Ascension (A)

Le grand écart



L’Ascension

Salvador DALI (Figueras, 1904 – Figueras, 1989)

Huile sur toile, 123 x 115 cm, 1958

Collection Pérez Simón à Mexico


Livre des Actes des Apôtres 1, 1-11

Cher Théophile, dans mon premier livre, j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »


Le peintre

"Ma vie entière a été déterminée par deux idées antagoniques : le sommet et le fond." - "A six ans, je voulais être cuisinière. A sept ans, Napoléon. Depuis, mon ambition n'a cessé de croître comme ma folie des grandeurs." Salvador Dali

Salvador Felipe Jacinto Dali est né à Figueras (Espagne) en 1904. De 1921 à 1925, il fait ses études à l’Académie San Fernando de Madrid ; il s’y lie d'amitié avec le poète Federico García Lorca et le cinéaste Luis Buñuel. Sa première exposition personnelle est organisée en 1925 (Galerie Dalmau, Barcelone), exposition à l’occasion de laquelle Picasso et Miro commenceront à s’intéresser à ses travaux.


Dali est d'abord influencé par le futurisme, puis par le cubisme (1925). En avril 1926, Dali fait son premier voyage à Paris, où il rend visite à Picasso. Lors d’un second voyage à Paris en 1929, à l’occasion du tournage du film de Buñuel « Un chien andalou » (Dali est co-scénariste), Miro l’introduit dans le groupe surréaliste. Dali rencontre André Breton et… Gala, sa future femme et égérie (Gala est alors l’épouse de Paul Éluard). Il adhère au groupe surréaliste en 1929. Dali s’intéresse alors aux théories psychanalytiques de Freud et met au point sa méthode « paranoïaque-critique ». Il peint, dans cette période, des espaces oniriques et fantasmatiques peuplés d’éléments symboliques : montres molles, béquilles, animaux fantastiques, personnages distordus. Dali participera encore aux manifestations et expositions surréalistes après son exclusion de 1934. Dali réinterprète des œuvres célèbres, comme l’Angélus de Millet, dont il donne plusieurs versions. Breton le surnomme « Avida Dollars » !

Après la guerre civile espagnole, il s’engage politiquement derrière Franco. À partir des années 40, il déclare vouloir se rapprocher de la réalité et revient vers une expression picturale plus classique, sans négliger toutefois d’imprimer à ses œuvres sa fantaisie personnelle.


Les thèmes récurrents dans l’œuvre peint, comme dans l’œuvre gravé, sont la femme, le sexe, la religion, les batailles. Dali se donnera en spectacle tout au long de sa carrière, mélangeant l’art et la vie, se mettant en scène à tout propos. Après dix ans d’efforts, Dali ouvre son propre musée : en 1974 a lieu l’inauguration du Teatro Museo Dali. La dernière passion de Dali fut la peinture stéréoscopique (1975) et il présenta sa première œuvre hyper stéréoscopique à New York en 1978.


Salvador Dali qui se qualifiait lui-même de « cannibale », de « mégalomaniaque » et de « pervers polymorphe », est mort à Barcelone (Espagne) en 1989 et est enterré à Figueras.


Le tableau

Dans le parcours pictural de Salvador Dali s’insère une période particulièrement surprenante : celle qu’il appelle « la période mystique nucléaire » qui débute en 1951. Dali fait une expérience mystique et montre son intérêt pour la physique nucléaire, suite à la dernière guerre mondiale et aux désastres des explosions atomiques. L’œuvre témoigne, malgré tout, de la foi catholique de son auteur et en appelle à la grande tradition religieuse espagnole. De fait, les œuvres réalisées à cette époque montrent toutes un Christ qui vient éclairer les ténèbres du monde souvent représenté dans sa triple dimension.


Cette toile serait issue d’un rêve cosmique, qu’il aurait fait en 1950. Dali raconte, huit après, au moment de la création du tableau, y avoir perçu des couleurs vives et la force de l’atome, qu’il situe au centre du tableau en le peignant sous la forme d’un cœur de tournesol. Il le désignera plus tard comme le signe de l’esprit unificateur du Christ.

« Premièrement, en 1950, j’ai eu un « rêve cosmique » dans lequel je vis en couleur cette image qui, dans mon rêve, représentait le « nucleus de l’atome ». Ce nucleus prit par la suite un sens métaphysique, je le considère « l’unité de l’univers », le Christ ! Deuxièmement, grâce aux indications du père Bruno, carme, je vis le Christ dessiné par saint Jean de la Croix, je résolus géométriquement un triangle et un cercle, qui « esthétiquement » résument toutes mes expériences antérieures et inscrivis mon Christ dans ce triangle. »

Un triangle enserre le raccourci parfait du corps positionné au centre d’un cercle transparent, rappelant la Trinité. Ce jeu de formes géométriques est caractéristique de cette étape de sa carrière. Placé sous le corps du Christ, comme si nous suivions son ascension, le spectateur a l’impression d’une crucifixion ou du corps mort d’un homme, à l’image du tableau de Mantegna, Le Christ mort (Pinacoteca Ambrosiana, Milan). Mais cette disposition géométrique rappelle aussi un autre tableau peint par Dali : Le Christ de Saint Jean de la Croix (Musée Kelvingrove, Glasgow, 1951) L’influence d’un des dessins du grand mystique espagnol, montrant le Christ comme s’il était vu d’en haut, semble évident. Suivant un des principes de Dali, le visage du Christ est invisible, légèrement inférieur, donnant l’illusion de deux disques qui vont se superposer, le cercle du noyau de l’atome est fait d’une multitude de petites boules, comme une fleur de tournesol. Les doigts recroquevillés du Christ enserrent la totalité de l’univers qu’il a rassemblé par sa mort et sa résurrection. Dali place le spectateur sous le corps du Christ et, de la plante des pieds, les bras sont étendus. De même, le corps est dominé par la colombe du Saint Esprit, symbolisant ce retour du Christ vers le Père. Une ligne d’horizon très basse fait apparaître un paysage maritime qui évoque Port Lligat où le couple Dali vit alors. Au sommet du tableau, la Vierge, sous les traits de son épouse et muse Gala, pleure encore la Passion de son Fils, telle une Vierge flamande.


Témoignage de l’ébranlement sismique que fut pour lui l’explosion atomique du 6 août 1945, écho de sa vénération pour Marie sous les traits de la femme aimée, ce tableau crée un extraordinaire jeu de trompe-l’œil et de profondeur, révélant le mysticisme du peintre et sa fascination pour les découvertes de l’atome. « Dans un état de prophétisme », Dali va alors comprendre que les moyens picturaux ont vu leur apogée à la Renaissance et il va s’attacher à « prouver par [son] œuvre l’unité de l’univers en montrant la spiritualité de toute substance ».


Une histoire surprenante

La lecture du livre des Actes des Apôtres peut à la fois être très enthousiasmant et en même temps déconcertant. Enthousiasmant de voir la Parole se diffuser de par le monde, sans que rien ne puisse l’arrêter. Enthousiasmant de lire que cette petite « patrouille » d’apôtres, malgré leurs faiblesses et leurs reniements, prennent leur courage à deux mains, se laissent guider par leur foi, et vivent dans l’espérance de recevoir l’Esprit du Seigneur. Premier miracle de l’histoire chrétienne : de la mort d’un homme, crucifié devant une petite foule, dont les disciples ont fui devant le danger, de cette mort est née notre Église, envers et contre tout !


Mais aussi déconcertant que ce livre. Déconcertant d’apprendre que cet homme qu’ils croyaient mort, qui est ressuscité et leur est apparu à de nombreuses reprises, que ce Jésus les abandonne aujourd’hui. Déconcertant d’apprendre qu’il va falloir attendre sa venue dans la gloire, sans que l’on en connaisse la date. Pourquoi ? Pourquoi nous laisser ainsi ? Et pourquoi ces anges qui nous invitent à ne pas rester là, inactifs et sans vie ? Peut-être parce que nous ne sommes pas abandonnés, comme nous pourrions le croire. Peut-être parce que depuis ce jour nous avons commencé le plus grand écart qui soit, même si nous n’en sommes pas toujours conscients…


Un grand écart

Faisons un peu de théologie ! Voici le résumé de ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église Catholique :


665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).

666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.

667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint.


« L’entrée définitive de l’humanité de Jésus au ciel ». Si je traduis en termes simples, en montant au ciel, Jésus y entre totalement, c’est-à-dire avec ses deux natures, humaine et divine. Son humanité, même si elle fut transfigurée à la résurrection, puisque Jésus n’est plus contraint dans son corps aux limites terrestres, son humanité reste totalement et entre au ciel. Nous pourrions dire que « le Fils premier-né » (Lc 2, 7), comme nous l’avions entendu à Noël est devenu le « premier né d’entre les morts » (Col 1, 18). Et que ce « premier né d’entre les morts » est devenu le premier à entrer au ciel. Figure emblématique de l’humanité, Jésus entre au ciel avec son corps, et donc avec une part de notre corps :

Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. (Col 1, 18)

Ainsi, en entrant au ciel avec son corps, Jésus emmène une part de notre humanité. Il est monté corps et âme. Ou pour reprendre la distinction philosophique de Michel Fromager : corps, âme et esprit. Et en entrant ainsi au ciel, avec ce corps glorifié, mais qui reste un corps d’homme, ce corps emblématique de toute humanité, et donc de notre propre humanité, il entraine tous les hommes, chacun de nous, par notre propre corps, vers le ciel. Pourrions-nous dire qu’une part de nous-même, de notre corporéité, est déjà entrée au ciel ? Qu’une part de nous-même, de notre corporéité est déjà glorifiée ? N’est-ce pas ce que saint Paul déclarait (1 Cor 6, 19-20) :

Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Ainsi, ce corps que nous supportons devient le corps qui porte le Christ. Ainsi, ce corps qui nous porte est déjà, pour une part, celui du Christ, au ciel. Et donc, depuis ce jour, nous avons commencé le plus grand écart qui soit : un pied sur terre, là où nous sommes enracinés, et un pied au ciel, là où nous sommes attendus. C’est bien là aussi le double mouvement du Christ auquel nous sommes associés par notre baptême : nous descendons dans les eaux du baptême pour être transfigurés et remontons, pour revêtir le nouvel Adam par le vêtement du baptême. À l’image du Fils qui descend sur terre pour nous transfigurer en revêtant notre humanité et nous emmener ensuite jusqu’à son Père du ciel.


Saint Paul nous a parlé dans la deuxième lecture que ce corps mystique qu’est l’Église était constitué de membres, nous-mêmes, et d’une tête : le Christ. Les membres sont sur terre, la tête est au ciel. Un peu à l’image d’un arbre… Nous sommes plantés, de par notre condition adamique, plantés en cette terre. Nous en sommes issus, glaiseux de nos lourdeurs et de notre péché. Mais notre tête est au ciel. Notre cœur est au ciel : « Sursum corda » ! Et nos branches se tendent vers le monde, ce monde duquel nous sommes séparés, mais auquel nous participons. Jésus nous l’avait dit (Jn 15, 19) :

Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde.

Ce monde, dans lequel Jésus nous laisse, en confiance, sachant qu’il nous y a préparé quarante jours. Préparés à devenir le corps mystique de Jésus…


Mais entre deux ?

Dans le chapitre 1 des Actes, le délai de quarante jours est bien marqué : il est donné explicitement comme le laps de temps nécessaire à accréditer définitivement la Résurrection par plusieurs apparitions, et également comme l’occasion de divers enseignements sur le Royaume de Dieu. On sait que Luc marque ainsi la jointure entre le temps de la vie du Christ et le temps de l’Église, selon une vision de l’histoire du salut qui lui est particulièrement chère : les apparitions sont l’achèvement de l’économie du Christ ; avec l’Ascension et la Pentecôte commence l’aventure de l’Église qui rejoue sur son mode propre celle de Jésus-Christ.


Mais ce qui est aussi intéressant est que dans l’Évangile de Jean, le Christ ne disparaît pas aux yeux des apôtres. Le récit se termine sur la présence du Christ au milieu de ses Apôtres, sans indiquer, semble-t-il, aucune limite à cette présence. Là où Luc indiquait une coupure entre le temps du Christ et celui de l’Église, Jean soulignerait au contraire une continuité : la vie de l’Église est une participation à l’existence du Ressuscité, présent sacramentellement au milieu des siens. Le quatrième Évangile parle, malgré tout, de cette ascension du Christ, du moins du retour de Jésus vers son Père : il suffit de relire le long discours après le lavement des pieds. En fait, le temps des apparitions est présenté par Jean dans cette ambiguïté essentielle : temps provisoire qui achève l’économie terrestre du Christ, il aboutit à un départ visible, il est aussi temps initial de la vie nouvelle, instaurée par le mystère pascal, il se prolonge dans toute l’existence de l’Église.


Comme l’écrit le Père Michel Gitton :


L’Ascension est envisagée sous deux aspects :

  • En devenir (je monte — présent).

  • En acte (je ne suis pas encore monté — parfait).

À lire le texte dans son sens le plus obvie, on dirait qu’il y a quelque chose qui commence (qui a commencé dès la Résurrection) et quelque chose qui n’est pas encore réalisé ; un processus est engagé, qui n’a pas encore connu son terme. Se pourrait-il que l’Ascension, ce soit précisément ces deux réalités ?


Une double réalité

Car il me semble que nous sommes encore dans cette double réalité, dans ce temps intermédiaire des quarante jours, tout en ayant déjà reçu l’Esprit de Pentecôte. Comme si ce temps était méta-historique, temps initial de la vie nouvelle, instaurée par le mystère pascal, il se prolonge dans toute l’existence de l’Église. Et nous sommes en ce temps. Un temps dans lequel Jésus, même s’il n’apparaît plus à nos yeux que sous la forme du pain consacré, veut aussi nous rassurer (Mt 28, 20) :

Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Temps où, comme pour le Christ, nous sommes en devenir et en acte. Comme lui, par notre prière, par les sacrements, nous montons au ciel et nous unissons à Dieu : nous sommes en « devenir » de divinisation. Comme lui, par nos actes, par notre foi agissante au milieu du monde, nous sommes en acte : nous préparons notre ascension vers le ciel, vers la perfection.


Comment monter ?

Cela pourrait être notre ultime question ! Eh bien, en ce double mouvement : en devenir et en acte. En devenir par notre recherche de sainteté, par notre union au Christ, porte d’entrée vers le Père, sous la motion de l’Esprit donné dans les sacrements. En acte par notre vie chrétienne. Tout l’Évangile nous est un programme. Mais la finale de l’Évangile est encore plus claire :

Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

Ne sont-ce pas les trois missions du chrétien, sacerdoce commun des fidèles ?

  1. ANNONCER, à temps et à contretemps la Parole de Dieu à tous les hommes.

  2. GUIDER un peuple en lui enseignant la loi d’amour et l’Évangile.

  3. PARTICIPER à la vie sacramentelle de l’Église.

Rassurez-vous, ce grand écart auquel nous sommes appelés, ce devenir et cette mise en acte, ne sont pas si durs… Nous sommes plus souples que nous le croyons, comme le dit le Veni Sancte Spiritus :


1. Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs Et envoie du haut du ciel Un rayon de ta lumière 2. Viens en nous, viens père des pauvres, Viens, dispensateur des dons, Viens, lumière de nos cœurs. 3. Consolateur souverain, Hôte très doux de nos âmes, Adoucissante fraîcheur. 4. Dans le labeur, le repos, Dans la fièvre, la fraîcheur, Dans les pleurs, le réconfort. 5. Ô lumière bienheureuse, Viens remplir jusqu’à l’intime Le cœur de tous tes fidèles 6. Sans ta puissance divine, Il n’est rien en aucun homme, Rien qui ne soit perverti.


7. Lave ce qui est souillé, Baigne ce qui est aride, Guéris ce qui est blessé. 8. Assouplis ce qui est raide, Réchauffe ce qui est froid, Rends droit ce qui est faussé. 9. À tous ceux qui ont la foi, Et qui en toi se confient, Donne tes sept dons sacrés. 10. Donne mérite et vertu, Donne le salut final, Donne la joie éternelle.

Homélie de saint Léon le Grand (+ 461), Sermon 74, 1-2; CCL 138 A, 455-457.

Le mystère de notre salut, ce salut que le Créateur de l'univers a estimé au prix de son sang, depuis le jour de sa naissance corporelle jusqu'à l'issue de sa Passion, ce mystère s'est accompli selon une dispensation marquée par l'humilité. Et bien que, même à travers la condition de serviteur, les signes de la divinité du Christ aient rayonné, toute l'action de cette période a consisté essentiellement à démontrer la vérité de l'incarnation.

Mais après la Passion, une fois rompus les liens de la mort qui, en s'attaquant à celui qui n'avait pas connu le péché, avait perdu toute sa virulence, la faiblesse se changea en force, la mortalité en éternité, et l'opprobre en cette gloire que le Seigneur Jésus fit voir à beaucoup, par des preuves nombreuses et manifestes, jusqu'à ce qu'il conduisît aux cieux ce triomphe de la victoire qu'il avait rapportée du séjour des morts.

Dans la solennité pascale, la résurrection du Seigneur était la cause de notre joie; de même sa montée au ciel nous donne lieu de nous réjouir, puisque nous commémorons et vénérons ce grand jour où notre pauvre nature, en la personne du Christ, a été élevée plus haut que toute l'armée des cieux, plus haut que tous les choeurs des anges, plus haut que toutes les puissances du ciel, jusqu'à s'asseoir auprès de Dieu le Père. C'est sur cette disposition des oeuvres divines que nous sommes fondés et construits. La grâce de Dieu devient en effet plus admirable lorsque, les hommes ayant vu disparaître ce qui leur inspirait de l'adoration, leur foi n'a pas connu le doute, leur espérance n'a pas été ébranlée, leur charité ne s'est pas refroidie.

Voilà en quoi consiste la force des grands esprits, telle est la lumière des âmes pleines de foi: croire sans hésitation ce que les yeux du corps ne voient pas, fixer son désir là où le regard ne parvient pas. Mais comment une telle piété pourrait-elle naître en nos coeurs, comment pourrait-on être justifié par la foi, si notre salut ne consistait qu'en des réalités offertes à nos yeux ? C'est ce qui explique la parole de Dieu à cet homme que l'on voyait douter de sa résurrection s'il n'explorait pas, par la vue et le toucher, les marques laissées dans sa chair par la Passion : Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29).

Pour que nous puissions, mes bien-aimés, être capables de cette béatitude, notre Seigneur Jésus Christ, après avoir accompli tout ce qui correspond à la prédication évangélique et aux mystères du Nouveau Testament, le quarantième jour après sa résurrection, en présence de ses disciples, s'est élevé au ciel et a mis un terme à sa présence corporelle pour demeurer à la droite du Père. Il y demeurera jusqu'à ce que soient accomplis les temps prévus pour que se multiplient les fils de l'Église, et pour que lui-même vienne juger les vivants et les morts, dans cette même chair avec laquelle il est monté au ciel.

C'est pourquoi ce qui était visible chez notre Rédempteur est passé dans les mystères sacramentels. Et pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l'enseignement : c'est à l'autorité de celui-ci que devaient obéir les coeurs des croyants, éclairés par les rayons du ciel.


Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome (+ 407), Sur l'Ascension, 16-17, PG 52, 789-792.

Dieu et les hommes sont devenus une seule race. Voilà pourquoi saint Paul a dit. : Nous sommes de la race de Dieu (Ac 17,29). Il dit encore ailleurs : Nous sommes le corps du Christ et, chacun pour sa part, les membres de sa chair (1Co 12,27). C'est-à-dire: Nous sommes devenus sa parenté, par la chair qu'il a assumée. Nous avons donc, grâce à lui, une garantie au ciel : la chair qu'il a prise de nous, et ici-bas: l'Esprit Saint qui demeure en nous. <>

Comment vous étonnez-vous que l'Esprit Saint est à la fois avec nous et au ciel, quand le corps du Christ est en même temps au ciel et avec nous ? Le ciel a possédé ce corps sacré, et la terre a reçu l'Esprit Saint. Le Christ vint et apporta le Saint-Esprit, puis il monta au ciel et y emmena notre corps. <>

Quel plan divin redoutable et étonnant ! O grand roi, magnifique en toute chose! Comme disait le prophète: O Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre (Ps 8,2) ! <>

La divinité fut élevée. Exactement il est dit: Ils le virent s'élever (Ac 1,9), lui qui est grand en tout, le grand Dieu, le grand Seigneur, qui est aussi le grand roi sur toute la terre (Ac 1,9) ! Grand prophète, grand prêtre, grande lumière, il est grand en toute chose. Et non seulement il est grand par sa divinité, mais aussi selon la chair, car il est grand prêtre et grand prophète. Comment cela ? Écoutez saint Paul : En lui nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux. Demeurons fermes dans la foi (He 4,14). Car, s'il est grand prêtre et grand prophète, il est bien vrai que Dieu a visité son peuple, et qu'il a suscité un grand prophète en Israël. S'il est un grand prêtre, un grand prophète, un grand roi, il est aussi une grande lumière : La Galilée des nations, le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu une grande lumière (Is 9,1-2).

Nous avons donc le gage de notre vie dans le ciel, où nous sommes montés avec le Christ. Nous serons donc emportés sur les nuées, si nous sommes dignes d'aller à sa rencontre. Car le coupable ne va pas au-devant de son juge: il comparaît seulement devant lui. <>

Prions, mes bien-aimés, et demandons de nous trouver dans le petit nombre de ceux qui se porteront au-devant du Christ. Tous n'ont pas vécu de la même manière. Chacun recevra son salaire selon la peine qu'il se sera donnée (1Co 3,8). Que jamais la parole de Dieu ne soit donc arrêtée, mais qu'en vérité nous soyons tous pleins d'assurance dans l'amour du Christ, pour nourrir son peuple et prendre soin des âmes. <> On peut tromper les hommes par des paroles mensongères, mais aux yeux de Dieu nous paraîtrons tels que nous sommes. <> Celui qui sait tout, est témoin que nous désirons la paix, que nous la hâtons, la convoitons. <> Aucun de ceux qui attendent de Dieu leur récompense ne fait injure au tribunal en défendant sa cause. Mais Dieu a le pouvoir de donner la paix, d'assurer la paix, de répartir la paix entre ceux qui proclament la foi et leurs auditeurs, entre les enseignants et les enseignés, afin qu'après avoir commencé par la paix et continué par la paix, nous persévérions tous dans la paix, et que nous rendions tous gloire au Dieu de paix, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles. Amen.


Prière

Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l'action de grâce, car l'Ascension de ton Fils est déjà notre victoire; nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c'est là que nous vivons en espérance. Par Jésus Christ.