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XXXIIe dimanche du temps ordinaire

Les plus âgés ne sont pas les plus sages… (Jb 32, 9) -



La Sagesse et la Vérité descendent sur la terre et les ténèbres qui la couvrent se dissipent à leur approche,

Pierre Paul Prud’hon (Cluny, 1758 - Paris, 1823),

Huile sur toile, Diamètre : 3,55 m, 1796-1798,

Musée du Louvre, Paris (France)


Lecture du livre de la Sagesse (Sg 6, 12-16)

La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas. Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première. Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Penser à elle est la perfection du discernement, et celui qui veille à cause d’elle sera bientôt délivré du souci. Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre.


Psaume 62

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.


Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 4, 13-18)

Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.” Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.” Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »


Le peintre


Présentation de Sylvain Laveissière, conservateur général du patrimoine au département des peintures du musée du Louvre


« Celui-là […] enfourchera les deux siècles avec des bottes de sept lieues ! » (Arsène Houssaye, « Prud’hon », L’Artiste, 7 janvier 1844, p. 8) : évidemment apocryphe, la prédiction mise dans la bouche du vieux Greuze par l’historiographie romantique a au moins valeur de constat. Né 33 ans après Greuze et comme lui dans le sud de la Bourgogne, Prud’hon est écartelé entre XVIIIe et XIXe siècles. Les Goncourt, qui commencent leur Art du XVIIIe siècle avec Watteau, l’achèvent sur son nom. Pour les nostalgiques des fêtes galantes, de Boucher et de Fragonard, c’est un rêveur égaré dans le monde des Brutus et des Sabines, qui prolonge sous l’Empire les grâces du XVIIIe siècle ; à l’inverse, peintres romantiques et réalistes ont reconnu en lui un précurseur, et lui ont accordé la gloire que son temps lui avait tardivement concédée, et chichement.


Son temps, c’est celui de Jacques-Louis David, de dix ans son aîné : seul parmi les grands peintres de l’époque, Prud’hon n’est pas de ses élèves. De là un relatif isolement, où la postérité verra un ostracisme. Car vingt ans après sa disparition, l’étoile de Prud’hon, tenu pour une victime de l’école davidienne, sera d’autant plus brillante qu’aura pâli celle de ses contemporains. À partir de 1840 et pour près d’un siècle, Prud’hon est au sommet de sa gloire : Frédéric Villot, les Goncourt, Jean Guiffrey cataloguent ses oeuvres que se disputent les grands collectionneurs, les trois Marcille, le duc d’Aumale, lord Hertford, Léon Bonnat, Étienne Moreau-Nélaton, Grenville L. Winthrop, et les musées.


Puis vint l’oubli – chez les historiens du moins – car les amateurs furent fidèles. À trop avoir été isolé de ses contemporains, Prud’hon, sorti de l’histoire, était devenu insaisissable. Delacroix proclamait « le véritable génie de Prud’hon, son domaine, son empire, c’est l’allégorie » : mais qui se soucie de ce genre que Winckelmann plaçait au-dessus de la peinture d’histoire ? Une biographie réduite à la légende dorée (ou au roman noir, avec le suicide de Constance Mayer), un oeuvre encombré au fil des ventes d’indignes scories, dues au succès même de l’artiste, une thématique dont la pertinence échappe, ont longtemps détourné de lui les chercheurs.


Pourtant, un regard neuf sur les oeuvres authentiques et une salutaire critique des sources font apparaître un artiste pleinement en phase avec son temps, celui de David sans doute mais aussi de Canova, et même un des acteurs essentiels du mouvement néoclassique, clairement perçu par eux comme une renaissance.


Contrairement à l’idée reçue, Prud’hon, tout indépendant qu’il fut, n’est pas resté à l’écart des institutions : on sait aujourd’hui qu’il envisageait, à son retour de Rome, d’entrer à l’Académie royale de peinture, condition obligée pour exposer au Salon et prétendre aux commandes publiques. Son premier grand tableau, L’Union de l’Amour et de l’Amitié (Salon de 1793, Minneapolis Institute of Art) fut entrepris dans cette intention : la suppression de l’Académie en décida autrement.


Il connut heureusement le soutien d’esprits éclairés, l’éditeur Pierre Didot, pour qui il créa d’admirables illustrations sous la Révolution, le comte Sommariva qui lui commanda la Psyché (1808, Louvre) et le Zéphyr (1814, Dijon), l’impératrice Joséphine ou Vivant Denon, dont il fit les portraits (Louvre), le préfet Frochot, enfin, responsable de son chef-d’oeuvre, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (1808, Louvre).


Comme les maîtres de la Renaissance – on sait sa vénération pour Léonard – Prud’hon fut aussi un artiste universel, brossant le décor de l’hôtel de Lannoy autour de 1800 (entré au Louvre en 2005) ou dessinant le berceau du Roi de Rome en 1811.


Consacrée il y a dix ans par une grande exposition, la redécouverte de Prud’hon se poursuit et devrait donner lieu prochainement à une synthèse. Mais plus simplement, la rencontre avec son oeuvre est aussi pour chacun de nous une source de plaisir, une émotion rare, que Stendhal comparait à celle que procure un air de Mozart…


La peinture

Commandée entre 1796 et 1798 et placée à Versailles, puis en 1801 à Saint-Cloud (comme plafond), elle fut transportée au Louvre après 1810.


Ce que je vois


En regardant le tableau, on peut se demander laquelle des deux femmes symbolise la Sagesse ? Est-elle cette jeune femme nue ? De tradition, la Vérité est souvent représentée nue, car elle ne s’encombre pas d’artifices. Ne dit-on pas, dans le langage populaire, « la vérité nue » ? Ainsi la représentera Jean-Léon Gérôme (1824-1904) dans son célèbre tableau, La vérité sortant nue du puits (Huile sur toile, 1896, 91 x 72 cm, Musée Anne de Beaujeu de Moulins).





Quand à la femme casquée, elle représente la Sagesse sous les attributs de Minerve. Cette membre de la triade capitoline était en effet la déesse de la pensée élevée, de la sagesse, de l'intelligence, des métiers et de ceux qui les pratiquent ainsi que de la guerre comprise sous l'angle de la réflexion stratégique et du savoir-faire tactique. Ainsi, souvent armée d’un casque, voire d’une lance et d’un bouclier, Minerve chasse les vices du jardin de la vertu. Pierre-Paul Rubens (1577-1640) la représentera véhémente dans ce tableau, Minerve comme sagesse à la conquête de la sédition (Huile sur toile, entre 1632 et 1634, 100 x 80 cm, décoration de plafond, Whitehall Palace, Londres).


Voici donc ces deux vertus descendant du ciel dans un flottement comparable à une danse dans les airs. Le vent s’engouffre dans le manteau de Minerve, mais décoiffe à peine la Vérité. Il lui en faut bien plus ! La Sagesse jette un regard empli de conviction sur la Vérité, qui paraît hésiter, se retenant presque d’une main tremblante à venir sur terre. La Sagesse la convainc en lui tenant le coude et en lui désignant les ténèbres qui flottent sous leurs pieds. Là où la Vérité pose le pied, guidée par la Sagesse, les ténèbres se dissipent pour laisser place à la lumière divine.


La Sagesse

Comment ne pas penser à ce qu’écrivait l’auteur comique grec, Ménandre (IVe siècle avant Jésus-Christ) : « Les cheveux blancs marquent les années et non pas la sagesse » ! Et il est vrai lorsque l’on consulte l’actualité, bien des jeunes semblent plus sages, voire raisonnables, que tant de vieux briscards politiques ! Mais la Sagesse dont nous parle la Bible est ici bien plus qu’une simple attitude de l’esprit. Elle est une vertu divine, pour ne pas dire un des attributs de Dieu.


C’est bien dans cette idée que l’auteur du texte s’est mis sous l’autorité de celui qui fut le chantre de la Sagesse dans la Bible : Salomon qui a régné vers 950 avant le Christ. Pourtant, le livre écrit en grec a dû être rédigé par un Juif anonyme, à Alexandrie, quelques cinquante ans avant la naissance du Sauveur.


Le chapitre que nous donne aujourd’hui la liturgie s’ouvre par un verset adressé au destinataire de l’oeuvre (Sg 6, 1) : « Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre. » Malgré tout, il nous concerne derechef. En effet, n’avons-nous pas entendu (même si notre entendement était bien faible à l’époque) lors de notre baptême : « Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ et tu participe à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Dieu te marque de l'huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. » Participant à cette dignité royale, le message du livre nous concerne intimement. Ouvrons grandes nos esgourdes ! Son message tient en trois points…


Le bien le plus précieux

Avons-nous été attentifs au premier verset entendu ? « La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas (ou est inaltérable) ». Car elle n’est pas une sagesse acquise à force d’études ou de lectures, comme nous l’imaginons pour les philosophes grecs. Elle n’est pas une simple question de savoir accumulé. Elle est bien plus que cela, bien plus précieuse qu’une culture intellectuelle, elle est le reflet de Dieu, comme l’explique un autre verset (versets 25 et 26) du septième chapitre : « Car elle est la respiration de la puissance de Dieu, l’émanation toute pure de la gloire du Souverain de l’univers ; aussi rien de souillé ne peut l’atteindre. Elle est le rayonnement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l’activité de Dieu, l’image de sa bonté. » Demander la Sagesse à Dieu, comme le fit Salomon, c’est s’approcher de lui, c’est laisser Dieu nous déifier. Mais, à l’instar de ce que l’on contemple sur notre tableau, on ne peut se laisser toucher par la Sagesse que si on la laisse nous guider vers la Vérité, la vérité christique (Jn 14, 6) : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Et cette Sagesse est représentée sous les traits de Minerve, déesse mythologique, cependant décrite dans des termes surprenants et identiques dans le livre de la Sagesse (Sg 5, 16-20) : « Aussi recevront-ils de la main du Seigneur le royaume de splendeur et le diadème de beauté, car de sa droite il les protégera, et son bras les couvrira. Il prendra pour armure son ardeur jalouse, il armera la création pour réprimer ses ennemis. Il revêtira la justice comme cuirasse et mettra comme casque le jugement sans appel ; il prendra comme bouclier l’invincible sainteté ; en guise d’épée, il affûtera sa colère implacable, et l’univers, à ses côtés, combattra les insensés. » Sommes-nous prêts à livrer ce combat spirituel ? Désirons-nous cette Sagesse ? Pourrions-nous prononcer ces mêmes mots (Sg 8, 2) : « C’est elle que j’ai aimée et recherchée depuis ma jeunesse, j’ai cherché à la prendre pour épouse, je suis devenu l’amant de sa beauté. »


À notre portée…

Et pourquoi ne pas le faire, puisque cette Sagesse est à notre portée, comme l’atteste la lecture : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. » À la différence d’une sagesse intellectuelle, la Sagesse divine nous est offerte sans conditions, ni d’intelligence, de mérite ou de valeur personnelle. Il suffit de la désirer, la chercher et la contempler. Jésus lui-même viendra nous le confirmer (Mt 7, 7-8) : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. » Le seul effort que nous ayons à faire est celui de la persévérance… Chercher, et chercher dès le lever du jour, comme le chante le psaume (Ps 62, 2) : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. » Chercher et désirer, comme celui qui découvre un jour la perle enfouie dans son champ, sans qu’il ne s’en soit aperçue auparavant. La Sagesse, cette perle du ciel, est à notre portée, enfouie dans le champ de notre âme (Sg 6, 14) : « Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. » Le tout est de se prendre en main, de faire quelque effort. Elle est à portée de main. Mais Dieu attend que nous tendions cette main, comme lorsque nous communions, pour qu’il la dépose en notre coeur, car il nous laisse libre. Jamais il ne nous force la main… Même si cette Sagesse nous devance…


La Sagesse nous recherche

Elle nous devance, elle nous recherche. Suis-je audacieux en croyant cela ? Non, le texte lui-même le proclame : « Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première (…) Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre. » N’est-ce pas dans le droit fil de notre foi ? Dieu n’est-il pas venu se révéler aux hommes par le Christ ? Le Christ n’est-il pas cette Sagesse qui connaît nos désirs, vient habiter notre coeur et nous apparaît, comme pour les pèlerins d’Emmaüs, au détour d’un chemin, sourire aux lèvres ? Le Christ est la Sagesse qui vient à notre rencontre, comme le rappelle saint Paul (1 Co 1, 24 — la suite de cet texte est en annexe) : « Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. »


Mais le texte continue : « Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ». Comprenons bien ce que ce verset veut nous dire. D’abord, que c’est elle, la Sagesse, qui est en chemin, qui nous recherche. Elle recherche ceux qui sont dignes d’elle, mais quelle est donc cette dignité ? Rassurons-nous, elle ne s’offense pas en premier lieu de notre péché. Je suis convaincu que Dieu regarde d’abord comment nous avons usé des grâces qu’il nous a données, avant de se lamenter de nos péchés. La dignité qu’il nous demande est bien simple : avoir un coeur qui le cherche ! Et pour mieux le comprendre, je vous remets en annexe cette superbe page de Dostoyevsky.


Dieu nous désire

L’amour peut-il se vivre seul ? Non, il faut que deux êtres s’aiment, se cherchent et se désirent pour que l’alliance soit faite. Dieu nous cherche, nous désire, veut faire alliance avec nous. Il veut nous donner cette Sagesse, et nous montrer son visage souriant. Mais pour cela, il nous faut faire l’effort de chercher cette Sagesse qui nous donnera bonté, droit et justice, comme le prédit le prophète Jérémie (Jr 9, 22-23) : « Ainsi parle le Seigneur : Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le fort ne se vante pas de sa force, que le riche ne se vante pas de sa richesse. Mais celui qui se vante, qu’il se vante plutôt de ceci : avoir de l’intelligence pour me connaître, moi, le Seigneur qui exerce sur la terre la fidélité, le droit et la justice. Oui, en cela je me plais – oracle du Seigneur. »


La seule chose qui nous soit demandée est d’agir dans nos vies selon la volonté de Dieu (Mi 6, 8) : « Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »



De la première épitre aux Corinthiens (chapitre 1)

17 Le Christ, en effet, ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ.

18 Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu.

19 L’Écriture dit en effet : Je mènerai à sa perte la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai.

20 Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ?

21 Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile.

22 Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse,

23 nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes.

24 Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

26 Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance.

27 Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ;

28 ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ;

29 ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.

30 C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption.

31 Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.


Deux poèmes de Louis Janmot (Le Poème de l’âme, 1881)


GÉNÉRATION DIVINE

À l'instant qu'a choisi la sagesse infinie,

Le néant vaincu cède et fait place à la vie :

De l'abime entr'ouvert, sombre et silencieux,

Une âme humaine monte à la clarté des cieux ;

Et le Dieu créateur, d'une ineffable ivresse,

À tressailli lui-même, et sur son cœur il presse

Comme un père l'enfant que son souffle a formé,

ET QUI S'EST SENTI VIVRE EN SE SENTANT AIMÉ.

Salut, nouveau venu, qu'élève au rang de l'être

Le triple don d'aimer, de vouloir, de connaître !

Que votre voix se joigne aux célestes concerts ;

Elle manquait pour Dieu dans l'immense univers !

Contemplez, abrité sous l'ombre de ses ailes,

Du Bien, du Beau, du Vrai les sources éternelles ;

Car l'Idéal, pour vous un moment dévoilé,

Bientôt va s'obscurcir ; il faut, pauvre exilé,

Il faut, quittant le ciel, que votre ange vous mène

Par ce chemin où doit passer toute âme humaine ;

Libre de mériter, à l'heure du retour,

Un arrêt sans appel de colère ou d'amour.

Quels destins vous fera l'épreuve de la terre ?

Nul n'en sait rien, sinon que l'épreuve est austère,

Que le bonheur pour l'homme est un fruit défendu,

S'il ne veut pas pleurer le ciel deux fois perdu.


THÉOLOGIE

Je veux la contempler loin des sphères mortelles

Où d'un impur limon son éclat est terni,

Et de l'aigle empruntant le regard et les ailes,

Je fuis en liberté vers l'espace infini ;

Mais, à peine au-delà de l'étroite limite

D'où s'efface à mes pieds le terrestre horizon,

Je sens faillir le souffle en mon sein qui s'agite,

Le vertige a troublé mes sens et ma raison.

Alors je reviens et soupire,

Et l'humilité sur le front,

Je rêve à l'abime sans fond

Qui me repousse et qui m'attire.

Seigneur, votre sagesse a bien su mesurer

Ce qu'il faut d'air vital à l'humaine poitrine,

Ce qu'il faut de lueur divine

Pour apprendre à vous adorer.



Aucun d’eux ne s’est jamais cru digne de cette faveur...

Marmeladov est un ivrogne qui dilapide dans sa beuverie l’argent soutiré à sa fille, Sonia. Cette enfant qui s’est sacrifiée pour un père qui boit, une belle-mère qui ne l’aime pas, des enfants qui ne sont pas ses frères. Sonia, qui s’est prostituée par amour. Voilà la seule réponse valable : Sonia, sur qui son père pleure dans sa douleur de père humilié. « Mais nous ne serons pris en pitié que par celui qui a eu pitié de tous les hommes. Celui qui a tout compris, l’Unique et seul Juge, Il viendra au jour du jugement et dira : "Où est la fille qui s’est sacrifiée pour une marâtre cruelle et phtisique, pour des petits enfants qui ne sont point ses frères ? Où est la fille qui a eu pitié de son père terrestre et ne s’est point détournée avec horreur de ce crapuleux ivrogne ?" Il lui dira : "Viens je t’ai déjà pardonné une fois… pardonné une fois… et maintenant que tous tes péchés te soient remis, car tu as beaucoup aimé…" » Humble profession de foi devant laquelle nul raisonnement ne peut tenir. Elle n’a pour témoin que quelques ivrognes moqueurs, et Raskolnikov, l’orgueilleux criminel, pour qui elle sera pourtant le premier pas vers le salut. Elle donne sens à toute souffrance, à toute réalité. Et les larmes de Dostoïevski qui se mêlent aux larmes du père nous montrent que ce qui a été caché aux sages et aux savants a été révélé aux petits et aux humbles. « Tous seront jugés par Lui, les bons, et les méchants, et nous entendrons son Verbe : ‘Approchez, dira-t-Il, approchez, vous aussi les ivrognes, les créatures éhontées !’ Nous nous avancerons tous sans crainte, nous nous arrêterons devant lui et Il dira : ‘Vous êtes des porcs, vous avez l’aspect de la bête et vous portez son signe, mais venez aussi.’ Et alors, vers Lui se tourneront les sages et se tourneront les intelligents et ils s’écrieront : ‘ Seigneur ! Pourquoi reçois-Tu ceux-là ?’ et Lui dira : ‘Je les reçois, ô sages, je les reçois, ô vous intelligents, parce qu’aucun d’eux ne s’est jamais cru digne de cette faveur.’ Et il nous tendra ses bras divins et nous nous y précipiterons… ». Malgré son orgueil, malgré tout le mal qu’il peut faire, il y a de la grandeur dans l’homme comme nous le montre ce désir d’amour, ce désir de pardon, ce désir de Dieu, qui demeure dans l’avilissement, et cette grandeur, il ne nous faut rien moins qu’un Dieu pour en prendre la mesure. C’est ce qui fait dire à Dostoïevski, dans Les Possédés, que « toute la loi de l’existence humaine consiste en ce que l’homme peut toujours s’incliner devant quelque chose d’infiniment grand. Et si l’on venait à priver les humains de cet infiniment grand, ils ne voudraient plus vivre et mourraient de désespoir. »



Saint Colomban (v. 540-615) : Instructions spirituelles, 13, 1-2 (extraits)

Frères bien-aimés, prêtez l'oreille à mes paroles, comme à quelque chose que vous avez besoin d'entendre ; et si votre âme a soif de la source divine dont je désire maintenant vous parler, attisez cette soif et ne l'éteignez pas. Buvez, mais ne soyez pas rassasiés. Car la source vivante nous appelle et la fontaine de vie nous dit : Que celui qui a soif vienne à moi et qu'il boive. Boire quoi ? Comprenez-le. Que le prophète vous le dise, que la source elle-même vous le déclare : Ils m'ont abandonné, moi, la source de vie, dit le Seigneur. Le Seigneur lui-même, Jésus Christ notre Dieu, est donc la source de vie, et c'est pourquoi il nous invite pour que nous le buvions. Le boit, celui qui l'aime ; le boit, celui qui se rassasie de la Parole de Dieu, qui l'aime et la désire assez vivement ; le boit, celui qui brûle d'amour pour la sagesse.


Voyez d'où jaillit cette source : elle vient du lieu d'où est descendu le Pain : car le Pain et la source sont un : le Fils unique, notre Dieu, Jésus Christ le Seigneur, dont nous devons toujours avoir soif. Même si nous le mangeons et le dévorons par notre amour, notre désir nous donne encore soif de lui. Comme l'eau d'une source, buvons-le sans cesse avec un immense amour, buvons-le avec toute notre avidité, et délectons-nous de sa douce saveur. Car le Seigneur est doux et il est bon. Que nous le mangions ou que nous le buvions, nous aurons toujours faim et soif de lui, car il nous est une nourriture et une boisson à jamais inépuisables. Lorsqu'on le mange, il n'est pas consommé ; lorsqu'on le boit, il ne disparaît pas ; car notre pain est éternel, et perpétuelle notre source, notre douce source. D'où ce mot du prophète : Vous qui avez soif, allez à la source. Il est en effet la fontaine des assoiffés et non celle des satisfaits. Les assoiffés, qu'ailleurs il déclare bienheureux, il les invite : ceux qui n'en ont jamais assez de boire, mais qui ont d'autant plus soif qu'ils ont bu.


Frères, la source de la sagesse, la Parole de Dieu dans les cieux, désirons-la, cherchons-la, aimons-la sans cesse : en elles sont cachés, comme dit l'Apôtre, tous les trésors de la sagesse et de la science ; et elle invite ceux qui ont soif à venir y puiser. Si tu as soif, bois à la source de vie ; si tu as faim, mange le Pain de vie. Heureux ceux qui ont faim de ce Pain et soif de cette source ! Ils mangent et boivent sans cesse, et ils désirent encore boire et manger. Que c'est bon, ce qu'on peut manger ou boire toujours sans perdre ni soif ni appétit, ce que l'on peut continuellement goûter sans cesser de le désirer ! Le roi prophète le dit : Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur.

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