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XXXIIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Sauvés ? -


Vitrail de la nouvelle alliance,

Anonyme,

Vitrail du XIIIe siècle, déambulatoire du Chœur,

Cathédrale de Bourges (France)


Premier livre des Rois (1 R 17, 10-16)

Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 38-44)

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. » Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »


La baie de la Nouvelle Alliance

La cathédrale Saint-Étienne de Bourges possède une remarquable collection de vitraux. Ils peuvent être classés en plusieurs catégories : les vitraux du premier tiers du XIIIe siècle, comprenant les vitraux légendaires du déambulatoire et les vitraux hauts du collatéral intérieur et du chœur, puis les vitraux datant du duc Jean de Berry, à la fin du XIVe siècle, et enfin les vitraux des chapelles latérales réalisés du XVe au XVIe siècle. Ces vitraux du XIIIème siècle sont contemporains de ceux de Chartres. Notre baie se situe dans le déambulatoire du chœur, où l’on peut admirer, à hauteur d’homme, dix superbes vitraux historiés.


Le vitrail de la Nouvelle Alliance a été offert par la confrérie des bouchers. Le thème évoqué dans le vitrail du Bon Samaritain est repris et développé ici : trois médaillons circulaires évoquent la passion, la mort et la résurrection du Christ. Autour de ces médaillons, des scènes de l'Ancien Testament en sont les commentaires typologiques.


Description des cinq scènes

  1. En bas, à gauche : Isaac, suivant son père, porte le bois de son sacrifice futur.

  2. En bas, à droite : le sacrifice d’Isaac.

  3. En haut, à droite : les Hébreux, avant la fuite en Égypte, immolent un agneau et marquent leur porte d’un signe avec le sang.

  4. En haut, à gauche : la veuve de Sarepta, son fils, et Élie.

  5. Dans la rosace centrale : le portement de croix.

Typologie

« Le moyen-âge n’est pas un âge moyen » écrivait la grande médiéviste Régine Pernoud. En effet, toutes les scènes ici représentées s’appuient sur le principe de la typologie biblique. Un quatrain peut nous aider à comprendre :

Littera gesta docet,

quid credas allegoria,

moralis quid agas,

quo tendas anagogia.

La lettre enseigne les faits,

l'allégorie ce que tu dois croire,

la morale ce que tu dois faire,

l'anagogie ce que tu dois viser.


Les Pères de l’Église avaient une méthode catéchétique qui s’appuyait sur une quadruple lecture des textes bibliques. Le Cardinal Henri de Lubac, dans son fameux livre : Les quatre sens de l’Écriture les nommera ainsi :

  1. Lecture littérale,

  2. Lecture allégorique,

  3. Lecture tropologique,

  4. Lecture anagogique.

Ainsi, nos vitraux sont très souvent typologiques, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas une simple représentation d’une histoire sainte, mais qu’ils se rapportent à d’autres scènes de la Bible (aspect allégorique), qu’ils peuvent en donner un sens moral (aspect tropologique), mais surtout, nous mènent à une visée spirituelle (sens anagogique).

Regardons notre vitrail avec cette grille de lecture.


Visée allégorique

  • Au centre, Jésus porte sa croix. Celle-ci est évoquée, préfigurée, pour ne pas dire préparée dans le Premier Testament. Ainsi, par les deux bouts de bois de la veuve de Sarepta, ou par le bois du sacrifice que porte Isaac sur son dos.

  • Jésus qui sera sacrifié sur le bois de la croix, comme allait l’être Isaac sur l’autel de bois. Jésus la tête couronnée d’épines, comme celle du bélier la tête prise dans les épines du buisson.

  • Jésus, Agneau de Dieu qui verse son sang pour nous sauver de la mort, comme l’agneau de l’exode sera sacrifié pour que son sang protège les hébreux de l’ange exterminateur.

Lecture spirituelle

Les trois épisodes du Premier Testament - le sacrifice d'Abraham, la fuite de l'esclavage, la veuve de Sarepta - disent tous les trois une même réalité :

  • un fils, unique et bien-aimé, menacé de mort ;

  • par deux fois, un agneau immolé à sa place ;

  • par deux fois, le bois, croisé, faisant signe.

Cette réalité se retrouve dans la fleur centrale, accomplissement de ce qui était annoncé et préparé depuis des générations : le Fils, portant sa croix, nouvel agneau consentant : « Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne » inaugure une Nouvelle Alliance : « Désormais toutes choses étaient accomplies » Jean 19,28. Le rameau rouge de la vie, présent dans plusieurs scènes et qui fait le lien entre elles, dit que l'amour est plus fort que la mort.


Les images fortes de ces trois fils me rappellent ma filiation à Dieu par mon baptême. Me reconnaître fils, fille de Dieu, qu’est-ce que cela signifie pour moi aujourd’hui ? Les images ont montré des gestes qui sauvent : que veut dire pour moi « être sauvé » ? Être sauvé de quoi ? « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » : je suis invité(e) à contempler celui qui donne sa vie pour moi. Je suis invité(e), à sa suite, à ne pas laisser prendre ma vie, mais à la donner librement.


Sauvés ? Mais de quoi ?


Flashs !

Tout d’abord, quelques flashs (qui pourront vous paraître des clichés, dans tous les sens du terme !)...

  • Dans un des derniers films Superman, la journaliste amoureuse du bel héros publie deux articles dans son journal. Le premier, au début du film, se demande si Superman peut nous sauver. Et à la fin, le deuxième, en grosse lettres, questionne, comme une conclusion morale : « Avons-nous encore besoin d’être sauvés ? »

  • Les publicités à la télévision sont souvent emblématiques de ce que vit une société, ou du moins de ce qu’elle cherche à donner comme repérage pour une vie idéale. Ainsi de celles qui se réfèrent à l’habitat... De fait, je suis surpris de voir que les pièces de la maison que l’on met le plus en exergue aujourd’hui sont celles qui se rapportent au corps : la salle de bain et la cuisine. On donne moins d’importance au salon, lieu de repos et de partage, à une bibliothèque, lieu de culture et de méditation. Et je n’évoque pas toutes les publicités sur les diverses crèmes et produits amincissants !

  • Les grandes catastrophes créent souvent d’intenses émotions. Il suffit de se rappeler le tsunami, les tremblements de terre, ou les guerres. Cette émotion crée aussi une belle générosité, souvent très concrètes. Mais il faut bien avouer que plus le drame est loin, plus il me touche le cœur. Le drame à portée de main (pensons à la misère des Roms ou à la main tendue des clochards) nous indiffère plus, voire nous révulse.

  • René Girard, philosophe, disait qu’il ne fallait pas se tromper. On prétend souvent que les hommes ont perdu le sens du péché. C’est faux. Ils n’ont jamais eu une telle acuité du mal. Par contre, ils ont perdu le sens de la rédemption : ils n’y croient plus. Il suffit de demander à celui qui sort de prison, ayant payé sa dette à la société, quel est le regard que les autres continuent à porter sur lui.

  • Plus rien ne semble immuable. On nous explique que le monde est en continuelle expansion, que la morale évolue au rythme d’une société, et que tout le monde se trompe. Ni infaillibilité des politiques ou des médias, encore moins lorsqu’elle se prétend pontificale. À chacun sa vérité semble une bonne devise.

Cinq flashs, cinq clichés un peu forcés, je vous le concède. Mais aussi cinq indices pour mieux cerner ce qui prend doucement place dans le cœur des hommes. Ainsi, après cette lumière stroboscopique sur notre temps, j’aimerais figer ces images pour mieux les regarder...


Superman le sauveur ?

Je ne sais s’il faut assimiler Superman à l’image du Christ, mais il n’en reste pas moins que la question sotériologique est actuelle (la sotériologie est cette branche de la théologie qui s’intéresse à la question du salut). Et la question soulevée est pour moi une des clés de lecture de la déchristianisation actuelle. Nos contemporains ne semblent plus ressentir le besoin d’être sauvés.


Peut-être même que la question devrait être posée autrement : « Sauvés de quoi ? » De quoi aurions-nous besoin d’être sauvés, hormis peut-être de la crise monétaire, de la pauvreté grandissante ou de diverses pandémies ? En fait, nous recherchons un salut purement horizontal, une délivrance des maux actuels, de ce que nous supportons et qui nous empêche de mieux vivre, en paix. Une recherche qui se limite dans un espace purement humain, temporel (de la naissance à la mort), voire individualiste... Je recherche surtout ce salut pour moi : ne pas souffrir, ne pas être inquiet, éventuellement, ne pas mourir.


La salle de bain ?

Ce qui m’importe en premier est la recherche d’un bien être. Et celui-ci passe souvent par un cadre dans lequel je dois me sentir bien. Et ce bien-être se recentre sur mon corps. On en revient presque au premier sens de cette vieille expression que nous utilisons tant : « Comment allez-vous ? » qu’il faut traduire : « Comment va votre transit intestinal ? Allez-vous bien à la selle ?! » Des trois, corps, âme et intelligence, le corps a pris le dessus et met les deux autres sous sa coupe. Si je suis bien dans mon corps, je le serai aussi dans ma tête, et dans mon cœur. Est-ce si sûr ? Cela voudrait-il dire que toute personne malade dans son corps ne peut trouver un équilibre, et ne soit pas apte à une vie de cœur ? Mais encore que le cœur aurait pris la place de l’âme ? Mon âme serait ainsi ma simple capacité à aimer, ou à être aimé des autres ? Le roman de Daniel Pennac, Journal d’un corps, si passionnant soit-il, en est l’illustration.


Le tsunami des émotions ?

Notre société aborde souvent les événements sur le mode affectif : ça me touche. J’ai déjà abordé ce point dans mon texte sur le mariage gay. On inverse le sens normal de la réflexion qui devrait aller de l’universel ou particulier (universel, général, singulier et particulier) en prenant comme point de départ le cas particulier qui me touche, qui m’émeut, et donc qui m’appelle, à partir de mes affects, à prendre une décision. Seul ce qui me touche a valeur, pourrait-on dire en forçant le trait. Mais, en ce cas, nous faisons souvent fi de la dimension communautaire, du sens du bien commun, ce qui nous touche, pas que le cas particulier que je connais, mais toute une nation, ou une civilisation.


Il est vrai que notre société semble plus généreuse dans ses actes qu'auparavant. Il est vrai aussi qu’elle semble plus tolérante aux autres, à la diversité, à la culture (même si je n’aime pas ce mot de tolérance qui exclut toute recherche de la richesse de l’autre mais la simple acceptation de sa différence si elle ne me gêne pas - « La tolérance, il y a des maisons pour ça ! » disait Paul Claudel). Mais cette générosité est-elle vraiment incarnée, prend-elle concrètement corps ? N’est-ce pas plus facile d’être touché par les victimes du tsunami qui sont loin de moi que par le pauvre qui est à ma porte ? Rappelons-nous que le Christ nous invite à aimer et aider notre prochain... c’est-à-dire celui qui m’est proche, à côté de moi.


Avoir encore confiance ?

Sommes-nous vraiment capables de pardonner ? Et quel sens donnons-nous à ce mot ? Ne l’aurait-on pas confondu avec l’oubli ? Et puis, se rendant compte qu’il est difficile d’oublier le mal qui a été fait, on en viendrait à ne plus croire que le pardon soit possible. Et l’on perdrait foi en l’autre. Comme il surprenant de voir que le mot latin fides a donné aussi bien foi, que confiance, que fidélité. Avoir foi en l’autre, ne serait-ce pas croire qu’il puisse se racheter, redevenir fidèle à ce qu’il est, et que l’on puisse lui faire de nouveau confiance ? Si je ne fais plus confiance, je n’ai plus foi en l’homme... Et si je n’ai plus foi en lui, comment pourrait-il se racheter ? Comment même puis-je encore lui être fidèle ? Et lui, comment pourrait-il retrouver foi en lui-même, retrouver sa confiance ?


Les 1001 vérités !

Chacun aurait donc sa vérité, et il n’est plus de vérité universelle possible. Même, explique-t-on en philo aux élèves, les vérités mathématiques peuvent être remises en cause. Descartes a peut-être été emmené plus loin qu’il ne l’aurait voulu. Le « je pense donc je suis » serait presque devenu « je pense donc je suis le seul dont je peux être sûr, la seule vraie pensée sur laquelle m’appuyer. » Bref, la seule vérité ne peut-être que la mienne, même si je ne retire pas la possibilité aux autres de penser la même chose pour eux ! Tout vérité serait donc valable puisque que je suis le point de référence. Un peu à l’image du pendule de Foucauld qui démontrait la rotation de la terre, l’homme se croirait le point 0, le point d’accroche, le point de départ. Le monde n’est que le reflet de sa propre vérité. Sur ce point, je vous invite à lire les premiers chapitres du livre éponyme d’Umberto Eco.


Des signes ?

Après les clichés, après les indices, tentons d’y lire des signes. Ne les lisons pas comme des faits établis, des oukases, mais simplement comme des risques sociétaux ou des éléments qui peuvent permettre d’expliquer ce que nous vivons.


Le mot « salut » a perdu son sens pour nos contemporains. Alors, que penser de la notion de salut dont parle l’Église ? Cela paraît encore plus abscons, obscur.


De l’équilibre de l’homme préconisé par Platon, entre le corps, l’esprit comme intellect et l’âme, nous en serions venus à une dépendance de l’intellect et de l’âme au corps, et d’une âme qui se résume au ressenti du cœur.


Et ce ressenti du cœur, traduit en émotions, deviendrait mon unique clé de lecture des événements et des décisions à prendre. La charge émotive est le prisme de lecture du monde. À ce sujet, nous sommes pleinement dans une démarche post-moderne, si bien cerné dans l’ouvrage de Thierry-Dominique Humbrecht : L’évangélisation impertinente.


L’homme serait comme condamné par ses actes. En fait, il est tellement assimilé à ce qu’il a fait que lorsqu’on condamne l’acte, on condamne de fait l’acteur. Il me semble pourtant que l’homme est plus que ce qu’il fait.


S’il n’y a plus de vérité immuable, universelle, comment puis-je bâtir ma vie, comment puis-je avoir des points de repère objectifs hormis ceux que je me donne et qui sont subjectifs ? Et alors, si toutes les vérités se valent, existe-t-il encore la possibilité d’une vérité ? La vérité n’est-elle pas morte ?


Alors, qu’est-ce que le salut ? De quoi suis-je sauvé ? Je n’apporterai ici aucune réponse théologique. D’abord, tout est dans le Catéchisme de l’Église Catholique, et ne suis ni ne prétendrai être théologien ! J’apporte donc une réponse toute simple : le mienne, celle issue de ma foi et de mon expérience. Au risque de me contredire avec mes propos précédents, elle ne se veut être la vérité, ni même ma vérité.


Elle n’est que ma réalité...


De quoi, ou de qui, ai-je besoin d’être sauvé ? De moi-même ! Je suis mon premier ennemi, mon premier Diable. Cette division que je peux ressentir vient souvent de moi. Et mon premier péché n’est peut-être pas d’avoir des péchés et d’être pécheur (au contraire, c’est une grâce puisque le Christ est venu pour les pécheurs !), mon premier péché est de manquer de foi en moi, de manquer de courage, de force, de persévérance. De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De ma faiblesse que je n’arrive à surpasser. De ma faiblesse pour laquelle je ne fais pas suffisamment appel à Dieu pour m’aider à y surseoir. De mon orgueil qui me fait croire que je peux en sortir seul, que je n’ai besoin ni des autres, ni de Dieu. Oh oui, j’ai un profond besoin d’être sauvé, même si je n’ose toujours me l’avouer. Sauve-moi de moi-même, Seigneur !


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De ce corps qui m’encombre et que je ne maîtrise pas. De ce corps qui devrait être le Temple de l’Esprit et que je transforme souvent en esprit du Temple ! De ce corps que mon esprit et mon âme doivent soumettre (mettre sous leur autorité). De ce corps que je dois aimer et respecter, de ce corps qui doit me rapprocher des autres plus que les éloigner. De ce corps que Dieu m’a donné. En fait, ce n’est pas de mon corps que je dois être sauvé, mais de ma mauvaise façon de le gérer. Aide-moi, Seigneur, à faire de mon cœur, le Temple de ta présence.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De mes émotions qui parfois me submergent et me retirent toute claire vision de la situation, de ce qui m’a été dit ou de ce que je vis. Autant il ne faut pas que mon corps prenne le dessus sur le reste, autant il ne faudrait pas non plus que mon cœur, mes émotions empêchent le reste de vivre, tuent mon intelligence et ma capacité de raisonner. Que mon cœur m’aide à discerner mais ne retire rien à la justesse des faits, Seigneur ! Donne-moi un cœur juste et sage, disait Salomon.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De mon manque de foi, de mon manque de fidélité, de mes manques de confiance. Comme je manque de foi, oubliant que tout est dans la main de Dieu. Comme je manque parfois de confiance en moi, oubliant que si Dieu m’a mis là ce n’est pas pour rien. Comme je manque de fidélité dans ma prière ! Ô Seigneur, mets en mon cœur la fides, confiance en moi, en toi, en l’autre, foi en toi, en moi, en l’autre, fidélité à toi, à moi et à l’autre. Aide-moi à croire que tu m’aimes comme je suis. Aide-moi à comprendre que je peux être pardonné, que rien n’est jamais fini, et que même si je peux, par erreur, me condamner, toi, jamais tu ne me condamnes. Que tu crois en moi, plus que je ne crois en toi ! Aide-moi à croire que tu peux faire en moi ce que tu as promis par les mots d’Esaïe, repris par Jean-Baptiste :

Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, et les escarpements seront changés en plaines. (Es 40, 3-4).

Nivelle, Seigneur une route dans la steppe de mes déserts de foi et de savoir, dans mes aridités personnelles. Comble le ravin de mes misères, de mes faiblesses, de mes absences d’estime de moi-même. Abaisse la montagne de mes orgueils, de mes suffisances, de ma supériorité. Redresse et élargis les passages tortueux de mon cœur, de mes amours, de mes pensées. Fais de ma vie et de mon ministère une plaine de repos à l’herbe grasse et verte.


De quoi ai-je besoin d’être sauvé ? De résister à la vérité. De réagir comme Pilate : « Mais qu’est-ce que la vérité ? », mettant en doute tant de choses et tant de personnes, Dieu le premier, sans entendre ce que dit le Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». De me justifier ou de tomber dans des arguties qui m’éviteraient de regarder la Vérité en face. Ô Seigneur, donne-moi la force d’accepter la Vérité, de te recevoir comme la Vérité, mon unique espérance.


Tout cela n’est peut-être pas bien théologique ! Mais il n’empêche que je me pose toujours cette question : comment peut-on ne pas sentir ce besoin d’être sauvé, et tout faire pour obtenir ce salut, malgré nos faiblesses ? Comment ne pas chercher et crier à Dieu notre désir de vivre uni : Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton Nom (Ps 85, 11). Est-ce de l’aveuglement, de l’orgueil démesuré ? Je ne sais pas. Mais je ne suis pas Superman, et moi, j’ai besoin d’être sauvé !!!



Lettre de saint Paulin de Nole (+ 431), Epître 34, 2-4, CSEL 29, 305-306

Qu'as-tu donc que tu n'aies reçu ?, demande l'Apôtre (1 Co 4,7). Voilà pourquoi, mes bien-aimés, il ne faut pas que nous gardions jalousement nos richesses comme si elles étaient nôtres, mais que nous les prêtions, puisqu'elles nous ont été confiées. Car on nous en a confié la charge, et nous avons l'usage d'une richesse commune, non la possession éternelle d'un bien propre (cf. 1 Co 9,17). Si tu reconnais que ce bien n'est à toi ici-bas que pour un temps, tu pourras le posséder éternellement dans le ciel. <>


Rappelons-nous cette veuve qui se préoccupait des pauvres sans se soucier d'elle-même. Ne pensant qu'à la vie future, elle abandonna tous ses moyens d'existence, comme le Juge lui-même l'a attesté. Les autres, en effet, avaient donné du surplus de leur biens. Cette femme, qui avait pour toute fortune deux petites pièces de monnaie, était peut-être plus dépourvue que beaucoup de pauvres, mais les richesses de son coeur dépassaient celles de tous les riches. Elle n'avait en vue que les richesses de la récompense éternelle. Elle ne désirait que le trésor céleste et, d'un seul coup, elle s'est dépouillée de tous ses biens, ceux qui viennent de la terre et qui retournent à la terre. <>


Prêtons donc au Seigneur les biens que nous avons reçus de lui. Nous ne possédons rien, en effet, qu'il ne nous ait donné, et nous n'existons que parce qu'il le veut. En particulier, comment pourrions-nous penser avoir quelque chose à nous, alors que nous avons contracté une dette plus grande et spéciale, et que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes ? Car Dieu nous a créés, mais il nous a aussi rachetés.


Eh bien, réjouissons-nous d'avoir été rachetés à grand prix, en vérité, par le sang du Seigneur lui-même. Ce qui fait que nous ne sommes plus des esclaves sans valeur. Être libre de la justice est en effet une liberté plus vile que l'esclavage, puisqu'une pareille liberté fait de l'homme un esclave du péché et un prisonnier de la mort. Aussi, rendons au Seigneur ce qu'il nous a donné; donnons à Celui qui reçoit en tout pauvre ; donnons, dis-je, avec joie, pour recevoir de lui dans l'allégresse, comme il l'a promis.


Prière

Seigneur notre Dieu, toi qui ne juges pas d'après les apparences, purifie notre coeur. Et puisque tu aimes ceux qui donnent sans compter, apprends-nous à être généreux ; que toute notre vie devienne une offrande à ta gloire. Par Jésus Christ.

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