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VIIIe Dimanche du Temps Ordinaire (B)

À vin nouveau, outres neuves



Calice et patène

Joaillerie Mauboussin

Argent 925 millièmes, Dorure à l’or 24 carats, Largeur : 12 com, Hauteur : 18 cm

Époque contemporaine

Réalisation : Mauboussin, Paris

Collection privée


Évangile selon saint Marc (Mc 2, 18-22)

En ce temps-là, comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. »


Le calice

Nous oublions souvent que l’orfèvrerie fait partie de l’art sacré. Pourtant, lors du Renouveau entre 1880 et 1950, de très belles pièces religieuses furent réalisées par des orfèvres aussi célèbres que Puiforcat ou Lalique. Les formes furent nombreuses, du calice roman (comme celui-ci) au calice gothique, jusqu’au calice tulipe du XVIIIe siècle. Sans parler des formes contemporaines parfois surprenantes. Malheureusement, beaucoup d’éléments symboliques ont été perdus...


De fait, le calice est composé de trois parties : la coupe qui reçoit le vin, le pied qui repose sur l’autel, et la tige avec en son centre le noeud. Guillaume Durand, évêque de Mende (1230-1296), glosera sur les objets liturgiques dans son Rational. Retenons simplement quelques éléments :

  • La coupe représente le Christ qui donne son sang pour le salut des hommes. Nous sommes invités à communier à ce sacrifice en y plongera tous nos lèvres, comme lu a plongé dans les eaux de la mort pour notre salut. Elle sera souvent décoré de pampres de vigne.

  • Le pied symbolique le Père qui est à la base de toute notre foi. C’est sur lui que nous nous appuyons pour rejoindre son Fils. Il est parfois décoré de figures de saints qui ont su écouter la voix du Seigneur.

  • Entre les deux, le noeud symbolise celui qui unit le Père et le Fils dans leur échange d’amour : l’Esprit. C’est cet Esprit qui a inspiré les quatre évangélistes. C’est pourquoi on retrouve souvent les quatre animaux figurant leur attribut : le lion de Marc, l’aigle de Jean, le bœuf de Luc et l’homme de Matthieu.

La patène

C’est ce petit plateau sur lequel va reposer l’hostie. Le Christ étant lui-même cette hostie, cette victime, il est désigné comme l’Agneau de Dieu. C’est pourquoi cet Agneau de Dieu, conformément à la description de l’Apocalypse, est souvent représenté sur la patène.


Calice et patène doivent être faits en matière noble sans risque de porosité ni de corruption du vin. Ainsi, bois, terre cuite, bronze et étain sont bannis. Ils doivent être aussi solides, le verre est donc interdit. Seul le cristal de roche est toléré, comme l’ivoire.


Notons enfin que le calice et la patène font partie des objets liturgiques qui sont consacrés à l’aide du Saint-Chrême, comme l’autel et les murs de l’église lors de la consécration :

Sur ton autel, Seigneur Dieu, nous déposons avec joie ce calice et cette patène pour célébrer le sacrifice de l'Alliance nouvelle. Que ta bénédiction sanctifie ces vases qui serviront à offrir et à recevoir le corps et le sang de ton Fils. Accorde-nous de refaire nos forces par tes sacrements, en célébrant sur terre ce sacrifice très saint, et remplis-nous de ton Esprit jusqu'au jour où nous participerons, avec tous les saints, au banquet de ton Royaume, dans le ciel. A toi honneur et gloire éternellement.

L’époux

C’est la première fois que Jésus se désigne ainsi, l’époux. Le titre est tout autant éclatant que nouveau. Les disciples sont avec l’époux, ils partagent la vie du Christ. Le mot a du sens. Son étymologie nous révèle qu’il vient du latin « sponsus », participe passé du verbe « spondere » : promettre solennellement. Jésus ce serait-il promis solennellement à son peuple ? Nous a-t-il épousé ? C’est bien dans ce sens que la religieuse porte un anneau nuptial et se présente comme la « Sponsa Verbi », l’épouse du Verbe. Est-ce réservé aux religieuses ? Je ne crois pas. Le Christ ne cherche-t-il pas à épouser notre âme, à s’unir à nous ? N’est-ce pas cette course, cette recherche éperdue, dont nous parle le Cantique des Cantiques ? Dieu lui-même n’est-il pas l’époux qui nous cherche ? Ainsi, dans le livre d’Osée (Os 2, 16-17.21-22) :

C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte. Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur.

Et cet époux nous cherche dans un objectif précis, et ultime : nous sauver. Car, comme le dit le livre d’Isaïe, il est notre Rédempteur (Is 54, 5-8) :

Car ton époux, c’est Celui qui t’a faite, son nom est « Le Seigneur de l’univers ». Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël, il s’appelle « Dieu de toute la terre ». Oui, comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle. Est-ce que l’on rejette la femme de sa jeunesse ? – dit ton Dieu. Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse, – dit le Seigneur, ton rédempteur.

L’époux nous cherche, il a soif de notre âme (lire en annexe les hymnes de saint Éphrem qui nous parle poétiquement de cette quête nuptiale). Mais ces noces ne sont pas encore pour aujourd’hui. Nous ne sommes pas prêts. Peut-être ne sommes-nous pas assez vigilants, n’avons-nous pas suffisamment d’huile pour nos lampes (Mt 25, 1-13) ?


Du temps

De fait, l’époux nous laisse certainement le temps de nous préparer à ce temps nuptial, celui des fins dernières. Car, même si nous n’avons pas physiquement l’époux avec nous, il est présent en nos cœurs, en sa Parole, en son eucharistie, en son Église. Il ne nous est pas encore entièrement enlevé. Le témoin véridique (Pr 14, 25) nous est envoyé pour nous préparer aux noces : l’Esprit.


Bien sûr, l’époux n’est plus visible à nos yeux de chair. Nous pourrions penser qu’il nous a été enlevé. Et pourtant, n’a-t-il pas promis, lui-même (Mt 28, 18-20) :

Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Il est avec nous, mais nous attendons le moment des épousailles finales. Nous nous y préparons. Nous jeûnons. Nous crions, comme la belle du Cantique des Cantiques (Ct 2, 17 -3, 5) ; « Reviens ! » (Voir la méditation de Saint Bernard de Clairvaux en annexe). Du temps pour faire toute chose nouvelle...


Du vieux et du neuf

Pour ce repas de noces, deux choses sont nécessaires : le vêtement nuptial et le vin de la fête. Ce vêtement, nous l’avons reçu au jour de notre baptême. C’est cette merveilleuse tunique immaculée qui nous accompagner tout au long des étapes de notre vie : baptême, mariage, retour à la maison du Père. L’ai-je laissé vieillir, dans un tiroir ? Sans plus m’en occuper ? Le tissus alors se troue, ne serait-ce que par le péché que j’ai laissé ronger. La trame se distend, ma foi s’étiole. Alors, si à la veille de la rencontre finale je veux y mettre une pièce neuve pour le rapiécer, la tunique risque de craquer.


C’est peut-être la première leçon de l’évangile : ne croyez pas que tout est acquis. Non, notre vie chrétienne s’entretient. Notre tissu ecclésial est fragile et mérite des soins. Notre âme ne reste immaculée que si nous la nettoyons régulièrement. Il faut la garder dans sa nouveauté... « France, qu’as-tu fait de ton baptême » demandait Jean-Paul II. Oui, qu’ai-je fait de mon baptême ? Le monde passe et s’use aussi vite. Mais est-ce le cas de mon baptême, de la nouveauté de l’évangile qui m’a été offerte ?


Et puis, comment croire que je puisse faire du neuf si je garde le vieux ? C’est sûrement la deuxième leçon. Comment croire en la nouveauté de l’évangile si je garde en moi une morale moralisante qui sent le vieux, le rapiécé, le sans-cœur ? L’évangile est radical. Radical ? Il va à la racine et il veut nous changer, nous convertir jusqu’à la racine, pas par un simple vernis de surface.


Ce vêtement doit me coller à la peau. À tel point qu’il ne doit plus faire qu’un avec moi-même. Mon âme, mon corps, mon esprit doivent être neufs, jusqu’à la racine. Sinon, la moindre nouveauté fera craquer le reste.


Vin nouveau

À la noce, le vin coule à flot, comme à Cana (Jn 2). Ce vin nouveau fut promis dès les début, à Jacob (Gn 27, 28) :

Que Dieu te donne la rosée du ciel et une terre fertile, froment et vin nouveau en abondance !

Ce sera le vin de la joie et de la fête, comme l’annonce le Psaume 103 (verset 15) :

De la terre il tire son pain : le vin qui réjouit le coeur de l'homme, l'huile qui adoucit son visage, et le pain qui fortifie le coeur de l'homme.

Mais ce vin nouveau, ce vrai vin venu du ciel est fort, puissant (Mt 26, 27-29) :

Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »

Serons-nous capables de le supporter ? Ne risque-t-il pas de nous faire éclater comme de vieilles outres ? Notre pauvre enveloppe charnelle ne risque-t-elle pas de craquer, comme le vêtement ? Peut-être est-ce nécessaire ? Peut-être nous faut-il nous dépouiller totalement du vieil homme pour revêtir le vêtement des noces divines ? Relisons la deuxième épître aux Corinthiens, chapitre 5, 1-9 :

Nous le savons, en effet, même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux qui n’est pas l’œuvre des hommes. En effet, actuellement nous gémissons dans l’ardent désir de revêtir notre demeure céleste par-dessus l’autre, si toutefois le Seigneur ne doit pas nous trouver dévêtus mais vêtus de notre corps. En effet, nous qui sommes dans cette tente, notre corps, nous sommes accablés et nous gémissons, car nous ne voudrions pas nous dévêtir, mais revêtir un vêtement par-dessus l’autre, pour que notre être mortel soit absorbé par la vie. Celui qui nous a formés pour cela même, c’est Dieu, lui qui nous a donné l’Esprit comme première avance sur ses dons. Ainsi, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur.

En fait, les vraies questions ne sont-elles pas celles-ci :

  • Ai-je vraiment le désir, la volonté de quitter le vieil homme, par trop rassurant ?

  • Suis-je prêt à me jeter dans l’inconnu, la nouveauté de la vie dans l’Esprit ?

  • Ai-je encore soif du vin nouveau de l’eucharistie ?

  • Ai-je encore le désir de plaire à Dieu ?

Alors... Sursum Corda !



Guillaume Durand, évêque de Mende, Rational, Livre Troisième

il faut parler de l’onction de l’autel, du calice et des autres vases de l’église, que l’on oint, selon la coutume, lorsqu’on les dédie ; et cela, non-seulement d’après l’ordre de la loi de Dieu, mais encore parce que Moïse aspergea de sang le tabernacle et tous les vases du culte divin, et aussi à l’exemple du bienheureux [pape] Sylvestre, qui, quand il consacrait un autel, l’oignait de chrême. Or, le Seigneur commanda à Moïse de faire une huile pour oindre le tabernacle du Témoignage, l’arche du Testament, le chandelier et les vases (Exod., XXX et XL c.), et les autres choses, comme il a été dit plus haut. On fait ces onctions sur les choses qu’on oint, afin qu’on ait pour elles un plus grand respect, et que sur elles se répande une plus grande grâce. On a parlé de ces onctions, et il en sera parlé en leurs lieu et place. Mais la vertu (sacramentum) de l’onction produit et représente, certes ! une autre chose, autant dans le Nouveau que dans l’Ancien- Testament. Voilà pourquoi l’Église ne judaïse pas lorsqu’elle célèbre la vertu (sacramentum) de l’onction, comme le disent, menteurs qu’ils sont, quelques anciens qui ne connaissent ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. On a parlé, aux chapitres qui leur sont consacrés, des Onctions de l’église et de l’autel.


XXIV. Or, on consacre et on oint la patène (patina) qui sert à administrer le corps du Christ, qui a voulu par le choix qu’il en a fait être immolé sur l’autel de la croix pour le salut de tous. Et le Dieu tout-puissant a ordonné qu’on présentât à son autel de la fleur de farine de froment dans des plats (patenis) d’or et d’argent. On consacre aussi et on oint le calice, afin que la grâce de l’Esprit saint en fasse un nouveau sépulcre du corps et du sang du Christ, et qu’il daigne l’arroser de sa vertu, lui qui la répandit dans le calice de Melchisédech, son serviteur.



Bernard de Clairvaux : S. 74 sur le Cantique, n° 1-4 (Éd. J. Leclercq, p. 239 ss)

“ Reviens ! ” dit-elle. Bien. Il s'en allait, on le rappelle. Qui m'ouvrira le mystère de cette volte-face ? Qui m'expliquera de manière satisfaisante le départ et le retour du Verbe ? L'Époux serait-il changeant ? D'où peut-il venir, où peut-il retourner, Celui qui remplit tout ? Et enfin, quel mouvement local peut-on supposer chez celui qui est esprit ? Ou plutôt, quel mouvement, de quelque sorte que ce soit attribuer à Celui qui est Dieu ? Il est immuable !


Comprenne qui peut comprendre ! Et nous, qui avançons avec prudence et simplicité dans l'exposition de ce livre saint et mystique, nous imitons l'Écriture, qui exprime en notre langage la Sagesse cachée sous le mystère. Elle parle de Dieu en figures pour lui donner accès à nos sentiments. Elle utilise comme des vases sans valeur les ressemblances des choses sensibles et connues, pour répandre dans l'esprit humain leur contenu précieux: les choses invisibles de Dieu, le mystère. Suivons donc l'exemple des Saintes Lettres, et disons que le Verbe de Dieu, Dieu, et époux de l'âme, vient à elle et la renvoie, comme il lui plaît: mais cette allée et venue doit s'entendre du sentiment de l'âme, non pas d'un mouvement du Verbe. Par exemple : quand l'âme sent la grâce, elle reconnaît la présence de l'Époux ; dans le cas contraire, elle se plaint de son éloignement et recherche sa présence, disant avec le prophète : “ Je te cherche : je cherche ta Face, Seigneur ! ” Pourquoi ne le chercherait-elle pas? Car quand cet époux si digne d'amour lui est enlevé, elle est incapable, je ne dirai pas de désirer autre chose, mais de penser même à autre chose. Elle n'a plus qu'à rechercher de tout son pouvoir l'absent, de rappeler celui qui s'éloigne. C'est ainsi qu'elle rappelle le Verbe: le Verbe est rappelé par le désir de l'âme, mais de cette âme à qui une fois il a fait goûter sa douceur. Le désir n'a-t-il pas une voix ? Certes, et une voix puissante ! Le Seigneur entend le désir des pauvres, dit le psaume. Quand le Verbe s'éloigne, l'appel de l'âme est continuel, et continuel son désir : c'est comme un continuel “ Reviens ! ”, jusqu'à ce qu'il vienne... Et peut-être l'Époux s'est-il un instant dérobé pour être rappelé plus ardemment, retenu plus fortement. Car un jour, il fit semblant d'aller plus loin, non que telle fût son intention, mais parce qu'il voulait entendre: “ Reste avec nous, le soir tombe ! ” (Lc 24,29). Et une autre fois, comme les apôtres étaient en barque et ramaient avec peine, il marchait sur la mer et faisait mine de les dépasser sans les voir, mais ce jour-là encore telle n'était pas sa pensée : il voulait plutôt éprouver la foi et provoquer la prière...


C'est donc dans l'âme qu'a lieu cette alternance du départ et du retour du Verbe, selon que lui-même a dit : “ Je m'en vais, et je viens à vous ”, et encore : “ Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, puis encore un peu de temps et vous me verrez ”. Oh, ce peu et ce peu ! Oh, ce peu qui n’ en finit pas ! Seigneur, si bon, tu appelles cela < peu >, le temps où nous ne te voyons pas ? Cependant, les deux choses sont vraies : peu de temps, par rapport à la disgrâce que je mériterais ; longtemps, si je regarde mon désir...



Ephrem : Hymnes sur l'Epiphanie

4 L'épouse promise à l'Epoux

ne connaît pas l'Époux qu'elle regarde.


Le cortège d'honneur est bien là :

le désert est plein de monde,

et au milieu de tous le Seigneur est caché.

5 Alors l'Époux se manifeste...


6 Il vint au baptême, l'auteur de tout baptême.

Jean le vit, et retira sa main,

suppliant et disant:


1 Comment, Seigneur, veux-tu qu'on te baptise,

toi qui par ton baptême sanctifies tous les hommes ?


À toi revient le vrai baptême,

de toi descend la sainteté parfaite.

28) — L'épouse, dont voici le cortège,

attend que je descende et sois baptisé

dans le fleuve, pour le sanctifier.

Ami de l'Époux, ne repousse pas cette attente !


32Par mon baptême, les eaux recevront

le feu et l'Esprit, la fécondité

pour enfanter des immortels (Lamy I, 115 ss).


2 Le Seigneur très pur vint pour recevoir

le baptême avec les impurs.


Devant sa Gloire, les deux s'ouvrirent.

Lui qui purifie tous les hommes, il voulut être lavé

du même baptême qu’eux tous.


Il descendit dans les eaux, et les sanctifia

pour notre baptême à nous.


3 Pour la même cause il prit chair,

pour la même cause descendit dans les eaux,

pour la même cause entra dans le sépulcre,

et fit entrer l'humanité dans sa chambre nuptiale (i, 97).


6 Le Père signa les sources du baptême ;

le Fils s'unit aux eaux, comme à son épouse,

et l'Esprit Saint apposa son sceau.

1 L’inscrutable Trinité

déposa dans le baptême ses trésors :

Vous, les pauvres, descendez dans les eaux! (i, 109).


2 Le baptême est un nouveau Jourdain.

Il étend sur vos corps ses eaux de paix.

5 Jésus a mêlé aux eaux sa puissance :

c'est Lui que vous revêtez, Frères élus.

Que votre corps sente les eaux visibles,

que votre esprit sente la puissance cachée. (\, 89-91).

l6 Au commencement, l'Esprit féconda et couva les eaux,

et elles conçurent.

L'Esprit Saint a couvé les eaux du baptême,

et elles ont conçu (l, 85).


6 Adam perdit en un instant l'éclat de l'innocence :

mais vous, en un instant,

vous revêtez l'éclat de l'innocence.

5Notre baptême est plus grand

que le petit fleuve Jourdain :

par ses eaux et par l'onction d'huile

sont lavés les péchés de tous.

Elisée ne put guérir la lèpre de Naaman

que par l'ablution sept fois répétée ;

mais un seul baptême lave en une fois

toutes les iniquités jusqu'au fond de l'âme.


7 Le prophète assainit les eaux insalubres

et guérit la terre de sa stérilité (2R 2,19).

Ton bienfait, Seigneur, est plus grand que celui d'Elisée.

9 De Samuel, David reçut l'onction

pour régner sur le peuple d'Israël.

Des prêtres vous recevez l'onction

pour hériter du Royaume des cieux.


10David, ayant reçu l’onction, combattit et humilia

le géant qui voulait asservir Israël.


11Voici qu'avec l'huile du Christ, et ses armes que l'eau recèle,

est humilié l'orgueil du Mauvais

qui voulait asservir les peuples (i, 51-53).


8 C'est des eaux que Gédéon choisit

les guerriers capables de victoire :

Vous êtes descendus dans les eaux victorieuses :

remontez, remportant l'absolution et la couronne.


9 Baptisés, prenez vos lampes

comme les hommes de Gédéon :

dissipez les ténèbres !

Rompez le silence en chantant Hosanna,

comme Gédéon remporta la victoire

par le cri de guerre et la lumière (i, 65).

Homélie de saint Paschase Radbert (+ 860), Commentaire sur l'évangile de Matthieu, 10, 22; CCM 56 B, 1072-1073.

Une union si étrange et extraordinaire a eu lieu lorsque le Verbe s'est fait chair dans le sein de la Vierge et a ainsi habité parmi nous (Jn 1,14). De même que tous les élus sont ressuscites dans le Christ lorsqu'il est ressuscité, de même ces noces ont été célébrées en lui, et l'Église a été unie à l'Époux par les liens du mariage quand l'Homme-Dieu a reçu en plénitude les dons de l'Esprit Saint et que toute la divinité est venue habiter dans son corps.

En vertu de cette alliance, l'Épouse, comme je l'ai dit, a vraiment reçu en cadeau les arrhes de ces dons de l'Esprit Saint qui a demeuré tout entier dans le Christ. Celui-ci est devenu homme par l'Esprit Saint et, en sa qualité d'Époux, il est sorti du sein de la Vierge, qui fut en effet sa chambre nuptiale. Mais l'Église, en renaissant de l'eau dans le même Esprit, devient un seul corps dans le Christ, si bien que les deux ne font plus qu'une seule chair (Mt 19,5), ce qui, par rapport au Christ et à l'Église, est un grand mystère (Ep 5,31).


Et ce mariage dure depuis le début de l'Incarnation du Christ jusqu'au moment où le Christ lui-même reviendra, en sorte que tous les rites de l'union nuptiale soient accomplis. Alors, ceux qui seront prêts, et qui auront rempli comme il le faut les conditions d'une si grande union, feront, pleins de respect, leur entrée avec lui dans la salle des noces éternelles.


En attendant, l'Épouse promise au Christ est amenée à son Époux, et elle fait alliance avec lui, chaque jour, dans la foi et la tendresse, jusqu'à ce que lui-même revienne. Voilà pourquoi Paul disait : Je vous ai fiancés, en effet, à un Époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ (2 Co 11,2). Ainsi, une seule épouse et femme, promise au Christ, s'attachera-t-elle à lui lorsque l'Église, venue des Juifs aussi bien que des Gentils, sera rassemblée dans l'unité. Car tous les saints de l'Ancien Testament qui ont vécu depuis le commencement du monde, et qui ont tous cru que le Christ viendrait dans la chair pour sauver l'humanité, ont part à ces noces qu'ils avaient vues par la foi, fût-ce de loin. Voilà pourquoi l'Écriture dit : Il envoya ses serviteurs pour appeler les invités à la noce (Mt 22,3). Car le Christ avait déjà invité tous ceux qu'il a appelés, puisque tous, depuis Abel le juste, avaient été inspirés par Dieu et attendaient la venue du Christ.


Prière

Seigneur Jésus Christ, tu as été enlevé à nos yeux de chair, mais tu restes auprès de nous car tu nous sauves. Que la nouveauté de ton salut ne cesse de faire notre joie, en attendant la vie bienheureuse où tu nous combleras de ta présence. Par Jésus Christ.

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