avec lequel, nous avons passé cette journée, dont la liturgie se développait à Rome dans la Basilique du grand apôtre), St Paul nous fit la plus profonde confidence de sa vie dans ce petit mot si émouvant, si plein, si jaillissant de l’Epître aux Philippiens où il nous dit : « Pour moi, vivre, pour moi vivre c’est le Christ. » Quelle confidence admirable. Pour moi, vivre c’est le Christ…


Voilà : il n’est pas seul. Et nous ne sommes pas seuls si nous sommes les disciples de l’Evangile et tous les cœurs sincères le sont. Nous ne sommes pas seuls, le Christ vit en nous. Et c’est pourquoi Saint Paul, développant dans l’Epître aux Galates l’aveu fait aux Philippiens, dit : « Ce n’est plus moi qui vit, Ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ qui vit en moi. » et, au cœur de la même Épître aux Galates, ce verset admirable qu’on chante dans les liturgies orientales au temps de Pâques : « Vous tous qui avez été baptisés, vous avez revêtu le Christ. »


Vous avez revêtu le Christ : vous n’êtes plus vous, vous n’êtes plus seuls, votre vie n’est plus un monologue, c’est un dialogue. Au plus intime de vous-mêmes, vous êtes deux, le Christ est avec vous, le Christ est au centre de votre intimité, ce qui fait justement de vous une valeur, une présence et une liberté.


C’est là une chose admirable, si vraiment nous arrivons à la vivre. En moi-même, je ne suis pas seul. En moi-même, nous sommes deux, Jésus et moi et je ne suis plus écrasé par ce moi dont j’ai été coiffé le jour de ma naissance, ce moi que je n’ai pas choisi. Désormais, ma vie intime, c’est un regard vers Lui, c’est un élan vers Lui, c’est un repos en Lui, c’est une libération de moi-même dans l’espace infini qu’il est.


Le Bien, c’est cette vie de Jésus en nous. Le Bien, c’est de saisir le Christ dans toutes les fibres de notre être. Le Bien, c’est Quelqu’un à aimer, qui vit en nous, qui se confie à nous.


Et tout est là pour Saint Paul qui ne cesse de répéter ce mot qui revient, ou équivalemment, jusqu’à 164 fois dans une lettre : « Ma vie est dans le Christ Jésus. » Le Christ Jésus est pour lui le milieu dans lequel sa vie se déploie, il respire en Jésus, il aime en Jésus, il souffre en Jésus. Enfin, il n’est jamais seul parce que il est toujours en face de ce Visage imprimé dans son cœur, dont il porte la blessure et dont il ne cesse de chanter l’Amour.


Et tout est là, en Chrétienté : le Bien, c’est cette vie de Jésus en nous. Le Bien, c’est de saisir le Christ, dans notre pensée, dans notre volonté, dans notre cœur, dans notre sensibilité, dans toutes les fibres de notre être. Le Bien, c’est Quelqu’un, c’est Quelqu’un à aimer, c’est Quelqu’un qui vit en nous, c’est Quelqu’un qui se confie à nous.


Vous vous rappelez le mot magnifique du Père Pio à l’homme qui lui disait : « Mon Père, mais je ne crois pas en Dieu » et qui répondait : « Eh bien, Dieu croit en vous. » Dieu croit en vous… Dieu croit en vous… Cela suffit. Dieu croit tellement en nous, en effet, dans la perspective de Saint Paul, qu’il s’est totalement remis entre nos mains: Celui qui est la Vie de notre vie en sorte que notre intimité n’est faite que de ce dialogue avec Lui, où II est engagé, engagé à la vie et à la mort, engagé au point que chacune de nos décisions retentit d’abord, retentit d’abord sur Lui et non pas sur nous.


Toute la sainteté est là : laisser vivre cet Autre en nous qui est confié à notre amour, nous retirer devant Lui, Lui être un espace, Lui devenir toujours plus transparent afin que notre vie soit la révélation de la Sienne.


C’est une découverte qu’il faut faire sans cesse. Le Bien est Quelqu’un, le Bien est une Personne, le Bien est une Vie, le Bien est un Amour et toute la sainteté est là : laisser vivre cet Autre en nous, qui est confié à notre amour, nous retirer devant Lui, Lui être un espace, Lui devenir toujours plus transparent afin que notre vie soit la révélation de la Sienne.


C’est une immense libération. Si le bien était un impôt à payer, si le Bien était un commandement, une contrainte, si nous étions sous la terreur d’un jugement qui nous menace, ce serait impossible. Dieu ne ferait qu’ajouter à notre fardeau, Il serait un malheur de surcroît. Mais justement, Il n’est pas ainsi dans l’Evangile qui est la Bonne Nouvelle : le Bien, c’est Lui-même, Lui qui est l’Amour, Lui qui est l’espace où notre liberté respire. Le Bien, c’est Lui qui vit en nous.


Il s’agit donc de ne pas disperser nos efforts et de voir en chaque tentation un nouveau rappel à ce Centre intérieur où notre intimité se constitue car nous n’existons vraiment, nous ne sommes des hommes, nous ne sommes une source, nous ne devenons des créateurs qu’à partir du moment où nous passons du monologue, où notre moi colle à lui-même, au dialogue ou notre moi devient un élan vers Jésus, un regard vers Dieu, un don de tout nous-même à l’Eternel Amour.


Il ne faut donc pas perdre notre temps à nous combattre nous-mêmes car nous combattre nous-mêmes, c’est encore nous regarder nous-mêmes et souvent cette lutte exaspérée contre nous-mêmes ne fait que rendre la tentation plus violente et plus fascinante. Il s’agit bien plutôt d’échapper à nous-mêmes en nous rassemblant en Dieu, en nous recueillant dans Sa Présence, en cessant de faire du bruit avec nous-mêmes.


Il s’agit d’un mariage d’amour entre Dieu et nous. Il n’y a pas de contrainte, il n’y a pas de menace, il n’y a rien à craindre, rien sinon de ne pas L’aimer assez !


Et je crois que, pratiquement, c’est à cela qu’aboutit cette merveilleuse révélation de l’Apôtre : « Pour moi, vivre c’est Christ. » « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi. » C’est à cela que, concrètement, cela doit aboutir: à ce silence de nous-mêmes. Celui qui ne fait pas de bruit avec lui-même, celui qui écoute, il entend la voix de Dieu il entend cette musique mystérieuse, il est ouvert à cette plénitude, il est peu à peu libéré de lui-même, il ne se voit plus et il devient transparent à cette Présence de Dieu, il La communique sans même y penser parce que il La respire.


Ce n’est pas en vain que Saint Paul nous a donné cette merveilleuse image du mariage lorsqu’il a dit dans l’Epitre aux Corinthiens, la seconde : « Je vous ai fiancés à un Epoux unique, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. » Il s’agit d’un mariage d’amour entre Dieu et nous. Il n’y a pas de contrainte, il n’y a pas de menace, il n’y a rien à craindre, rien sinon de ne pas L’aimer assez ! Car Lui nous aimera toujours, Il nous aimera éternellement, quoi que nous fassions. Mais c’est nous qui pouvons Le blesser, c’est nous qui pouvons Le crucifier car II est entièrement livré à notre amour.


Et voilà ce que c’est, finalement, que le « Bien »: c’est prendre soin en nous de cette Présence Divine dont nous avons la charge. C’est de ne pas trahir cette Vie, c’est de ne pas intercepter ce Visage, c’est d’être le sourire de cette Bonté.


C’est ce que nous allons demander à Notre Seigneur, par l’intercession de l’Apôtre Paul : de L’aimer simplement, de L’aimer joyeusement, de L’aimer avec une confiance inébranlable, de L’aimer sans peur, de L’aimer sachant qu’il croit en nous, qu’il nous fait crédit et qu’il ne fait appel qu’à notre générosité, en essayant de ne plus faire de bruit avec nous-mêmes afin d’entendre au cœur du silence cette Voix de l’Eternel Amour qui est justement le dialogue où se constitue notre intimité, où nous devenons vraiment des hommes dans ce don de nous-mêmes, où nous nous perdons, avec Saint Paul, dans le Christ Jésus.


Le Christ compte sur moi… et moi, sur Lui !

Seigneur, tu veux compter sur moi, comme si tu avais vraiment besoin de moi, alors que Toi, Tu es tout-puissant !

Comment peux-tu avoir besoin de moi ? Moi qui ne suis rien sans Toi, Seigneur, je suis si pauvre et si fragile, remplie de peurs, de doutes et d’incertitudes de toutes sortes.

Seigneur, sans Toi, je ne puis rien faire…


C’est plutôt moi qui compte sur Toi il me semble. C’est là Seigneur que je vois toute l’importance que Tu as dans ma vie, car si Tu comptes sur moi, je dois vivre enracinée en Toi, car sans Toi je ne suis rien et je ne peux rien apporter non plus.

Ma faiblesse est bien trop grande, c’est donc à Toi de me fortifier.

Ce n’est qu’unie à Toi que je peux apporter ma petite contribution au monde dans lequel je vis.


Seigneur, Tu veux te servir de moi pour être Bonne Nouvelle. Mais être Bonne Nouvelle, c’est vivre de Ton AMOUR !

Ce que Tu veux et attends de moi, c’est que j’AIME et que j’aime inconditionnellement. Tu comptes sur moi pour que j’aime À TA MANIÈRE. Que mon sourire soit le tien, que ma bouche ne dise que du bien, que mes yeux reflètent ton amour, ta bonté, ta paix et ta joie.

Que mes bras et mon être entier soient accueil, tendresse, pardon et générosité.

Que mes pas s’accordent aux tiens et marchent sur tes traces.

Que mon esprit, soit rempli du tien.

Que mon cœur déborde d’AMOUR et que ma vie soit PRIÈRE.


Seigneur, lorsque Tu me dis que Tu comptes sur moi, Tu me demandes de m’abandonner à Toi.

Tu me fais confiance et Tu me rappelles que j’ai du prix à tes yeux.

Si Tu as besoin de moi Seigneur, Tu vas certainement m’aider à bien réaliser la MISSION que Tu as pour moi.


Alors je m’en remets à Toi et je me rends disponible à ta Volonté, confiante en ton amour et en ta bonté.

Je te donne mon être tout entier pour qu’il soit purifié et transformé.

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