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XXXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Le figuier -



Jésus et le figuier stérile,

Auteur nommé : Ilyās Bāsim Khūrī Bazzī Rāhib,

Enluminure d’un manuscrit arabe (papier), 10 x 16 centimètres, Égypte, 1684,

Évangiles, Ms. W. 592, fol. 58a,

Conservé au Walters Art Museum (Baltimore, Etats-Unis)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 13, 24-32)

En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.


Le manuscrit

Ce superbe manuscrit enluminé arabe des quatre Évangiles a été copié en Égypte par Ilyās Basim Khuri Bazzi Rahib, qui était très probablement un moine copte, en l’année 7192 du calendrier arabe (1684 dans notre calendrier). Le texte est écrit en naskh (style d’écriture arabe la plus répandue) à l'encre noire avec des rubriques en rouge. La décoration est composée de frontispices enluminés, de nombreuses peintures florales, et d’environ cinquante illustrations. Les pages intermédiaires sont décorées de médaillons ornés, de pendentifs, et d’écoinçons bruns, contemporains du manuscrit. Ce manuscrit relié fut acheté en 1902 à Léon Gruel de Paris, par Henry Walters, fondateur dudit musée.


Quelques clefs

Notons d’abord que l’image ne correspond pas exactement au texte de l’évangile que nous avons ce Dimanche. Voulant éviter de parler de nouveau du Jugement Dernier, j’ai préféré m’arrêter sur le symbole du figuier.


La disposition de l’image, les couleurs, les rapports de taille, la perspective, etc. rappellent clairement la technique grecque de l’icône, accentuée par le cadre de l’image. Regardant ce cadre rectangulaire rouge, notre œil est d’abord attiré par le fond doré. Dans la tradition des icônes et des enluminures, il est le signe de la lumière et du sacré.


La ville

La scène se déroule devant une muraille, certainement Jérusalem. Une ville fortifiée est toujours le rappel de la Jérusalem céleste. Jésus va nous inviter à passer d’un ancien Temple, celui fait de mains d’hommes, à un nouveau temple, son corps : « Détruisez ce Temple, en trois jours, je le relèverai… il parlait du temple de son corps » (Jn 2, 19-21). Elle est percée d’une porte. Son existence, sa place, sa taille et son rôle sont toujours essentiels à la compréhension de l’image. De fait, elle met en communication, en relation, l’édifice (ici la ville) avec la scène. Il sera encore plus intéressant de comprendre pourquoi notre moine a peint cette feuille juste à la porte… Peut-être pour nous rappeler que Jésus a dit : « Je suis la porte, qui entrera par moi sera sauvé » (Jn 10, 9) ?


Jésus accompagné du groupe des apôtres montre un arbre, planté sur une colline rose. Le groupe semble surgir de la montagne verte. De l’arbre tombe une feuille que l’on distingue devant la porte de la cité.


Jésus

Jésus est revêtu d’une tunique au rose profond. Cette robe longue indique son statut d’homme libre (c’est le vêtement des dignitaires) : on ne peut enfermer la Parole de Dieu, elle est libre. Au-dessus, il porte un grand manteau bleu : la clave (car elle s’attachait sur une des clavicules). Ce manteau évoque celui qui a une responsabilité, une fonction : celle d’enseigner les hommes par ses actes et ses paroles. Notons que Pierre, comme colonne de l’Église, la porte aussi en tant qu’enseignant du message christique.


Jésus est chaussé de sandales, comme les apôtres derrière lui. Cependant, ces sandales paraissent bien légères et laissent quasiment le pied nu. Est-ce une allusion au verset d’Isaïe : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : ton Dieu règne » (Is 52, 7) ? Ses pieds sont en marche : la Parole de Dieu est en route, en chemin. Elle a même aplani les collines, comme l’avait dit Jean le Baptiste : « Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : ‘A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu’ ». (Lc 3, 5-6).


Sa tête est ceinte d’une auréole (ou nimbe, en rappel de la nuée de l’Ancien Testament) crucifère où l’on distingue les traditionnelles lettres grecques le présentant : ΟϖΝ (Celui qui est, éternellement). Les traits qui surmontent ces lettres indiquent que les mots sont en abréviation.


De sa main gauche, il tient un rouleau, rappel des rouleaux de la Loi lus dans la Synagogue : il vient accomplir cette Loi, car il est la nouvelle Loi. Par sa vie et par ses actes, Jésus révèle le sens de la Bible : en Lui et par Lui sont déjà accomplies les Écritures. De l’autre main, il désigne l’arbre et semble vouloir en saisir un fruit inexistant.


Les apôtres

Derrière Jésus, le premier apôtre est bien sûr Saint-Pierre, reconnaissable à sa barbe grise. Il porte une tunique bleue recouverte d’un grand manteau marron. Sa main droite est ouverte, paume rejetée vers l’extérieur, en signe de son adhésion à la Parole de Jésus, de son acceptation et de sa disponibilité.


Enfin, on distingue un autre apôtre glabre au visage adolescent. C’est sûrement Saint-Jean. On ne voit que son grand manteau rouge. On distingue d’autres têtes signifiant que le groupe est plus important que ce que nous voyons. Dans les critères de l’enluminure, émerger de la bordure, c’est venir d’ailleurs.


Les collines évoquées par Jean le Baptiste commencent à être aplanies. De verts et hautes à gauche, elles deviennent douces et roses à droite.


Le figuier

Enfin, nous voyons cet arbre. Les quelques feuilles visibles permettent de reconnaître un figuier. Dans la Bible, cet arbre signifie plusieurs choses. Il nous rappelle en premier lieu l’épisode de la Genèse : Adam et Ève, après avoir mangé du fruit défendu, s’habillent de feuilles de figuier (Gn 3, 7.21). Cet arbre aux larges feuilles procure ombre et lieu de repos : « Juda et Israël habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, de Dan jusqu’à Beersheba, durant toute la vie de Salomon » (1 R 5, 5). Il est le premier à annoncer la venue de l’été : « Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. Le figuier a formé ses premiers fruits, la vigne fleurie exhale sa bonne odeur. Lève-toi, mon amie, ma gracieuse, et viens… » (Ct 2, 11.13) Ainsi, comme le dit l’évangile de ce jour, il annonce la venue de l’été christique : « Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. » Mais surtout, cet arbre symbolise la Loi. Adam et Ève, nus et fragiles, se protègent de feuilles de Loi, d’articles ! La Loi nous évite de sombrer. Elle est là pour nous faire grandir. Et lorsque nous sommes en paix sous son ombre, nous devenons justes ! « Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare à son sujet : ‘Voici vraiment un Israélite : il n’y a pas de ruse en lui.’ Nathanaël lui demande : ‘D’où me connais-tu ?’ Jésus lui répond : ‘Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.’ » (Jn 1, 47-48)


Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous sur la symbolique de toutes ces couleurs, qui à l’époque encore, et dans le cadre des icônes et enluminures, étaient particulièrement codifiées.


Un jeu de couleurs

Plusieurs couleurs se remarquent dans cette enluminure. Elles ont chacune une signification bien précise. Ainsi :

  • Le marron est couleur de la terre, de la poussière, du temporel et du corruptible. Il rappelle la nature humaine, soumise à la mort. Pierre est cet homme mortel. Et corruptible, il le sera… trois fois ! L’arbre aussi, comme fruit de la terre, est marron.

  • Le rouge est la couleur de la chaleur, de l'amour, de la vie, de l'énergie vivifiante. Le rouge est donc en conséquence la couleur de la Résurrection, victoire de la vie sur la mort. Elle est aussi la couleur du sang et du martyre, couleur du sacrifice du Christ. Les martyrs sont représentés vêtus de rouge. Jean connaîtra ce martyre.

  • Le doré des mosaïques, des enluminures et des icônes permettait de ressentir l'éclat de Dieu et l'extraordinaire beauté du Royaume céleste qui ne connaît pas de nuit. L'or symbolise également Dieu lui-même.

  • Le vert est la couleur de ce qui est naturel, de ce qui est vivant, couleur de l'herbe et des feuilles, de la jeunesse, de l'épanouissement, de l'espérance, de l'éternel renouvellement. Sur les icônes, la terre est figurée en vert. Ici, ce sont les quelques feuilles qui restent sur le figuier. Mais aussi la montagne d’où semble surgir le groupe.

  • Le rose est assez rare. On peut le traduire comme une étape vers le rouge, ou comme un signe de tendresse, de douceur. Le Christ n’est-il pas en chemin vers le rouge de la Croix ? Mais n’est-il pas aussi revêtu de la tendresse de Dieu ? Cette tendresse qui, à son contact, s’étend sur la terre entière. Ajoutons que le rose, couleur de la chair et de la séduction, le rose, comme la fleur du même nom, est un symbole d'amour, de pureté et de fidélité. Une sorte de rose d’une humanité transfigurée, transformée…

  • Le bleu du manteau ("himation") du Christ symbolise son caractère céleste, infini, sage et mystérieux. Ainsi, en Jésus se trouvent les deux couleurs : celle de son humanité (rose) et celle de sa divinité (bleu).

Une lecture pour aujourd’hui

Jésus, dans cet évangile, pour comprendre le sens de sa venue dans la Gloire, nous invite à une comparaison avec le figuier. Est-ce à comprendre que quand la nouvelle Loi apparaîtra, celle de l’Amour entre les hommes, celle qui nous fut commandée par les anges à Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » (Lc 2, 14), alors ce sera le jour de la venue du Fils de l’homme. Alors, les mêmes anges descendront du ciel. Alors nous serons jugés. Rassurez-vous, l’évangile de Matthieu nous le rappelle (Mt 25), nous serons jugés, non sur nos péchés, mais sur notre refus d’aimer. Jean de la Croix le dira si bellement : « Au soir de notre vie, c’est sur l’amour que nous serons jugés ».


Mais notre enluminure, méditée par ce moine copte, nous enseigne peut-être encore plus. L’Ancienne Loi ne donne plus de fruit. Elle se dessèche, à moins qu’elle ne nous dessèche. Peut-être que la vie en Christ lui redonnera du fruit, les fruits de l’Esprit-Saint ? Car, c’est Lui qui aplanit la route de notre vie pour que Jésus y passe avec toute son Église. C’est cet Esprit (doré) qui nous mène à la porte de la Jérusalem céleste. L’ancienne Loi, par une de ses feuilles, nous en montre l’entrée, encore bien sombre, mais qui sera bientôt baignée de lumière.


Mettons-nous sous la Loi de l’Amour. Aplanissons les montagnes de nos vies. Restons accrochés à l’arbre de la Croix pour ne pas être une feuille qui vole au vent. L’arbre peut rester vert si les racines son ancrées en Christ, et il donnera du fruit. Plutôt que de nous attarder sur les lois, vivons de la nouvelle Loi. Alors, nous donnerons du fruit… Alors, nous pourrons entrer dans la Jérusalem, avec toute l’Église. Commençons ensemble ce chemin dans quelques semaines. En avent !!!



Homélie de Grégoire Palamas (+ 1359), Homélie 26; PG 151, 340-341.

Ceux qui professent la foi droite en notre Seigneur Jésus Christ et en témoignent dans leurs actions, ceux qui restent vigilants ou, s'ils ont péché, se purifient de leurs souillures par la confession et le repentir, ceux qui combattent les vices en exerçant les vertus de tempérance, de chasteté, de charité, de miséricorde, de justice et de sincérité, tous ceux-là entendront à la résurrection le Roi des cieux en personne leur dire : Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde (Mt 25,34). Héritiers d'un royaume céleste, inébranlable, ils régneront ainsi avec le Christ. Ils vivront pour toujours dans la lumière ineffable et sans déclin qu'aucune nuit jamais n'interrompt. Ils demeureront avec les saints d es temps anciens dans des délices inexprimables, auprès d'Abraham, là où il n'y a plus aucune douleur, aucune peine ni aucun gémissement.


Il existe une moisson pour les épis de blé matériels et une autre pour les épis doués de raison, c'est-à-dire le genre humain. Celle-ci, avons-nous dit, s'effectue chez les infidèles et rassemble dans la foi ceux qui accueillent l'annonce de l'évangile. Les ouvriers de cette moisson sont les Apôtres du Christ, puis leurs successeurs, puis, au cours du temps, les docteurs de l'Église. Le Christ a dit à leur sujet ces paroles, que nous avons déjà citées : Le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle (Jn 4,36). En effet, les docteurs de la foi obtiendront aussi de Dieu une pareille récompense, parce qu'ils rassemblent pour la vie éternelle ceux qui obéissent.

Et il y a encore une autre moisson : c'est le passage de cette vie à la vie future qui, pour chacun de nous, s'opère par la mort. Les ouvriers de cette moisson-là ne sont pas les Apôtres, mais les anges. Ils ont une plus grande responsabilité que les Apôtres, car ils font le tri qui suit la moisson et ils séparent les méchants des bons, comme on le fait avec l'ivraie et le grain. Ils envoient d'abord les bons dans le Royaume des cieux, puis précipitent Les méchants dans la géhenne de feu. <>


Nous sommes aujourd'hui le peuple choisi de Dieu, la race sainte, l'Église du Dieu vivant, mise à part de tous les impies et infidèles. Puissions-nous être séparés de l'ivraie de la même manière dans le siècle futur, et agrégés à la foule de ceux qui sont sauvés dans le Christ, notre Seigneur, qui est béni dans les siècles. Amen.


Prière

Père tout-puissant, maître des temps et de l'histoire, toi seul connais le jour et l'heure où viendra le Fils de l'homme. Accorde-nous la grâce de nous préparer à son avènement, afin que, lors de sa venue sur les nuées avec puissance et grande gloire, nous soyons mis au nombre des élus. Par Jésus Christ.

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