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VIIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

Sortir du Royaume des morts...



Jésus guérit un paralytique

Jan Collaert II (Anvers, 1561 - 1628)

Gravure sur papier, 1598-1618, 17,9 x 22 cm

D’après Martin de Vos et Adriaen Collaert

Extrait de la série : Vita, passio et Resvrrectio Iesv Christi

Rijksmuseum, Amsterdam (Pays-Bas)


Évangile selon saint Marc (Mc 2, 1-12)

En ce temps-là, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. » Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »


L’artiste

Extrait de Wikipédia


Jan Collaert est le fils de Hans Collaert. Il fut l'élève et le collaborateur de son frère Adriaen Collaert, de Philippe Galle et de Gerard de Jode. Il est membre de la guilde de Saint-Luc d'Anvers de 1586 jusqu'en 1620 et en devient doyen en 1612.


Jan Collaert fait des illustrations pour Plantin et Moretus et travaille pour Philippe Galle dont il épouse la fille Elisabeth en 1590. Veuf, il épouse le 17 janvier 1595 Elisabeth Firens. C'est un dessinateur, graveur et éditeur flamand qui se distingue dans les scènes de genre, l'illustration, paysages et vie religieuse.


Les deux frères Collaert associent leurs ateliers à celui de Philippe Galle ; leur production commune à laquelle s'associe également leur père ne permet pas toujours de bien distinguer le véritable graveur.


En 1598, la réédition du recueil des portraits des Forestiers et Comtes de Flandres par J. B. Vrients est augmentée des portraits d'Albert et d'Isabelle gravés par Jan Collaert.


Il signe ses gravures par Ioan (ou Joan) Collaert et a pour élève Barbara van den Broeck et Antony van der Does.


La date de sa mort est mal connue. Elle se situe entre 1620 et le 28 avril 1628, probablement à Anvers.


La gravure

L’estampe fait partie d’une série sur la vie du Christ. L’inscription latine dit : « Ait Paralytico, Surge, tolle lectum tuum, et vade in domum tuam. Et surrexit, et abijt in domum suam. Matth. 9 » que nous pourrions traduire : « Il dit au paralytique, lève-toi, prends ton brancard, et marche, et va dans ta maison. Il se leva et s’en alla dans sa maison ». Ce sont les versets 6b et 7 de l’évangile de Matthieu au chapitre 9, texte parallèle à notre évangile d’aujourd’hui.


Ce que je vois

Nous sommes dans une pièce vide de mobilier, au plafond en caissons de bois, couverture courante aux Pays-Bas au XVIe siècle. À droite, une porte donnant sur l’extérieur est ouverte.


À l’intérieur, une grande foule bigarrée : une femme allaitant son enfant au premier plan, un guerrier mamelouk à gauche, les apôtres dans le fond à gauche. L’un deux croisent ses mains sur sa poitrine en signe de prière.


À droite, on repère des juifs couverts de leur bonnet à cornes à droite. Les gestes de leurs mains montrent leur indignation face aux paroles et aux gestes du Sauveur.


Des femmes attendries et miséricordieuses s’affairent autour du brancard. Devant le paralytique guérit, une femme écarte les mains. Comment ne pas penser à l’attitude de la Vierge devant son enfant reposant dans la crèche ?


Sur le brancard recouvert d’un drap lourd et lié aux quatre coins par des cordes de chanvre, un homme couvert d’un tissus noué sur la tête, nous tourne le dos.


Jésus vient de saisir sa main droite. Jésus, couvert d’une auréole qui ressemble à une patène avec son hostie, le bénit de la main droite alors qu’il il le lève de l’autre main. L’artiste a-t-il voulu évoquer une Anastasis : Jésus sortant Adam et Ève du Royaume des morts ? Rappelons qu’Anastasis est le mot mot que « se lever ». Le texte latin utilisera même le mot « surrexit » : c’est le verbe ressusciter.


Au plafond, par le trou ouvert dans un caisson de bois, trois hommes tiennent encore les cordes avec lesquelles ils ont descendu le paralytique. Une femme, en bas, dénoue du brancard la quatrième corde.


L’artiste a respecté le texte de Marc. Pourtant, le verset inscrit sous la gravure fait référence à l’évangile de Matthieu, alors que ce dernier ne parle pas du toit ouvert par les amis du malade. La scène donne une double impression : celle du sortie du royaume des morts, et celle d’une Nativité.


Une curieuse maison

Trop souvent, nous écoutons l’évangile d’une oreille distraite. Ou, tellement habitué à l’entendre que, dès que le texte commence, l’histoire nous étant déjà connue, nous « sautons » des passages. Comme pour un roman policier pour lequel nous connaîtrions déjà le coupable. Alors, nous passons outre un certain nombre de détails qui ont leur importance. À l’instar d’Hercule Poirot, faisons un peu travailler nos petites cellules grises ! Et remettons-nous au premier chef sur le lieu du crime. Fermons les yeux et imaginons... Une maison, tellement pleine de gens qu’il est devenu impossible d’y faire entrer qui que ce soit. La foule se bouscule, à un tel point qu’on ne peut même pas regarder de dehors par la porte. Cette maison, Jésus la connaît, puisque le texte nous précise que les gens, apprenant sa présence à Capharnaüm, se rendent à SA maison. À moins que ce soit celle de la belle-mère de Pierre où Jésus aurait établi son quartier général ?


Bref, une maison trop petite pour accueillir toute la foule. Et Jésus est là. Il parle, il leur annonce la Parole. J’espère que les gens font silence pour l’écouter, que cette foule, même massée, garde son calme.


Situation difficile pour ses quatre amis qui aimeraient amener le malade devant Jésus. Impossible d’accéder. Ils trouvent alors une solution ingénieuse : monter sur le toit, ce qui n’est déjà pas facile avec un homme sur un brancard. Découvrir une partie de la couverture, déjà plus facile si la couverture est en branchages. Et descendre avec quatre cordes le brancard. Là encore, c’est hasardeux, surtout pour le malade sur le brancard... Mais remarquez bien, il ne dit rien ! De fait, il n’ouvrira pas la bouche de toute la scène. Mais pourquoi donc ?


Un homme silencieux

Est-ce le brouhaha de cette foule amassée qui lui interdit de parler ? Est-il paralysé des cordes vocales ? Ou est-il simplement déjà mort ? Fort possible. Au point qu’on se demande si ses quatre compagnons, avec leurs cordes, ne sont pas en tain de le descendre dans la fosse, à sa dernière demeure ! Mais que ferait donc là Jésus ? J’y pense... ne confessons-nous pas qu’il « est descendu aux enfers », c’est-à-dire au Royaume des morts ? N’est-ce pas de ces enfers qu’il sortira Adam et Ève ? Cet homme est-il Adam, descendu au dans la mort, Adam dont le crâne dépassera du sol et deviendra le Golgotha, le Calvaire, le lieu du crâne ? Jésus sauverait-il Adam de la mort éternelle ? Adam, couché parmi les morts, se lèvera, ressuscitera et rejoindra le jardin d’Éden, avec son grabat, en souvenir du péché des origines. Car la vraie guérison que fait Jésus n’est pas seulement celle de sa mort, mais surtout de le pardonner et de le laver du péché originel. Adam peut rejoindre le paradis perdu, maintenant.


Des réactionnaires

Mais il y en a toujours certains qui ne sont pas contents, ça ne leur convient pas. Comment ce Jésus peut-il encore enfreindre les règles édités de tout temps ? Comment peut-il se permettre de pardonner un péché, alors que Dieu avait condamné Adam et Ève ? Ils en sont encore à leur comptabilité de « doit » et « avoir », de « débit-crédit ». Les choses sont ainsi, et il n’est nullement question de se permettre de les modifier ! Voilà certainement le genre de personnages qui a inspiré Dostojevski lorsqu’il a rédigé la « Légende du grand inquisiteur » dans Les frères Karamazov. Ces hommes se croient en droit de dire à Dieu ce qu’il doit et peut faire, et ce qui lui est interdit...


Le paralytique

Revenons-en à notre malade. Effectivement, il ne dit rien. Il est sûrement déjà mort. C’est pourquoi Jésus va le pardonner et le relever : Lève-toi, ressuscite ! Mais, ne disant rien, à la différence de tant d’autres malades et pécheurs dans l’évangile, il n’ a pu implorer le Christ. C’est ici qu’interviennent ses amis. Ce sont eux qui ont fait cet effort, apprenant la venue de Jésus, de prendre le brancard, de l’emmener à la maison, d’essayer de passer, puis, déçu, de trouver une autre solution : l’emmener sur le toit. Et de là, le descendre, ce qui n’est pas œuvre évidente.


Les amis

Qu’est-ce qui a bien pu motiver un tel entrain de leur part ? À mon avis, deux choses. D’abord l’amitié qu’ils portent à cet homme. Comment imaginer le faire si ce n’est pas leur ami, s’ils ne tiennent pas à lui. L’amour nous donne des ailes ! Et puis leur foi. Ce Jésus dont nous avons tant entendu parler, lui, il doit pouvoir faire quelque chose pour notre ami. Ils ont cette foi en eux, cette foi qui va faire des miracles. Là aussi, nous le confessons tous les dimanches : « Je crois en la communion des saints ». Pas uniquement la communion avec les aînés du ciel, reconnus ou non par l’Église. Mais aussi la communion entre nous. Nous sommes des « frères saints » (Col 1, 2) :

PAUL, APOTRE du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée notre frère, aux frères saints par la foi dans le Christ qui habitent Colosses. À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père.

Il n’est pas inutile de prier les uns pour les autres ! Même si nous ne pouvons pas évaluer (et c’est tant mieux) notre prière, elle est utile. Et même plus, elle est mystiquement efficace... Tout simplement parce qu’elle nous obtient le pardon du Christ et qu’elle restaure en nous l’Adam ancien pour en faire un homme nouveau... (Ep 4, 22-24) :

Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

Permettez-moi ce long texte de l’épître aux Colossiens (3, 1-17) :

Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Voilà ce qui provoque la colère de Dieu contre ceux qui lui désobéissent, voilà quelle était votre conduite autrefois lorsque, vous aussi, vous viviez dans ces désordres. Mais maintenant, vous aussi, débarrassez-vous de tout cela : colère, emportement, méchanceté, insultes, propos grossiers sortis de votre bouche. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres en toute sagesse ; par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

Voilà ce qu’est l’homme nouveau dont nous revêt le Christ, entre autre par la prière de nos frères.


La foi sauve et guérit

Car la foi, la nôtre, celle des autres, sauve et guérit. Come pour cet homme. Il est d’abord sauvé. Sauvé du péché. Car quel sens aurait d’être guéri si notre corps était encore marqué par le péché ?Jésus sauvé d’abord, il pardonne. Et ensuite il nous guérit. Mais il nous faut accepter, comme le Christ, que notre foi, comme pour ce paralysé, nous plonge d’abord dans la mort avant de pouvoir ressusciter. Saint Paul le dit (Rom 6, 1-3) :

Que dire alors ? Allons-nous demeurer dans le péché pour que la grâce se multiplie ? Pas du tout. Puisque nous sommes morts au péché, comment pourrions-nous vivre encore dans le péché ? Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.

Plongé avec le Christ dans les eaux du baptême. Ressuscité avec lui. Pardonné de nos péchés. Guérit de la mort éternelle. Soutenu par la prière de mes frères, je peux prendre le brancard de ma vie et avancer !


Hors d’eux-mêmes

Devant ce miracle, ce pardon et cette guérison, tous sont « frappés de stupeur » dit le texte dans sa traduction liturgique. Le texte grec est plus fort, il sont « stupéfiés », « hors d’eux-mêmes ». La stupeur est souvent comprise simplement comme un étonnement subi, voire une sorte de peur. Mais le terme « hors d’eux-mêmes » a beaucoup plus de force et de sens... C’est amusant parce que l’on retrouve ce même verbe lors de la rencontre de Jésus avec les docteurs de la Loi (Lc 2, 47) :

C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! »

Une extase... Le contraire de l’entase ! L’Académie Française précise :

Extase : État particulier dans lequel une personne, se trouvant comme transportée hors d'elle-même, est soustraite aux modalités du monde sensible en découvrant par une sorte d'illumination certaines révélations du monde intelligible, ou en participant à l'expérience d'une identification, d'une union avec une réalité transcendante, essentielle.

L’entase ? C’est l’inverse. Non pas un état où l’on sort de soi-même, mais un état mystique où l’on entre en soi-même, comme le Fils prodigue (Lc 15). La foi nous porte au-dehors de nous-mêmes, nous fait quitter notre vieil homme, pour revêtir le nouvel homme : le Christ. Mais de quoi devons-nous nous extasier ?


La véritable extase

Nous extasier du miracle ? Certes ! C’est quand même marquant de voir ressusciter un mort ou remarcher un paralytique. Mais, comme Jésus l’a dit, il est un miracle encore plus grand : être pardonné. Et le miracle phoque n’est là que pour attester, confirmer, donner à croire au premier miracle : Dieu nous pardonne (versets 10 et 11) :

Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison.

Ne nous trompons pas... Ne nous extasions pas du miracle physique. C’est second. Je ne dit pas secondaire, mais second. Ce qui est premier est que cet homme est pardonné. Ce qui est premier c’est qu’aujourd’hui Dieu nous pardonne. Et pourtant, nous sommes plus attirés par le miracle physique que par le miracle spirituel.


Pourquoi ?

Parce que, me semble-t-il, nous croyons encore au fond de nous-mêmes aux miracles physiques, mais plus vraiment au pardon. Notre société nous a corrompu l’esprit. Elle ne croit plus à la rédemption. Elle a une acuité certaine du péché. Mais elle ne croit plus qu’un homme puisse se convertir, qu’un pardon puisse être totalement accordé. Elle se veut prudente. Elle en est devenue méfiante ! Alors, elle ne comprend pas le vrai miracle : nous sommes des pécheurs pardonnés, totalement pardonnés, remis en notre état de nouvel Adam. Même mieux, transfigurés par le pardon. Rayonnants du pardon. Voilà le vrai miracle dont il faut s’extasier !



Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407), Homélies sur l'évangile de Matthieu, 29, 2 ; PG 57, 359-360.

Les Juifs professaient que Dieu seul peut remettre les péchés. Jésus, avant même de remettre les péchés, a révélé les secrets des coeurs, montrant par là qu'il possédait aussi cet autre pouvoir réservé à Dieu. Évidemment, les scribes se gardaient bien de dévoiler leurs pensées. Or, quelques scribes se disaient : Cet homme blasphème. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises (Mt 9,3-4) ?


Aussi bien, il ne revient à personne d'autre qu'à Dieu de connaître les secrets des coeurs. C'est ce que dit le prophète : Toi seul, tu connais les secrets des humains (2Ch 6,30). Il est encore écrit : Dieu, toi qui scrutes les coeurs et les reins (Ps 7,10). <> Jésus révèle donc sa divinité et son égalité avec le Père en dévoilant aux Juifs le fond de leur coeur, et en divulguant des pensées qu'ils n'osent pas déclarer ouvertement par crainte de la foule. Et il fait cela avec beaucoup de douceur, en posant la question: Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises ?


A tout prendre, si quelqu'un avait lieu de ne pas être satisfait, c'était bien le paralytique. Il aurait pu manifester sa déception au Christ en lui disant : "Soit ! Tu es venu pour soigner une autre maladie et guérir un autre mal. Mais quelle preuve aurai-je que mes péchés sont pardonnes ?" Or, il ne dit rien de tel, mais il se confie à celui qui a le pouvoir de le guérir.


Alors les Juifs, terriblement jaloux, se mettent à comploter contre le bien des autres. C'est pourquoi Jésus les réprimande, mais avec une extrême douceur : "Si donc, veut-il dire, vous refusez d'ajouter foi à ce que je viens de dire et que vous taxiez mes paroles d'orgueil, voici que je les confirme en dévoilant vos secrets. Et je vous apporte encore une autre preuve: Voyez, je vais montrer mon pouvoir sur ce corps paralysé ! "


Par ailleurs, dans les premières paroles qu'il adresse au paralytique, Jésus n'affirme pas clairement qu'il agit de sa propre autorité. Il ne dit pas : "Je te pardonne tes péchés", mais : Tes péchés sont pardonnés (Mt 9,2). Ensuite, lorsque les scribes l'y contraignent, il déclare sans ambiguïté que ce pouvoir lui appartient: Pour que vous sachiez, dit-il, que le Fils de l'homme a le pouvoir, sur terre, de pardonner les péchés... (Mt 9,6). <>


D'ailleurs, avant même de guérir l'infirme, il avait posé cette question aux scribes : Qu'est-ce qui est le plus facile ? De dire : Tes péchés sont pardonnes, ou bien de dire : Prends ta civière et rentre chez toi (Mt 9,5-6) ? Autrement dit : "Qu'est-ce qui vous semble le plus facile ? De montrer son pouvoir sur un corps inerte, ou de pardonner à une âme ses fautes ?" C'est évidemment de guérir un corps, car le pardon des péchés dépasse cette guérison autant que l'âme est supérieure au corps. Mais puisque l'une de ces oeuvres est visible, et l'autre pas, je vais accomplir également l'oeuvre qui est visible et moindre, pour prouver celle qui est plus grande et invisible.


A ce moment-là, Jésus a témoigné par ses oeuvres qu'il est, comme l'a dit Jean Baptiste, celui qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1,29).


Prière

Par nos seules forces, Seigneur Dieu, nous sommes incapables de parvenir jusqu'à toi. Suscite-nous des compagnons débordants de foi, qui nous permettent, malgré notre paralysie, de marcher vers le pardon que tu offres à tous les hommes. Par Jésus Christ.

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