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XXVIIe dimanche du temps ordinaire (A)

Allez à ma vigne -



L'Automne : les vendanges,

Henri Vincenot (Dijon, 1912 - Dijon, 1985),

Huile sur toile, chaque panneau : 161 x 260 cm à peu près, 1947,

Maison de retraite de la SNCF, Santenay (France)







Le Printemps : la taille de la vigne, L’Été : le sulfatage de la vigne, L'Automne : le pressoir (1 et 2) et L'Automne : la paulée

Henri Vincenot (Dijon, 1912 - Dijon, 1985)

Huile sur toile, chaque panneau : 161 x 260 cm à peu près, 1947

Maison de retraite de la SNCF, Santenay (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 5, 1-7)

Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.


Psaume 79

La vigne que tu as prise à l’Égypte, tu la replantes en chassant des nations. Elle étendait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets, jusqu’au Fleuve.

Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent.

Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante.

Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés !


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (Ph 4, 6-9)

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 33-43)

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !” Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »


L’artiste

Né à Dijon en 1912, Henri Vincenot fut considéré comme l’un des plus grands écrivains identitaires du siècle précédent.


Homme de lettres, peintre et sculpteur, il incarnait son identité dans la vie de tous les jours, et sut la transmettre dans ses créations artistiques ou littéraires.


Élevé par ses deux grands-mères, elles lui apprennent très vite le secret de la nature, des plantes, des vertus du soleil et de la lune, à lire dans les étoiles, tout cela autour de veillées autour du feu. Mais c’est surtout auprès de ses deux grands pères qu’il va pouvoir acquérir un solide sens paysan qui va lui servir de ligne directrice tout au long de sa vie. Ils lui transmettront la flamme de ce qui deviendra la grande passion de sa jeunesse : la chasse au sanglier, cette chasse qui incarne l’identité gauloise à laquelle Henri Vincenot était si attaché.


Écrivain de combat, sa littérature est profondément marquée par son attachement à sa région natale, la Bourgogne. Toujours dans ces écrits, il nous parle et remet en valeurs différentes anciennes pratiques païennes, celtiques, tout en montrant qu’elles sont intégrées dans la culture populaire catholique.


Son premier succès littéraire viendra en 1978 avec la « Billebaude », roman qui incarne la sagesse de la paysannerie française, ce livre nous rappelle à nous Français, que nous n’avons jamais cessés d’être un vieux peuple des sources et des forêts, un vieux peuple de paysans que le modernisme actuel est entrain d’effacer.


Ce succès va raviver celui d’un livre écrit cinq ans auparavant, le « Pape des escargots ». Viendra par la suite, les fameuses « Étoiles de Compostelle » qui mènent un jeune essarteur Bourguignon du XIIIe siècle à pénétrer dans les secrets des mystérieuses aventures des bâtisseurs des cathédrales.


Henri Vincenot prend sa retraite en 1967 et s'installe à Commarin, village de vacances de son enfance, où il écrit ses ouvrages les plus connus. Il continue à peindre, à dessiner, à sculpter, tout en jardinant, en s'occupant de son troupeau de moutons et en entretenant le hameau perdu. Ce chantier, qu'il considère comme le Grand Œuvre de sa vie, est le symbole du retour à la terre de ses ancêtres, loin des turbulences de la vie concentrationnaire des villes, dans une nature sauvage où la vie est belle et simple

Henri Vincenot fut toujours prêt à défendre l’héritage de sa région, de son pays et de l’Europe face à un monde désenchanté, individualiste, matérialiste et mercantile. Il mourut le 21 novembre 1985 à Dijon.


Fidèle à sa terre et à son peuple de son vivant. Henri Vincenot l’est encore dans la mort, reposant désormais dans la terre nourricière, au milieu des siens, au cœur de la forêt, dernier refuge des dieux de la vieille Gaule, à l’ombre d’une croix celtique de pierre.


Présentation du livre de Claudine Vincenot, Le peintre du bonheur. Une promenade littéraire dans l’œuvre peint et sculpté d’Henri Vincenot, Éditions Anne Cerrière, Paris, 2001.


On ne présente plus l’écrivain Henri Vincenot, mais on ignore souvent qu’il fut d’abord connu, en Bourgogne, comme peintre et comme sculpteur. Il a maintes fois déclaré que la peinture et la sculpture étaient sa véritable passion, voire son «vrai métier clandestin», et les a pratiquées tout au long de sa vie.


Passionné par la création artistique, Vincenot s’est inscrit très jeune à l’école nationale des beaux-arts de Dijon, où il a suivi l’enseignement d’éminents professeurs, artistes réputés — Yencesse et Vigoureux pour la sculpture, Fréquenez, Tondu, Claudot pour la peinture… À Paris, où il a vécu pendant 25 ans, il a eu l’occasion de rencontrer des disciples du post-impressionnisme, des Nabis, des Fauves mais, très individualiste, il n’a jamais adhéré à aucun mouvement de peinture et s’est toujours attaché à peindre par plaisir, avec fantaisie et dilettantisme, en laissant libre cours à sa spontanéité. Cela explique la diversité de facture des tableaux présentés ici, reflets de ses états d’âme. Vincenot fit sa première exposition de peinture à Dijon à l’âge de 19 ans, il participa à plusieurs Salons parisiens (Salon d’automne, Salon des Indépendants) et exposa longtemps dans des galeries près des Champs-Elysées. La sculpture, plus confidentielle et destinée à la famille, est actuellement exposée au Musée de la vie bourguignonne et de l’art sacré, à Dijon.


Ce beau livre propose une promenade « à la billebaud »dans l’œuvre artistique de Vincenot, et met des extraits de ses livres (La Billebaude, Récits des friches et des bois, Le Sang de l’Atlas, Le Pape des escargots, Les Yeux en face des trous…) en regard de ses peintures et de ses sculptures. « Je ne peins que les lieux où se passe ce que j’écris, et je n’écris que sur les personnages et les lieux que je peins », a dit Vincenot un jour de vernissage.


Ce que je vois

Plutôt que de vous décrire les oeuvres, que je trouve fraîches et bucoliques, témoignage d’un passé heureux et, somme toute, disparu, je préfère laisser parler l’artiste lui-même…


« Sur le coteau allaient et venaient des hommes et des femmes, vêtus de mille couleurs : de violets pâles, de roses tendres, de vieilles étoffes brunes à pois blancs, de toiles bises, de treillis bleus, de cottes rousses, de tabliers indigo, de gilets de velours aux tons chauds, de caracos aux manches relevées sur des bras dodus, de capelines fleuries et profondes où les figures, engoncées, ressemblaient à des pêches bien mûres enfouies dans des papillotes de papier blanc. Les enfants, gavés de fruits, audacieusement insolents, gourmands et fous, n'interrompaient leurs jeux que pour aller boire, la langue tendue, le jus trouble qui coulait du pressoir, dans le hangar, pendant que les parents faisaient "la vendange". »


« À ce seul mot de vendange, il me vient à la bouche un flux de salive sucrée, au souvenir du jus âpre qui coule des grains pressés ; il me semble que des petits pépins, noirs comme des réglisses, craquent sous mes dents et répandent en moi leur savoureuse amertume. Je sens les grumes molles et ridées, déjà figuées par les alternatives d'aubes glacées et de midis brûlants, je les sens s'affaisser sous la langue, livrant à mon sens ardent de Bourguignon la tiédeur de leur chair de fruit sec ; j'en sens d'autres, au contraire, gonflées à péter de sève vigoureuse, éclater, généreuses, sous la pression de mon gosier... Au bout de mes doigts, il vient une sensation de fraîcheur poisseuse, d'humidité parfumée, comme si réellement je manipulais les panières souillées de moût.


Je me souviens aussi des haltes reposantes, dans les friches où, à l'ombre des coudriers, la troupe collationne en chantant.


Vendanges joyeuses qui animent les coteaux, paniers rougis jetés au bord des sentiers, bal-longes ovales, cerclées de fer, abandonnées sur des chariots, au coin des murées dans les broussailles, benatons en vannerie robuste, remplis jusqu'au bord de petites grumes violettes, grappes saisies au passage, à pleine bouchée, et égrappées sans ménagement par les dents gourmandes, chemins rocailleux et dégringolants qui naissent dans les vignes et, comme des lits de torrents desséchés qui se gonflent après les pluies, drainent, à la mi-octobre, le flot de la récolte précieuse. »


Henri VINCENOT, Récits des friches et des bois, Editions Anne Carrière, 1997, p. 95-97.


La vigne d’Isaïe

Quand on regarde la peinture de Vincenot, on peut facilement imaginer que les vendangeurs entament la même ritournelle : « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. » Chant de joie devant la vendange prolifique ! Il faut comprendre que la vigne a une place prépondérante dans l’histoire d’Israël : elle est le signe de la prodigalité divine. Pas uniquement celle d’un unique pied, mais de toute la parcelle qui va donner le raisin, puis le jus, et enfin le vin. Mais pour que le grain puisse donner son jus, il va devoir passer par le pressoir, signe du jugement divin qui sépare, non pas le bon grain de l’ivraie, mais dans notre image, la pulpe généreuse de la peau du faux-semblant. Derrière la façade, souvent du mensonge, se cache la générosité de la vérité. Vérité exprimée, dans tous les sens du terme, par le pressoir mystique du jugement, ce même pressoir par lequel Jésus est passé (cf. L’homélie d’aujourd’hui sur l’évangile).


Mais revenons-en à notre vignoble. Il mérite des soins constants pour qu’il donne son fruit. N’oublions pas qu’une fois les eaux du déluge retirées, c’est le premier arbre que cultiva Noé (Gn 9, 20-22), au point d’abuser du vin et de finir ivre et nu. Cependant, qui peut cultiver sa vigne se trouve dans une période de paix et de prospérité. C’est bien le reproche que feront les Hébreux à Moïse lors de la traversée du désert (Nb 20, 5) : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte, et nous avoir amenés dans ce lieu de malheur où l’on ne peut rien semer, où il n’y a ni figuiers, ni vignes, ni grenadiers, et même pas d’eau à boire ! » Le peuple a soif de ce fruit désaltérant. Et il ne sera pas déçu lorsqu’ils arriveront aux confins du désert, au bord du Jourdain. Moïse envoie des émissaires pour reconnaître le pays et ils reviendront avec une grappe gigantesque (Nb 13, 23-24) : « Ils allèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol où ils coupèrent un sarment et une grappe de raisin. Ils la portaient à deux au moyen d’une perche. Ils avaient aussi cueilli des grenades et des figues. On appela cet endroit la vallée d’Eshkol (c’est-à-dire : la Grappe) à cause de la grappe que les fils d’Israël avaient coupée là-bas. » Désormais, lorsque l’on veut évoquer une période de bonheur, de prospérité et de paix, on dira (1 R 5, 5) : « Juda et Israël habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, de Dane jusqu’à Bershéba, durant toute la vie de Salomon ».


Une parabole

Pourtant Isaïe ne fait pas que proposer une chansonnette de vendange à ses auditeurs : il leur raconte une parabole que seuls les esprits subtils pourront comprendre. Mais il leur donne les moyens de la déchiffrer : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. » Quant au fruit attendu, c’est le droit et la justice. Alors que le grain qu’il récolte n’est que « iniquité et cris de détresse ». La condamnation de ce peuple qui ne sait pas entretenir et faire pousser les grâces du Seigneur est sans appel : la clôture sera enlevée, les murs seront fracturés afin que bêtes et animaux sauvages viennent la ravager. Tous ceux qui ne l’ont pas entretenue, ne pensant qu’à leur profit égoïste et immédiat, ne souciant pas des pauvres, ceux-là seront livrés au pressoir. Dès le début de ses prophéties, Isaïe avait pointé le doigt sur eux, sur leur insouciance vis-à-vis des anawim, les pauvres du Seigneur (Is 5, 8-12) :

Malheureux, vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ, jusqu’à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays ! J’ai entendu le serment du Seigneur de l’univers : De nombreuses maisons seront ruinées, belles ou grandes, elles seront inhabitées. Dix arpents de vignes produiront un seul tonneau, et dix boisseaux de semence, un seul boisseau. Malheureux, ceux qui, dès le petit matin, courent après la boisson forte et que le vin échauffe encore, tard dans la soirée ! Ce ne sont que cithares et harpes, tambourins et flûtes, et vin pour leurs beuveries. Mais sur l’œuvre du Seigneur ils n’ont pas un regard ; ce qu’il fait de ses mains, ils ne le voient pas.

Ne se contentant pas d’oublier ce peuple des petits, ils font preuve d’injustice à leur égard (Is 5, 20-23) :

Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui rendent amer ce qui est doux et doux ce qui est amer ! Malheureux, ceux qui se prennent pour des sages, ceux qui se croient intelligents ! Malheureux, ceux qui sont champions pour boire du vin, experts en mélange des boissons fortes : ils acquittent le coupable contre un cadeau, ils privent les innocents de leur justice !

Voici donc la sentence de Dieu pour ses riches corrompus… Ils passeront par le pressoir qui les broiera s’ils ne se convertissent pas, s’ils ne rendent pas à la vigne sa fertilité.


Conséquences

Car un vigneron qui se décourage parce que sa vigne ne donne pas le fruit escompté, risque de l’abandonner à son sort « J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » Ne sont-ce pas les mêmes épines et chardons qui envahissent le sol après la faute d’Adam (Gn 3, 17-19) ?


« Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger : maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. »


Allons à la vigne

Rappelez-vous ce que nous entendions la semaine dernière dans l’évangile de Matthieu (Mt 21, 28-32) :

« Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. »

La question n’est pas en premier lieu de savoir ce que nous répondons, oui ou non, c’est la réponse en actes qui importe. Isaïe fait la même chose avec le peuple : Retournez à la vigne du Seigneur, entretenez-la avant qu’il ne soit trop tard. Vous refusez d’y aller ? Eh bien, Dieu ne vous fera pas de surprise, il vous annonce la sentence : il ne laissera pas simplement la vigne à l’abandon, il la fera piétiner, détruire par des hordes sauvages. Ce n’est pas une simple menace, c’est un appel à votre bon sens, à votre intelligence (Malheureux, ceux qui se prennent pour des sages, ceux qui se croient intelligents !) Si vous l’entretenez, si vous défrichez le péché et les mauvaises habitudes qui vous étouffent, si vous sarclez votre terre intérieure pour qu’elle donne du fruit, si vous l’arrosez de vos larmes de repentir, si vous émondez vos mauvais penchants, si vous vous laissez baigner de la grâce divine, guider par le Saint-esprit vigneron, alors elle croîtra et donnera du fruit. Un fruit abondant, gorgé de jus sucré, un fruit qui n’aura pas de crainte de passer au jugement du pressoir, parce que le vigneron céleste en tirera le meilleur des vins, celui de la sainteté ! Si vous revenez à ma vigne, dit Dieu, alors je vous aiderai comme je l’ai promis (Is 27, 2-5) :

Ce jour-là, chantez la vigne exquise ! Moi, le Seigneur, j’en suis le gardien ; je l’arrose en temps voulu. De peur qu’on ne la visite, je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en fureur, mais si je trouve des épines et des ronces, je leur ferai la guerre, je les brûlerai toutes, à moins que l’on cherche ma protection, que l’on fasse la paix avec moi, oui, qu’avec moi on fasse la paix.

Dieu peut avoir des fureurs, des agacements, c’est vrai, mais comme le dit le psaume 29 : sa colère ne dure qu’un instant !


PSAUME 29

02 Je t'exalte, Seigneur : tu m'as relevé, tu m'épargnes les rires de l'ennemi.

03 Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m'as guéri ;

04 Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme et revivre quand je descendais à la fosse.

05 Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint.

06 Sa colère ne dure qu'un instant, sa bonté, toute la vie ; avec le soir, viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie.

07 Dans mon bonheur, je disais : Rien, jamais, ne m'ébranlera !

08 Dans ta bonté, Seigneur, tu m'avais fortifié sur ma puissante montagne ; pourtant, tu m'as caché ta face et je fus épouvanté.

09 Et j'ai crié vers toi, Seigneur, j'ai supplié mon Dieu :

10 « A quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? La poussière peut-elle te rendre grâce et proclamer ta fidélité ?

11 « Écoute, Seigneur, pitié pour moi ! Seigneur, viens à mon aide ! »

12 Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie.

13 Que mon coeur ne se taise pas, qu'il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !



Catherine de Sienne, Lettre au prieur - CXC (144)

AU PRIEUR, et aux Frères de la Société de la Vierge Marie, à l'hôpital de Sienne.- Comment il faut cultiver sa vigne et celle du prochain.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE


1. Mes très chers Pères et Fils dans le Christ Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir de bon ouvriers dans la vigne de vos âmes, afin qu'au moment de la récolte vous portiez beaucoup de fruits. Vous savez que la Vérité éternelle nous a créés à son image et ressemblance ; il a fait de nous une vigne dans laquelle il a voulu et il veut habiter par la grâce, si le vigneron de cette vigne veut la cultiver bien et loyalement. Si elle n'était pas bien cultivée, elle abonderait en ronces et en épines, et Dieu n'aimerait pas l'habiter. Voyons donc, mes très chers Frères, quel ouvrier le Maître a envoyé. C'est le libre arbitre, auquel il a confié la garde de la vigne ; c'est la porte solide de la volonté, que personne ne peut ouvrir ou fermer quand il ne plaît pas au vigneron. La lumière de l'intelligence nous est donnée pour que nous connaissions et distinguions les amis et les ennemis qui veulent passer par cette porte, où est placé le chien de la conscience, qui aboie quand il entend ouvrir ; mais il faut que ce chien veille et ne s'endorme pas. Cette lumière fait voir le fruit et le sépare de la terre, pour que le fruit soit pur et qu'on le mette dans le grenier de la mémoire, qui conserve le souvenir des bienfaits de Dieu. Au milieu de la vigne est placé le vase du coeur, plein du précieux Sang, pour en arroser les plantes, afin qu'elles ne sèchent pas.


2. C'est ainsi que la bonté de Dieu a créé et planté cette vigne; mais je m'aperçois que le poison de l'amour-propre a empoisonné et corrompu le vigneron, tellement, que notre vigne est devenue inculte; elle ne produit plus que des fruits qui donnent la mort, ou des fruits âcres et sauvages, parce que les démons, les semeurs perfides, ont passé par la porte de la volonté avec la semence de beaucoup de pensées mauvaises ; et en les semant dans le libre arbitre, ils y ont fait naître des fruits de mort, c'est-à-dire des péchés mortels. Oh! combien est triste à voir cette pauvre vigne ! Elle est devenue un bois par les épines de l'orgueil et de l'avarice, par les ronces de la colère et de l'impatience ; elle est pleine d'herbes vénéneuses; notre jardin est devenu une étable où nous nous plaisons dans la fange de l'impureté. Ce jardin n'est pas fermé, mais il est ouvert, et nos ennemis, les démons, y entrent comme dans leur demeure. La fontaine de la grâce est tarie ; elle avait sa source dans le saint baptême par la vertu du sang de Jésus-Christ, ce sang qui arrosait la vigne en remplissant le coeur d'amour. La lumière de l'intelligence ne voit plus que les ténèbres, parce qu'elle est privée de la lumière de la très sainte Foi ; aussi ne connaît-elle plus que l'amour sensitif; la mémoire en est pleine, et alors elle ne peut avoir que le souvenir de ses misères, de ses désirs et de ses appétits désordonnés.


3. La Vérité éternelle a placé encore une autre vigne auprès de celle-là c'est celle de notre prochain, qui est si étroitement unie à la nôtre, que nous ne pouvons rien faire pour l'une qui ne profite a l'autre. Aussi. il nous est commandé de gouverner cette vigne comme la nôtre ; car il est dit : Aime Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme toi-même. Oh ! combien est cruel le vigneron qui gouverne mal sa vigne, et ne lui fait porter d'autres fruits que quelques actes de vertu, et ceux-là sont si aigres, que personne ne peut les goûter ces fruits sont les bonnes oeuvres faites en dehors de la charité. Oh ! combien est à plaindre cette âme qui, à l'instant de la mort, au moment de la récolte, se trouve sans aucun fruit ! Elle comprend quelle sera sa mort, et elle cherche le temps pour pouvoir la changer, mais elle ne le trouve pas. L'homme ignorant semble croire qu'il peut disposer du temps à son gré, mais il n'en est point ainsi.


4. O mes Frères ! profitons du temps présent que la miséricorde de Dieu nous donne. Que la raison se mette l'oeuvre avec le libre arbitre, et commençons à retourner la terre de cet amour coupable et déréglé, de cet amour terrestre, qui ne veut se nourrir que de choses passagères, sans consistance et sans durée, qui disparaissent comme le vent. Devenons célestes, et cherchons les biens solides et véritables, qui ne sont sujets à aucun changement ; ouvrons la porte de la volonté pour recevoir la semence de cette doctrine qui produit les vraies et saintes vertus que le libre arbitre a fait sortir de terre a la lumière de la vérité, c'est-à-dire qu'il ne les a semées et récoltées par aucun amour terrestre et humain, mais par la haine et le mépris de soi-même. Il a recueilli le fruit dans sa mémoire par le souvenir des bienfaits de Dieu, reconnaissant qu'il le tient de lui, et non de sa propre vertu.


5. Quel arbre faut-il planter ? l'arbre de la charité parfaite, dont la cime s'unit au ciel, c'est-à-dire à l'abîme de la charité divine. Ses rameaux couvrent toute la vigne et conservent les fruits dans leur fraîcheur, parce que toutes les vertus procèdent de la charité, et ont la vie par elle. Comment l'arroser ? non pas avec l'eau, mais avec le sang précieux répandu avec un si ardent amour. Ce sang remplit le vase du coeur, et non seulement il arrose la vigne et embellit le jardin, mais il désaltère abondamment le chien de la conscience ; il le fortifie afin qu'il fasse une bonne et fidèle garde a la porte de la volonté, pour que personne ne passe sans se faire reconnaître par la raison, qu'il avertit par ses cris ; et la raison, a la lumière de l'intelligence, voit si ce sont des amis ou des ennemis. Si ce sont des amis que la clémence du Saint-Esprit nous envoie, c'est-à-dire si ce sont de bonnes et saintes inspirations, le libre arbitre les reçoit en ouvrant la porte avec la clef de l'amour, et il les utilise ; mais si ce sont des ennemis, des pensées coupables et des actions corrompues, il les chasse avec la verge de la haine et du mépris ; il ne les laisse point passer tant qu'elles ne sont pas changées, il leur ferme la porte de la volonté, qui ne donne pas son consentement.


6. Alors, voyant que le libre arbitre, le vigneron qu'il a envoyé dans la vigne, travaille bien en lui et dans le prochain qu'il assiste autant qu'il le peut par amour et charité, Dieu se repose dans cette âme par la grâce ; son repos n'augmente pas par le bien que nous faisons, car il n'a pas besoin de nous, mais sa grâce repose en nous ; elle nous donne la vie, elle nous revêt en couvrant notre nudité ; elle nous donne la lumière et rassasie notre âme, et en la rassasiant elle la laisse toujours affamée. Elle nous offre sa nourriture sur la table de la très sainte Croix, dans la bouche du saint désir ; elle nous présente le lait de la douceur divine, qu'elle mêle avec la myrrhe de l'amertume de la Croix et de la douleur de l'offense de Dieu. Elle nous donne l'encens odoriférant des humbles et continuelles prières qu'on offre avec ferveur pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes. Oh ! combien est heureuse cette âme ! Elle goûte véritablement la vie éternelle ; mais nous, pauvres ignorants, nous nous inquiétons peu de ce bonheur ; car si nous nous en inquiétions, nous aimerions mieux mourir que de perdre un si grand bien. Sortons donc aujourd'hui de cette ignorance, et cherchons la perfection dans la vérité ; en la cherchant ainsi, nous la trouverons où Dieu l'a placée ; si nous la cherchons autrement, nous ne la trouverons pas.


7. Nous avons dit comment notre âme est une vigne, comment elle est ornée, et comment Dieu veut que nous y travaillions. Il faut voir maintenant où Dieu nous a placés : il nous a placés tous dans la vigne de la sainte Eglise, où il a mis pour vigneron le Christ de la terre, celui qui administre le précieux Sang, et qui, avec la serpe de la pénitence que nous recevons dans la confession, taille les vices de l'âme et l'unit à son sein avec les liens de la sainte obéissance. Sans cela la vigne de notre âme serait ravagée, et la grêle y détruirait tous les fruits, si elle n'était pas liée par cette obéissance. Il faut donc placer et travailler la vigne de notre âme dans la vigne de la sainte Eglise ; autrement nous serions privés de tout bien, et nous tomberions dans toute sorte de mal.


8. Il est temps, mes très chers Pères et Frères, de montrer si nous sommes unis vraiment ou non à la vigne de l'Eglise. Et à quoi le verrai-je ? Je le verrai si, dans ce temps de calamités, vous assistez spirituellement et temporellement le vigneron de cette vigne de la sainte Eglise, le Pape Urbain VI, le vrai Vicaire de Jésus-Christ spirituellement, par vos humbles prières ; temporellement, en travaillant autant que vous le pourrez à décider les magistrats de la République à lui venir en aide comme ils le doivent. Ne voyons-nous pas que nous sommes obligés de le faire, et que cela peut nous être utile à nous-mêmes ? Aimons-nous si peu notre Foi que nous ne voulions pas être ses défenseurs, et sacrifier la vie de notre corps s'il le faut ? Serons-nous si ingrats et si oublieux des grands bienfaits que nous avons reçus de Dieu et du Souverain Pontife ? Ne savons-nous pas que l'ingratitude fait tarir la source de la piété ? Je ne veux pas que nous soyons ingrats, mais reconnaissants pour nourrir en nous la piété. Je vous prie donc par l'amour de Jésus crucifié de mettre la main à l'oeuvre, et soyons prompts à servir cette vérité... Je suis certaine que si vous êtes de bons et parfaits ouvriers dans votre vigne, vous travaillerez avec un grand zèle par amour de la vérité dans la vigne de la très sainte Eglise. Mais si vous êtes de mauvais ouvriers pour vous-mêmes, vous ne vous appliquerez pas à travailler pour elle comme vous l'avez montré jusqu'à présent. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir de bons ouvriers. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.


Prière à Saint Vincent

Prière prononcée par Monseigneur Turini à l’occasion de la St Vincent, patron des vignerons.


Saint Vincent, patron des vignerons,

obtiens-nous l’abondance des récoltes,

la qualité du vin, une clientèle nombreuse et fidèle

ainsi que la prospérité dans nos entreprises !

Saint Vincent, patron des vignerons,

si tout ceci nous est donné,

que nous sachions en faire un usage désintéressé

avec un cœur reconnaissant !

Saint Vincent, patron des vignerons,

si l’un ou l’autre vient à manquer,

prie Dieu pour que nous ayons confiance, patience,

et que nos cœurs s’ouvrent à la souffrance des autres !

Saint Vincent, patron des vignerons,

que le bon soleil se lève sur tous ceux que nous aimons,

comme sur nos vignes !

Que la joie inonde notre monde

comme la douce pluie irrigue nos ceps !

Et si quelqu’orage gronde, obtiens-nous humour et pardon !

Saint Vincent, toi qui étais diacre, c’est-à- dire serviteur,

tourne nos regards vers les plus pauvres,

permets que d’autres hommes se mettent à leur tour

au service des hommes

pour leur plus grand bien matériel et spirituel !

Saint Vincent, toi qui as refusé de trahir ta foi,

prie pour que nos incertitudes deviennent convictions

et que nos convictions nous rapprochent de la foi !

Saint Vincent, toi qui as tant souffert,

permets que le tyran se transforme en apôtre,

que le violent s’attendrisse,

qu’aucune souffrance ne soit inutile.

Obtiens que jamais nous ne blessions ni nos amis, ni nos ennemis !

Avec l’aide de Saint Vincent qui a supporté de souffrir pour sa foi,

Seigneur, fortifie-nous dans les épreuves !

Avec l’aide de Saint Vincent qui a accepté de mourir pour sa foi,

Seigneur, donne-nous le sens de la vraie liberté !


Pour rire un peu… La prière du vigneron

Hommage à Francois Silvant

Notre Bacchus qui êtes aux cieux, Que ton moût soit vinifié, Que ton Beaujolais arrive, Que ton appellation soit contrôlée, Sur la bouteille comme au bistrot.

Donne-nous aujourd’hui Nos trois décis quotidiens. Pardonne-nous nos piquettes, Comme nous pardonnons à ceux qui sont bouchonnés. Ne nous soumet pas à l’abstinence, Mais délivre-nous du mildiou. Car c’est à toi qu’appartiennent Le rouge, le blanc et le rosé, Aux ceps des ceps, Santé !

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