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XXVIIIe dimanche du temps ordinaire (A)

Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages…



Le lendemain du tremblement de terre,

Louis-Léopold Robert (Les éplatures, 1794 - Venise, 1835),

Huile sur toile, 96 x 126 cm, 1830,

Musée Condé, Chantilly (France)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 25, 6-10a)

Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé. Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.


Psaume 22

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.


Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (Ph 4, 12-14.19-20)

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 22, 1-14)

En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.” Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.” Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. « Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.” « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »


Le peintre

Artiste suisse, Léopold Robert vint à Paris en 1810 et se forma dans l'atelier de David. La chute de l'Empire et les changements politiques faisant de la Suisse un pays étranger l’empêchèrent d'obtenir le prix de Rome. Rentré dans sa ville natale, il devint portraitiste avant de se rendre en Italie en 1818. À Rome, il fréquenta les artistes français et exposa à Paris aux Salons de 1822 à 1836 des tableaux romantiques tirés de la vie traditionnelle italienne. connut un certain succès avec ces sujets contemporains qui renouvelaient les thèmes néoclassiques issus de l'histoire romaine et montraient l'Italie comme une source nouvelle d'inspiration, au moment où la plupart des romantiques se tournaient vers l'Orient. Il présenta au Salon de 1827 Le Retour de la fête de la Madone de l'Arc près de Naples, et au Salon de 1828 L'Arrivée des moissonneurs dans les Marais Pontins (Louvre). Cependant, insatisfait de ne travailler que dans le genre mineur de la peinture de genre, il chercha à se renouveler. Il se suicida à Venise en 1835, la même année que Gros.


L’œuvre

Présentation du Musée Condé


Malgré ses dimensions moyennes, ce tableau de Léopold Robert se veut dramatique, traduisant en cela les ambitions de l’artiste, peintre de genre qui se serait voulu peintre d'histoire. Une jeune paysanne napolitaine pleure, assise sur les ruines de sa maison détruite par un tremblement de terre, tandis que son enfant joue dans un panier derrière elle. Il est visiblement le seul survivant de la famille, dont on imagine que les autres membres ont péri dans les ruines à l'arrière-plan, d'où jaillissent des morceaux de charpente fracassée. Au fond, le Vésuve crachant son panache de fumée au-dessus de la baie de Naples permet de situer l'anecdote tragique.


Léopold Robert était si satisfait de sa composition qu’il souhaita la montrer à Chateaubriand dès son achèvement. Il l'exposa en avril 1830 au Capitole où elle fut réclamée par plusieurs amateurs, mais le tableau était destiné au collectionneur Marcotte. En septembre 1830, Léopold Robert rapporte l'excellent accueil que ce dernier réserva à l'oeuvre, tout en soulignant que le sujet avait fait pleurer la petite-fille de l'amateur parisien, âgée de deux ans. Le tableau fut exposé au Salon de 1831 avec L'Arrivée des moissonneurs dans les Marais Pontins et une autre scène tragique, Femme d'Ischia au désespoir du naufrage de son mari (Neuchâtel, musée d'Art et d'Histoire). Ce fut un succès, et Marcotte dut vendre le tableau au roi Louis-Philippe, dont l'épouse, Marie-Amélie, était napolitaine.


L’artiste se plaçait là au centre du débat sur la pertinence de la hiérarchie des genres, certains critiques voyant dans ces sujets tragiques mais contemporains une alternative à la peinture romantique. Léopold Robert était donc sur le point de renouveler la peinture moderne en mal de sujets, quand, en 1834, il décida d'aborder un sujet religieux, expliquant dans une lettre qu'il n'avait pas choisi le genre par goût mais que la peinture d'histoire était pour lui le but suprême de l'art. Cette frustration du peintre est à l'origine de son suicide.


Ce que je vois

Depuis les événements de samedi en Israël, ce tableau prend une force que je n’avais pas envisagé lorsque je l’avais choisi la semaine dernière… Là-bas aussi, cette attaque terroriste fut un véritable tremblement de terre dont les secousses se font sentir jusqu’en Europe. Là-bas aussi les fumées des explosions noircissent le ciel. Là-bas aussi, les ruines couvrent cette Terre promise, d’un côté ou de l’autre. Là-bas aussi, des femmes pleurent la mort des êtres chers. Là-bas aussi, les mères font tout pour protéger leur enfant, si faible, si démuni.


En regardant ce tableau prémonitoire, nous ne pouvons que penser et prier pour toutes les victimes innocentes, tant en Israël que dans la bande de Gaza… Mais aussi nous révolter contre tous ces hommes dont l’orgueil prend le dessus sur la colère, si légitime soit-elle, dont l’hubris tue toute humanité en leur cœur, les dessèche. Seules les larmes peuvent rendre un peu de vie aux visages ravagés par la douleur…


Les larmes de douleur

Comme ne pas relire avec encore plus de foi la prophétie divine délivrée par Jérémie (Jr 31, 15-17) :

Ainsi parle le Seigneur : Un cri s’élève dans Rama, une plainte et des pleurs d’amertume. C’est Rachel qui pleure ses fils ; elle refuse d’être consolée, car ses fils ne sont plus. Ainsi parle le Seigneur : Retiens le cri de tes pleurs et les larmes de tes yeux. Car il y a un salaire pour ta peine, – oracle du Seigneur : ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a un espoir pour ton avenir, – oracle du Seigneur : tes fils reviendront sur leur territoire.

Cris, pleurs et plaintes s’élèvent des deux côtés de la frontière. Jusqu’à quand… Et je repense à la deuxième partie du psaume 88 (versets 41 à 53) :

Tu as percé toutes ses murailles, tu as démantelé ses forteresses ; tous les passants du chemin l'ont pillé : le voilà outragé par ses voisins. Tu as accru le pouvoir de l'adversaire, tu as mis en joie tous ses ennemis ; tu as émoussé le tranchant de son épée, tu ne l'as pas épaulé dans le combat. Tu as mis fin à sa splendeur, jeté à terre son trône ; tu as écourté le temps de sa jeunesse et déversé sur lui la honte. Combien de temps, Seigneur, resteras-tu caché, laisseras-tu flamber le feu de ta colère ? Rappelle-toi le peu que dure ma vie, pour quel néant tu as créé chacun des hommes ! Qui donc peut vivre et ne pas voir la mort ? Qui s'arracherait à l'emprise des enfers ? Où donc, Seigneur, est ton premier amour, celui que tu jurais à David sur ta foi ? Rappelle-toi, Seigneur, tes serviteurs outragés, tous ces peuples dont j'ai reçu la charge. Oui, tes ennemis ont outragé, Seigneur, poursuivi de leurs outrages ton messie. Béni soit le Seigneur pour toujours ! Amen ! Amen !

Combien de temps resteras-tu caché, Seigneur ? Combien de temps laisseras-tu les hommes s’entredéchirer ? Ta patience avec l’humanité est incommensurable. Ta patience, car tu entends le cri des hommes, et je pense surtout des femmes, qui crient vers Toi, te demandant d’agir, de faire quelque chose avant que nous ne nous détruisions bêtement les uns les autres. Mais, peut-être, veux-tu nous faire comprendre plusieurs choses ?


D’abord que notre prière n’est ni inutile, ni vaine. Tout simplement parce qu’elle nous brise, nous ouvre le cœur souvent enfermé dans une gangue d’orgueil. Georges Bernanos ne disait-il pas : « Seule de la prière peuvent sortir des larmes qui ne soient pas lâches » ? Nos larmes seront courageuses.


Mais aussi que, même si nous ne le voyons pas, même si nous ne le sentons pas, tu agis. Je me rappelle ce que disait la prieure dans le Dialogue des Carmélites du même Bernanos : « Il n'est pas d'incident si négligeable où ne s'inscrit la volonté de Dieu comme toute l'immensité du ciel dans une goutte d'eau. » Ces événements ouvriront-ils les yeux des hommes assoiffés de vengeance, de brutalité, de sang ?


Veux-tu encore nous faire comprendre que derrière le désespoir qui envahit le cœur et l’âme de tant de vies blessées et détruites, tu peux faire naître l’espérance, comme tu l’as promis par la bouche d’Isaïe :

« Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé. Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne » ?

Tu aimerais tant que l’homme descende aux tréfonds de lui-même, plutôt qu’il ne reste à la surface de ses idées. Saint-Augustin l’avait découvert, lui qui fut pourtant un ambitieux avant sa conversion :

« Tard je T'ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ; tard je T'ai aimée. Tu étais au-dedans de moi et moi j'étais dehors, et c'est là que je T'ai cherché. Ma laideur occultait tout ce que Tu as fait de beau. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec Toi. Ce qui me tenait loin de Toi, ce sont les créatures, qui n'existent qu'en Toi. Tu m'as appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité. Tu as montré ta Lumière et ta Clarté a chassé ma cécité. Tu as répandu ton Parfum, je T'ai humé, et je soupire après Toi. Je T'ai goûté, j'ai faim et soif de Toi. Tu m'as touché, et je brûle du désir de ta Paix. Amen ! »

Et qui ajoutait dans ses Confessions :

« Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. »

Les hommes, avant de chercher la paix en dehors des frontières, ne devraient-il pas la trouver au fond d’eux-mêmes ? C’est là qu’elle se tient, dans le tréfonds des âmes. Il ne pourra jamais y avoir de paix possible tant que, des deux côtés, comme chez nous, les hommes ne la cherchent pas en un Dieu d’amour… Et je dis bien les hommes dans le sens sexué du terme.


Des hommes et des femmes

Bien sûr, il y a des femmes dans les combattants et les terroristes. Mais il me semble qu’elles sont bien minoritaires, et sont le plus souvent des corps de femmes avec des cœurs d’hommes ! Ah, si les hommes pouvaient aussi avoir des cœurs de femme ! Mais autant que je crois qu’il faut rendre aux hommes le sens de la paternité, autant il serait bon de tamiser leur goût excessif pour une virilité brutale. Serge Reggiani le chantait il y a quelques années :

Il est là comme un imbécile

De la rosée au bord des cils

Le cœur abruti de chagrin

Il se regarde dans la glace

Où vaguement un ange passe

Une femme au regard lointain

Et c’est peu dire qu’il vacille

Il sent son corps piquer en vrille

Il entend les mots de l’adieu

Lui faire une blessure comme

Les meurtrissures dont les hommes

Ont souillé les mains du bon Dieu

Il faudra bien qu’on me raconte

Pourquoi il faut toujours tricher

Que l’on m’explique où est la honte

Pour un homme de pleurer

Pour un homme de pleurer

Ce n’est pas grave, non c’est pire

C’est le point de non revenir

C’est la sirène de la mort

Qui lui murmure des mots tendres

Des mots impossibles à entendre

Pour celui qui espère encore

A des milliers de kilomètre

Un chien peut retrouver son maître

Et lui ne craint pas ce chemin

Mais s’il venait lui rapporter

Le caillou qu’elle lui a jeté

Elle le rejetterait plus loin

Il faudra bien qu’on me raconte

Pourquoi il faut toujours tricher

Cette chanson est d’une actualité criante… Car si les hommes retrouvaient le goût des larmes et le sens de la paternité, ils comprendraient mieux le mal qu’ils font aux enfants, à leurs enfants, aux enfants des autres ; ils comprendraient mieux que tout homme, toute femme, est un enfant de Dieu. Car si les hommes acceptaient de verser une larme, pas uniquement sur eux-mêmes, mais sur toute humanité, leur cœur s’ouvrirait enfin et leur orgueil fonderait comme du sucre sous les larmes. Quand je voyais sur les images les terroristes sourire, et même rire, de leurs méfaits, j’étais atterré. Les cœurs de pierre doivent être brisés, comme le chante le Psaume 50, et comme le promets le Seigneur (Ez 36, 23-27) :

Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.

Car les femmes resteront toujours des puissances d’amour, de miséricorde (dois-je rappeler le sens de ce mot qui se traduit en hébreu par « entrailles de mère » ?), des puissances de maternité et de don de la vie. Il n’est pas pour rien que le peintre n’ait ici représenté qu’une femme. Un homme pleurerait non seulement sur les vies disparues, mais aussi sur la perte de ses biens ou de son pouvoir. Je crois que ce ne serait pas le cas d’une femme… Puissions-nous, ô mâles, nous féminiser un peu dans notre coeur… Puissions-nous voir notre Dieu comme un Dieu d’amour (1 Jn 4, 7-8) :

Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.

Un Dieu d’amour

Là est peut-être la véritable question : quelle image avons-nous de notre Dieu ? Est-ce un Dieu d’amour ou un Dieu vengeur, assoiffé de sang et de conquêtes ? Je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, quand on regarde la Bible dans son ensemble, on peut y voir trois regards différents sur Dieu. Ce n’est pas Dieu qui change, mais le regard des hommes. Le Dieu de l’ancien Testament est un Dieu qui fait grandir l’homme en lui disant : « tu ne feras pas… ». Ne faisons-nous pas la même chose avec les petits enfants : « tu ne toucheras pas aux prises électriques » ? Puis quand l’homme grandit, Dieu, par la voix du Christ, nous dit « tu dois… », tu dois aimer ton Dieu et ton prochain comme toi-même… Et nous aux enfants : « tu dois être gentil avec ton frère. » Puis, au temps de l’Esprit, Dieu dit aux hommes : « tu devrais… », comme nous disons à nos grands enfants : « tu devrais moins faire la fête… » Ce n’est pas Dieu qui change, c’est l’homme qui grandit. Et ce Dieu qu’en fait nous vîmes comme un Père Fouettard, puis comme un Dieu moralisateur, presque janséniste, devient un Dieu d’amour, un Dieu qui nous invite à l’amour.


Car ce qui fait que Dieu est Dieu (« Dieu est Dieu, nom de Dieu » comme l’écrivait Maurice Clavel) n’est pas sa force, sa puissance, voire sa démesure puisque rien ne peut le contraindre, ni même son éternité ; ce qui fait que Dieu est Dieu est sa puissance d’amour, une puissance d’amour dont l’homme a soif, comme le rappelle Guy de Larigaudie dans sa dernière lettre (Étoile au Grand Large, Éditions du Seuil, 1943) :


« Ma Sœur

Me voici maintenant au grand baroud. Peut-être n’en reviendrai-je pas. J’avais de beaux rêves et de beaux projets, mais n'était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j’exulterais de joie. J’avais tellement la nostalgie du ciel et voilà que la porte va bientôt s’ouvrir. Le sacrifice de ma vie n’est même pas un sacrifice, tant mon désir du ciel et de la possession de Dieu est vaste. J’avais rêvé de devenir un saint et d’être un modèle pour les louveteaux, scouts et routiers. L’ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve. Je suis dans une formation à cheval et suis heureux que ma dernière aventure soit à cheval. Je vous remercie, ma sœur, d'avoir tant prié pour moi et d'avoir si bien suivi pendant douze ans la marche parfois bien tâtonnante de mon âme. Cette prière fidèle qui montait de votre Carmel a été mon soutien et ma sauvegarde. Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à ma maman pour la consoler. Vous lui direz qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu'elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je posséderai la lumière, toute la beauté, tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif. Voilà, ma sœur, ce que je voulais vous dire. Il n'est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure. »


« …tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif… » Tant que les hommes n’auront pas retrouvé cet amour inextinguible, qui n’est autre que le chemin du Christ, alors, la paix ne pourra pas fleurir sur notre terre :

  • Si 1, 18 : « La sagesse est couronnée par la crainte du Seigneur, elle fait refleurir la paix et le bien-être. L’un et l’autre sont des dons de Dieu qui mènent au bonheur, une juste fierté épanouit ceux qui aiment Dieu. »

  • Ps 71, 7 : « En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes ! »

Oui, Dieu viendra sécher toute larme de nos yeux, comme l’a dit Isaïe, et comme l’a promis l’Apocalypse (Ap 21, 3-5) :

Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Et il dit : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi et vraies. »

Puisse Dieu venir faire toutes choses nouvelles dans les cœurs et au Proche-Orient.



Prière pour la paix

Seigneur Jésus-Christ, La Terre sainte est à nouveau frappée par la violence, la haine et la mort. Seigneur, regarde avec miséricorde le pays qui a été ton foyer terrestre. Accueille les défunts en ta présence. Réconforte ceux qui sont en deuil, blessés ou contraints de fuir. Sois proche de tous ceux qui sont remplis de peur et de désespoir. Tu es notre paix et la lumière des nations, mets fin à la spirale de la terreur et de la souffrance en Terre sainte et dans tout le Moyen-Orient ! Que la paix et la justice fleurissent sur les Lieux saints. Tu es notre refuge. Que le peuple soit en sécurité dans ton Amour. Aie pitié de nous et de notre temps. Amen.



Prière de Saint-François d’Assise

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »



Psaume 50

03 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

04 Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

05 Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.

06 Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire.

07 Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère.

08 Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m'apprends la sagesse.

09 Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.

10 Fais que j'entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais.

11 Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.

12 Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

13 Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

14 Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne.

15 Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.

16 Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice.

17 Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

18 Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste.

19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

20 Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.

21 Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur ton autel.



Psaume 71

01 Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.

02 Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux !

03 Montagnes, portez au peuple la paix, collines, portez-lui la justice !

04 Qu'il fasse droit aux malheureux de son peuple, qu'il sauve les pauvres gens, qu'il écrase l'oppresseur !

05 Qu'il dure sous le soleil et la lune de génération en génération !

06 Qu'il descende comme la pluie sur les regains, une pluie qui pénètre la terre.

07 En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes !

08 Qu'il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre !

09 Des peuplades s'inclineront devant lui, ses ennemis lècheront la poussière.

10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.

11 Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront.

12 Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.

13 Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.

14 Il les rachète à l'oppression, à la violence ; leur sang est d'un grand prix à ses yeux.

15 Qu'il vive ! On lui donnera l'or de Saba. * On priera sans relâche pour lui ; tous les jours, on le bénira.

16 Que la terre jusqu'au sommet des montagnes soit un champ de blé : et ses épis onduleront comme la forêt du Liban ! Que la ville devienne florissante comme l'herbe sur la terre !

17 Que son nom dure toujours ; sous le soleil, que subsiste son nom ! En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux !

18 Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, lui seul fait des merveilles !

19 Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen !



Saint Pierre Chrysologue (v. 380 – v. 450), Homélie sur la paix, 53

« Heureux les artisans de paix, dit l’évangile, mes très chers frères, ils seront appelés fils de Dieu ! C’est à juste titre que les vertus chrétiennes se développent chez celui qui maintient la paix chrétienne entre tous ; et l’on n’obtient le titre de fils de Dieu que si l’on mérite le nom d’artisan de paix.


La paix, mes très chers, est ce qui débarrasse l’homme de l’esclavage, fait de lui un homme libre, transforme sa condition personnelle aux yeux de Dieu, fait d’un serviteur un fils, d’un esclave un homme libre. La paix entre frères est ce que Dieu veut, ce qui réjouit le Christ, ce qui accomplit la sainteté, ce qui règle la justice, ce qui enseigne la doctrine, ce qui protège les mœurs, bref c’est en toutes choses une conduite digne d’éloges. La paix fait exaucer nos prières, elle ouvre une route facile et praticable à nos supplications, elle accomplit parfaitement tous nos désirs. La paix est la mère de la charité, le lien de la concorde, le signe évident d’une âme pure, qui peut réclamer à Dieu tout ce qu’elle veut ; car elle demande tout ce qu’elle veut et elle reçoit tout ce qu’elle demande. […] Planter les racines de la paix, c’est l’œuvre de Dieu ; arracher entièrement la paix, c’est le travail de l’ennemi. Car, de même que l’amour fraternel vient de Dieu, ainsi la haine vient du démon ; c’est pourquoi il faut condamner la haine, car il est écrit : « Tout homme qui a de la haine contre son frère est un meurtrier ».


Vous voyez, frères bien aimés, pourquoi il faut aimer la paix et chérir la concorde : ce sont elles qui engendrent et nourrissent la charité. […] Il faut donc que tous nos désirs s’attachent à l’amour, car il peut obtenir tous les bienfaits et toutes les récompenses. Il faut garder la paix plus que toutes les autres vertus, parce que Dieu est toujours dans la paix. […] Aimez la paix, et tout sera dans le calme : afin que vous obteniez pour nous la récompense et pour vous la joie, afin que l’Eglise de Dieu, fondée sur l’unité de la paix, mène une vie parfaite dans le Christ. »



Grégoire de Nysse, (Traité de la perfection chrétienne, cité in Livre des Jours, pp. 940-941)

« C’est lui, le Christ, qui est notre paix, des deux il a fait un seul peuple. Puisque nous comprenons ainsi que le Christ est notre paix, nous montrerons quelle est la véritable définition du chrétien si, par cette paix qui est en nous, nous montrons le Christ dans notre vie. En sa personne, il a tué la haine, comme dit l’Apôtre. Ne la faisons donc pas revivre en nous, mais montrons par notre vie qu’elle est bien morte. Puisqu’elle a été magnifiquement tuée par Dieu pour notre salut, ne la ressuscitons pas pour la perte de nos âmes ; en cédant à la colère et au souvenir des injures, n’ayons pas le tort d’accomplir la résurrection de celle qui a été magnifiquement mise à mort.


Mais puisque nous avons le Christ, qui est la paix, à notre tour tuons en nous la haine, afin de réussir dans notre vie ce que notre foi nous montre réalisé en lui : il a fait tomber le mur qui séparait les deux peuples, il a créé en lui-même un seul homme nouveau, et il a établi la paix. De même nous : amenons à la réconciliation non seulement ceux qui nous font la guerre à l’extérieur, mais encore ceux qui soulèvent des contestations en nous-mêmes ; que la chair n’oppose plus ses désirs à ceux de l’esprit, que l’esprit ne s’oppose plus à la chair ; mais, la prudence charnelle étant soumise à la loi de Dieu, soyons en paix en nous-mêmes pour édifier, à partir de cette double réalité, l’homme nouveau, unifié et pacifié.


Telle est en effet la définition de la paix : l’harmonie de ceux qui étaient désunis. Aussi, lorsque s’arrête la guerre civile qui règne dans notre nature et que nous établissons la paix en nous, à notre tour nous devenons en nous-mêmes paix, et nous montrons que cette appellation donnée au Christ s’applique véritablement à nous. »

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