top of page

Dimanche du Christ Roi de l’Univers (C)

Le Paradis pour aujourd’hui -



La mort du Christ,

Frères de Limbourg (Nimègue, 1380 - Paris, 1416),

Très Riches Heures du duc de Berry, 1411-1416,

Enluminure sur vélin, 29 x 21 cm, folio 153r,

Musée Condé, Chantilly (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (Lc 23, 35-43)

En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait :« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »


L’artiste

Limbourg (également orthographié Limburg), trois frères des Pays-Bas qui étaient les plus célèbres de tous les enlumineurs gothiques tardifs. Ils ont synthétisé les réalisations des enlumineurs contemporains dans un style caractérisé par la subtilité des lignes, une technique minutieuse et un rendu minutieux des détails. Fils d'un sculpteur, Arnold van Limbourg, ils étaient également les neveux de Jean Malouel, peintre de la cour du duc de Bourgogne, et sont parfois connus sous le nom de "Malouel". Les frères ont travaillé ensemble et, bien que le plus célèbre semble avoir été le frère aîné, Pol, il est difficile de distinguer leurs styles individuels.


Vers 1400, les frères furent apprentis chez un orfèvre à Paris. Entre 1402 et 1404, Pol et Jehanequin travaillaient pour le duc de Bourgogne à Paris, probablement pour illustrer une Bible moralisée actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris. Quelque temps après la mort du duc de Bourgogne en 1404, ils entrèrent au service de son frère, le duc de Berry, et ce fut pour lui que furent réalisés leurs livres d'heures les plus richement illustrés (la forme populaire du livre de prières privé de l'époque). Les Belles Heures (ou Les Heures d'Ailly; désormais au musée The Cloisters de New York) montrent l'influence des éléments italianisants des enluminures de l'artiste français contemporain Jacquemart de Hesdin.


L’œuvre

Les Très Riches Heures du duc de Berry (musée Condé, Chantilly), considérées comme leur plus grande œuvre, est l’un des symboles de l’art de l’enluminure des livres et se classe parmi les plus beaux exemples du gothique international. C'est essentiellement un style de cour, élégant et sophistiqué, combinant un naturalisme de détail et un effet décoratif global. Une prise de conscience des courants internationaux les plus progressistes de l’époque, en particulier ceux en provenance d’Italie, suggère qu’au moins un des frères s’y est rendu. Les Très Riches Heures restèrent inachevées en 1416 mais furent achevées vers 1485 par Jean Colombe.


Les frères Limbourg ont été parmi les premiers à rendre des scènes de paysages spécifiques avec précision. Leur art a beaucoup contribué à déterminer le cours que devait suivre l’art des premiers Pays-Bas au XVe siècle.


Ce que je vois

À la différence de la plupart des autres pages du livre, celle-ci ne présente aucun paysage, hormis le dessin d’une colline. Le feuillet a la forme d’une église basilicale, avec sa grande nef, son abside où trône Dieu le Père bénissant son Fils, deux tourelles d’entrée, deux chapelles latérales, embryon de transept, et trois « pièces » extérieurs comme un baptistère, une sacristie et un trésor. Mon interprétation peut paraître fumeuse... Mais il est surprenant de voir que l’abside, lieu où Dieu se donne à voir, enferme le Dieu tout-puissant ; que dans les tourelles d’entrée, comme pour se défendre, se trouvent des pierres et une échelle ; que ce qui pourrait être le baptistère nous montre des morts qui ressuscitent - sens plénier du baptême ; que la pièce qui pourrait être le trésor nous montre un riche porche et le voile du Temple qui vient de déchirer de haut en bas (le vrai Trésor se découvre-t-il ?) ; et que la sacristie renferme un moine qui prie devant son livre sacré. À moins que ce ne soit un savant qui scrute l’éclipse. Simple interprétation sans prétention !


Comme le précise les évangiles synoptiques, à la mort de Jésus, un grand voile de ténèbres recouvrit la terre, rappel de la prophétie d’Amos (8, 9) :

Ce jour-là – oracle du Seigneur Dieu –, je ferai disparaître le soleil en plein midi, en plein jour, j’obscurcirai la lumière sur la terre.

L’enlumineur nous a ici baigné sa scène dans un gris sombre. La foule entoure les croix : des soldats reconnaissables à leurs armes et casques, des Juifs coiffés de leur bonnet, et certainement Pilate, au pied de la croix, vêtu de son armure et tenant son bâton de commandement. Près du corps de Jésus, on distingue la branche d’hysope qui porte l’éponge imbibée de vin aigre. Un autre soldat se distingue au pied de la croix : est-ce le centurion qui se convertit à la mort de Jésus (Luc 23, 47) ?


Jésus vient de mourir, mais sa divinité brille encore... Il est tête penchée sur sa droite. De chaque côté, les larrons. L’un des deux nous tourne le dos. Leurs deux croix de bois sont en forme de tau alors que celle du Christ suit l’iconographie traditionnelle en quatre branches. Mais lequel est le bon, lequel le mauvais ? On distingue les jambes cassées sur celui de droite, comme l’affirme l’Écriture (Jn 19, 31). À côté des larrons, le soleil et la lune, convoqués par les ténèbres, telles les emblèmes de l’Ancien et du Nouveau Testament.


Au premier plan, deux groupes. D’abord des enfants qui discutent et n’ont pas l’air très intéressés, ni même troublés, par la scène qui se déroule devant eux. À moins que les ténèbres ne les aient rendus aveugles et les obligent à marcher en se tenant par la taille. À gauche, trois personnages : Marie, en pâmoison, est soutenue par Marie-Madeleine et une autre femme (Marie, mère de Jacques ou Salomé) et Jean en jeune homme imberbe.


Curieux...

Curieux que l’Église, pour fêter la royauté du Christ sur l’Univers, choisisse un texte où il n’est pas à son honneur ! Peut-être parce que nous terminons l’évangile de saint Luc. Peut-être parce qu’il y a cette mention du titulus (relique conservée à la Basilique Sainte-Croix de Jérusalem à Rome) indiquant qu’il est le Roi des Juifs. Ou alors, pour nous montrer un aspect discret de sa royauté : sa miséricorde. Le bon larron n’est-il pas la première figure à rejoindre Jésus dans son royaume ? Même si tu es un ouvrier de la dernière heure, même si tu es un converti de la dernière minute, cette minute te sauve. Même si tu es un larron...


Les deux larrons

Et pour une fois, suivons cet évangile avec l’enluminure... L’un est à gauche de la croix, l’autre à droite. De bonne heure, l’iconographie s’efforcera de différencier le Bon et le Mauvais Larron, dénommés Dysmas et Gestas en les opposant de chaque côté du Christ. Ils sont ligotés par des cordes à une crux commissa en forme de tau. Leurs bras sont alors passés derrière la traverse. Habituellement, le bon larron est toujours placé à la droite du Christ (ici, celui qui tourne le dos), souvent représenté jeune et imberbe (idéal grec de la beauté associée à la bonté), alors que le mauvais larron sera barbu. Le premier est serein alors que l’autre se tord sur la croix.


Ce qui est ici surprenant est que ça semble l’inverse ! Mais est-ce si sûr... Cette inversion exceptionnelle voudrait-elle nous montrer que le mauvais larron ne peut être que celui qui nous tourne le dos, même s’il est à a droite du Christ ?


La place dans l’église

Si je reprends mon interprétation, tout personnelle, je le souligne, d’une représentation du feuillet sous forme d’église, le côté gauche est celui de l’ancienne Loi. Il est à senestre, du côté sinistre, jamais éclairé par le soleil. Pourtant le soleil est au-dessus... Et la lune à droite, du côté de la grâce... À moins que je ne doive lire cette image avec le regard de Dieu, comme celle du Christ sur la Croix, à l’exemple du Consummatum est de Gérôme :



« Consummatum est »

Jean-Léon Gérôme (Vesoul, 1824 - Paris, 1904)

Huile sur toile, 82 x 144,5 cm, 1868

Musée d’Orsay, Paris (France)


Tout est vu de la Croix, c’est le regard du Christ. Et donc tout est inversé. Le bon larron serait donc celui qui nous tourne le dos. À nous, oui. Mais pas au Christ, pas au choeur de l’Église céleste. Il se tourne vers le Père, il est du côté de la Grâce. Il semblerait même que le Père le regarde et le bénisse... Ce même Père que semble scruter cet homme dans la « sacristie ». Ce même Père que vont rejoindre les morts qui ressuscitent en montant sur La Croix qui devient ici un chemin pour eux. Cette Croix plantée jusqu’aux enfers, lieu des morts.


Changement de perspective

C’est en effet à un changement de perspective que nous inviter cet évangile. Comme pour les icônes orthodoxes. Deux principes les conduisent : ne pas enfermer la grâce, changer de regard. En effet, on ne peut enfermer la Grâce, encore moins la Parole du Christ, on ne peut la figer, la faire rentrer dans un cadre. On ne peut, du haut de notre superbe, décider que telle parole de Dieu est acceptable et pas une autres (je m’insurge contre les parties des Psaumes mises entre parenthèses dans notre bréviaire car considérées comme trop violentes). La sainteté de Dieu, sa Grâce, ne s’enferme pas... Les icônes nous le montrent en représentant l’auréole dépassant toujours du cadre.


De plus, la perspective est inversée. Regardez le livre que tient le Christ. Le point de fuite n’est pas au fond du tableau comme lorsqu’on regarde une œuvre. Le point de fuite est vers celui qui regarde, vers nous. Car ce n’est pas bous qui regardons Jésus, c’est lui qui nous regarde. En ça, l’icône est véritablement sacrée.


Eh bien, cet évangile du bon larron nous appelle à ce double changement : ne pas enfermer la Grâce. Tous peuvent se convertir en dernière minute, et j’espère qu’un jour Jacques Fesch sera béatifié ! Et nous devons pas avoir un regard humain, regard de jugement, mais le regard de miséricorde du Christ. Voilà la leçon de cette enluminure et de ce bon larron.


Comme lui, tournons-nous vers le Père. Comme lui, passons des ténèbres au soleil de vie.



Jacques Fesch, l'assa-saint

Condamné à la guillotine pour avoir tué un policier lors d'un braquage, Jacques Fesch vit une conversion fulgurante en prison. Le cardinal Lustiger avait demandé sa béatification.


Fils d'un riche banquier de Saint-Germain en Laye, Jacques Fesch est un rentier et un oisif qui mène une vie dénuée de sens.


Son père lui verse une rente mensuelle de 10 000 francs (1500 euros) et sa mère lui offre un million de francs (15 000 euros) pour monter sa "petite entreprise". L'argent passe dans les soirées de Saint-Germain des Prés et dans une Simca sport, du meilleur effet auprès des filles.


Jacques nourrit un "grand projet" : s'acheter un voilier pour voguer vers les îles pacifiques. Il commande le bateau aux chantiers de La Rochelle, mais doit trouver le million de francs manquant... et aussi apprendre à naviguer...


Pour lui, la solution coule d'évidence : il doit braquer une banque.


Le 25 février 1954, un élégant jeune homme blond d'un mètre quatre-vingt-douze franchit la porte du bureau de change, à deux pas de la bourse de Paris.


Armé d'un 6,35 mm, il fait signe au gérant de lui remettre sa caisse : 330 000 francs. Une lutte s'ensuit. Jacques frappe l'homme, tire malencontreusement un coup de feu qui brise la vitrine puis s'enfuit. Il se cache dans un immeuble parisien mais, quand il redescend, tombe nez à nez avec ses poursuivants, qui ont été rejoints par des policiers. Il s'élance après avoir un tiré un coup de feu mortel. L'agent Vergne, jeune père tout juste veuf, s'effondre. Jacques Fesch est finalement neutralisé puis arrêté. Il est jugé et condamné à mort en 1957.


Derrière les barreaux de la prison de la Santé, Jacques Fesch vit une conversion brutale. "Au bout d'un an de détention, il m'est arrivé une douleur affective très forte [dont on ne saura rien NDR] qui m'a fait beaucoup souffrir", confie-t-il à son journal qui sera publié sous le titre Dans cinq heures, je verrai Dieu. "Et brutalement, en quelques instants, j'ai possédé la foi, une certitude absolue. J'ai cru et ne comprenais plus comment je faisais pour ne pas croire. La grâce m'a visité, une grande joie s'est emparée de moi et surtout une grande paix. Tout est devenu clair en un instant."


"Il n'y a que deux solutions, poursuit-il, l'une consiste à se révolter, l'autre à se considérer comme un moine". Le "milliardaire assassin", comme l'appelait la presse, se convertit en ascète, passant ses journées en prière. L'homme qui est condamné n'a désormais plus rien de commun avec celui qui avait été arrêté dans sa course folle.


Trois figures spirituelles le marquent durant sa détention : l'aumônier de la prison, le dominicain Jean Devoyod ; frère Thomas, un ami de sa femme et son avocat, Me Paul Baudet, qui a vécu lui aussi une conversion fulgurante au cours d'un voyage en Terre Sainte.


Jacques Fesch est très marqué par Notre-Dame de Fatima et la figure de la Petite Thérèse. La veille de son exécution, il épouse (sans pouvoir être présent) sa compagne Pierrette, dont il a eu une fille, Véronique. Le jour de la fête de sainte Thérèse de Lisieux, le 1er octobre 1957, à 5h30 du matin, il monte à l’échafaud. "Puisse mon sang qui va couler être accepté par Dieu comme un sacrifice entier, que chaque goutte, écrit-il, serve à effacer un péché mortel."


En 1993, le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, lance la cause en béatification de Jacques Fesch. "Personne n'est jamais perdu aux yeux de Dieu, même lorsqu'il est socialement condamné. J'espère qu'un jour Jacques Fesch sera vénéré comme une figure de sainteté. L'assassin qu'il a été, le criminel repenti, est devenu un saint."



Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407), Homélie sur la croix et le larron, 1,3-4, PG 49, 403-404.

Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne (Lc 23,42). Le larron n'a pas osé faire cette prière avant d'avoir déposé par son aveu le fardeau de ses péchés. Tu vois, chrétien, quelle est la puissance de la confession ! Il a avoué ses péchés et le paradis s'est ouvert. Il a avoué ses péchés et il a eu assez d'assurance pour demander le Royaume après ses brigandages.


Songes-tu à tous les bienfaits que la croix nous procure ? Tu veux connaître le Royaume ? Dis-moi : Que vois-tu donc ici qui y ressemble ? Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume. Et moi, en le voyant sur la croix, je le proclame roi. Ne revient-il pas à un roi de mourir pour ses sujets ? Lui-même l'a dit : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,11). C'est également vrai pour un bon roi : lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc roi à cause du don qu'il a fait de sa vie. Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume.


Comprends-tu maintenant comment la croix est le signe du Royaume ? Si tu le veux, voici encore une autre preuve. Le Christ n'a pas laissé sa croix sur la terre, mais il l'a soulevée et emportée avec lui dans le ciel. Nous le savons parce qu'il l'aura près de lui quand il reviendra dans la gloire. Tout cela pour t'apprendre combien est vénérable la croix qu'il a appelée sa gloire. <>


Lorsque le Fils de l'homme viendra, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat (Mt 24,29). Il régnera alors une clarté si vive que même les étoiles les plus brillantes seront éclipsées. Les étoiles tomberont du ciel. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme (Mt 24,29-30).


Tu vois quelle est la puissance du signe de La Croix ! <> Quand un roi entre dans une ville, les soldats prennent les étendards, les hissent sur leurs épaules et marchent devant lui pour annoncer son arrivée. C'est ainsi que des légions d'anges et d'archanges précéderont le Christ, lorsqu'il descendra du ciel. Ils porteront sur leurs épaules ce signe annonciateur de la venue de notre Roi.


Prière

Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l'univers; fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin. Par Jésus Christ.

bottom of page