Sainte Famille (C)

Fête de la famille… Coup de tonnerre… -



Jésus au milieu des Docteurs de la Loi,

Albrecht DÜRER (Nuremberg, 1471 - Nuremberg, 1528),

Huile sur bois, 65 x 80 cm, 1506,

Collection Thyssen, Lugano (Suisse)


Évangile de Jésus-Chris selon saint Luc (Lc 2, 41-52)

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.


Le tableau

L’œuvre, conservée au Musée Thyssen de Lugano (Suisse) est signée du monogramme d’Albrecht Dürer, surmonté de la date, 1506, sur un petit signet de papier qui dépasse du livre au premier plan à gauche.


Ce que je vois

Jésus, enfant aux cheveux longs et roux, est comme cerné par des docteurs de la Loi aux visages agressifs, aux mains noueuses qui argumentent, ou montrent les Écritures au Christ, comme pour contester ses positions. Toute la peinture respire un climat de tension, de confrontation entre deux mondes, entre deux générations.


Peut-être même pourrait-on dire que toutes les attitudes possibles sont représentées : la haine qui ronge le visage de l’un, ou la sournoiserie de l’autre, ou encore l’admiration, la réflexion, le doute… Il nous manque simplement les visages surpris et inquiets de Marie et de Joseph retrouvant leur fils au milieu d’un tel aréopage.


Jésus, lui, est serein. Il explique quelque chose à l’homme au premier plan à gauche, argumentant de ses doigts. Il est vrai que ce juif porte sur le Christ un regard admiratif, buvant ses paroles, lui qui est un vrai juif, les Écritures portées sur son front l’attestant. Quant au Docteur qui détourne son regard de la scène (au premier plan à droite), il semble méditatif, essayant de comprendre les arcanes des explications de l’enfant. En le voyant, je ne peux que penser à celui qui traduira ensuite la Bible dans la langue vernaculaire et la commentera avec tant de richesses : saint Jérôme. Comme s’il était déjà anachroniquement présent lors de cette scène, expliquant ainsi la profondeur de sa compréhension des Écritures.


L’enfant semble si seul au milieu d’eux, presque abandonné, et pourtant si paisible. Malgré cela, voilà trois jours que ses parents le cherchent. Trois jours de ténèbres, trois jours où ils ont dû le croire mort. Et au bout des trois jours, ils le recouvrent, ils le retrouvent, en vie, comme ressuscité.


Nos enfants

Nous aussi nous sommes souvent perdus avec nos enfants, ne sachant comment agir. Est-il un métier plus ingrat, plus redoutable que celui de parents ? Est-il plus belle mission que celle d’éduquer, de faire grandir un enfant ? Mais comme pour Marie et Joseph, on n’est parfois obligé de faire demi-tour, on est souvent confronté à l’incompréhension…


Puis un jour, on est surpris, pour ne pas dire décontenancé par sa propre progéniture ! On n’imaginait pas celui de lui… Le plus dur pour des parents qui vivent chaque jour avec leurs enfants est de renouveler leur regard, de quitter nos impressions, de porter chaque jour un regard neuf, de comprendre que nos enfants sont plus que nous, si différents de nous. Vous parents devaient certainement bien comprendre le désarroi des parents de Jésus !


Étonnement

Nous aussi, nous pouvons être frappés d’étonnement par nos enfants. Jamais nous n’aurions cru cela d’eux, en bien comme en mal. Frappés d’étonnement : un coup de tonnerre dans nos vies. Nos enfants, comme nous le fûmes, n’ont pas fini de nous étonner ! Nous aussi devrions plus souvent nous extasier de leurs réponses, de leur intelligence. Ce n’est pas toujours la nôtre. Ils ne sont pas intelligents des mêmes choses. Leurs facultés de percevoir, de discerner, de saisir peuvent être étonnantes ! Regardez-les avec la moindre tablette informatique ou le plus complexe smartphone en percer en cinq minutes les arcanes, alors qu’il faudra au moins un an. Écoutez-les saisir plus finement qu’on ne le croit les situations politiques ou relationnelles. Laissons-nous étonner !


Mais il n’empêche que sans nous, ils ne seraient rien ! Sans ses docteurs de la Loi, que nous sommes aussi en un certain sens, personne pour leur tendre le livre, pour les pousser à l’ouvrir, à chercher, à méditer. Chacun d’entre nous, à sa mesure, a mission d’enseignant pour nos enfants. Chacun d’entre nous se doit de revendiquer cette vocation à faire grandir, à élever, sans pour autant porter aux nues.


Élever

Chaque parent, chaque éducateur se doit de décroître pour laisser croître en grâces, en sagesse et en taille ceux qui nous suivent. Une affaire de famille ! De fait, élever, faire grandir, se laisser surprendre, essayer de comprendre, apprendre, et apprendre aussi les règles ! On peut comprendre les parents de Jésus. Peut-être même lui en faire le reproche : il n’est pas sérieux de partir comme ça. Et lui, ne savait-il pas que ses propres parents terrestres se feraient un sang d’encre ? Enfants, pensez aussi à vos parents qui eux, ne cessent de penser à vous ! Priez aussi pour eux. Vous verrez que vous serez un jour confrontés aux mêmes interrogations que vous soulevez chez eux…


Mais au milieu de cette mission d’éducation, il est un domaine, une dimension que nous ne devons jamais oublier : elle méditait tout cela en son cœur. Comment pourrions-nous faire grandir nos enfants si nous ne méditons pas pour eux, si nous ne prions pas pour eux ? Le Père Sevin disait que « toute activité quelconque se prépare d’abord dans la prière ». Pour nous aussi parents, toute éducation se prépare d’abord dans la prière pour qu’elle soit la plus efficace possible, pour que nos enfants s’élèvent en taille, en grâces et en sagesse !



Homélie d'Origène (+ 253), Homélies sur saint Luc, 18, 2-5; GCS 9, 112-113; SC 87, 266-271

Comme il avait douze ans, il demeure à Jérusalem. Ne sachant où il est, ses parents le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent pas. Ils le cherchent parmi leurs parents, ils le cherchent parmi leurs compagnons de route, ils le cherchent parmi leurs connaissances (Lc 2,44), et ils ne le trouvent pas. Jésus est donc recherché par ses parents, par son père nourricier qui l'avait accompagné dans sa descente en Égypte, et pourtant ils ne le trouvent pas aussitôt qu'ils le cherchent. Car on ne trouve pas Jésus parmi les parents et parmi les proches selon la chair, parmi ceux qui lui sont unis par le corps. Mon Jésus ne peut être trouvé dans la foule.


Apprenez-donc où l'ont découvert ceux qui le cherchaient, afin que vous aussi, en le cherchant avec Marie et Joseph, vous puissiez le découvrir. À force de le chercher, dit l'évangéliste, ils le trouvèrent dans le Temple (Lc 2,46). Non pas n'importe où, mais dans le Temple, et là, en outre, au milieu des docteurs de la Loi qu'il écoutait et interrogeait (Lc 2,46-47). Vous aussi, cherchez Jésus dans le Temple de Dieu, cherchez-le dans l'Église, cherchez-le auprès des maîtres qui sont dans le Temple et n'en sortent jamais. Si vous cherchez ainsi, vous le trouverez. Mais si quelqu'un se dit un maître, et ne possède pas Jésus, il n'est maître que de nom, et on ne peut trouver auprès de lui Jésus, qui est le Verbe et la Sagesse de Dieu. <>


Ils le trouvent assis au milieu des docteurs, et non seulement assis, mais les interrogeant et les écoutant. Maintenant encore Jésus est ici: il nous interroge et il nous écoute parler. Et tous étaient dans l'admiration (Lc 2,48). A propos de quoi ? Non de ses interrogations, bien qu'elles fussent admirables, mais de ses réponses (Lc 2,47).

Dans la sainte Écriture, "répondre" ne désigne pas un simple dialogue, mais un enseignement. Que la loi divine te l'apprenne : Moïse parlait, et Dieu lui répondait par sa voix (cf. Ex 19,19). Tantôt Jésus interroge, tantôt il répond et, nous l'avons dit, bien que son interrogation soit admirable, sa réponse l'est bien davantage. Pour que nous puissions l'entendre, nous aussi, et qu'il nous propose des questions qu'il résoudra lui-même, supplions-le et cherchons-le avec beaucoup d'efforts et de douleur, et alors nous pourrons trouver celui que nous cherchons. Ce n'est pas pour rien qu'il est écrit : Moi et ton père, nous te cherchions tout affligés (cf. Lc 2,49). Celui qui cherche Jésus ne doit pas chercher avec négligence, mollement, par intermittence, ainsi que certains le cherchent et qui, à cause de cela, ne peuvent le trouver. Quant à nous, disons : Nous te cherchons tout affligés.


Et quand nous lui aurons parlé ainsi, il répondra à notre âme qui se fatigue à le chercher dans la douleur : Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je dois être (Lc 2,49-50).



Homélie de saint Bède le Vénérable (+ 735), Homélies, 1, 19, CCL 122, 134-135 137-139.

La lecture du saint Évangile qu'on vient de proclamer, frères très chers, est limpide et n'a pas besoin que nous y ajoutions un commentaire. Elle englobe le bas âge et l'enfance de notre Rédempteur, par lequel il a daigné se faire participant de notre humanité; et elle rappelle l'éternité de la Majesté divine, par laquelle il est demeuré et demeure toujours égal au Père. C'est afin que nous-mêmes, rappelant à notre souvenir l'abaissement de l'Incarnation, nous nous efforcions de lutter contre toutes les blessures du péché en les guérissant par une sincère humilité. Nous qui sommes poussière et cendre, nous devrions toujours nous rappeler affectueusement combien, pour reconnaître l'amour divin aussi bien que pour assurer notre salut, nous devons nous humilier, puisque cette puissance souveraine n'a pas dédaigné de s'abaisser pour nous, au point de rejoindre les derniers degrés de notre faiblesse. <>


Que Jésus lui-même, à douze ans, soit assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, c'est un témoignage de son humilité d'homme, et en outre un exemple éclatant qui nous enseigne à pratiquer cette vertu.


Ce que dit le Seigneur assis dans le Temple : C'est chez mon Père que je dois être (Lc 2,50), met en lumière que sa puissance et sa gloire sont coéternelles à celles du Père. Mais que, revenant à Nazareth, il était soumis (Lc 2,51) à ses parents, c'est à la fois un indice de vérité et un exemple d'humilité. Car il était soumis aux hommes selon cette nature qui le rend "inférieur au Père" (cf. Jn 14,28).


Et sa mère, dit l'Évangile, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur (Lc 2,19 Lc 2,51). Toutes les paroles dites au sujet du Seigneur, toutes les actions accomplies par lui, la Vierge Mère les gardait attentivement dans son coeur et les confiait soigneusement à sa mémoire. <>


Frères très chers, si nous désirons, dans la béatitude du siècle futur, habiter la maison du Seigneur pour le louer éternellement, il faut sans nul doute, dès ce siècle, montrer activement par avance ce que nous cherchons pour ce siècle futur. Il faut visiter les églises, non seulement en y chantant les louanges du Seigneur, mais encore en montrant, aussi bien par nos actes que par nos paroles, ce qui contribue à la louange et à la gloire de notre Créateur sur toute l'étendue de son empire (Ps 102,22).


Après avoir dit que Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce, on a bien fait d'ajouter : sous le regard de Dieu et des hommes (Lc 2,52), parce que, en révélant aux hommes, avec les progrès en taille et en âge, les dons de sagesse et de grâce qui étaient en lui, il n'avait pas d'autre souci que de les exciter sans cesse à louer Dieu le Père. Ainsi accomplissait-il lui-même ce qu'il avait prescrit aux autres de faire : Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux (Mt 5,16).


Prière

Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d'être unis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l'éternité dans la joie de ta maison. Par Jésus Christ.